samedi 3 mars 2012

Bratislav-Zonin

J'ai quelqu'un à vous présenter.
Bratislav-Zonin de Prekrasne, c'est le nom d'un nouveau coloc qui partage mon appartement depuis mon retour des Balkans.
Mais avant de vous le présenter officiellement, j'ai une devinette:
Qu'est-ce qui a des oreilles de lynx, des pattes de lapin et une queue de raton-laveur? (Photo ci-contre).
...
Réponse: Un chat sibérien.
C'est que, voyez-vous, mon amie Suze a adopté un chat sibérien. Elle cherchait un nom qui lui rappelle à la fois ses origines d’Europe de l’est et notre voyage chez les slaves de l’été dernier, voyage au cours duquel elle a fait l’adoption du félin en question.
Bratislav, faisant écho à Bratislava, semblait donc idéal.
Quand à Zonin, c'était son nom de baptême chez l’éleveuse. Elle fonctionne par thématique, en était à la lettre Z, et sa thématique était le vignoble italien. Et par une amusante coïncidence, il se trouve que la famille Zonin qui possède un vignoble en Italie est d'origine... russe.
Bratislav-Zonin était donc le nom parfait cherché par Suze pour son chat sibérien.
Prekrasne, c'est le nom de la chatterie d'où il vient. C'est un mot slave qui signifie "magnifique" (rien pour réduire l'ego du chaton). Si vous suivez le lien, vous découvrirez que c'est une éleveuse d'Arizona. C'est que le sibérien est un chat relativement rare. Dans le cas qui nous occupe, l'éleveuse venait justement livrer une chatte à Montréal quelques jours avant notre retour de Prague, Zonin a donc fait le voyage en sa compagnie.
Les lecteurs de ce blogue connaissent mon amour des animaux, grands et petits, et savent que certains de mes meilleurs amis avaient quatre pattes. Ils savent aussi que je suis un grand amateur de chats quand vient le temps de faire de la photographie.
Pour ma part, comme je revenais de pays slaves également, j'avais encore la structure de ces langues en tête quand j'ai simplement imaginé un diminutif pour mon nouvel ami: B-Zo, ou Bozo, en Croate ou en Tchèque :-).
C'est donc avec plaisir que je vous présente en quelques photos, mon ami Bratislva-Zonin, dit Bozo, ou Z, pour les intimes.
Né en Arizona d'ancêtres Sibériens mais d'un père habitant la Norvège, Zonin, dont le nom Russe est aussi celui d'un vignoble Italien, porte aussi un nom évoquant la capitale de la Slovaquie. Comme il avait déjà pris l'avion avant que je ne le rencontre pour la première fois, je n'aurais pas pu tomber sur un ami félin aussi international et déjà adapté à mon mode de vie.


Comme c'est un félin, Bozo adore son confort et une couverture de polar semble l'idéal pour ses soirées et nuits d'hiver.


Un petit hommage à ses origines, avec quelques bouteilles qui seront toutefois réservées à ses colocs.


Photo prise alors qu'il était encore tout chaton. Le sibérien est un chat costaud, qui peut atteindre facilement plus de douze livres. Adulte, son poil est long et soyeux, et il se pavane avec une crinière large et dense.


Amateur de jeux et jouets divers, Z range ses balles dans une boite d'oeufs idéale pour l'occasion. (En fait, je dis "range" mais il a plus tendance à sortir les jouets de la boite d'oeufs qu'à les y ranger).


Un peu plus âgé, mais pas encore adulte (photo prise à presque 11 mois), on voit déjà ses couleurs se préciser et sa crinière prendre de l'ampleur.


Voilà, c'était donc mon nouvel ami sibérien. Dommage qu'il fasse si froid là-bas, ça pourrait être intéressant à aller visiter...
--

vendredi 2 mars 2012

Pour un Québec conscient (3)

