jeudi 24 mars 2011

Le Canada est-il en guerre?

Je n'ai pas pour habitude de publier des billets sur l'actualité, encore moins sur la situation politique internationale, mais en tant que citoyen d'un pays qui participe à ce qui ressemble de plus en plus à une guerre, je suis en droit de me questionner ouvertement.
Suis-je le seul à avoir mal interprété la résolution 1973 du conseil de sécurité de l'ONU telle que présentée sommairement dans les médias la semaine dernière?
J'avais cru comprendre que des discussions étaient engagées pour imposer une zone d'exclusion aérienne en Libye afin d'éviter que l'armée à la solde du régime Khadafi ne bombarde lourdement les positions des manifestants et insurgés et ne continue ainsi à massacrer sa propre population pour conserver le pouvoir. J'avais mal compris la résolution, qui prévoyait en fait les frappes aériennes. Je n'avais pas compris que "autorisant «toutes les mesures nécessaires», pour protéger la population civile" signifiait commencer les bombardements et les tirs de missiles dès la première journée.
Alors que j'étais tout à fait pour l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne, j'avoue que les très rapides frappes aériennes de la coalition internationale me mettent mal à l'aise. Pour le moment du moins, ça prend déjà des airs d'intervention occidentale contre un pays arabe, où évidemment, on trouve du pétrole. Plusieurs critiques ont remarqué cette semaine que la coalition internationale intervient rarement (même jamais) dans les pays où leurs intérêts (souvent pétroliers) sont absents. (Au sujet des motivations politiques de cette intervention internationale, je vous invite à lire un texte paru dans Le Devoir aujourd'hui).
En Libye, on a beau nous dire que les frappes sont ciblées et qu'il n'y a pas de victimes civiles, j'ai du mal à croire à cette technologie miracle évoquée lors de la guerre du Golfe et des invasions en Afghanistan et en Irak. Il me semble aussi que l'intervention musclée de la semaine qui vient de passer comporte un risque inhérent de s'enfoncer dans un conflit qui sera plus long que ce qui était prévu à l'origine lors des discussions sur la zone d'exclusion.
Ce soir, on nous annonçait que l'OTAN allait prendre le commandement de la zone d'exclusion. Cette implication de l'OTAN là où on imagine mal ce qu'elle vient faire, me laisse également songeur. Certes, depuis l'élargissement de son énoncé de mission, l'OTAN peut intervenir n'importe où sur la planète et a souvent incarné le bras armé d'une partie de l'ONU, les États-Unis en tête. Et paradoxalement, c'est justement parce que les américains ne voudraient pas être ne charge de la mission internationale en Libye que l'OTAN a été envisagée comme solution. Or ce n'est un secret pour personne que l'OTAN est essentiellement militarisée par les États-Unis, même si les 28 membres qui la composent ont une voix égale au chapitre des décisions. Et on a beau spécifier que l'OTAN ne prend pas la mission en charge, elle aura le pied dans la porte, en quelques sortes (*). Les expériences du Kosovo en 1999 et de l'Irak en 2003 devraient pourtant permettre de comprendre le risque que comporte une telle attaque de nécessiter plus tard un déploiement au sol.
J'avais l'impression que la communauté internationale dormait au gaz avant d'imposer une zone d'exclusion aérienne. J'ai désormais l'impression qu'une fois la décision prise, on s'est mis à bombarder sur le champ sans trop de subtilité.
Je suis tombé sur un article de Rory Stewart, dont j'avais lu et apprécié le livre relatant sa traversée à pied de l'Afghanistan juste après l'invasion américaine, l'été dernier. Rory est maintenant député au parlement britannique et signe souvent des articles politiques comme celui-ci, où il résume justement la difficulté d'établir des stratégies subtiles dans des cas comme la Libye. Il semble que tout le monde voit la question en noir et blanc...
"Do it or don’t do it, but no halfway houses. And therein lies the danger. On the World Service this afternoon, I was accused of falling between two stools. ‘On the one hand, you say the no-fly zone is humanitarian and not about regime change. On the other hand, you say that we are taking measures against the Gaddafi regime to force him to step down.’ And when I tried to make a distinction between military measures with a humanitarian purpose and civilian measures with a political purpose, the interviewer countered: ‘Surely this is the worst of all worlds.’ On the contrary, it seems to me the lesser evil. The no-fly zone is preferable to seeming to countenance and endorse Gaddafi’s actions; and better than putting troops on the ground to force regime change. But such measures are difficult to explain and sell". (Rory Stewart, "Here we go again", London review of books, vol.33.no.7, mars 2011).
Évidemment, on ne peut que souhaiter que le régime Khadafi tombe rapidement. Le message de la coalition internationale ne mentionne pas cette option comme l'objectif principal de la mission, mais à partir des frappes aériennes, la rapidité de la chute de Khadafi devient le résultat par lequel on mesurera l'impact et la pertinence de cette intervention. Le site internet du journal Ouest-France rapporte les propos de Nicolas Sarkozy: "«Ce n’est pas à nous de décider le sort de M. Kadhafi », a déclaré le chef de l’État en marge du sommet européen qui se tient jeudi et vendredi à Bruxelles. « L’avenir de la Libye, les choix politiques de la Libye, y compris ce qu’ils décideront de faire de M. Kadhafi et de ses séides, c’est le problème des Libyens », a-t-il ajouté". Sauf que si Khadafi résiste longtemps, l'intervention internationale aura l'air d'échouer et s'enfoncera dans une guerre longue et dommageable, autant pour les libyens que pour le reste du monde. Car il n'y a rien comme une intervention occidentale qui semble injustifiée (ou justifiée par les seuls intérêts occidentaux) pour créer encore plus de mécontentement et d'actes terroristes éventuels contre l'occident.
Enfin, sur un ton plus léger, suis-je également le seul à trouver plutôt ridicule ces noms de missions pseudo-poétiques que l'on utilise toujours dans l'armée, et qui sont repris par les médias comme si c'était cool? "L'aube de l'Odyssée"... misère. Personnellement, je ne trouve rien de cool à l'intervention armée, à la destruction et à la mort de centaines/milliers de personnes.
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(*) Mise à jour (22h30): La Presse rapporte que l'OTAN prendra en charge l'ensemble de la mission en Libye.

Les entretiens avec Megan: Deux ans

En juin 2009, alors que Megan avait trois mois, j'ai procédé à un entretien préparatoire dans le cadre d'un projet de longue haleine.
Je publierai de temps à autre les résultats de ce projet sur ce blogue et ce billet fait donc la relation de l'entretien avec Megan réalisé il y a quelques jours, à l'occasion de son deuxième anniversaire.
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« Allo Megan.
- Allo...go.
- Wow, tu dis Hugo?
- Hugo.
- Et toi, tu t'appelles comment?
- Megan!
- Et tu as quelle âge, Megan?
- Megan!
- Oui... et tu as quel âge?
- Deux... ans.
- Oui, deux ans. Wow, déjà.
(Megan est occupée avec un livre qu'elle vient de prendre)
- Et tu fais du multitâches, fidèle représentante de la jeune génération?
- Deux ans.
- Oui, bravo! Megan, à deux ans, comment tu trouves ça la vie?
- Oh... yeah.
- Oh yeah? Ah, c'est bon ça comme réponse! Es-tu heureuse, Megan?
- Oui.
- Megan, comment te vois-tu dans dix ans?
- Deux ans!
- Non, pas deux ans, dans dix ans...
- ... grand... papa.
- Hein, tu te vois grand-papa dans dix ans?
(Je réalise alors que Sophie tente de lui souffler une réponse: "grande", d'où sa réplique).
- As-tu d'autres commentaires avant de terminer l'entrevue?
- Brisé.
- Brisé? Ah, oui, elle est brisée?
(Elle parle de la flûte de fête qu'elle souffle à répétition et qui refuse d'émettre des sons. Je m'en empare et la fait siffler bruyamment).
- Autre chose en terminant?
- Hainnnnnnnn! (Elle souffle dans la flûte et imite le son en même temps).
- Merci Megan. On se reparle de tout ça l'année prochaine ».
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Photos: 1. Megan chez moi, le 23 janvier dernier. 2. Megan chez elle, le 20 mars 2011, journée de cette entretien.
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mercredi 23 mars 2011

Triptyque tsigane: La croisée des chemins

Si vous êtes amateur de conte ou de théâtre minimaliste, j'attire votre attention sur la pièce La Croisée des Chemins, présenté au petit théâtre L'Illusion sur le plateau Mont-Royal. La pièce, dont le texte est signé Nicola Cormier, est produite par Terra Incognita et s'adresse d'abord aux jeunes, mais je peux vous assurer que les adultes y trouvent de quoi réfléchir également.
Seul sur scène, le comédien Carl Veilleux interprète un tsigane, un enfant des routes qui, de passage dans une ville aux allures médiévales, nous raconte son histoire et celle de son peuple de nomades par le biais de contes et légendes lui venant de son père, son grand-père ou autre ancêtre. Se succèdent ainsi cinq contes sur les nomades et leurs relations avec les sédentaires.
L'ensemble est relié par l'enfant des routes qui nous raconte ces histoires avec sa guitare, elle-même le sujet d'une des légendes. La structure rappelle un peu le film Le Violon Rouge, de François Girard, mais appliquée à l'univers des contes. La mise en scène est suffisamment inventive pour que le personnage n'ait jamais l'air complètement seul, ce qui renforce la "présence" des autres personnages interprétés par ouï-dire.
Si le thème avait tout pour me plaire (les nomades voyagent beaucoup par définition, adorent prendre la route, découvrir, et vivre avec peu de possessions matérielles), le texte se veut divertissant et propice à stimuler la réflexion sur les relations avec l'inconnu, l'autre, celui qui vit de manière différente. Bref, une bien belle histoire à mettre dans les oreilles de tous. Enfin, la salle très intime permet une proximité avec le personnage, ce qui accentue l'impression de converser avec un bon raconteur que l'on vient de croiser sur la route.
Même si La Croisée des Chemins fait suite à L'Apprentie, la pièce précédente de Terra Incognita, il n'est pas nécessaire d'avoir vu la première pièce pour apprécier La Croisée des Chemins. On annonce que l'ensemble formera un triptyque, donc une troisième pièce est à prévoir.

