dimanche 17 juin 2012

Crise sociale: Effritement du tissu social (1)

Crise en pause; bons et mauvais côtés
Je profite d'une petite pause dans le débat social pour aborder un thème que je veux aborder depuis des semaines. J'ai un peu manqué de temps, mais il faut aussi dire que les événements se succédaient assez rapidement et je ne voyais pas le moment propice pour aborder le sujet, qui est délicat.
Au moment d'écrire ce billet, le climat est toujours tendu. Le concerts de casseroles vont probablement diminuer, et éventuellement se transformer en autre chose. L'Assemblée Nationale est en vacances, il est donc clair que le gouvernement demeurera sur la position qu'il a adoptée le plus clair du temps depuis février; ne rien faire et attendre. Règlements municipaux et Loi 78 sont contestés devant les tribunaux, mais le jugement n'a pas encore été rendu. La fête de l'argent (des chars et des poupounes) du Grand Prix est passée, sans attaque terroriste, et les festivals ne semblent pas (plus) craindre les manifestants. Le beau temps règne sur le Québec depuis une semaine, et nous sommes à une semaine de la grande manifestation annoncée pour le 22 juin et la Fête Nationale deux jours plus tard. Bref, c'est peut-être la période la plus calme depuis le début du conflit.
Mon sujet délicat, c'est l'effritement du tissu social que la crise va provoquer au Québec.
Je suis de ceux qui pensent que cette crise a un côté positif pour le Québec; elle provoque les débats, les remises en questions d'idées politiques, interpelle le citoyen sur le modèle social du Québec, sur certains choix sociaux que l'on croyaient acquis et secoue le vieux débat sur la question nationale. Personnellement, j'y vois un mouvement sain pour la société. Je parle évidemment de ceux qui se questionnent, et s'interrogent sur ces sujets, pas des dérives extrémistes, des injures, des chroniques haineuses et de la démagogie étalée sans gène ni retenue.
Car bien que le débat soit sain, ces effets secondaires sont dangereux, socialement, puisque le tissu social, la paix sociale, reposent généralement sur le lien de confiance que les citoyens ont envers les institutions; judiciaires, gouvernementales, policières, etc. Cette crise a ébranlé sérieusement cette confiance pour plusieurs citoyens, dont je suis.
Rupture sociale
Dans les derniers mois, plusieurs groupes de citoyens ont émis de sérieux doutes sur leur relation de confiance au système judiciaire (le cas Turcotte, celui du jeune qui a tué une enfant avec sa voiture, etc). La crise a permis d'ajouter - avec les injonctions impossibles à appliquer et non-respectées pour la majorité - une autre voie de contestation du système judiciaire, supposément indépendant du politique. Le sort réservé au jugement attendu sur le réglement municipal et à la Loi 78 contestée en diront long sur ce lien de confiance.
Les institutions gouvernementales ont aussi souffert énormément. Pas seulement avec l'insatisfaction envers le parti au pouvoir, mais avec un mouvement de désobéissance civile pacifique sans équivalent dans les 40 dernières années au Québec; jamais de ma vie je n'avais vu autant de citoyens "ordinaires" défier une Loi votée à l'Assemblée Nationale, publiquement, sans gène, et à répétition. On a aussi vu qu'aucun parti d'opposition (PQ, QS et CAQ) n'a profité de la crise, ni de l'insatisfaction envers le parti au pouvoir, signe que les citoyens n'ont que peu de confiance en leur institution gouvernementale (même si ce syndrome était déjà présent dans le cynisme qui dominait avant la crise).
Mais c'est peut-être le lien avec les institutions policières qui aura le plus souffert. Il s'agit pourtant du lien, parmi les trois institutions citées, qui est toujours le plus fragile, même en tant de paix sociale.
Pour ma part, après ce que j'ai vu, ma confiance envers les policiers (en général) est fortement ébranlée, quasi réduite à néant (*).