Dans les deux billets formant le début de cette série sur le Québec, la crise et le futur de la province, nous avons vu que pour le Québec, être un peu plus à gauche du spectre économique a grandement aidé la province à minimiser les premiers impacts de la crise. Aussi, comme l'histoire du Québec nous montre que le Québec s'est bâti et a atteint des sommets en appliquant des politiques clairement plus socialistes que d'autres provinces canadiennes et d'autres pays occidentaux, l'évidence est de conclure qu'il s'agit de poursuivre, voire même d'accentuer certaines de ces politiques, afin de mieux encore affronter ce qui s'en vient.
Explorons donc ce que les divers intervenants proposent pour le Québec, afin de voir si les solutions proposées vont dans la direction qui serait souhaitable compte tenu de nos observations précédentes. Une multitude d'auteurs et d'acteurs politiques ont multiplié les interventions et les publications depuis quelques années.
L'importance de l'État
Dès 2003, ce genre d'idées était donc déjà amenée sur la place publique par Gil Courtemanche, dans son livre: La seconde révolution tranquille - Démocratiser la démocratie. L'auteur et journaliste y évoque d'abord le  concept de solidarité, puis il s'attaque à celui de démocratie, en argumentant qu'il n'y a pas de démocratie sans la gauche. "Un pays sans grande organisation politique de gauche est un pays atrophié. Une démocratie sans parti de gauche est une fausse démocratie, une démocratie malade. Les plus grands perdants sont les citoyens ordinaires et ce sont évidemment les riches qui gagnent au change.C'est encore plus vrai aujourd'hui, alors qu'un capitalisme sauvage , semblable à celui du début du siècle dernier, s'est installé et que ses dirigeants ne dissimulent même plus leur envie de revenir en arrière et de sabrer dans les gains (...) que les citoyens ont conquis de haute lutte grâce à la gauche". Véritable précurseur des problèmes qui allaient arriver avec la crise mondiale que nous vivons, Courtemanche soulignait avec justesse: "Les États politiques s'agenouillent sous le joug du marché et de la nouvelle économie mondiale. Les souveraineté nationales, expression puis refuges de la volonté populaire, rétrécissent comme peaux de chagrin". Il n'y a qu'à constater ce qui se passe en Europe depuis un an et demi pour comprendre à quel point il avait vu juste. Comme s'il voulait répondre à ceux qui disent que les indignés sont apolitiques, ne s'impliquent pas ou manquent de revendications claires, il déclare: "Les militants les plus convaincus ou les jeunes assoiffés de changement et de justice quittent les partis quand ils ne les ignorent pas complètement. Ils ne sont pas dépolitisés: ils choisissent une autre politique". La société civile, qui englobe les écologistes et autres activistes de toutes sortes, est essentiellement issue de ces gens qui se politisent autrement que par les grands partis, qui semblent presque tous à la solde du pouvoir économique. Il souligne que le québécois lamdba semble se réfugier dans le confort et l'insouciance, ce qu'il associe à une certaine démission positive, un peu comme le faisait Arcand dans son brillant documentaire sur l'échec du premier référendum. En conclusion, Courtemanche suggère trois grands objectifs pour sortir du modèle problématique où nous sommes; Une refonte du mode de scrutin, participation citoyenne à la gestion publique, et démocratie économique minimale.
Les objectifs de la gauche
Vers la fin de 2008, alors que l'on ne mesurait pas encore l'ampleur de la crise mondiale, le sociologue et écrivain Jean-François Lisée explorait à son tour les pistes de changements sociaux que nous pourrions suivre, dans un livre intitulé Pour une gauche efficace. L'objectif de sa gauche efficace est celui "d'une société où il fait bon vivre et qui a donc les moyens de sa qualité de vie. Elle a pour objectif de favoriser l'épanouissement économique, culturel, scientifique, écologique se ses citoyens et de ses communautés.". La gauche efficace de Lisée "ne vise pas la création de richesses comme une fin en soi, mais la qualité de vie, dont la prospérité durable este une variable essentielle". L'auteur se place donc d'emblée en totale opposition aux Lucides, dont la création de la richesse économique était le point central du manifeste. Lisée reproche aux tenants de la droite et aux obnubilés du PIB de ne jamais mettre en perspectives leurs chiffres avec la réalité sociale. Chiffres et analyses à l'appui, il démontre que les riches sont plus nombreux au canada anglais et aux États-Unis qu'au Québec, mais que le 20% de plus pauvre est mieux nanti au Québec qu'ailleurs en Amérique du Nord. Il établi de la même manière que le Québec - grâce à ses politiques sociales passées - a un taux de scolarisation le plaçant 8e sur les 24 pays de l'OCDE, alors que les États-Unis sont 20e. Lisée n'hésite pas non plus à suggérer certaines idées attribuées à la droite, comme une libéralisation des tarifs d'électricité, ou des baisses de taux d'impôts (mais des hausses des taux de taxes à la consommation), mais il accompagne toujours ses propositions d'encadrement et d'interventions de l'état pour réguler ses propositions, d'où son intitulé de "gauche efficace", terme qu'il a d'ailleurs emprunté à François Legault, de l'époque où celui-ci était au Parti Québécois, ceci expliquant peut-être également le flou volontaire que Legault entretient sur ses idées politiques.
Éviter/sortir de la crise
En 2009, Lisée, qui est directeur exécutif du CERIUM, revenait avec une anthologie, co-dirigée avec Éric Montpetit, professeur du département de sciences politiques de l'université de Montréal intitulée Imaginer l'après crise - Pistes pour un monde plus juste, équitable, durable. Ce recueil -  issu d'un séminaire tenu en avril 2009 pour souligner le 5e anniversaire du Centre - propose des textes d'auteurs très variés qui analysent la crise et les avenues de sorties souhaitables, avenues dont la plupart relèvent d'idées de gauche, tel que son sous-titre le laisse entendre. L'ex-candidat socialiste à la présidence française Lionel Jospin y signe un texte où il démontre la nécessité de réglementer plus efficacement l'économie de marché actuelle. "La régulation est indispensable à la mondialisation. Elle passe par une restauration du rôle des États.". Toute la première partie ud livre est d'ailleurs constituée de texte qui tente de briser le moule, la norme qui est maintenant acceptée partout sans même être remise en question et qui repose sur les théories et politiques néolibérales, celles-là même qui ont précipité l'occident en crise et qui ne sont toujours pas à ce jour, remises en question par les gouvernements en place, malgré les beaux discours. Par exemple, Éric Montpetit s'attaque à la dérive économiste "qui a chassé de l'analyse des décideurs les variables pourtant essentielles de la psychologie, la sociologie et des sciences politiques, et d'autres outils de la compréhension de l'activité humaine". Ce que la "science économique" avance traite toutes ces questions humaines - de même que les questions environnementales - comme des "externalités". Les modèles proposés (et appliquées actuellement par la grande majorité des gouvernements en occident, y compris ceux d'Ottawa et Québec en ce moment) n'incluent donc jamais ces variables. En seconde partie, Lisée lui-même explore les diverses réponse à la question: "Peut-on imaginer des réformes qui permettent, dans un premier temps, de dompter le capitalisme pour qu’il fasse plus de bien que de mal? Peut-on se préparer à le dépasser, pour qu’il ne soit plus le mode dominant de l’organisation humaine?".
La droite et la gauche au Québec
Parmi les autres auteurs récents, on peut également consulter De colère et d'espoir de Françoise David, porte-parole de Québec Solidaire, ou encore le recueil De quoi le Québec a-t-il besoin?, publié sous la direction de Marie-France Bazzo, Vincent Marissal et Jean Barbe. Ces livres récents sont loin d'être uniques; il ne se déroule pas une semaine sans qu'un bouquin politique ne soit publié au Québec. Parmi les plus récents, mentionnons les livres et chroniques de Éric Duhaime, Jean-François Lisée, encore, et Mathieu Bock-Côté la semaine dernière.
Du côté de Duhaime, ses délires anti-État et anti-babyboomers achalent au début, puis font rire jaune tellement ils sont gros. Partisan d'une extrême droite assumée dans ses textes (mais pas à la télé de la SRC où il tente d'apparaître modéré), obnubilé par le déficit, Duhaime propose une sérieuse cure d'amincissement de l'État, une tâche qui "nécessiterait une personnalité de l’envergure de Margaret Thatcher". Faisant l'éloge d'une des grandes responsables des politiques néolibérales qui ont finalement plongé la Grande-Bretagne dans sa pire crise économique depuis 100 ans, Duhaime n'a visiblement rien compris à ce qui a aidé le Québec à éviter le pire de cette crise.
Dans son dernier pamphlet politique, Lisée s'attaque carrément à 15 affirmations de la droite québécoise, et réaffirmant que les politiques socialistes correspondent beaucoup plus aux valeurs québécoises. L'auteur propose également de faire encore mieux que ce que nous avons fait jusqu'à maintenant, en terme social.
Bock-Côté, qui publie autant au Journal de Montréal qu'au Devoir, adopte une position centriste plus posée, mais très loin de la droite à la Duhaime. En ce sens, sans être de gauche comme Lisée, il se rapproche beaucoup des idées de ce dernier. Sur le capitalisme, il écrit: "Une société qui tournerait le dos au capitalisme s’appauvrirait économiquement. Mais une société ne vivant plus que pour le marché s’appauvrira culturellement." À la différence de Lisée, par contre, le sociologue Bock-Côté fait directement la promotion des valeurs traditionnelles, même quand il propose un meilleur encadrement de l'économie de marché. "Le capitalisme n’est pas sans grand défaut. Il ne faut pas l’abolir, mais l’encadrer. Mais pour l’encadrer correctement, il ne faudra miser exclusivement sur une régulation bureaucratique tatillonne. Elle ne suffit pas. Il faudra redécouvrir des valeurs culturelles fondamentales. La discipline. Le travail. La famille. La nation. La culture. Ces valeurs apprennent à penser à long terme. À relativiser ses désirs. Elles nous éloignent de l’insignifiance.". Affirmant ne pas croire au multiculturalisme de la société québécoise, et se définissant comme "gaulliste", il revient à ses valeurs traditionnelles dans son bilan de 2011, en identifiant le problème principal du Québec: "Notre société a complètement perdu ses repères. Elle n’est pas seulement déréglée en surface, mais en profondeur".
Approfondir les questions socio-économiques - Références
Il y a aussi les études de Ll'IRIS: institut de recherche et d'informations socio-économiques que l'on peut consulter sur des sujets plus précis (comme par exemple le débat actuel sur la hausse des frais de scolarité et l'accès aux études universitaires). Enfin, si on cherche une couverture (mondiale mais avec une vision d'ici) à peu près complète sur le sujet des politiques sociales, on peut justement consulter mensuellement le site de Politiques Sociales, publié par le Centre de recherche sur les Politiques et le Développement Social de l'Université de Montréal.
Qui est porteur de ces solutions?
C'est bien beau de voir que beaucoup de solutions et de pistes de solutions sont proposées par divers intervenants. C'est encore mieux de voir que la plupart des intervenants sérieux proposent des idées qui vont dans le sens des politiques socio-économiques qui ont permis de mieux préparer le Québec à la crise et d'assurer au québécois un meilleur filet social. Mais encore faut-il quelqu'un (groupe, parti, leader) pour les porter vers leur mise en place. Pour le moment, sans changement de système, au Québec, il faudra que l'un des partis politiques deviennent porteur de ces solutions si on veut espérer les voir implanter un jour. Sans vouloir effectuer une analyse en profondeur des programmes actuels des quatre partis représentés à l'Assemblée Nationale (et qui seront peut-être bientôt en campagne électorale si on en croit les rumeurs), on peut tout de même dresser un tableau sommaire de leurs positions actuelles sur ces questions.
C'est ce que je me propose de faire dans la 4e et dernière partie de cette série sur le Québec et la crise.
--

mercredi 29 février 2012

Éditions de nouvelles (et d'anciennes)