J'ai assisté à la représentation en après-midi du 19 mars dernier*, et découvert L'Illusion par la même occasion. L'endroit est souvent le lieu de présentation de théâtre de marionnettes et le décor de son entrée jusqu'à la salle ne déparerait pas un film de Jean-Pierre Jeunet.
Enfin, si vous voulez lire plus de commentaires, je vous invite à lire Pascale et Philippe-Aubert, mes deux collègues blogueurs qui ont également parlé de cette pièce.
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* Il reste quelques représentations (26 et 27 mars prochain).
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Photos: MEAA Photos (reproduites avec la permission de Terra Incognita).
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dimanche 20 mars 2011

Consommez-vous beaucoup d'électricité? Un questionnaire amusant

Êtes-vous parmi ceux qui ont reçu un questionnaire d'Hydro-Québec sur les habitudes de consommation d'électricité?
L'affaire a beaucoup de bon sens, mais dans mon cas, ils ne sont pas tombé sur le bon numéro pour avoir des statistiques à se mettre sous la calculatrice. Le sondage sur la consommation a pris des allures quasi humoristiques au fil de mes réponses. J'aurais pu intituler ce billet: "Questionnaire Hydro-Québec sur ma consommation d'énergie et les moyens de la réduire, ou comment remplir un sondage de plus de 120 questions en moins de 3 minutes".
Après les questions d'usage (type de logement, nombre de personnes, etc), on questionne ma consommation, je suis heureux de constater que je consomme peu. La preuve?
Question 7: Non, je ne me chauffe pas à l'électricité, passez à la question 47 (Ça va vite!).
Je n'ai pas de chaufferette, de climatisation, et l'eau chaude est fournie, donc je n'ai pas de chauffe-eau. Les petits X dans les cases "Non" s'accumulent à une vitesse folle.
Question 74, mon frigo (qui ne m'appartient même pas) est moyen, à une porte, à dégivrage manuel et a environ 12-13 ans. Je n'ai pas de congélateur, pas de laveuse, pas de sécheuse, et mon four est conventionnel, sans autonettoyant. Je n'ai pas de micro-ondes, pas de chauffe moteur, ni de distributeur d'eau.
Question 98: J'ai deux vieilles télé sans écran plat ni écran géant (elles ne m'appartiennent pas non plus, ha!), pas de chaîne stéréo, pas de magnétoscope ni lecteur DVD, pas d'imprimante, ni photocopieur ou télécopieur.
Question 100: Je n'ai pas de lit d'eau (hein???)
Et ça continue... pas d'humidificateur, de déshumidificateur, pas de câbles chauffants ni de ventilateur. Pas de sauna, ni de pompes diverses; pas d'outils électriques, de scie, de tour, de raboteuse, de fraiseuse, de soudeuse ni de compresseur d'air.
Question 108, j'utilise des ampoules fluocompactes.
Question 109, je n'ai pas de piscine. Passez à la question 123.
Question 123: Je n'ai pas de spa. Fin.
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Dommage qu'il n'y ait pas de question sur le grille-pain; j'aurais probablement été le seul à répondre que je n'en ai pas non plus! :-)
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J'imagine que les gens d'Hydro vont tomber sur des meilleurs sujets, j'ai l'impression de ne pas avoir été d'une grande aide dans leur étude... Quant à savoir comment réduire ma consommation d'électricité, j'avoue avoir peu de pistes de solutions; si j'évite de téléscoper les oreilles de lapin de la télé le dimanche pendant Tout le monde en parle, est-ce que ça consomme moins?
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mercredi 16 mars 2011

Amitiés Japonaises

J'ai déjà mentionné le phénomène par lequel la connaissance de gens d'un coin de planète, ou ma propre présence dans certains secteurs de la Terre font que je me sente plus proche de ces endroits que d'autres. Évidemment, si tout le monde faisait le choix d'explorer le monde et surtout celui de rencontrer des gens d'un peu partout au monde, chacun éprouverait ce sentiment envers une grande partie de la planète et des cultures qui la composent.
Ça fait une semaine que je veux publier ce billet, mais j'attendais les nouvelles...
Je parle aujourd'hui du Japon, évidemment, qui a été frappé par un séisme qui est définitivement le plus fort dont je puisse me rappeler avoir eu connaissance. Je suis évidemment ébranlé par l'ampleur de la catastrophes et ses conséquences sur les milliers de personnes touchés, mais du même élan, je ne peux qu'être émerveillé de l'attitude des japonais face à la crise. Ce genre de catastrophe aurait fait probablement plus de dégâts et de victimes encore dans des cultures différentes.
Paradoxalement, alors que je vivais des moments d'amitiés importants avec mes amis japonais (c'était début 2005), ce qui retenait l'attention était les dégâts causés par le tsunami dans le sud de l'Asie. Étrange que je revienne sur ces amitiés alors que c'est justement un tsunami qui a causé le plus de dégâts au Japon.
En quittant Vancouver, en février 2005, j'écrivais sur cette amitié:
"Kumiko, Ryoko, Claire, Tak, Suze, Tamy, nos vies semblaient toutes destinées pour se voir et se croiser dans cet espace-temps qu'a été Vancouver d'août 2004 à février 2005, et tous, nous semblions destiner à quitter Vancouver au début de 2005... Une toile, entre London, Paris, Los Angeles, Kyushu, Kyoto... et Montréal..."
Aujourd'hui, je tente de ne pas désespérer pour le Japon malgré tout; et j'espère évidemment que les choses iront dans la bonne direction et que les dangers d'autres problèmes majeurs seront écartés.
J'ai donc attendu plusieurs jours mais j'ai réussi - grâce au courriel et aux médias sociaux, à avoir des nouvelles de mes amis japonais - qui m'ont tous répondu sauf une, mais qui ne va pas sur Internet souvent, alors je tente de ne pas trop m'inquiéter de son silence pour le moment.
Je leur laisse donc la parole:
"Big Earthquake hit northern part of Japan and Tokyo area. I live south so we are ok! and I live in the height in Okinawa so I think the tsunami wont hit us. Its a terrible thing happening in Japan".
- Takashi Sakugawa
"We all are safe in Kansai area. but I still can't contact with some of the teachers and students. I was working late last night and now I'm watching TV finally. Its terrible... My friend in Tokyo said she thought she was going to die. So scary".
- Kumiko Nishijima
"Thank you all for caring for me and my family!! We are doing fine!!!! Thanks for your consideration for me and Japan. And we really appreciate for your countries help. It just made me sad and cry everyday. Makes me wonder why these things happen to us and how much more and how long it's gonna continue. I believe our nation is strong enough to beat this crisis!!!!!!! Now I feel Love all over the world!! There's hope!!!!!!"
- Junko Fukushima
"Hi Hugues, it's a disaster... West Japan did not get damaged at all, however east is worse.
I hope early recovery. Anyway, I still cannot believe this is happening".
- Akiko Jodai
Sur ces mots, je vous laisse dans l'attente de nouvelles de Ryoko Itsuki.
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わたし は にほん が しんぱい です
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Photos: 1. Avec Takashi. 2. Akiko et Kumiko. 3. Junko. 4. Avec Ryoko (et Takashi).
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dimanche 13 mars 2011

Cinéma, galas, Jutras et Lubna

Le problème avec les Jutras, c'est qu'ils sont présentés à deux semaines des Oscars. En voulant voir le maximum de films en nomination aux Oscars, on manque de temps pour voir ceux en nomination aux Jutras, surtout que plusieurs films se retrouvent souvent entre deux chaises - le no man's land après la fin des projections cinémas et avant la sortie DVD.
Vous vous doutez évidemment à quoi mes prochaines semaines vont être consacrés côté cinéma. Je serai trop tard pour avoir pu profiter du suspense aux Jutras, mais pour qui aime bien le cinéma - et se tient au courant - le gala était aussi une belle occasion de me rappeler ce qui s'était fait de mieux au cinéma québécois en 2010, question de ne pas oublier de titres importants dans les prochaines semaines. C'est particulièrement pertinent au niveau des documentaires, qui passent souvent inaperçus lors de leur sortie en salles.
Ce qui précède explique aussi pourquoi je n'ai pas joué le jeu des choix et prédictions - même si côté prédictions, les Jutras auraient perdu en crédibilité s'ils n'avaient récompensé un film nominé aux Oscars et lauréat aux Génies.
Le gala des Jutras s'est également avéré agréable et rigolo; avec Sylvie Moreau et Yves Pelletier en grande forme pour faire les comiques à titre d'animateurs. Ça sentait RBO à quelques reprises (le sketch sur Piché entre ciel et Terre, par exemple), mais comme je suis un fan, j'ai beaucoup rigolé. La démonstration "Podz à la Dolan" et "Dolan à la Podz" valait d'ailleurs à elle seule l'écoute du gala des Jutras dimanche soir.
Au niveau des gagnants, j'étais vraiment heureux que Lubna Azabal remporte le prix de la meilleur actrice puisque son interprétation de Nawal Marwan dans Incendies était parmi les performances les plus bouleversantes que j'ai pu voir au cinéma cette année.
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jeudi 3 mars 2011