Et non seulement je suis un modéré, mais originaire d'une famille où l'un des membres était policier. Dans ma jeunesse, cet oncle policier était non seulement quelqu'un que j'aimais, mais que j'admirais pour ce qu'il faisait pour la société. Pourtant, la police ne me considère pas comme un modéré, comme j'ai pu le voir lors de mes discussions avec certains agents alors que mon seul signe distinctif était de porter un carré de feutre rouge. Je suis conscient qu'il y a des bavures (parfois seulement des exceptions), et j'estime raisonnable de souhaiter un organe de contrôle meilleur que celui que nous avons actuellement, où la police enquête sur la police. Or la police ne partage pas cet avis, nie totalement les nombreux abus policiers qui se sont produits pendant la crise, et nie les ordres politiques qu'elle a clairement reçu.
Il existe des centaines d'exemples; assez pour ne plus parler, justement, d'exception. D'où la rupture du lien de confiance. Je mentionnerai - pratiquement au hasard - l'animatrice de CUTV se faire battre à coup de matraque, et supplier: "arrêtez, arrêtez". Elle ne manifestait même pas, mais filmait pour la télé universitaire.
Aussi, après avoir tiré sur un manifestant avec un fusil à balles de plastique, un policier du SPVM qui s’écrie: «Tiens! Dans les fesses, mon calisse.». Cette scène, reprise par TVA, a aussi été vue à plus de 220 000 reprises sur YouTube. Difficile de nier cette attitude après avoir vu ça.
Sans parler directement d'effritement du tissu social, Patrick Lagacé a signé il y a quelques semaines une chronique approchant de ce sujet, en amalgamant certains arguments et dérives de part et d'autre du débat social. Sur la relation de confiance police-citoyen, il mentionne les confidences anonymes d'un contact policier: "On verra si t'as pas envie, des fois, de fesser un peu plus fort que tu devrais."
Vous noterez que le policier ne remet pas en cause le fait qu'il "doit" fesser sur quelqu'un. Incroyable. Mais ça explique beaucoup de chose. Le problème que j'ai, c'est que les lecteurs verront son commentaire comme une excuse acceptable. Comme citoyen qui est (automatiquement) à la merci des policiers s'ils décident d'abuser, je pense que ce genre de raisonnement va mener éventuellement à des commentaires du genre: "Je m'excuse, j'étais fatigué après plusieurs quarts de 14h, alors j'ai tiré à bout portant, j'aurais dû viser les jambes."
Et je ne parle même pas de questionner sur qui il a "fesser un peu plus fort que tu devrais "; à voir les dizaines de vidéo en ligne, ça arrive souvent que c'est sur des gens qui n'ont absolument rien fait d'autre que d'exprimer une opinion politique pacifiquement.
Cette simple phrase me terrorise donc, rien de moins, car elle signifie que c'est acceptable, excusable, et que ça pourrait m'arriver au coin de la rue. Une fois encore, ceci illustre assez bien pourquoi je crois que le lien de confiance citoyen-policier est celui qui a le plus souffert.
La famille, les amis
A part les relations qui nous lient avec les citoyens anonymes qui nous entourent et qui sont régit par les institutions sociales, il existe également un autre élément au tissu social, peut-être encore plus important; c'est le tissu social immédiat, celui de la famille et des amis, connaissances et collègues. Ce sont ces gens qui forment le noyau de relations personnelles qui cimente la vie de la plupart des gens. Ce tissu là aussi est menacé par la crise; j'en explorerai quelques avenues dans la seconde partie de ce billet.
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(*) Ne prenons qu'un exemple, celui du jeune accusé de méfait dans le métro (briques déposées, pas l'affaire des engins fumigènes). La police s'est servi de son appel quand il a découvert le corps de sa soeur, pour le suivre et l'arrêter sur la route alors qu'il se rendait à ses funérailles en compagnie de sa famille. Comme j'ai participé à plusieurs marches de quartier, illégales selon la Loi 78 (au moins une douzaine), s'il arrivait que j'ai besoin de la police, j'hésiterais. 12 * 5 000 $ d'amende représentent un risque minimal de 60 000$ si jamais je tombais sur un policier revanchard qui décidait de ressortir des photos de manifestations - les policiers nous prennent en photo au coin de Beaubien St-Denis certains soirs de casseroles). Je ne ferai donc pas volontairement appel à la police désormais.  Ça va prendre du temps aussi avant que je n'oublie les commentaires réducteurs (voir agressifs) de certains policiers face à mon seul port du carré rouge, lors de discussions pourtant cordiales avec certains de leurs collègues.