Un court billet pour mentionner quatre textes récemment édités/réédités et disponibles en ligne.
Le premier est une nouvelle épistolaire intitulée Hôtel Hilton, 11 février, qui avait à l'origine été publiée sur mon site web en 2004. Cette nouvelle mettait en scène des événements (fictifs) se déroulant entre 2004 et 2012. Je l'ai revisitée récemment, en réalisant que ce qui s'y déroulait était maintenant entièrement dans le passé. Pour l'occasion, je l'ai rééditée en l'incorporant à ce blogue, et en y ajoutant des notes datées du 22 février 2012, soit 11 jours après la fin de la nouvelle et qui permettent de jeter un regard différent sur celle-ci.
Couverture de l'édition originale
de "Une soirée tranquille" en 2001.
Une autre visite dans mes archives a débouché sur la réédition d'une nouvelle intitulée Une soirée tranquille, publiée originalement en 2001 en tirage limité. Vous ne trouverez le texte nulle part, mais les Éditions de l'A Venir proposent maintenant une adaptation audio de la nouvelle, lue par Christian Martin. J'avoue avoir trouvé vraiment intéressant d'écouter cette adaptation, qui est en quelques sortes la vision de Martin de ma nouvelle; c'est sa voix (au sens littéraire), ainsi que les effets sonores et la musique qu'il a choisi d'y intégrer. Les lecteurs attentifs remarqueront peut-être qu'une partie de ce qui se déroule à Vancouver dans cette nouvelle ressemble fort à une partie de la nouvelle La petite brune aux yeux verts, publiée il y a quelques mois dans Solaris 180, et dont les événements se déroulent par contre à Montréal. On comprendra que les deux histoires racontent simplement les mêmes événements (ou presque), mais dans le contexte de deux trames possibles dans l'univers où évolue le ZL de La petite brune aux yeux verts et de Au plus petit café du monde. (Solaris 163).
Puis, par hasard, pour répondre à une demande, j'ai dû fouiller dans mes archives plus anciennes et m'y perdant pendant quelques heures, j'y ai découvert un court texte, issue d'une époque où je me pratiquais à écrire tous les jours, peu importe ce qui sortait. Quelques nouvelles de cette époque forment des short-short, dont certaines ont été publiées, alors que d'autres textes étaient plutôt inclassables. J'ai mis en ligne un de ces textes hier, en prévision du présent billet, texte qui s'intitule Ock. Ock devait être le premier d'une petite série d'aventures d'hommes préhistoriques racontées avec le regard moderne, et dans lesquels j'allait explorer quelques thématiques un peu absurdes.
Enfin, c'est totalement par hasard, en faisant une recherche sur autre chose, que je suis tombé sur la mise en ligne d'une de mes premières nouvelles publiées (ma seconde nouvelle, en fait, tel que je le mentionnais ici en décembre dernier). Suite à la publication du catalogue de la revue Brèves Littéraires sur le portail Érudit, on peut lire ma nouvelle Le Marchand de rêves directement en ligne en accédant au texte en PDF issu de la revue.
Suite à ces diverses éditions/rééditions, j'ai donc mis à jour mon billet de fictions disponibles en ligne.
Bonne lecture.

mardi 28 février 2012

Ock

Ock
Par Hugues Morin
*
- Ock, ock!
Ock sortit de sa caverne pour découvrir que la température avait continué de chuter.
Ock avait vu là un signe de l’arrivée de la saison sans nourriture et il avait entreprit de faire des provisions. Après trois jours à ramasser tout ce qui était comestible et à l’enterrer près de sa caverne, il prit une journée de repos bien méritée. C’était un samedi d’octobre mais Ock n’en savait rien puisque le calendrier julien ne serait inventé que plusieurs siècles plus tard.
Ock fut importuné pendant sa sieste par la visite de Gah.
Gah venait quêter de la nourriture. Ock le chassa de chez lui. Il l’avait vu qui s’amusait à courir les femelles même si la saison des amours était terminée. Pendant que Gah prenait du bon temps, Ock travaillait dur pour amasser ses provisions. Gah n’en avait pas et il devait bien sentir lui aussi que la dure saison arrivait bientôt. Il avait peur, mais tant pis pour lui. Ock se rendormit. Il avait peu dormi pendant les nuits précédentes, ses activités de ramassage l’occupant pendant une bonne partie de la nuit.
Ce fut un frisson qui réveilla Ock.
Un air glacial s’engouffrait dans sa caverne. Il sortit jeter un oeil à l’extérieur. Il avait bien fait de faire des provisions. L’air qui rendait trop dur la nourriture était bien arrivé. Ock alla vérifier que ses provisions n’avaient pas été pillées par un de ses congénères. Il souleva l’épais tapis de feuillage et de paille sous lequel il avait amassé ses victuailles. Rien n’avait été touché. Ock soupira. À chaque début de saison dure, il arrivait que de vaillants ramasseurs se fassent voler leurs provisions. Et comme l’assurance-habitation n’était pas plus inventée que le calendrier à cette époque, la pauvre victime devait se débrouiller autrement.
Ce dimanche matin, Gah revint à la caverne de Ock.
- Gah, gah!
Il le supplia de lui donner de la nourriture. Ock voulut le chasser à nouveau, mais il permit plutôt à Gah de se nourrir, puis Gah s’en retourna. Le soir venu, le temps s’était calmé. Une douce brise réchauffait les membres d’Ock, assis devant sa caverne. Peut-être avait-il fait erreur en croyant la dure saison venue. Il ne savait trop. Le ciel était de cette couleur qui annonçait une belle journée pour le lendemain, mais Ock n’avait aucune idée de ce que signifiaient les couleurs prises par les cieux. Les météorologues qui lui succéderaient n’en sauraient guère plus sur les prévisions du temps, mais c’est une autre histoire.
Gah revint chez Ock le soir suivant.
Il avait consacré sa journée à ramasser des provisions. Et il venait remettre à Ock une portion d’un repas. Il lui remit une plus grande quantité de nourriture que ce qu’il avait consommé, en guise de remerciement pour sa générosité.
Après le départ de Gah, Ock se recoucha et s’endormit.
L’été indien venait de débuter, un concept qu’Ock ne reconnaîtrait pas de son vivant. Toutefois, cet été indien permettrait à Gah de ramasser assez de provision avant la saison froide. Et Gah croirait toujours avoir survécu grâce à Ock, ce qui est bien excessif, puisque Gah aurait bien pu jeûner une journée entière. Mais Gah ne pousserait jamais son raisonnement jusque-là.
De son côté, sans s’en rendre compte, Ock avait accompli un geste historique qui se perdrait pourtant dans la nuit des temps, avec cet échange de nourriture avec Gah et le remboursement de ce dernier.
Ils avaient inventé le crédit.
--
© Hugues Morin, 2011.

lundi 27 février 2012

Oscars 2012: Retour sur gala et résultats

Un court billet pour revenir sur les Oscars d'hier.
Billy Crystal a animé avec humour un gala sobre, sans trop de flafla sur scène, et j'avoue préférer voir des montages d'extraits de films de l'année ou historiques que de voir trop de numéros de danse ou de chants. Les Oscars, c'est du cinéma, mais de la musique rock ou de la danse. Le numéro du Cirque du Soleil était joli, mais suffisant en ce qui me concerne. Voilà donc pour le show.
Côté résultats, j'ai été relativement peu surpris pendant la soirée, puisque si vous jeter un oeil sur mes prédictions, j'ai vu juste 8 fois sur 9. Hors-blogue, je m'étais amusé à prédire les catégories plus techniques également, et bien que j'en ai échappé deux parmi celles-ci, j'ai tout de même vu juste 6 fois sur 8, ce qui n'est pas mal non plus.
Même si l'Oscar de la direction photo n'a pas été remis à The Tree of Life, mais à Hugo, ce n'étais pas totalement une surprise. Par contre, celui du montage qui est allé à The Girl with the Dragon Tattoo était une agréable surprise (j'avais prédit The Artist, mais mon choix personnel allait au film de Fincher, donc j'étais très content). Tel que je l'avais imaginé, Hugo est d'ailleurs reparti avec plusieurs Oscars, tous techniques et je suis vraiment content de voir que ma prédiction sur le scénario de Woody Allen s'est avérée exacte.
Évidemment, la seule véritable grande surprise de la soirée a été l'Oscar remporté par Meryl Streep. Pas qu'il soit étonnant qu'on reconnaisse son talent et sa prestation dans The Iron Lady, mais j'ai été étonné que Viola Davis ne l'emporte pas pour The Help. Évidemment, le fait que Streep ait été nominée 17 fois (et ait remporté 2 Oscars en carrière) a joué pour beaucoup, mais comme elle était presqu'une habituée de laisser passer et de se retrouver là l'année suivante, j'avais sous-estimé cet élément dans son cas. Je suis bien content pour elle et son speech d'acceptation était plutôt drôle.
Du côté des présentateurs, la plupart des textes sont très écrits, alors il y a rarement des éléments très drôles ou particulièrement originaux. La présence de Robert Downey Jr aux côtés de Gwyneth Paltrow pour présenter l'Oscar du documentaire était hilarante, par contre.
Avec 14 prédictions justes sur 17 catégories (dont 8 sur 9 publiées), on pourrait se demander pourquoi je regarde les Oscars. Ce n'est, évidemment pas pour le Tapis Rouge (bien que la "joke" de Sacha Baron Cohen avec les cendres de Kim Jong Il était une trouvaille assez tordante). Les belles robes des actrices ne m'attirent pas nécessairement non plus - j'avoue être plutôt étanche aux designers de mode en général. Si vous voulez absolument mon avis, Nathalie Portman était probablement la plus jolie hier, mais elle est souvent la plus jolie, et les autres actrices avaient toutes l'air de porter la même robe blanc-oeuf en ouverture à cloche vers le bas avec un décolleté variable.
Pourquoi je regarde les Oscars, alors? Et bien tout simplement parce que j'adore le cinéma. J'aime énormément le cinéma. Et quand on est passionné de films, il est normal que l'on aime se retrouver avec des gens qui partagent notre passion. Hier, pendant le gala, il n'était pas rare d'entendre les gens (dans leurs remerciements ou dans des présentations spéciales ou vidéo) mentionner à quel point ils adorent le cinéma. Ayant dans ma vie côtoyé très peu d'amis qui adorent vraiment ça autant que moi, j'avoue que mon rendez-vous annuel avec Hollywood et Oscar, c'est un peu comme une soirée passée en compagnie de gens qui partagent ma passion, qui sont, en quelque sorte, sur ce point, comme moi. Hier soir, j'étais touché quand Billy Crystal a parlé du producteur qui l'avait engagé la première fois pour les Oscars, et qui est décédé pendant l'année. J'étais heureux de voir Jean Dujardin remercier Douglas Fairbanks, pionnier du cinéma avec Chaplin, j'étais content de voir Michel Hazanavicius remercier (trois fois!) le réalisateur Billy Wilder. J'étais amusé de voir certains acteurs venir nous raconter leurs premiers souvenirs au cinéma et que plusieurs de ces souvenirs croisaient les miens. Il n'y rien d'utile à écouter les Oscars, pas plus qu'à avoir cumulé des souvenirs et connaissances sur le cinéma depuis des décennies. Mais c'est ça, la beauté d'une passion comme celle-là; pas besoin d'y chercher une utilité, c'est agréable et c'est suffisant. Et ça le sera toujours pour moi, quand arrive la saison des Oscars.
--
Photos: Oscars.com