Oscars 2011: Retour post-gala

Juste un court mot pour revenir sur le gala des Oscars tenu dimanche dernier.
Comme à chaque année, les critiques télé ont détesté le gala, sa forme comme son animation, sa longueur comme son contenu. Les commentaires positifs sont rares et parsemés de commentaires négatifs, ce qui m'étonne toujours un peu car on dirait que les critiques télé ne critiquent pas ce qu'ils voient mais ce qu'ils auraient aimé voir. Ah, le gala contient trop de catégories, trop d'Oscars techniques, il devrait être plus amusant, moins guindé, moins sérieux, avoir moins de décorum. Plusieurs prennent les Golden Globes à titre d'exemple... Pour ma part, ce que je veux voir aux Oscars, ce ne sont pas les Globes, mais bien les Oscars. J'aime bien ce décorum qui entoure les Oscars, ça donne un aspect plus sérieux, certes, mais plus classe également. Et l'idée de ne remettre que les six catégories les plus importantes en ondes et de reléguer le reste hors d'ondes (incluant le scénario selon plusieurs critiques télé - voir lien ci-haut), est complètement ridicule. Veut-on voir un show de quelques stars très connues ou veut-on voir un gala de remises de prix à des créateurs? Si on ne parle plus des scénarios ou des documentaires, aussi bien ne plus parler de film tout court et de diffuser le party post-gala en mentionnant en bas d'écran les lauréats. D'ailleurs, il a été amusant de constater que quelques reportages télé (dont ceux à Radio-Canada le lendemain) ont consacré autant de temps à commenter la prestation de Céline Dion à la cérémonie que le reste du gala. Hum.
Ceci dit, le gala de cette année était tout de même un peu plus dynamique que certaines années. J'ai bien aimé les jeux de projection sur la scène, incluant le superbe Bob Hope en hologramme. L'animation pétillante de Anne Hathaway a un peu mis en retrait la présence trop calme de James Franco, mais l'ensemble était divertissant. Évidemment, on peut s'ennuyer de Billy Cristal et de son humour, mais ça demeure un gala que j'écoute pour ses résultats plus que pour ses animateurs ou les robes des actrices en nomination...
Au niveau des lauréats, justement, j'ai vu neuf de mes onze prédictions s'avérer exactes, alors peu de surprises ici. Quand à mes deux errances, elles étaient relativement prévisibles, puisque la première, Incendies, était teintée d'un peu de chauvinisme (hehehe) même s'il avait des chances de l'emporter. La seconde, Hailee Steinfeld, était clairement une prédiction à contre-courant, un pari que je savais risqué.
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samedi 26 février 2011

Oscars 2011: Mes prédictions

Après la publication de mes choix pour les Oscars 2011, voici le moment de me commettre avec des prédictions. On pourrait croire que cette année, il y a peu de catégories qui risquent de causer la surprise. Mais en fait, c'est l'inverse, puisque c'est justement quand on croit que les dés sont jetés que les résultats, s'ils diffèrent, causent le plus de surprises.
Oscars 2011: Les prédictions de l'Esprit Vagabond.
Le jeu des prédictions est toujours risqué, car en réalité, les résultats des Oscars dépendent de beaucoup d'éléments, qui ne sont pas toujours limité à un vote dans une catégorie. Le passé, la tradition, la composition de l'académie, tout ceci vient influencer le résultat. Même si on prétend souvent que les Golden Globes sont une bonne assise pour les prédictions, je n'y crois pas beaucoup, personnellement, puisque les Globes sont remis par un petit groupe de journalistes étrangers (aucun n'étant un membre votant de l'académie aux Oscars) et comporte des catégories souvent différentes. Les meilleurs indicateurs pour certaines catégories d'Oscars demeurent les syndicats de professionnels, car souvent, ils sont constitués de membres qui sont également membres de l'académie. Il y a aussi l'effet du passé (comment un acteur qui est "dû" après plusieurs bonnes performances voit ses chances augmenter, alors que le gagnant de l'année précédente voit les siennes diminuer, par exemple). Et dans le cas de la catégorie du meilleur film, le système de votation changé récemment (voir au bas de ce billet pour explications) intervient directement dans le résultat final. Bref, c'est un jeu, mais un jeu amusant, pour qui a l'occasion de jouer.
Allons-y donc avec mes prédictions dans les catégories d'acteurs.
Meilleur acteur: Colin Firth. L'acteur britannique a remporté tous les honneurs dans les autres galas, incluant celui de la Screen Actor's Guild qui regroupe beaucoup de membres votant aux Oscars. Si ce n'était pas un indicateur suffisant, on pourra remarquer que Jeff Bridges, excellent dans True Grit, a été récompensé pour un rôle un peu similaire l'an dernier avec Crazy Heart... alors que Colin Firth repartait bredouille malgré une superbe performance dans A Single Man, un des films les plus touchants de l'année dernière. Eisenberg et Franco sont encore jeunes, le film de Bardem n'a pas été assez largement distribué, et The King's Speech a le double avantage d'être le genre film qu'apprécie l'académie, et d'avoir le vent dans les voiles. Tout joue donc en faveur de Colin Firth.
Meilleure actrice: Nathalie Portman. Seule Annette Bening aurait semble-t-il des chances de causer la surprise. Mais comme on parle d'une performance dans une comédie, cette chance est très mince. Je n'ai pas vu les autres performances, à part Jennifer Lawrence, qui est encore jeune, mais on dirait que les autres nominations sont déjà des récompenses pour les actrices nommées et qu'elles n'ont pas de réelles chances pour cet Oscar face à la performance de Portman.
Meilleure actrice de soutien: Halee Steinfeld. Tout ce que vous lirez sur les Oscars cette année vous indiquera de miser sur Melissa Leo. Allez-y. Pour ma part, je pense que Halee Steinfeld causera une double surprise. Je donne probablement trop de poids à mon choix personnel dans cette évaluation, mais historiquement, ce n'est jamais une bonne idée pour un film d'avoir deux performances en nomination dans la même catégorie aux Oscars. Je pense donc que Melissa Leo a des chances moindre, par un phénomène de division de vote avec Amy Adams, pour ceux qui ont beaucoup aimé les performances d'acteurs dans The Fighter. Or ceux-ci sont déjà moins nombreux que les votants qui ont donné à True Grit ses 10 nominations. Remarquez, la véritable surprise devrait venir de The King's Speech, s'il a réellement le vent dans les voiles, il se pourrait que ce vent permette à Helena Bonham Carter de l'emporter, surtout qu'elle n'a jamais obtenu l'Oscar, mais j'en doute. Seule ombre au tableau pour Steinfeld: son âge. L'académie récompense rarement de jeunes acteurs, mais sa présence dans cette catégorie plutôt que dans celle de meilleure actrice aide grandement les partisans de sa performance. Je demeure donc confiant de ma prédiction à contre courant.
Meilleur acteur de soutien: Christian Bale. Voici où se situera la reconnaissance pour The Fighter. Le seul autre acteur ayant la moindre chance de causer une surprise dans cette catégorie, c'est Geoffrey Rush, s'il profite d'une vague favorisant The King's Speech. J'imagine que quelques semaines de plus lui aurait peut-être même suffit pour déclasser Bale, mais je pense qu'il n'en est pas là et les catégories d'acteurs sont généralement celles qui résistent le mieux aux grandes vagues aux Oscars. (Cette observation vaut également pour Helena Bonham Carter dans la catégorie précédente).
Scénaristes et réalisateurs
Côté scénario, les choses semblent plus faciles à prévoir car les deux films qui s'affrontent principalement à titre de meilleur film ne s'affrontent pas ici; la compétition est ainsi divisée et les surprises potentielles moins probables.