samedi 16 juin 2012

Crise sociale: L'Argentin

Un petit billet sur un homme que j'ai rencontré l'autre soir, en remontant sur St-Denis, à pied, entre l'avenue du Mont-Royal et Beaubien.
L'homme est un argentin dans la cinquantaine. Il est au Canada, où il a immigré, depuis 1980.
L'homme suivait le conflit étudiant du Québec en dilettante, comme bien du monde, et en gardant ses opinions pour lui-même et quelques proches.
Ce soir-là, sur le trottoir sur St-Denis, il porte un t-shirt blanc orné d'un macaron du Che, héros latino-américain natif de l'Argentine.
Il porte fièrement ce macaron car ce soir, il exprime son opinion et l'affiche publiquement.
Car l'Argentin est un homme de gauche.
S'il est arrivé au Canada en 1980, c'est après avoir réussi à sortir de son Argentine natale, quatre ans après le coup d'état de 1976 pour venir rejoindre son frère qui avait immigré ici plus tôt.
"Sans mon frère, qui vivait déjà ici, je ne sais pas si j'aurais trouvé le courage".
Avant ce voyage qui allait le mener ici, l'Argentin a passé quatre ans à se cacher, à surveiller ses arrières, à se méfier des autorités. "J'avais repéré et compté les clôtures et les terrains qu'il me faudrait traverser, les endroits par où m'enfuir, j'avais imaginé des trajets, au cas où ils viendraient me chercher chez moi. mais ils surveillaient souvent tout un quartier à la fois, alors ça aurait été difficile."
Ils. Il parle de la police, des représentants de l'autorité de l'état.
Pendant ces 4 ans, il craint toujours qu'on vienne le chercher, comme les autorités viennent chercher les gens de gauche, les supporteurs de Péron et les opposants au régime.
"Ils sont emprisonnés, puis ils meurent et le gouvernement dit que c'étaient des drogués et que c'est pour ça qu'ils sont morts en prison. Moi, je n'avais jamais vu de drogue de ma vie. La première fois que j'ai vu du pot, c'est au Canada".
"Les gens disparaissaient. Quand ils revenaient en vie, ils avaient été torturés, normalement pendant trois jours".
L'Argentin s'exprime dans un excellent français (malgré qu'il dise avoir parfois de la difficulté à se faire comprendre; "Je ne parle pas bien le français").
En 1976, l'Argentine a subi un coup d'état, après lequel a été instauré un régime militaire de droite, similaire au régime dictatorial que Pinochet avait installé au Chili et que d'autres avaient imposés ailleurs en Amérique Latine, avec l'approbation implicite des États-Unis et de la Grande-Bretagne, alors gouvernés par les Républicains d'une part, et les Conservateurs de l'autre. [En 1979-1980, Reagan et Thatcher allaient prendre le pouvoir en continuant d'appuyer ces dictatures de droite. Même après son départ, Pinochet allait être reçu comme un prince par Thatcher, qui disait le considérer comme un ami personnel].
L'Argentin sait donc exactement ce que veut dire un régime de droite qui adopte des dérives autoritaires. Il sait que ça mène vers un régime totalitaire. Il a vu le glissement entre l'installation du régime, les mesures de "sécurité", puis la dérive, le retrait de certains droits, puis "l'invention des disparitions", comme il le dit lui-même, pour parler des opposants au régime qui sont disparus sans laisser de trace.
L'Argentin est au Canada depuis 1980. Ça fait 32 ans. Il n'a pourtant pas oublié.
Alors le soir, vers 20h, il sort de chez lui, macaron du Che bien en vue, et va jouer de la casserole avec ses voisins au coin de la rue, et parfois marche avec eux dans la rue, comme ce soir-là, quand je l'ai rencontré alors que nous quittions tous les deux une de ces marches citoyennes au coin Mont-Royal et empruntions le trottoir sur St-Denis pour rentrer chez nous.
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Pour mieux comprendre l'implantation des dictatures de droite en Argentine et au Chili, je recommande la lecture de The Shock Doctrine, de Naomi Klein, ou encore le film documentaire du même titre, tiré du livre (dont j'ai parlé ici).