samedi 25 février 2012

Oscars 2012: Les prédictions de l'Esprit Vagabond

Après la publication de mes choix pour les Oscars, voici un exercice plus difficile, celui de prédire quels seront ceux de l'Académie ce dimanche soir. Je me concentrerai sur les mêmes neuf catégories, essentiellement pour les mêmes raisons que dans ma liste de choix.
Le jeu des prédictions est souvent risqué, car les résultats du vote dépendent de beaucoup de facteurs, qui dépassent le simple concours annuel. Je tenterai de tenir compte de ces divers facteurs dans les arguments justifiant mes pronostics. Une précision, si vous avez entendu des reportages sur les oscars depuis l'annonce des nominations; j'ai entendu à plusieurs reprises que l'un des favoris était Hugo, de Scorcese, car c'est le film qui obtient le plus de nominations. C'est souvent un bon signe, mais cette année, on oublie l'absence de nominations dans les quatre catégories d'acteurs, qui sont très importantes dans l'appréciation générale d'un film aux Oscars. Je pense donc qu'Hugo, en autant que les neuf catégories majeures sont concernées, repartira bredouille. En plus, le film de Scorcese jongle avec le fantastique, ce qui est souvent le signe qu'on le récompensera par des Oscars plus techniques.

Devant la caméra
Meilleur acteur: Jean Dujardin. Dujardin est porté par un film qui a le vent dans les voiles et un des plus grands nombres de nominations, dont plusieurs dans les catégories artistiques majeures. Il a aussi remporté le Screen Actor's Guild (SAG) Award, un prix voté par des acteurs, qui sont majoritaires en nombre, à l'Académie. Son rôle est aussi un hommage à Hollywood et à ses premiers acteurs, tout ça plaira énormément aux membres de l'Académie. Et sa performance mérite l'Oscar, même si son seul véritable rival - qui pourrait encore causer une surprise dimanche soir - est George Clooney. Clooney en est à sa 3e nomination en 5 ans dans cette catégorie; on pourrait le croire dû, mais c'est sans compter sur l'idée qu'il y sera à nouveau, probablement dans un futur proche; son tour viendra. Il a de plus déjà remporté l'oscar du meilleur acteur de soutien. Dujardin, donc, mais cette catégorie est celle que j'ai trouvé la plus ardue à prédire.
Meilleure actrice: Viola Davis. Parce que sa performance dans The Help avait Oscar écrit partout dessus, si je puis m'exprimer ainsi. Le sujet, le traitement, son interprétation tout en douceur et en humour d'un sujet pourtant sérieux, ça et le fait que trois de ses adversaires (Streep, Close et Williams) ont joué dans des films moins réussis; leurs nominations sont donc déjà en quelques sortes leur récompense. Rooney Mara (mon choix) est la seule nomination importante de son film, qui est un thriller en plus, genre de film qui n'est jamais mis de l'avant dans les catégories majeures. Davis, qui a déjà le SAG en main, repart avec l'Oscar, sans aucun doute.
Meilleur actrice de soutien: Octavia Spencer. Un rôle secondaire marquant, entre comédie et drame, quelques scènes inoubliables dans un excellent film, qui obtient plusieurs nominations pour ses actrices. Le seul obstacle entre l'Oscar et Spencer est la possible division du vote des amateurs de The Help, puisque Jessica Chastain est également nominé dans cette catégorie pour le même film. La division avantagerait Bérénice Bejo - les françaises causant parfois des surprises dans cette catégorie - mais cette potentielle division n'a pas empêché Melissa Leo de l'emporter l'an dernier, pas plus que ça n'empêchera Spencer de l'emporter cette année (Ça ne l'a pas empêché de remporter le SAG en tout cas, face aux mêmes nominées). Pour ceux qui portent attention, je ne ferai donc pas la même erreur que l'an dernier :-).
Meilleur acteur de soutien: Christopher Plummer. Aucune performance n'est arrivée à la cheville de celle-là dans cette catégorie. On aurait pu croire aux chances d'un vétéran comme Von Sydow, par exemple, mais Plummer profite lui aussi d'une longue carrière. Autrement, le seul autre prétendant aurait pu être Kenneth Brannagh, plusieurs fois nominé auparavant, et qui joue un personnage réel et un acteur, en plus, mais Plummer était trop fantastique dans The Beginners pour laisser d'autres choix à l'Académie, comme le confirme d'ailleurs son SAG dans cette catégorie.

Derrière la caméra
Meilleur réalisateur: Michel Hazanavicius, The Artist. On assiste à une vague qui ressemble à celle de l'an dernier, en faveur de The Artist. Mon argument de 2011 tient donc encore la route cette année pour cette prédiction ("Dans les 10 dernières années, il n'est arrivé que 3 fois où cet Oscar n'a pas été remis au réalisateur du film oscarisé à titre de meilleur film -cette prédiction est donc reliée à cette dernière catégorie, voir ci-bas"). M'étant avéré exact l'an dernier sur ce point, on est donc à 3 fois en 11 ans avant qu'Hazanavicius ne soit grand favori cette année. Sinon, Scorcese serait le choix de l'Académie, mais il a remporté cet Oscar il y a 5 ans pour The Departed, alors il n'y a rien qui puisse nuire au vote massif pour le réalisateur français, qui a également remporté le Director's Guild Award cette année.
Meilleur scénario adapté: The Descendants. À part pour l'acteur de soutien, il n'y a que les scénarios où mes prédictions rejoignent mes choix. La catégorie est pourtant fortement représentée par des anciens nominés et anciens lauréats, mais le scénario d'Alexander Payne et ses collaborateurs sera récompensé, ne serait-ce que pour souligner l'excellence de ce film qui ne remportera pas l'Oscar du meilleur film ni celui du meilleur réalisateur. Le seul qui pourrait prétendre causer la surprise est Moneyball, mais ça serait essentiellement pour les mêmes raisons, donc ça m'étonnerait. Moneyball, bien qu'il soit excellent, est moins fort et il a obtenu moins de nominations dans les catégories majeures que The Descendants.
Meilleur scénario original: Midnight in Paris. La course, ici, se joue à deux entre le Woody Allen et The Artist. Bridesmaids est une comédie succulente, mais les comédies ont rarement la cote quand vient le temps de remporter l'Oscar. L'excellence du scénario a donc déjà été récompensé par cette nomination. A Separation aurait pu causer la surprise (Arcand l'a fait avec les Invasions Barbares), mais pas face à Woody Allen dans cette forme splendide. Quand à Margin Call, sa nomination est déjà une surprise en soi. Enfin, The Artist et Midnight in Paris sont les deux seuls films de cette catégorie à être également nommé à titre de meilleur film. Ce qui me fait croire que The Artist échappera celui-là, c'est que son scénario, bien que parfaitement réussi pour le film, est quand même assez traditionnel, et que l'absence de dialogues parlés (et la forme minimaliste des dialogues écrits) font que l'exercice semble moins méritoire que le scénario de Woody Allen. Allen détient également le record pour avoir été en nomination dans cette catégorie 14 fois. Et comme son dernier Oscar pour le scénario remonte à 1986, on voudra certainement reconnaître son talent et son apport au cinéma du même élan.