Meilleur scénario adapté: The Social Network. L'affaire est dans le sac pour Aaron Sorkin, puisque la compétition réelle de cette catégorie provient de 127 Hours et de True Grit. S'il est vrai que l'académie apprécie beaucoup le travail des frères Coen, il est aussi vrai qu'ils ont déjà remporté l'Oscar du scénario, par deux fois,et pas plus tard qu'en 2008. Reste donc 127 Hours, mais Boyle et Beaufrois ont également été récompensé d'un Oscar pour leur dernière collaboration en 2009. Toy Story 3 et Winter's Bone avaient d'excellents scénarios, mais ni très oscarisables, ni assez révolutionnaires pour l'emporter malgré cet aspect. The Social Network l'est.
Meilleur scénario original: The King's Speech. D'abord, le film est sur une lancée et il s'agit d'un type de film particulièrement apprécié de l'académie par le passé. Ensuite, malgré l'originalité d'Inception, les films de science-fiction n'ont jamais la cote aux Oscars pour les catégories autres que techniques. La seule possibilité pour Inception serait de profiter d'un effet de mauvaise conscience d'avoir exclus Christopher Nolan de la catégorie meilleur réalisateur, mais Nolan, ignoré autant comme scénariste que comme réalisateur pour The Dark Knight en 2009, n'est définitivement pas dans la mire de l'académie. Enfin, le scénario n'est pas le point le plus fort de The Fighter, et The Kids are All Right est une comédie, un genre beaucoup moins souvent récompensé, surtout à l'Oscar du scénario.
Meilleur réalisateur: Tom Hooper. J'avoue qu'ici, j'ai changé souvent d'avis avant de fixer ma prédiction sur Hooper. Malgré le vent favorable qui profitait à David Fincher, il est victime de plusieurs éléments. D'abord, la vague qui semble porter The King's Speech avantage définitivement son réalisateur. De plus, dans les 10 dernières années, il n'est arrivé que 3 fois où cet Oscar n'a pas été remis au réalisateur du film oscarisé à titre de meilleur film (cette prédiction est donc reliée à cette dernière catégorie, voir ci-bas). Aussi, il semble que The Social Network est un peu sur un backlash, étant sorti très tôt en saison, et ayant eu une lancée pré-Oscar un peu prématurée. Enfin, Hooper a remporté le Director's Guild Award pour The King's Speech. Or dans les 60 dernières années, il n'existe que six cas de réalisateurs ayant remporté l'Oscar sans ce prix, et un seul dans les 10 dernières années. Évidemment, 2011 pourrait être une de ces exceptions.
Meilleurs films
Dans les quatre catégories récompensant les films eux-mêmes, mes prédictions collent à mes choix, à part la récompense ultime. Mais deux de ces catégories sont volatiles te risquées au niveau des prédictions (il s'agit également de deux catégories amalgames: Documentaire et Film en langue étrangère).
Meilleur documentaire: Inside Job. Cette catégorie, par la diversité des thèmes abordés au fil des ans par les films en nomination, est particulièrement difficile à prédire, surtout que c'est ma première tentative en ce sens. Même si Restrepo a des chances, puisque la guerre est toujours éducative pour les américains qui semblent toujours gardés dans l'ignorance de ses effets, je pense qu'elles sont tout de même relativement minces. Gasland semblait avoir du potentiel, mais il est relativement rare de voir l'académie récompenser un documentaire écologique (l'exception confirmant cette règle est ce film éducatif animé par Al Gore, personnage déjà connu et très apprécié à Hollywood). Inside Job me semble l'incontournable pour cette catégorie, mais il se peut que les membres de l'académie, des amateurs d'art, quand même, soit un peu hésitant devant un film aussi informatif, cartésien dans son approche, et ayant pour thème la finance internationale. Reste que le film est narré par Matt Damon, et dénonce des politiques de droite, ce qui ne déplaira pas à l'académie, dont la majorité semble pencher à gauche. Si j'ai longuement hésité dans cette catégorie, c'est que je pense qu'étrangement, le film qui a le plus de chance de battre Inside Job à l'oscar, c'est Exit Through the Gift Shop, pour son ton décalé, sa réalisation originale, et son sujet: l'art. Ces éléments, ajoutés la la rumeur selon laquelle Banksy devrait alors monter sur scène pour recevoir son prix (et donc s'identifier?) pourraient jouer en faveur de ce film.
Meilleur film d'animation: Toy Story 3. Aucun doute possible. Depuis que cette catégorie existe, il n'y a qu'à deux reprises que Pixar ait vu un de ses films en nomination ne pas remporter la statuette. En 2007, Happy Feet l'avait remporté sur Cars, un Pixar mineur (si vous me permettez ce qualificatif). Et il faut remonter à 2002 pour trouver l'autre, alors que Monsters Inc s'était incliné devant le premier Shrek. Si ça ne suffisait pas pour prédire le résultat de cette catégorie, les nominations à titre de meilleur film et de meilleur scénario qu'obtient Toy Story 3 seraient déjà une indication qu'il est imbattable dans cette catégorie-ci.
Meilleur film étranger: Incendies. Difficile d'établir une prédiction éclairée quand on n'a vu qu'un seul des films en lice. Soyons donc (un peu) chauvin, puisque Incendies a tout de même des chances. Car c'est une course à trois, on dirait. Si In a Better World est promu par le même distributeur et flotte sur son succès aux Golden Globes, pouvez-vous me dire combien de gagnants de cette catégorie aux Globes ont remportés l'Oscar équivalent dans les 10 dernières années? Un seul (en 2005). Reste donc Biutiful, qui est réalisé par un cinéaste déjà apprécié par l'académie (et jamais récompensé, en plus). Biutiful a aussi mérité une nomination à Javier Bardem ce qui lui donne un avantage sur Incendies. Il reste que Biutiful éparpille donc un peu ses efforts promotionnels entre cette catégorie et celle de l'acteur Bardem. Je demeure donc sur mes positions avec Incendies.
Meilleur film: The King's Speech. Le film était déjà parmi les favoris, il semble maintenant au sommet de sa lancée et a remporté plusieurs autres prix. C'est aussi le film qui a le plus de nominations, avec 12, signe de son appréciation généralisée, dont 6 sont obtenues dans des catégories majeures (incluant trois pour les acteurs, un bloc de votant important à l'académie). Son plus proche rival, The Social Network, en a peut-être 8, mais seulement 4 dans des catégories majeures (et 1 pour les acteurs). Aussi, tel que mentionné ci-haut, l'Oscar du meilleur réalisateur ne vient que très très rarement sans que le film ne gagne, et Hooper devrait l'emporter après son Director's Guild Award. On peut aussi ajouter que le système de votation l'avantage légèrement. Ce nouveau système permet plus facilement de gagner si vous êtes le film le plus largement aimé (*). Enfin, The King's Speech, en plus d'être exactement le genre de film que l'académie aime récompenser, profite aussi d'un certain essoufflement de The Social Network, sorti très tôt en saison, ce qui n'est jamais favorable pour les Oscars.
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Commentaires, contradictions? Et nous verrons le résultat demain soir!
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(*) Et ce même si un autre film vous devance au premier tour, à moins de ramasser une majorité absolue, ce que The Social Network ne fera pas. Par exemple, si j'étais votant, mes choix indiqueraient Inception comme premier choix, mais celui-ci ne gagnant pas, ultimement, c'est mon second choix qui obtiendrait mon vote, et ce vote irait à The King's Speech. Il est clair par plusieurs indicateurs que même les gens ne supportant pas The King's Speech ou The Social Network comme premier choix placeront le drame anglais plus haut sur leur liste.