Films
Meilleur film en langue étrangère: A Separation. Catégorie difficile, qui répond à des règles différentes des précédentes. Ici, je me base sur deux éléments. J'y vais d'abord avec les résultats des autres prix dans cette catégorie; Golden Globe (pas un excellent indicateur, même s'il s'est avéré exact l'an dernier), César (contre Incendies, de Denis Villeneuve, tiens). Le BAFTA (britannique) lui a échappé, mais contre l'Almodovar qui n'est même pas nommé aux Oscars. Le chauvinisme a donc ses limites et je ne crois pas aux chances de Monsieur Lazhar. A Sepration est également le seul film de sa catégorie à obtenir une autre nomination, et pas n'importe laquelle, celle du scénario. Cet élément à lui seul me permettrait de faire cette prédiction. Car la dernière fois où ça s'est produit, c'était l'année des Invasions Barbares et le film d'Arcand avait remporté l'Oscar.
Meilleur film: The Artist. Même s'il ne profitait pas déjà d'une vague en sa faveur, le film a récolté des nominations pour ses deux acteurs, son réalisateur et son scénario; toutes des catégories majeures. Hugo de Scorcese, Midnight in Paris et Tree of Life n'ont aucune nomination pour les acteurs et The Help et Moneyball n'ont pas été nommés pour leur réalisation. War Horse et Extremely Loud sont déjà honorés d'être en nomination.
Reste donc The Descendants et The Artist. Ce dernier possède tout ce qui fait d'un film un lauréat idéal, avec sa thématique hollywoodienne et historique ainsi que son hommage au cinéma américain et ses pionniers. Ces éléments l'emporteront donc sur The Descendants, qui raconte une histoire plus contemporaine et moins spectaculairement originale que celle de The Artist. Accessoirement, c'est aussi l'occasion pour les membres de l'Académie de réaffirmer leur amour d'une certaine manière de raconter des histoires; le seul film ayant plus de nominations que The Artist étant Hugo, un film en 3D. On ne pouvait imaginer plus diamétralement opposé que ces deux hommages au cinéma d'antan; l'un en 3D, l'autre muet et en noir et blanc. La nostalgie de The Artist l'emportera haut la main sur le génie de Scorcese, et le film le mérite.
--
Qu'en dites-vous? Avez-vous des prédictions différentes? Qui causera la surprise?
Réponses dimanche soir...

Oscars 2012: Les choix de l'Esprit Vagabond

Je me rends compte que le temps file et que la cérémonie des Oscars est dans quelques heures à peine. Voici donc, dans un premier temps, mes choix personnels aux Oscars de cette année.
N'ayant pas vu les films d'animation en nomination, je m'abstiendrai donc de voter ou prédire le résultat de cette catégorie. J'aurais aimé avoir pu choisir The Adventures of Tintin, mais c'est une autre histoire. N'ayant pas vu les longs métrages documentaires en nomination cette année, ma liste concerne donc les neuf catégories majeures restantes.
Sans plus tarder, voici donc Mes Oscars à moi: Pour cette année, je remarque que ces choix diffèrent sensiblement de mes prédictions*; nous verront dimanche soir si l'Académie saura me surprendre agréablement ou si j'ai simplement eu des goûts différents de la majorité cette année.

Devant la caméra
Meilleur acteur: George Clooney. Disons-le d'emblée, tous les nominés ont offerts une performance exceptionnelle, et tous dans de très bons films. Ceci dit, Clooney est celui qui devait livrer la performance la plus large en terme de registre. L'ambiance du film doit beaucoup à sa présence à l'écran, et le fait que sa performance ait l'air sans effort est d'autant plus admirable. Dujardin n'est vraiment pas loin derrière, et sa performance charmante et comique dans The Artist l'aurait probablement emporté à mes yeux s'il n'avait eu Clooney dans The Descendants cette année.
Meilleure actrice: Rooney Mara. Je suis à contre-courant pour celle-là. Même si je n'ai pas vu toutes les performances en lice, mon choix s'arrête définitivement sur Rooney Mara. Elle s'est attaqué avec brio à un rôle très difficile, plein de subtilité, sur un personnage connu et admiré par les fans du roman de Larsson, et de surcroît, après qu'une excellente actrice (Noomi Rapace) n'ait reçu que de bonnes critiques pour avoir créé ce personnage à l'écran avec aplomb quelques années auparavant. Malgré ce défi immense, Rooney Mara compose une merveilleuse Lisbeth Salander et nous donne définitivement envie de la revoir dans ce rôle pour les adaptations des deux autres romans. Le fait qu'elle offre une telle performance d'actrice dans un film plus orienté sur le divertissement (The Girl with the Dragon Tattoo est un thriller) est aussi quelque chose qui est hors norme aux Oscars. Même si Viola Davis était excellente dans The Help, son défi n'y était pas aussi grand.
Meilleur acteur de soutien: Christopher Plummer. Je n'ai pas vu non plus toutes les performances dans cette catégorie, mais j'avais déjà mentionné qu'il devait être nominé, dans mon commentaire sur The BeginnersCe n'est donc pas une surprise de me voir reconnaître son incroyable performance. Et parmi les autres que j'ai pu voir, aucun ne s'approche de l'état de grâce de Plummer dans ce film tragi-comique, où il tient un rôle absolument truculent.
Meilleure actrice de soutien: Bérénice Bejo. Un autre choix à contre courant, car je sais bien qu'il est un peu irrationnel. Peut-être parce que je n'ai pas autant apprécié The Help que plusieurs (malgré qu'il s'agisse sans aucun doute d'un des meilleurs films que j'ai vu cette année), j'ai été touché par l'apparente naïveté apportée par Bejo à son rôle dans The Artist, et ce par une actrice qui est loin d'être à ses premiers pas au cinéma. Jouer de manière totalement différente de ce à quoi nous sommes habitués comme spectateurs (puisque The Artist est un film muet) offrait une difficulté qui a été relativement peu remarqué par les critiques, il me semble. Et puis à part les deux actrices de The Help, les autres performances étaient tout de même offertes dans le cadre de films moins abouti que The Artist.

Derrière la caméra
Meilleur réalisateur: Alexander Payne, The Descendants. Une catégorie monstre, cette année, avec cinq nominations très fortes, qui auraient pu remporter un Oscar haut la main certaines années. Un choix très difficile, donc qui sera aussi à contre courant. Payne, parce qu'il signe un film, avec Midnight in Paris, qui est le plus finement réalisé de l'année; direction d'acteurs, photo, cadrage, rythme, tout y frôle la perfection quand le film ne l'atteint pas carrément. Il faut beaucoup de talent pour en arriver à un film aussi bien équilibré. Il devance Woody Allen de peu dans mon palmarès personnel de l'année, la différence la plus marquée entre les deux étant l'aspect parfois plus caricatural de l'interprétation de certains personnages de Midnight (même si c'était évidemment voulu). Sinon, j'avoue avoir été estomaqué par la réalisation de Terrence Malick pour The Tree of Life, alors je suis très loin des choix les plus probables de l'académie; Scorcese pour Hugo et Hazanavicius pour The Artist, deux réalisations également remarquables.
Meilleur scénario adapté: The Descendants. Dans cette catégorie, malgré l'excellence des autres nominés, aucun ne s'élève à ce niveau de subtilité et ne ratisse aussi large au niveau des émotions qu'il procure au spectateur. A mes yeux, il n'y a donc pas de réelle compétition dans cette catégorie, bien que j'ai apprécié tous les scénarios en lice pour leur grande qualité. Il y a The Descendants, et il y a les autres.
Meilleur scénario original: Midnight in Paris. Un choix encore plus facile que le précédent, puisque malgré ses qualités, Bridesmaids n'atteint pas le niveau du film de Woody Allen, ou de The Artist. Si Margin Call était un bon film, un de ses points faibles était justement, à mes yeux, que son scénario aurait pu aller plus loin et faire preuve de plus de subtilité. Quand à The Artist, derrière son idée originale et surprenante, l'excellence du film repose plus sur la manière et l'interprétation sur sur le scénario proprement dit, même si on doit reconnaître le défi que représentait l'écriture d'un scénario muet des décennies après l'apparition du parlant.

Films
Meilleur film en langue étrangère: Monsieur Lazhar. N'ayant pas vu la majorité des films, je ne suis que chauvin ici, mais non sans avoir trouvé que le film de Falardeau était un véritable petit bijou. Qu'il l'emporte ou non, sa renommée est déjà une victoire, cette nomination également, pour son réalisateur comme pour notre cinéma.
Meilleur film: Midnight in Paris. J'avais trois meilleurs films dans cette catégorie; Midnight in Paris, The Descendants et The Artist. Les autres étaient également parmi mes films préférés de l'année, mais à un autre niveau (je n'ai pas vu War Horse). Si je me basais sur mon sentiment après le visionnement de chacun, Midnight in Paris serait en tête. Il s'y retrouve donc. J'ai adoré The Artist, et j'ai particulièrement aimé l'idée de faire un film totalement à contre courant de la direction qu'a prise le cinéma américain depuis quelques décennies. C'est un film merveilleux, que ma tête aurait sélectionné si j'avais eu à voter comme membre de l'Académie, parce que j'aurais absolument voulu récompenser l'originalité de la démarche qui accompagne un film parfaitement réussi. J'aurais eu de la difficulté à ne pas accorder mon vote à The Descendants, un film parfait à tant de points de vue et le film le plus fin et subtil de l'année; si j'avais fait du cinéma, The Descendants aurait été parmi les films que j'aurais aimé réaliser. Mais il y a Woody et son Midnight in Paris. Je suis un fan de Woody Allen depuis plus de 20 ans, alors mon choix n'étonnera personne. Car le dernier film de Woody est une petite merveille, un film délicieux doublé d'un hommage à l'art, à la nostalgie, à l'écriture, bref, c'est le film qui touchait le plus à des thèmes qui me sont chers. Magie, charme, tendresse, Midnight in Paris est le film qui m'a le plus enthousiasmé de l'année 2011. Il reçoit donc mon Oscar pour ça.
--
Et vous, quels sont vos choix?
* Mes prédictions suivront dans le prochain billet.

mercredi 22 février 2012

Hôtel Hilton 11 février - Notes - 22 février 2012

--
Notes - Retour sur une nouvelle dont le futur se déroule maintenant dans le passé.

Quand j'ai écris Hôtel Hilton, 11 février, à la main, un 11 février, sur du papier de l'Hôtel Hilton de Laval, c'était à la fois pour passer le temps pendant les pauses d'une journée de formation et pour me projeter dans un futur relativement proche, surtout pour tenter d'y voir des aventures ou des voyages palpitants, pour moi et mes amis. Je préparais alors mon (premier) séjour en Équateur, et ne savais pas ce qui allait advenir de ces amitiés ou de ma vie, après ce séjour de quelques mois; après tout, mon billet "Montréal-Quito" ne portait pas de mention "Montréal" pour le retour. J'ai donc laissé allé mon imagination un peu partout sur la planète, en tentant de ne pas trop exagérer malgré tout.
La nouvelle a été transcrite puis publiée sur mon site web un peu plus tard en 2004.

Février 2012 m'a replongé dans quelques projets littéraires et à cette occasion, j'ai voulu mettre à jour mes textes disponibles en ligne. Je suis évidemment tombé sur la publication de la nouvelle Hôtel Hilton, 11 février, que j'ai relue avec un sourire. Par un beau hasard, nous étions quelques jours à peine après le 11 février 2012, dernière journée de la nouvelle... Le futur de ma nouvelle était donc entièrement dans mon passé. Un beau moment pour jeter un regard sur ces neuf ans réels et relire les neufs années fictives dans ce contexte. Pour l'occasion, j'ai donc réédité cette nouvelle en l'incorporant sur ce blogue.

La nouvelle est parfois un peu maladroite, mais comme l'exercice était de comparer le futur de cette époque avec le passé d'aujourd'hui, j'ai résisté à en changer les éléments, même les moins bons.

Voici donc les quelques notes que retiens de cette comparaison réel-fictif / futur-passé.

Quand j'ai écris la nouvelle, j'ai utilisé plusieurs noms véritables de connaissances, parents et amis. Évidemment, il s'agissait d'une version fictive de ces personnes, relativement peu développées dans la nouvelle de toute manière. Malgré cela, les vraies personnes étaient des inspirations pour leur alter-ego fictif. Ils sont donc partie intégrante de cette histoire, la réelle comme la fictive.

Sur les lieux des lettres, je n'ai jamais mis les pieds à Edimburg, Nairobi ou Tunis. Je suis par contre retourné à Vancouver, Lloa, Munich, Brno et Québec, même si ce n'est évidemment jamais arrivé un 11 février. Je suis aussi retourné à Londres, où m'ont rejoint Stéphane et Suze. Et si je n'ai pas fait de projet de coopération en Afrique, Suze en a fait un (au Burkina Faso), et nous sommes tous deux passé au Chili, pays où Stéphane est également allé plus récemment.

Même si ce n'est pas arrivé en 2007, mais en 2005, nous avons bel et bien été colocs à nouveau à Vancouver, et tous les trois. Ed Seto n'est pas revenu de Yellowknife en 2007; il est d'ailleurs toujours dans le grand nord canadien, mais nous nous sommes revus à Montréal, en 2008. J'ai bien été invité - et j'ai assisté - au mariage de Dan Ma, non pas en 2010, mais bien à l'automne 2004!

Si je ne suis pas retourné à Lloa en 2008 pour la bonne raison que j'y suis retourné trois fois, entre 2005 et 2007. Je n'étais pas à Brno le 11 février 2009, ni à Prague en 2010, mais j'y étais en juillet 2011 et j'ai pu réaffirmer qu'effectivement, Prague était la plus belle ville du monde. Enfin, sans aller dans le désert au sud de la Tunisie en 2012, j'ai tout de même passé quelques semaines dans le Maghreb, au Maroc, en 2010.

Je n'ai jamais revu Amanda et Leah ni Damian, mais je suis encore en contact avec Cathy.
Et même si nous n'avons jamais voyagé en Bavière ensemble, je revois à l'occasion (et toujours avec plaisir) Nicolas et Enrico. À ma connaissance, Stéphane n'a pas eu de conjointe japonaise nommée Kazumi, pas plus que je n'ai connue de Hannah à Munich ou de belle polonaise nommée Karin... bien que j'aie travaillé pendant plusieurs mois en 2006 avec une belle Karin d'origine polonaise.

Suze a non seulement terminé le DEC entrepris en alternance avec ses projets à l'époque du premier épisode, mais aussi fait un certificat (quasi terminé) et est à la conclusion de sa 2e année de Bacc. en Études Internationales.
C'est moi et non Maria qui est allé vivre ne Espagne (en 2010).
Nous n'avons ni l'un ni l'autre vu Glasgow, Cork ou Dublin, mais les villes que notre trio a visité depuis 2004 et qui n'apparaissent pas dans la nouvelle seraient très longues à énumérer. Stéphane ne m'a jamais rejoint à Palerme, mais la dernière fois où nous nous sommes croisés à l'étranger, dans les Balkans, on s'est quitté alors qu'il partait pour Rome.
Je ne parle pas plus allemand qu'au début de la nouvelle, mais mon espagnol s'est beaucoup amélioré par rapport à ce que j'avais prévu de manière fictive... et finalement, c'est moi et non Stéphane qui a développé les rudiments du japonnais.
Mes soeurs se portent effectivement bien, Hélène n'a plus son duplex en copropriété, mais Pier-Olivier est actuellement à l'université. Il n'est pas allé à Barcelone, mais il est allé à Londres quelques semaines. Sophie et Martin ne sont pas allé dans l'Hymalaya, mais dans les Andes, et en ma compagnie, en plus.