vendredi 25 février 2011

Oscars 2011: Mes choix

Voici venu le temps de vous faire part de mes choix pour les Oscars 2011! Le gala approche d'ailleurs à grands pas, puisqu'il aura lieu ce dimanche! je n'ai évidemment pas eu le temps de voir tous les films en nominations, mais j'ai quand même couvert 93 nominations sur 105 dans les 20 catégories principales. J'exclus d'emblée les catégories de courts - je n'ai vu qu'un court en nomination et celle du maquillage, où je n'ai vu aucun film. Quelques omissions étaient inévitables vu l'accès limité à certains films, ou leur sortie très récente (Rabbit Hole, Another Year, Biutiful, par exemple). Je me promets bien de voir ces films plus tard. Pour les autres, il s'agit de choix personnels; mon intérêt pour Salt, par exemple, est trop bas pour qu'une nomination dans la catégorie du montage-son ne me convainque de dépenser 5$ pour louer le DVD. Comme j'ai tout de même vu près de 90% des nominations dans les 20 autres catégories, mon gala en sera d'autant plus intéressant.
L'an dernier, je mentionnais l'occasion de publier mes choix et prédictions, que l'année 2009 n'avait pas été un très grand cru pour les Oscars. Cette année, difficile de se plaindre, tellement les films de qualités abondent.
Notez que je ferai part de mes prédictions - ce qui est différent - dans un billet à part.
Oscars 2011: Les choix de l'Esprit Vagabond.
Je débute donc sans plus de préambule, avec les catégories d'acteurs.
Meilleur acteur: Colin Firth. Oui, Jeff Bridges est excellent dans True Grit, oui, Jesse Eisenberg est excellent dans The Social Network et James Franco porte 127 Hours sur ses épaules. Mais Colin Firth est merveilleux dans The King's Speech. Le film ne serait définitivement pas aussi bon sans sa performance remarquable et profondément humaine.
Meilleure actrice: Nathalie Portman. Ici, mon problème c'est que je n'ai pas vu Blue Valentine ni Rabbit Hole, mon choix se limite donc à trois actrices, et j'avoue avoir longuement hésité entre Portman et Jennifer Lawrence, qui était vraiment convaincante dans Winter's Bone. Mais l'interprétation de Portman dans Black Swan est marquante à plusieurs points de vue et sa contribution à l'ambiance trouble et angoissante du film est particulièrement importante. Black Swan est un film qui vous cloue sur votre siège tout le long de la projection et le talent de Portman y est pour beaucoup.
Meilleur acteur de soutien: Christian Bale. John Hawkes était brillant dans Winter's Bone, et j'ai beaucoup aimé le toujours excellent Geoffrey Rush dans The King's Speech. Quand à Christian Bale, il est toujours très bon, mais là, il se surpasse et mène à lui seul The Fighter, un bon film, à un niveau supérieur. Je suis de ceux qui croient que les autres acteurs et le réalisateur ont été emportés par cette performance. Je crois que ce film est surestimé, avec autant de prix et nominations, mais l'interprétation de Christian Bale demeure le fait marquant de ce film.
Meilleure actrice de soutien: Halee Steinfeld. Incontournable, et en ce qui me concerne, la révélation de l'année du côté des acteurs/actrices. En fait, je lui aurait donné une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice, et le choix entre elle et Nathalie Portmant aurait alors été difficile. L'académie m'aura facilité le choix en la plaçant dans une catégorie à part. Tel que mentionné ci-haut, je pense que The Fighter est surestimé. C'est certainement le cas de Amy Adams, qui était très bonne, mais loin de ce que Steinfeld offre comme performance dans True Grit.
Scénaristes et réalisateurs
Cette année 2010 a aussi été considérablement riche en bons scénarios, ce qui est toujours un plaisir pour le cinéphile que je suis car - j'ai déjà mentionné ceci je crois - sans une bonne histoire, je suis incapable d'apprécier un film pour ses seules autres qualités. Pour le raconteur et le lecteur d'histoires que je suis, le scénario est la base et un élément essentiel pour faire un bon film.
Meilleur scénario adapté: The Social Network. Il faut avouer que de raconter cinématographiquement une histoire de geek/nerd d'informatique, incluant des explications techniques, des gens qui tapent au clavier, qui programment et qui passent leur temps sur Internet ou leur ordinateur, et réussir avec autant de brio, il fallait être particulièrement inventif. Si j'ai beaucoup aimé 127 Hours, son scénario demeure assez conventionnel et l'histoire (quasi un monologue) offre peu d'occasion de glisser des dialogues percutants. Je suis habituellement un très grand fan des frères Coen, et je fais parti de ceux qui ont beaucoup aimé True Grit, mais les frères ont déjà fait mieux, alors pour un Oscar, mon hésitation a surtout été du côté de Winter's Bone, qui comporte un scénario fascinant et une histoire prenante. J'avais aussi un faible pour Toy Story 3, ce qui montre aussi toute la richesse de cette catégorie. Finalement, mon choix se porte sur The Social Network, en particulier à cause de l'habile manière de raconter cette histoire et des répliques savoureuses du personnage semi-antipathique de Zuckerberg.
Meilleur scénario original: Inception. Le nom de la catégorie dit tout: original. C'est un jeu de mot de ma part, mais comme il s'agit du scénario le plus original de l'année, le plus inventif, le plus intelligemment construit dans ses moindres détails, comment choisir un autre film pour cet Oscar-ci? Le seul autre choix de mon point de vue aurait été The King's Speech, puisque le scénario de The Fighter m'est apparu très conventionnel et que malgré toutes ses qualités - dont celle de mettre en scène des personnages attachants et originaux - The Kids are All right est moins impressionnant comme expérience cinéma et dépend beaucoup plus de l'interprétation de ses acteurs.
Meilleur réalisateur: David Fincher. Que voulez-vous que je fasse? L'académie a limité mes choix! Mon véritable choix pour cet Oscar était définitivement Christopher Nolan (Inception). Une fois ce choix évident éliminé de la liste, j'aurais choisi Danny Boyle sans hésitation, tant son travail sur 127 Hours est superbe et d'une fluidité remarquable. Comme aucun des deux n'est en nomination, je me rabat donc sur Fincher, qui fait un très bon travail avec The Social Network. Cette catégorie démontre bien où les membres de l'académie et moi avons une interprétation différente des qualités d'un bon réalisateur. J'avoue que j'ai tendance à sous-estimer l'aspect "directeur d'acteurs" du travail de réalisation. Ce fait explique d'ailleurs que Nolan et Boyle n'ait pas été retenus cette année, n'ayant pas su (ou eu besoin de) tirer des performances exceptionnelles de leurs acteurs. Ceci dit, les choix de caméra de Fincher font également de The Social Network un bien meilleur film qu'il ne paraissait sur papier (voir mes commentaires sur le scénario), et le fait que ça semble avoir été réalisé sans effort est tout à l'honneur de Fincher.
Meilleurs films.
Dans les catégories des meilleurs films, j'en ajoute une cette année - puisque j'ai eu la chance de voir 4 des 5 films en nomination à titre de meilleur documentaire (long).
Meilleur documentaire: Inside Job. Le sujet traité, la qualité de la narration, du montage, des documents cités, font de ce documentaire un des meilleurs films de l'année, toutes catégories confondues. J'avais aussi un faible pour Gasland, mais Inside Job est une film d'une facture plus professionnelle et est basé sur une recherche plus  systématique, fouillée et exhaustive de son sujet. (On peut consulter ce billet si on veut en savoir plus sur mon appréciation des films en nomination dans cette catégorie).
Meilleur film d'animation: Toy Story 3. Les attentes étaient élevées et les deux films précédents des réussites incontestables. Les créateurs de Pixar ont une fois de plus réalisés un classique, un film qui traversera (comme les deux premiers) les générations. Impossible de trouver mieux cette année, malgré toutes les qualités de How to Train Your Dragon.
Meilleur film étranger: Incendies. Je ne veux pas être chauvin (mais je le suis, hehehehe), même si je dois avouer que je n'ai pas eu l'occasion de voir les autres films de la catégorie (je verrai définitivement Biutiful, puisque je suis un grand fan d'Alejandro Gonzalez Inarritu). En fait, si je me permets de mettre Incendies sur ma liste, c'est essentiellement parce que c'est l'un des 10 meilleurs films que j'ai vu cette année, alors je vois mal comment un autre film de cette catégorie pourrait faire mieux à mes yeux.
Meilleur film: Inception. C'est le film qui m'a le plus impressionné cette année. C'est le film dont le premier visionnement m'a le plus fasciné, c'est le film que j'avais hâte de revoir, que je devais revoir absolument et c'est aussi un film qui est encore aussi bon au second visionnement qu'il ne l'était au premier. C'est un film qui combine un scénario intelligent et complexe à une réalisation inventive et des effets visuels impressionnants. C'est aussi un des meilleurs divertissements de l'année 2010. Malgré tout le bien que je pense de The King's Speech (qui demeure un de mes films préférés de 2010), aucun film ne combinait tous les aspects ci-haut mentionnés avec un degré de réussite aussi élevé que Inception.
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Vous êtes invités à commenter, ou à laisser vos propres choix en commentaires.
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TINA