Lors de mon dernier passage à Munich, je ne suis pas retourné dans le fameux parc; je n'ai pas osé aller vérifier si on pouvais s'y revoir dans le temps.
Ah, oui, je fais encore des contrats pour le cabinet qui m'avait offert une collaboration avant mon projet en Équateur, en février 2004 et dont il est question dans la première lettre de la nouvelle.
Et le Mitte's backpacker de Berlin existe toujours.


Hugues Morin, février 2012.
--

dimanche 19 février 2012

Canada: La dictature s'installe

Introduction (de la dictature)
Il y a quelques mois, je vous parlais de certains romans dans lesquels on assiste à l'installation progressive d'un régime autoritaire (voir totalitaire). A propos de ces romans, je mentionnais: "Leur lecture fait réaliser de manière extrêmement crédible, comment un changement de valeurs peut être habilement imposé à toute une population, pour peu qu'elle se laisse manipuler."
Or la lecture de ces trois romans (et de quelques autres sur le même thème), en 2011-2012, interpelle le lecteur attentif à ce qui se passe au Canada par les nombreuses similitudes entre ces régimes fictifs - et surtout la manière dont ils imposent leurs mesures et leur idéologie - et ce que le Canada est en train de devenir sous le gouvernement Harper.
Car, lentement mais sûrement, la dictature s'installe au Canada (1).
Vous pensez que j'exagère? Jetons ensemble un oeil sur le passé politique récent du Canada (2).
(Vous pouvez également lire le billet suivant; publié un mois après celui sur les romans, dans lequel je revenais déjà sur quelques "nouvelles" politiques du gouvernement du ROC et de comment le gouvernement fédéral remodelait l'image et l'identité canadienne afin qu'elle corresponde à ses valeurs).
--
Aveuglement et censure
Afin de bien jeter les bases d'une dictature, une étape importante est de pouvoir dire les choses sans que les faits ne puissent servir à nous contredire. Quand on gouverne avec une idéologie ou une série de dogmes au lieu d'avec les faits, ceux-ci sont encombrants et il faut donc les réduire au minimum. Tous les efforts des Conservateurs face à Statistiques Canada vont dans ce sens; il sera bien pratique pour eux de vouloir plus tard imposer telle ou telle politique, si personne n'a plus les données pour contredire leur point de vue. Le régime d'encadrement serré des scientifiques qui travaillent pour le gouvernement va dans la même direction; on ne veut surtout pas qu'une découverte scientifique allant contre l'idéologie du parti soit dévoilée au public.
Sécurité
On trouve également dans les régimes autoritaires une obsession pour la sécurité et une propension à faire arrêter les opposants ou à favoriser les emprisonnements pour tout et rien. Il n'est de secret pour personne que le gouvernement actuel est obsédé par la sécurité et que ses projets de lois en ce sens vont tous dans la direction voulue; accorder le plus de pouvoir possible aux autorités au nom de la sécurité et imposer des amendes et des peines minimales sont donc des politiques qui n'étonnent pas dans le contexte, malgré leurs contradictions inhérentes et leur inefficacité envisagée par tous les experts. Toujours au nom de la sécurité, on permet désormais l'arrestation massive de citoyens sans respect des droits fondamentaux de ceux-ci. L'affaire du G-20 est éloquente à cet égard, de même que la position du gouvernement face aux protestataires suite à ces mesures.
Violence et intimidation
On me dira qu'un régime autoritaire n'hésite pas à se servir de l'intimidation et de la violence comme outil de répression. Une fois admise la pratique d'arrestation massive d'opposants sans motif, le pas suivant consiste à faire accepter l'idée que la torture peut servir à obtenir de l'information et que l'information obtenue doit être utilisée et qu'il est souhaitable de l'utiliser. Une fois ce pas franchi, on pourra continuer dans le même sens, l'important à cette étape est de faire accepter l'inacceptable, ce qui est maintenant chose faite, au Canada.
Une dictature en devenir se doit évidemment de développer son appareil militaire, puisque celui-ci sera très utile pour les étapes suivantes et pour éviter des soulèvements populaires un peu plus tard dans le processus. On doit donc augmenter considérablement le budget consacré à la défense nationale, former les soldat au combat plutôt qu'aux missions de paix et acheter du matériel de pointe, et ce peu importe les coûts. Pour s'assurer de la loyauté de l'appareil militaire, on organise des parades et des cérémonies officielles pour en souligner l'importance. On organise également des festivités sur les batailles historiques du pays, pour augmenter le sentiment de fierté des forces armées et souligner l'importance de l'armée auprès du parti. Une fois encore, le coût importe peu.
Contrôle de l'appareil d'État
L'imposition de l'idéologie du parti dans la bureaucratie est primordiale dans toute bonne dictature. Il faut donc contrôler l'appareil d'état en le politisant et en le manipulant. La politisation passe par des nominations massives de proches collaborateurs du parti à des postes importants. Que ces proches aient ou non les compétences pour occuper les postes auxquels ont les nomme n'a pas d'importance, puisqu'il y seront essentiellement pour y défendre les intérêts du parti. Pour y arriver, on peut par exemple faire fi des règles établies pour les nominations non partisanes (comme le fait qu'elles doivent être basées sur le mérite).
Côté manipulation - quand les fonctionnaires ne sont pas encore suffisamment politisés - au Canada, les cas comme celui de la Ministre de la Coopération Internationale, qui a trafiqué des documents officiels puis menti aux Communes, les détournements de fonds dans les circonscriptions conservatrices lors du G8/G20 de 2010, et les interventions directes du cabinet envers les fonctionnaires et contre les scientifiques, sont des incursions directes dans l'appareil de l'état, interventions guidées par la partisanerie et l'idéologie.
Contrôle des pouvoirs
Les démocraties modernes reposent généralement sur le principe de la séparation des pouvoirs. Une dictature, au contraire, centralise les pouvoirs entre les mains d'un petit groupe (ou d'un individu ou d'un parti) pour assurer son contrôle. Au Canada, le gouvernement actuel légifère à sa guise (puisque la "sanction royale" est symbolique et qu'il est "majoritaire"), et en profite pour faire ses premiers pas dans l'imposition de ses vues au judiciaire, comme on le voit avec le projet de loi C-10 qui impose des balises fermes limitant le travail des juges.
L'exécutif (cabinet) ne respecte pas plus le fonctionnement du Parlement (législatif) - bâillon, limitation des comités, huis clos, etc - ni les lois qui y ont été votées par le passé. Le cas du retrait unilatéral du Protocole de Kyoto effectué malgré qu'une Loi Canadienne lie l'exécutif au protocole est un exemple parfait. L'exécutif Conservateur avait d'ailleurs déjà ignoré des votes de la chambre des commune auparavant et été reconnu d'outrage au Parlement en mars 2011, une première dans l'histoire du pays qui aurait dû faire comprendre à plusieurs à quel point ce parti avait une idéologie diamétralement opposée aux valeurs démocratiques. (Ceci se déroulait juste avant que le gouvernement Conservateur ne soit réélu par le ROC deux mois plus tard).
Les soupapes démocratiques existantes au Canada sont le Gouverneur Général et le Sénat. Dans le cas du GG, nous pensions qu'il s'agissait d'un poste symbolique, mais à deux reprises, le gouvernement Harper n'a pas hésité à s'en servir pour proroger le Parlement alors qu'il était menacé. Avoir la GG de son côté a réglé ce "problème démocratique". Quand au Sénat, il s'agit de procéder à des nominations massives de proches du parti, de manière répétée, pour s'en assurer le contrôle.
Restriction de la liberté d'opinion et d'expression
Si on veut contrôler l'opposition, on doit opérer sur deux fronts. Le premier est de contrôler l'information et la liberté d'expression, afin d'éviter que les voix opposées à notre idéologie se fasse entendre et que les opinions divergentes ne se propagent. Le second est de contrôler les discussions dans des instances gouvernementales. Le projet de loi C-52, déposé en novembre 2010 proposait entre autre d'obliger les fournisseurs de service Internet à transmettre des données sur les abonnés sans mandat de saisie. Le projet de loi C-30 reprend ces grandes lignes, donnant un pouvoir élargi à n'importe qui désigné par le gouvernement d'obtenir à sa guise des informations confidentielles sur qui il veut, sans mandat et sans que sa requête ne soit supportée par une enquête criminelle. Retirer lentement le droit à la vie privée est une constante classique en dictature. On la justifie d'abord par d'autres moyens, et une fois en place, on peut utiliser ces moyens pour espionner les citoyens, et contrôler qui dit quoi et qui fait quoi.
L'imposition du huis clos dans les comités parlementaires suggérée par le gouvernement Harper est également un pas important pour éviter la circulation de l'information sur les instances gouvernementales et limiter le droit des citoyens à être informé de ce que fait le gouvernement; une noirceur typique des dictatures.
Élimination des adversaires politiques
Si la limitation des discussions ou des voix des opposants ne suffit pas, pour installer une dictature, on doit carrément en venir à réduire les opposants au silence. Dans le cas qui nous occupe, ça commence par limiter les débats en chambre, et utiliser le bâillon à répétition pour passer les projets de loi sans avoir à en discuter le contenu. Ensuite, l'idéal d'une dictature est évidemment un régime à parti unique. Les efforts sont donc déjà mis en place pour éliminer ou affaiblir le plus possible tout autre parti, y compris par des lois favorisant directement le parti au pouvoir.
Concentration du pouvoir (et de la richesse)
Dans le cas du Canada, comme le pays est constitué de provinces, qui ont leur propres gouvernements, l'imposition d'une dictature commence par ignorer les gouvernements provinciaux ou leur représentants et imposer les décisions fédérales unilatéralement et sans discussions ou négociations préalables. On l'a vu pour les projets de loi sur la sécurité, sur l'abolition (et la destruction) du registre des armes à feu, sur les transferts en santé, sur les éventuelles modifications au régime de retraite, etc. Aussi, il faut éventuellement concentrer la richesse dans les mains des proches du parti et de son idéologie. Au Canada, on parle essentiellement des grandes entreprises minières et pétrolières et de quelques autres conglomérats. Une réduction importante de l'impôt des grandes entreprises est donc une aide directe du parti à ses supporteurs. Diverses mesures fiscales peuvent également accentuer l'aide au grands supporteurs du parti.
Propagande
Un bon dictateur ne serait être voué au succès sans une bonne propagande (2).
On a d'abord besoin d'un réseau "d'information" qui nous est proche et nous appui sans conditions. Puis, on veut réduire le plus possible les autres voix existantes au pays en contrôlant les organes qui les chapeautent. Ici, c'est donc à Radio-Canada que l'on s'attaque ouvertement, directement ou par le biais du groupe Quebecor, avec qui on entretien des liens étroits et qui se charge de s'attaquer aussi aux autres journaux pour nous.
Une propagande efficace fait passer notre idéologie par un message simpliste qui diabolise toujours nos opposants. Par exemple, il faut dire que ceux qui sont contre la Loi permettant d'espionner les internautes sont du côté des adeptes de pornographie juvénile. Ou encore dire que ceux qui s'opposent au projet de loi omnibus sur la sécurité et les peines minimales sont du côté des agresseurs et des violeurs. On affirme qu'il faut bien se serrer la ceinture pour atteindre l'équilibre budgétaire et sabrer dans la santé et l'environnement, mais éviter de dire que l'on a fortement augmenté le budget de la défense, ni dire que l'on a réduit les impôts des grandes corporations. Sinon, on peut accuser ceux qui s'inquiètent des impacts environnementaux de divers projets d'être des radicaux et des extrémistes ou encore les accuser carrément de trahison. Toutes les campagnes de salissage entreprises envers Stéphane Dion, Michael Ignatieff, Jack Layton et Gilles Duceppe dans les dernières années relevaient également de la propagande.
Enfin, pour une propagande efficace, on a aussi besoin de symboles forts, identitaires. Dans le ROC actuel, ces symboles sont par exemple le renouveau de la monarchie dans plusieurs institutions fédérales, ou encore les cérémonie d'assermentation ou de réaffirmation de citoyenneté. En cas de besoin, le gouvernement Harper n'hésite pas à fabriquer de toute pièce les cérémonies diffusées, à l'aide de figurants jouant un rôle, sur les ondes de notre "réseau-ami". La redéfinition de l'identité militaire des missions de paix vers les missions de combat fait partie du même élan, et la présence accrue du drapeau canadien est aussi importante dans l'accentuation de cette nouvelle image identitaire, de pair avec les célébrations des autres symboles.
--
Conclusion (le pire est à venir)
Alors, vous pensez toujours que j'exagère?
Faites l'addition de tout ce qui précède, et gardez en tête que ça ne fait pas encore un an que ce gouvernement est en place (2). Il y avait de nombreux signes précurseurs, pour qui savait les lires, mais depuis leur élection par le ROC, les Conservateurs ont enfin la liberté voulue pour installer leur dictature de droite. Car ce qui précède n'est évidemment qu'un début.
Attendez de voir la suite. De voir ce que le gouvernement au pouvoir réserve à ses opposants, ses détracteurs, aux intellectuels et libres penseurs, à la culture, puis aux institutions comme Radio-Canada (où la censure gouvernementale a déjà débutée), puis aux journaux indépendants et aux blogues comme celui-ci.
Vous me direz alors si j'exagérais à l'époque où je pouvais encore avoir accès à certaines informations objectives et pouvais publier mon opinion sans crainte de représailles.
--
Notes:
(1) Dictature: "Régime politique dans lequel le pouvoir est entre les mains d'un seul homme ou d'un groupe restreint qui en use de manière discrétionnaire." (atilf.fr)
(2) Le présent billet comporte plus d'une soixantaine de liens vers des sites d'actualités relatant diverses informations et opinions complémentaires sur les sujets abordés. La lecture de ces informations n'est certes pas nécessaire à la compréhension du billet, mais l'accumulation de faits sur les agissements du gouvernement Harper permet d'avoir une image saisissante de l'ensemble de ses méthodes. (Ce billet n'aborde pas l'idéologie du parti en elle-même; religion, avortement, armes à feu, peine de mort, environnement, néolibéralisme économique, etc).
(3) Dictateur: "Personne qui, parvenue au pouvoir, gouverne arbitrairement et sans contrôle démocratique." (Le Petit Larousse illustré, éd. 2007).
(4) Les photos ne sont publiées que pour alléger la présentation du texte et favoriser la réflexion.
--