Certains des lecteurs qui suivaient mes aventures en Amérique du Sud en 2007 - ou encore en Amérique Centrale en 2010, se souviendront peut-être de mon utilisation personnelle de l'expression TISA (devenue TILA par extension en Amérique Centrale), en référence aux choses qui peuvent paraître incroyables pour un étranger mais qui sont tout à fait normales pour un local. Cette expression était bien sûr une référence à TIA, popularisée par le personnage interprété par Leonardo DiCaprio dans Blood Diamonds (TIA: This is Africa). Si elle était sérieuse et dramatique dans ce contexte, je n'ai pour ma part utilisé l'acronyme que dans des situations amusantes.
Après mon utilisation de This is South America (ou Latin America, selon ma localisation), me voici donc avec une petite anecdote typiquement TINA!
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Le projet était pourtant simple: faire le trajet Montréal-Dolbeau-Mistassini pour aller s'installer au Lac St-Jean pendant une dizaine de jours. Hum... J'allais apprendre qu'avec l'aide de la malchance et de l'hiver, rien n'est jamais simple.
Habituellement, nous faisons le trajet en autobus jusqu'à Alma puis attrapons un lift vers Dolmis. Mais cette semaine, nous avons eu un coup de chance; Dominic, le frère de Suze, venait avec sa conjointe Justine, pour un suivi médical à Montréal. Comme le rendez-vous était le mercredi en avant-midi, et qu'ils prévoyaient repartir le jour même, ils nous ont offert de nous embarquer pour la portion Montréal-St-Félicien, où nous devions attraper un lift vers Dolmis.
Comme Dominic et Justine avaient déjà effectué le trajet aller la veille (le mardi), j'ai proposé de conduire pour la portion Montréal-St-Félicien de notre trajet. Nous avons quitté Montréal vers 13h en empruntant l'autoroute 40 vers Trois-Rivières, avons fait une pause repas à Yamachiche (où Justine voulait manger Thaï; et oui, ça m'a étonné de trouver un restaurant Thaï à Yamachiche), puis avons filé vers Shawinigan pour prendre la route 155 qui longue le St-Maurice vers La Tuque.
À peine passé 16h, le pneu avant droit crève soudainement et nous devons nous arrêter sur le bas côté. Le soleil jouait déjà à cache-cache avec le sommet des montagnes situées de l'autre côté du St-Maurice depuis un moment, il choisi ce moment-là pour disparaître. Nous activons les feux clignotants d'urgence du véhicule et nous nous installons donc pour changer de roue. Je monte le cric et Dominic s'attaque aux écrous. La roue de secours sur ces véhicules (Dodge Caravan 1999) est située sous la valise arrière, et est libérée via un système de vis à encrage située dans la valise. J'entreprends donc de dévisser le mécanisme de l'intérieur, pendant que Dominic retire la roue portant le pneu crevé. Nous réalisons assez rapidement que le mécanisme de la roue de secours semble coincé. Après un temps, malgré nos efforts conjoints, on doit se rendre à l'évidence, nous ne parviendrons pas à dégager la roue de secours. Le véhicule est âgé et cette roue n'a jamais été utilisée; de la rouille s'est installée et a complètement bloqué le mécanisme; rien à faire.
Alors que la luminosité diminue et que l'obscurité s'installe à son tour, la température descend de manière perceptible. Je dois mentionner que comme il s'agit de mon premier hiver en trois ans, je ne suis pas particulièrement bien équipé pour faire face au froid sur une longue période de temps; mes bottes de randonnée ne sont pas très isolées, mes petits gants de ville non plus. Bref, après environ une demi-heure de perte de temps, nous commençons à trouver que le froid n'aide en rien les manoeuvres. Le trafic, plutôt intense en nombre de véhicules lourds, n'aide pas non plus à se sentir en sécurité sur le bord de la route. Justine étant abonnée au CAA, elle sort sa carte et son cellulaire. Mais en tentant de faire l'appel, elle verrouille le clavier par mégarde; quelque chose qu'elle n'avait jamais fait sur cet appareil. Elle n'a donc aucune idée comment le déverrouiller. Notre cellulaire servira donc (heureusement), mais le signal est faible et intermittent. Justine doit, comme dans les films, tenir l'appareil à une certaine hauteur, et avec un certain angle pour augmenter la capacité du signal reçu. Elle fini donc par joindre quelqu'un du CAA, qui veut évidemment savoir où nous sommes exactement.
Or nous l'ignorons.
Je sais, ça a l'air stupide, mais c'est un fait. Pour ma part, ça fait des années que je n'ai pas emprunté cette route-là (le bus passe par Québec, et j'ai eu à faire à quelques reprises à Québec ou Saguenay en route vers le Lac). En plus, ça n'a jamais été une route que j'ai beaucoup fréquenté, et les villes et villages de l'époque sont maintenant tous plus ou moins fusionnés, alors je porte peu attention aux panneaux annonçant tel ou tel village.
J'informe Justine que je sais toutefois que nous sommes quelque part entre Rivière Matawin (si ça s'appelle encore comme ça) et La Tuque, mais pas rendus à Rivière-aux-Rats (qui est en fait fusionné avec La Tuque aujourd'hui). Je sais aussi que nous avons passé la seconde route menant vers St-Tite - et St-Séverin, je pense à mes amis Joël et Valérie à chaque fois que je passe ces croisements sur la 155. Ce n'est pas très précis, et le gars à l'autre bout nous informe que sans localisation précise, il ne peut envoyer quelqu'un. Je n'ai pas réellement porté attention à chaque borne kilométrique rencontrée, mais je sais que nous avons passé le km 62 (et que La Tuque doit être à environ 25-30 km de notre position). C'est encore trop vague, et le court segment droit où nous nous sommes immobilisés n'offre absolument aucun repère. Suze part donc en expédition vers l'avant - statistiquement, nous avons toutes les chances de voir une borne kilométrique d'ici 500-750 m. C'est le cas; Suze me crie que nous sommes juste avant le km 75, information que je relaye à Justine qui n'a pas bougé de peur de perdre le signal. On nous informe enfin que l'aide est en route... et qu'elle nous parviendra d'ici les 45 prochaines minutes.
Comme Justine est enceinte (le petit est dû pour la mi-avril), et que la température continue de descendre, nous décidons de redémarrer le véhicule pour nous réchauffer. Malheureusement, les clignotants d'urgence semblent avoir été trop énergivores pour le pouvoir de la vieille batterie du véhicule; elle est presque morte et ne parvient pas à fournir assez pour redémarrer.
Woops.
Justine s'installe tout de même à l'intérieur, mais nous préférons ne pas tous monter, car le petit cric montre des signes de faiblesses et la dernière chose qui nous manque est bien d'endommager plus sérieusement le véhicule. Le temps passe, la température chute un peu plus, l'obscurité domine maintenant les environs, on voit seulement les véhicules qui approchent par la lueur de leurs phares. Un véhicule sur cinq est une fourgonnette ou une voiture, les autres sont des poids lourds.
J'ai les mains gelées, les pieds gelés, le visage et le nez gelés, je fais des aller-retour sur 50 m derrière le véhicule pour tenter de limiter les pertes de chaleur corporelles, mais je demeure prudent, car je suis complètement invisible aux véhicules si je m'éloigne trop des clignotants qui fonctionnent faiblement. Isolés sur une route régionale, bercés par le bruit des poids lourds, aspergés par un mélange de poussière de roche, de calcium et de résidus de neige, figés par le froid, bref, c'est le confort...
This is North America.
Nous allons passer presqu'une heure à attendre les secours. À son arrivée, l'homme en charge de la remorque tente à son tour de dégager notre roue de secours. En vain, et malgré ses outils et équipements. Nous devons donc replacer notre roue originale et son pneu crevé pour lui permettre de nous remorquer. Il nous emmène enfin de l'autre côté de La Tuque, à 44 km de notre position en direction du Lac St-jean (heureusement), où un garagiste s'attaque à nos problèmes(*). Après de nombreux efforts et un temps considérable, il parvient à détruire le mécanisme pour libérer la roue de secours et la poser. Il recharge la batterie et permet donc au véhicule de redémarrer. Entre temps, nous sommes parvenus à nous réchauffer, à nous restaurer un brin, bref à recharger nos batteries à nous aussi. Nous faisons le plein d'essence, puis nous reprenons la route vers le Lac St-Jean. Il est 19h30.
Vers 20h45, nous atteignons Chambord, au Lac St-Jean, puis Roberval et St-Félicien, où nous avons rendez-vous pour changer de véhicule. Justine et Dominic reprennent courageusement la route vers Chibougamau, à 235 km de St-Félicien, où ils demeurent et où Justine travaille le lendemain matin. Nous filons vers Dolmis, que nous atteindrons peu après 22h.
Nous aurons mis un peu plus de 9h pour faire le trajet Montréal-Dolmis. Comme quoi les pays du sud n'ont pas l'exclusivité des mésaventures de déplacement en indépendant. Lorsque ce genre de choses arrive dans mes voyages (je pense au Pérou, à la Bolivie, au Guatemala ou au Vietnam, par exemple), je rigole et perd beaucoup de temps, mais je vais vous dire une bonne chose: Je ne gèle jamais. D'ailleurs, quand ce genre de mésaventure m'arrive ailleurs, je n'hésite pas à sortir mon appareil et prendre des photos. Mais mercredi dernier, ça risquait trop de me coûter un doigt, alors je n'ai pas osé. D'où l'absence d'images sur ce billet.
TINA.
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(*) Je remercie sincèrement le conducteur de la remorque, qui a fait une sévère entorse aux règles de sécurité habituelles en acceptant de nous embarquer tous les 4 dans sa cabine (chauffée, aaaahhhh), malgré le manque d'espace et de ceintures. L'alternative aurait été de laisser deux d'entre nous geler sur place pendant les 45 minutes qu'il aurait mis à refaire le trajet aller-retour. Je remercie également avec autant de sincérité Jocelyne Blouin de ne pas avoir annoncé des températures de -35 ce soir-là, en Mauricie.

mardi 22 février 2011

Oscars 2011: Les jouets contre les dragons

Aux Oscars de cette année, comme à ceux de l'an dernier, s'il y a une catégorie dont l'issue ne fait que peu de doute, c'est bien celle de Meilleur film d'animation. En effet, des trois films en nomination, The Illusionist, How to Train Your Dragon et Toy Story 3, ce dernier se retrouve également en nomination dans la catégorie du Meilleur film. S'il est d'un niveau suffisant pour se retrouver dans cette catégorie et que les autres ne le sont pas, le sort de cet Oscar semble joué d'avance en faveur du film de Pixar. Si on ajoute à cette analyse le fait que Pixar ait produit cinq des neuf gagnants dans cette catégorie depuis qu'elle existe (2001), il ne reste que peu de place pour les deux autres cette année.
J'ai tout de même voulu juger par moi-même et après avoir vu Toy Story 3 il y a un temps, j'ai récemment loué How to Train Your Dragon.
Si l'histoire de Hot to Train Your Dragon est relativement simple, elle est par contre menée avec beaucoup d'aplomb par Dean DeBlois et Chris Sanders, un duo de créateurs qui avaient déjà produit le savoureux Lilo & Stitch en 2002. Maintenant passés à Dreamworks, ils nous offrent un des meilleurs films d'animation de ce studio, dont les films - souvent très drôles et souvent des séries - sont essentiellement orientées vers de l'humour de second degré ou encore des références à la culture populaire (On pense à Shrek, Shark Tale ou Madagascar). Ici, nous avons plutôt un beau et bon petit film original, qui est d'abord porté par des personnages sympathiques (y compris les dragons, d'abord présentés comme des bêtes sanguinaires). Le dragon night fury Toothless rappelle à l'occasion les expressions de Stitch. Le film mélange avec habileté des décors splendides, un message positif sans être trop naïf, et un univers de fantasy dans une mythologie qui a encore échappé à la surexposition au cinéma: celle des Vikings.
Enfin, le film surprend parfois pas son intensité - notamment une scène finale impressionnante et une chute qui étonne par ses conséquences. Bref, si ça n'avait été du hasard faisant revivre les jouets de Toy Story la même année, How to Train Your Dragon aurait eu de très sérieuses chances pour un Oscar.
Comme je l'ai dit ci-haut, Toy Story 3 est définitivement le meilleur film d'animation que j'ai vu cette année. En fait, je devrais plutôt dire que c'est un des meilleurs films que j'ai vu cette année, tous genres confondus. Pourtant, donner suite aux deux excellents films (de 1995 et 1999) représentait un défi de taille. Évidemment, les techniques d'animation et l'expertise de Pixar en matière d'innovation pouvaient laisser augurer le meilleur en terme visuel, mais encore fallait-il pouvoir raconter une nouvelle histoire originale qui soit à la hauteur des films précédents et à la hauteur des attentes créés par une suite.
Le réalisateur Lee Unkrich en était peut-être à sa première réalisation officielle, mais il avait déjà oeuvré sur plusieurs films de Pixar depuis 1999, incluant comme assistant réalisateur sur trois longs métrages d'animation, dont Toy Story 2. Il relève le défi avec brio, réalisant un film qui réussi l'exploit d'être poignant et d'une drôlerie et d'une inventivité renouvelées et mené avec un rythme soutenu. Certaines scènes sont parmi les plus belles scènes que j'ai pu voir dans des films du genre et l'humanité qui se dégage de ces jouets est absolument incroyable. Ce degré de perfection est rare au cinéma (d'ailleurs, en animation, la dernière fois que j'ai éprouvé une telle admiration, c'était pour les 40 premières minutes de WALL-E, 40 minutes de pure génie cinématographique issues du même studio). Je soupçonne d'ailleurs la présence d'Andrew Stanton à titre de co-scénariste (histoire) comme étant en partie responsable de cet aspect humain du film.
Si les Oscars n'étaient pas historiquement concentrés sur les catégories d'acteurs "live" et que ces catégories soient souvent importantes dans l'appréciation d'un film en nomination, Toy Story 3 aurait eu tout ce qu'il fallait pour remporter l'Oscar du meilleur film. Et le degré d'excellence qu'il atteint devrait faire réfléchir l'académie sur la pertinence de créer une catégorie spéciale pour ces acteurs qui jouent les voix dans les films d'animation, car leur interprétation est pour beaucoup dans la réussite de ce genre de film.
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Note: Je n'ai pas eu l'occasion de voir The Illusionist, le film du français Sylvain Chomet qui avait été récompensé pour Les Triplettes de Belleville, mais ce que j'ai lu sur le film ne me permet pas de croire qu'il a une chance pour cet Oscar.
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lundi 21 février 2011

Des Archives du Lotus et du prochain film de Spielberg

Je reviens avec un billet sur mon ami Tintin, puisque je suis tombé par hasard sur un album de collection, une sorte de making of de l'album Le Lotus Bleu, qui est accessible via une méthode spéciale de commercialisation. Et au moment où je me préparais à écrire ce billet, j'ai vu les premières images du prochain film de Spielberg, justement adapté des aventures de Tintin.
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Les tintinophiles ne manquent jamais de matériel à se mettre sous le monocle; Au mois d'où de l'année dernière, je me plongeais justement dans la lecture d'un numéro spécial de la revue Philosophie ainsi que dans le livre Tintin et le Québec.
Par la même occasion, j'ai noté une publicité pour un album intitulé Les Archives Tintin le Lotus Bleu, offert à un prix dérisoire.
N'y voyant que peu de risque, j'ai commandé l'item, qui est parvenu rapidement chez moi, et que j'ai payé, sans scam à l'horizon. En réalité, le livre fait partie d'uen série complète de making of des aventures de Tintin; l'éditeur me proposait de commander ensuite Les Archives sur Tintin au Tibet. Ce second album coûtait un peu plus cher (mais encore bien en deçà du prix habituel de ce genre de chose), mais on pouvait voir que les suivants seraient vendus à prix conséquent à leur valeur. La méthode consistant à accrocher le tintinophile avec un ou deux albums pas trop chers pour qu'ensuite, hameçonné, il ne résiste pas aux suivants (surtout que ceux-ci sortent dans un ordre précis et que vous ne pouvez pas choisir lesquels vous voulez ou non, l'affaire s'arrêtant dès votre premier désistement). La chose n'est pas nouvelle, bien que j'ai l'impression qu'elle est beaucoup moins courantes depuis l'avènement d'Internet, d'eBay et toutes les librairies en-ligne.
Pour ma part, limitant mes dépenses de choses matérielles et refusant toujours d'accumuler trop d'objet - surtout des objets de collection - je me suis donc tenu au Lotus Bleu, que j'ai offert à mon père... après l'avoir lu.
Les Archives Tintin, si j'en juge par Le Lotus Bleu, se divisent en trois sections principales; la première est une mise en contexte de l'album en question: actualités à l'époque de sa création, inspirations, objets et croquis divers, photographies, documentation d'Hergé et contexte de création. Le milieu de l'album est une reproduction de la BD dans sa version standard couleur. Enfin, une dernière section traite des autres projets d'Hergé à la même époque, et dresse une liste bibliographiques des diverses éditions de l'album.
Les Archives du Lotus sont particulièrement intéressantes au niveau du contexte historiques et des faits ayant inspirés Hergé. Il faut dire qu'il s'agit d'un album-phare des aventures de Tintin et j'imagine que ce n'est pas un hasard si cette collection a été lancée avec ce titre. Le livre a aussi le mérite de publier de superbes illustrations - quelques-une inédites - ayant servi de points de départ, de promotions spéciales, d'esquisses ou encore faisant partie de la première publication de l'oeuvre, en noir et blanc (celle de gauche apparaissait déjà sur la couverture d'un petit cahier à spirale qui m'accompagne depuis quelques années pour prendre des notes). De ce point de vue, certains dessins valent à eux seuls le prix de ce premier volume.
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Un faisant quelques recherches en vue de la publication de ce billet (essentiellement pour en apprendre plus sur la collection et sa commercialisation), je suis tombé sur les premières photos du prochain film de Steven Spielberg: The Adventures of Tintin: The Secret of the Unicorn. Le film sera réalisé en motion capture et je suis très intrigué de voir le résultat, ayant des sentiments partagés en ce qui concerne cette technique cinématographique et tentant d'imaginer ce que ça va faire d'entendre Tintin en anglais.
La première photo est tirée du Crabe au Pince d'Or, puisque Spielberg combine quelques aventures pour se permettre de raconter la rencontre de Tintin et Haddock dès le premier film. C'est une jolie photo numérique.
La seconde photo semble déjà plus convaincante et il faut avouer qu'il aurait été ardu de créer la même impression de "voir" la BD avec des acteurs en chair et en os tout en demeurant crédible.
Le film est annoncé pour la fin décembre 2011, alors nous avons amplement le temps d'en entendre parler. Pour les amateurs, je mentionne qu'il s'agit d'une co-production de Spielberg et de Peter Jackson, et que c'est ce dernier qui est censé réaliser le film suivant. Les deux cinéastes prévoient produire trois longs métrages sur les aventures de Tintin.
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dimanche 20 février 2011

Chevron en Équateur et activisme à la Yes Men

Chevron / Texaco en Équateur
Vous aurez peut-être entendu la nouvelle de la condamnation de la compagnie Chevron par un tribunal équatorien suite à un litige environnemental qui dure depuis plus de 17 ans. Texaco, maintenant propriété de Chevron, déversait alors les déchets toxiques de ses forages équatoriens dans la forêt amazonienne. On ne parle pas ici de petits déversements ou de déversement accidentel, mais bien d'une pratique courante; On estime que Texaco a déversé 18 milliards de gallons de résidus et de boues toxiques sans aucun traitement préalable, en Amazonie.
Surnommé "Le Tchernobyl de l'Amazonie", ce désastre environnemental a fait l'objet d'un film documentaire en 2009 intitulé Crude, auquel ont participé le président actuel de l'Équateur, Rafael Correa ainsi que les cofondateurs de la Rainforest Foundation, le musicien britannique Sting et l'actrice et productrice Trudy Styler. Malgré les tentatives d'empêcher la présentation du film, celui-ci a remporté plusieurs prix dans des festivals (dont Sundance) et a reçu un accueil unanime de la critique (95% au tomatomètre).
Évidemment, la compagnie a déjà annoncé qu'elle n'entendait ni respecter le jugement de la cour, ni se soumettre à la sentence; une amende de 9,5 milliards de dollars. Et si Chevron a déclaré qu'elle irait en appel, la poursuite en appellera également de la sentence, réclamant plutôt des dommages de 27 milliards, soit le coût minimal du nettoyage estimé du fiasco Texaco (et on estime le coût total environnemental à 40 milliards).
Si vous voulez en savoir plus sur cette histoire, il existe un site d'information sur la campagne pour la justice en Équateur qui s'intitule très justement Chevron Toxico.
Plutôt que de reconnaître ses responsabilités, Chevron agit comme toutes les grandes corporations et a plutôt investit dans une vaste campagne publicitaire pour se refaire une image.
Poussant le cynisme assez loin, la page web de Chevron affiche le slogan: "Finding newer, cleaner ways to power the world".
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Yes Men et autres activistes
Les Yes Men sont un duo d'activistes qui oeuvre en organisant des canulars ambitieux. Ils personnifient souvent des porte paroles d'entreprises ou organisations qu'ils ciblent. Par exemple, à Copenhague en 2009, ils ont lancé une fausse campagne d'Environnement Canada signifiant que le Canada allait adopter des normes strictes en matière de réduction de gaz à effet de serre. Faux sites internet, faux communiqués de presse, fausses réactions internationales, les Yes Men sont bien organisés.
Pour l'anecdote, le gouvernement avait alors accusé à tort le porte-parole d'Équiterre d'être responsable et avait accidentellement fait fermer (illégalement) plus de 4000 sites internet en faisant des pressions (illégales) sur les fournisseurs d'hébergement du faux site d'Environnement Canada. L'idée derrière ce canular était qu'en forçant le Canada à nier une aussi bonne nouvelle et en rétablissant les faits sur notre absence de contraintes réelles, le pays paraissait particulièrement déficient. Ils avaient visé le Canada vu sa position de cancre de Copenhague.
Vous avez peut-être entendu parler des Yes Men par d'autres de leurs canulars, ou bien par un de leurs deux films documentant certaines de ces farces politiques (Dow Chemicals, Haliburton, Exxon...).
Leur célèbre fausse édition du New York Times du 4 juin 2009 (imprimée et distribuée largement à New York et Los Angeles le 12 novembre 2008) est encore disponible en ligne sur le faux site qu'ils avaient créé pour l'occasion. Les nouvelles délirantes qu'ils y publient donnent des idées pour ceux qui voudraient faire de même ailleurs...
Si je vous parle des Yes Men, c'est que Chevron est devenue leur plus récente cible. Comme la compagnie réagissait à sa condamnation en Équateur par un investissement massif dans une campagne pour redorer son image (dont le slogan est "We Agree, do you?"), les Yes Men ont décidé de les "appuyer" en lançant leur propre campagne de publicité Chevron.
D'ailleurs, la plupart des affiches qui sont reproduites dans ce billet proviennent de leur banque d'affiches publicitaires de Chevron, qu'ils vous invitent à utiliser, reproduire, imprimer, distribuer, et apposer un peu partout.
Cette autre affiche (à droite) provient d'une seconde fausse campagne publicitaire de Chevron organisée par les activistes du site True cost of Chevron, qui s'attarde non seulement au désastre environnemental en Équateur, mais aux dommages causés par Chevron partout dans le monde. Ces affiches jouent sur l'image générale que tente de se donner Chevron ("Human Energy").
(Parenthèse canadienne)
Au Canada, Chevron opère deux sites distincts dans les sables bitumineux en Alberta. Des communautés d'Alberta, de Colombie Britannique, de Saskatchewan et des Territoires du Nord Ouest s'opposent constamment aux nouveaux développements et à l'expansion des sites déjà exploités. Sur le site True Cost of Chevron, un des chefs amérindiens mentionne que "We have to slow down industry to let us catch up. ... If we continue to let industry and government behave the way they've been behaving the last 40 years, there will be no turnback because it will be the total destruction of the land." (Preuve que ce ne sont pas tous les résidents des prairies qui sont en faveur de cette exploitation sauvage et déréglementée favorisée par le gouvernement Conservateur).
Les détails de l'impact de ces sites - et de tous les autres sites exploités par Chevron - sont disponibles dans des rapport annuels alternatifs de Chevron préparés par le site et disponibles en ligne.
Au Canada, ne cherchez pas les stations de Chevron (ou les stations d'essence Texaco), car Texaco Canada a été vendue en 1989 à Imperial Oil et ses stations sont devenues des stations Esso.
Deux notes intéressantes
Pour revenir au dossier équatorien, dont le désastre environnemental s'est étendu entre 1972 et 1993, un article publié sur le site de l'organisme Oil Watchdog rappelle que si Chevron avait réglé ce dossier en payant les sommes demandées, l'entreprise aurait payé moins cher que ce qu'elle a encourue au fil des ans en frais juridiques et en contre-promotions (incluant un documentaire commandité en sa faveur pour contrer l'effet d'un reportage de l'émission 60 Minutes). L'organisme a également publié une fausse publicité (ci contre) pour dénoncer l'attitude de Chevron.
Aux États-Unis, Condoleezza Rice était une des membres du conseil d'administration de Chevron et en charge du comité sur les politiques publiques de la compagnie, avant de devenir principale conseillère sur la sécurité nationale, puis secrétaire d'état de George W. Bush. Pour l'honorer, Chevron avait d'ailleurs nommé un de ses pétrolier en son nom, mais a du se raviser suite à la controverse ainsi crée.
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jeudi 17 février 2011