Jameson Empire Awards: Done in 60 seconds

Connaissez-vous le concours Done in 60 seconds?
"Chaque année, depuis 5 ans, Jameson et le célèbre Empire magazine lancent un défi aux fans de cinéma et aux apprentis réalisateurs: réaliser le « remake » d’un film culte en 60 secondes. L'exercice porte un nom: Done in 60 Seconds" (*)
En réalité, les cinéastes amateurs proposent parfois des remake, parfois des parodies, parfois des mélanges des deux, et ne se limitent pas toujours à un film de référence. Le résultat est bien entendu inégal, mais en général, les films proposés par le site de la revue de cinéma sont souvent drôle, parfois même hilarant.
Le concours de 2012 est en cours, on peut donc visionner les 20 films britanniques qui se disputent les 5 places disponibles pour passer à l'étape internationale.
L'ensemble des films retenus par le concours en 2011 est toujours disponible pour visionnement des courts.
Une minute, c'est très court pour réaliser une chose pareille. Le montage est donc parfois assez choqué et saccadé, mais certains parviennent à réaliser quelque chose de fort bien, compte tenu des limites imposées.
Parmi les films de 2011, je retiens particulièrement James Bond, The Exorcist, The Lion King, The Social Network et The Toyminator. Étrangement, seulement deux de mes choix se sont rendus à la finale, dont le vainqueur, 127 Hours, m'est apparu comme étant un des faibles du lot, reposant sur une idée ordinaire. Je ne dois pas réagir aux mêmes éléments que les membres du jury. Le meilleur court de la liste présenté sur le site pour 2011 est définitivement Inception, qui m'a fait rire à plusieurs reprises en une minute en plus d'être particulièrement bien équilibré.
Pour l'instant, dans les 20 films britanniques de 2012, mon favori est The F**King's Speech, mais j'ai aussi un faible pour Amélie 2.0 et Star Wars Prequel Trilogy, qui a le mérite d'avoir un bon punch final et de s'être attaqué à 3 films en 60 secondes!
--
Ce concours est présenté dans le cadre des Empire Awards, organisés par la revue de cinéma du même nom. Pour les amateurs d'alternatives aux Oscars, les catégories des Empire sont différentes et axées sur le cinéma de genre et le vote est issu du public. Pour les curieux, les résultats de 2011 se retrouvent ici.
--
(*) Communiqué de presse du 9 février.