L'Esprit Vagabond activiste?

Même si plusieurs billets de ce blogue traitent de sujet politiques ou sociaux, je préfère me servir de cette tribune pour faire réfléchir plutôt que d'inciter à prendre action (*). À chacun ses choix et chacun ses causes.
Pourtant, je peux remarquer, depuis quelques mois, que je m'implique plus directement dans certaines causes, et que ces causes semblent toutes avoir un point commun: la lutte contre l'avancée de la droite au Canada et au Québec.
Parmi les sujets traités récemment, on note la crise économique mondiale, l'idéologie révolutionnaire, l'état du Canada, l'histoire impérialiste en Afrique et le gaz de schiste, par exemple. On peut voir une certaine tendance et ce n'est pas un hasard.
Droit et accès à l'information au Canada
Hier, je signais une pétition du groupe de pression Avaaz concernant une décision du CRTC qui semble absolument incroyable: La permission aux journalistes de publier des informations qu'ils savent fausses.
En un mot, on veut modifier la règle actuelle, qui interdit à un journaliste (ou un réseau d'information) de publier une information qu'il sait être fausse. Cette nouvelle permission est ainsi une porte ouverte à des campagnes de désinformations et, pour le lecteur/auditeur, la fin de la confiance portée à la profession de journaliste. Il n'y a qu'à consulter ce billet d'octobre dernier pour réaliser que l'on touche ici une corde sensible en ce qui me concerne. Le quotidien Le Devoir soulignait d'ailleurs la semaine dernière l'inquiétude des journalistes à ce propos. Rue Frontenac abonde dans le même sens cette semaine.
Mon collègue, l'auteur et blogueur Jean-Louis Trudel, avait déjà soulevé la question, identifiant du même coup l'origine de ce dossier, qui est directement relié à la nouvelle chaîne d'information de droite crée par Québécor. Cette entreprise qui intègre des éminents conseillers conservateurs, a d'abord tenté de s'imposer en se finançant à même les redevances versées aux chaînes câblées par les abonnés (j'avais alors également signé une pétition menée par Avaaz demandant au CRTC de ne pas accorder ce privilège à cette nouvelle chaîne). Maintenant, ils tentent d'obtenir le droit de publier des fausses informations sous le couvert du journalisme. La situation est plus qu'inquiétante, elle est carrément dangereuse et elle est développée avec l'aval du gouvernement conservateur.
Si vous vous demandez si c'est possible d'avoir une chaîne d'information continue qui cherche à biaiser l'opinion publique en présentant des faussetés sous le couvert de nouvelles, je vous invite à visionner le documentaire Outfoxed, qui démontre comment opère la chaîne américaine Fox News; c'est terrifiant, preuves à l'appui. On nous aurait présenté, il y a dix ans, un film d'anticipation avec ce sujet montré de la sorte, que l'on aurait trouvé toute l'affaire bien trop grosse, impossible, peu crédible, exagérée. C'est pourtant la réalité. (Et il n'y a qu'à écouter de la radio-poubelle pour comprendre que c'est possible ici aussi).
Pour ceux qui ignoraient l'affaire, je mentionne également que ce même CRTC avait récemment donné raison à Bell Canada qui demandait de permettre la facturation des services Internet à l'usage, ouvrant ainsi la porte à des tarifs encore plus élevés et dictés par votre accès à l'information sur le monde.
Est-ce utile de préciser que le gouvernement conservateur a procédé récemment à des nominations partisanes au CRTC et dans divers secteurs des médias? Est-ce une coïncidence si depuis, l'organe a tenté de limiter notre accès internet, et tente désormais de permettre la diffusion d'information journalistique erronée (une attaque directe aux bases mêmes de toute démocratie qui se respecte)?
Démocratie et ressources naturelles au Québec
Pas plus tard que la semaine dernière, je parlais du film documentaire Chercher le courant, (**) qui invite à la réflexion sur l'état de la gestion des ressources naturelles au Québec. J'en profitais pour soulever l'épineuse question de la mainmise du privé sur les ressources collectives et la démocratie au Québec.
Compte tenu de ce dossier (médiatisé dans l'affaire des gaz de schiste) et de la protection qu'il accorde à l'industrie de la construction (qu'il a lui-même appelé dans de délicieux lapsus "l'industrie de la corruption"), j'avais également signé la pétition demandant la démission du premier ministre Jean Charest, pétition qui vient d'être déposée (hier) à l'Assemblée Nationale avec 247 379 noms. En réaction à cette pétition, le représentant du gouvernement et du Parti Libéral du Québec, le ministre - tenez vous bien - "responsable de la Réforme des institutions démocratiques et de l’Accès à l’information", a simplement mentionné que le gouvernement ne permettra plus ce genre de pétition sur le site de l'Assemblée Nationale. Comme quoi on croit, au gouvernement, que c'est inacceptable de donner comme ça la parole aux simples citoyens. Une question au ministre: pense-t-il la même chose des lobbyistes?
Droits d'auteur au Canada
Plusieurs collègues auteurs et blogueurs ont attiré mon attention sur le dossier de la Loi C-32 sur le droit d'auteur, que le gouvernement conservateur actuel semble continuer à promouvoir au détriment... des auteurs et du droit d'auteur.
Jean-Louis Trudel est de ceux qui avaient sonné l'alarme en janvier dernier, rappelant les tentatives précédentes des conservateurs en la matière. J'avais mentionné le dossier au passage dans ma rétrospective de la gouvernance conservatrice au Canada, fin 2010, référant à une métaphore intéressante publiée dans La Presse. Depuis lundi, un vidéo donne le point de vue de quelques auteurs canadiens sur la question et est disponible sur Youtube. Enfin, Un site consacré à la question invite à la mobilisation (notamment par une pétition contre le projet de loi C-32, que j'ai également signée).
Cette bataille fait l'objet de plusieurs textes engagés, dont l'éditorial de Daniel Sernine dans le dernier numéro de la revue Lurelu (à laquelle j'ai moi-même collaboré en 2010 et qui m'a versé des droits d'auteur). L'écrivain et rédacteur en chef mentionne: "De partout sur la planète, les protestations affluent, car le projet C-32 est l’une des premières lois à imposer le concept pernicieux et flou d’«usage équitable». Qui plus est, ce projet de loi ne respecte pas les traités internationaux auxquels a adhéré le Canada".
Un film sur des activistes américains qui fait réfléchir
Avant-hier, j'ai visionné un film documentaire qui avait reçue une nomination aux Oscars en 2004. Le sujet est un groupe d'activistes américains qui s'opposaient à la guerre au Vietnam et qui a évolué jusqu'à poser des actions violentes (incluant des bombes), mais organisées pour éviter de faire des victimes. Outre son intérêt documentaire sur cette période dense de l'histoire américaine, The Weather Underground pose la question de savoir jusqu'où nous sommes prêts à aller dans notre activisme pour défendre nos idées et nos droits en démocratie? Et pour défendre la démocratie elle-même?
C'est un peu la réflexion que je voulais faire ici, en mentionnant mes récentes implications, compte tenu que l'on vit dans un pays où la démocratie s'effrite de plus en plus. Devant un tel constat, on ne peut que réagir par le cynisme, ou l'activisme.
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(*) Un de mes amis me disait à la blague qu'il ne me voyait pas descendre dans les rues du Québec à scander des slogans révolutionnaires, mais qu'il pouvait m'imaginer le faire dans les rues d'Amérique Latine. La ligne entre les deux est pourtant mince.
(**) Le producteur a mentionné être en négociation pour une télédiffusion éventuelle. D'ici là, vous pouvez écouter le point de vue du réalisateur et du narrateur lors de leur passage à l'émission Tout le monde en parle qui sera diffusée dimanche le 20 février prochain.
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"Ne soyez pas cons" est tiré d'une affiche électorale parallèle réalisée en 2008 par des étudiants en design de l'UQAM.