vendredi 8 juin 2012

Fascinante soirée de contrastes à Montréal

Vous savez comment j'aime la ville, comment je suis une créature urbaine. Hier, Montréal s'est avérée à la hauteur.
Imaginez une belle soirée en ville:
Suivre une marche nue, avoir une conversation avec un agent de l'anti-émeute, donner une entrevue à un journaliste de F1 pour un quotidien d'Espagne, passer du temps avec les riches consommateurs de biens griffés (et majoritairement anglophones) au party de chars et de poupounes sur Crescent, goûter par la bande au gaz poivre et respirer des relents de gaz lacrymogène, avant de finir le tout sous une averse, avec les pauvres consommateurs de spectacles gratuits (et majoritairement francophones) devant un bon show de Pierre Lapointe aux Francofolies.
Bref, une soirée urbaine, Montréalaise, printanière de 2012, et aussi une enfilade ininterrompue de contrastes sociaux fascinants. Je ne blague pas, j'ai passé une excellente soirée.
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Depuis un moment déjà que je vis l'actualité plus que je ne la commente (bien que je sois actifs sur des plates-formes plus instantanées mais moins réfléchies que ce blogue pour le moment), je réalise que je n'ai pas le temps nécessaire pour suivre tout ce qui se passe et le commenter de manière détaillée en même temps. Je réserve donc les commentaires rapides pour les réseaux sociaux, et tente de garder mes notes plus élaborées pour ce blogue, où je devrais avec les semaines qui viennent, publier quelques articles qui tenteront un regard avec un peu de recul (ce qui est à peu près impossible pendant les événements, mais je ferai un effort supplémentaire pour tenter quelques commentaires éclairés même si nous sommes encore au milieu de l'histoire).
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Revenons donc à la soirée d'hier, alors qu'au moment où je rédige ceci, les casseroles jouent sur le coin de ma rue, et qu'elles ont débutées accompagnées - comme tous les soirs maintenant - par les cloches solidaires de l'église St-Edouard, que l'on entend à 20h pile depuis plusieurs soir déjà.
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Le plan d'hier était simple; se rendre au centre-ville, voir ce qui s'y passe et aller assister au spectacle de Pierre Lapointe en ouverture des Francos. Un plan improvisé à quelques minutes d'avis, puisque je croyais que le festival prenait son envol ce soir seulement; son ouverture ayant été camouflée par le reste de l'actualité des derniers jours.
Il n'a pas été difficile de tomber sur la maNUfestation d'hier soir en arrivant sur Ste-Catherine et facile de comprendre pourquoi, puisqu'après avoir suivi un peu la manif (avec des supporteurs habillés, bien que les manifestants n'aient pas été entièrement nus), je me suis vite rendu compte qu'ils tournaient en rond. En effet, le plus important déploiement de policiers du SPVM que j'ai pu voir depuis le début du conflit encerclait carrément les milliers de manifestants, contrôlant les aires et rues où ceux-ci pouvaient marcher... et leur bloquant à l'aide des boucliers anti-émeute le moindre accès vers l'ouest.
La manif était organisée pour protester contre les valeurs que représentent le Grand prix de F1 et se déroulait pacifiquement. La police était par contre sur les dents, mais en contrôle. Certains manifestants s'amusent aux dépends des policiers; l'un d'eux, en bobettes, leur fait une danse improvisée, ce qui amène quand même deux ou trois agents à sourire. Une autre joue "My heart will go on" de Céline Dion à la flûte devant la brigade anti-émeute; mais ils ne semblent pas apprécier sa musique.
Près du coin René-Lévesque et St-Urbain, l'anti-émeute a failli laisser passer les marcheurs vers le site des Francos où avait débuté un spectacle de 4h qui devait culminer avec la présence de Pierre Lapointe plus tard en soirée. Il y a eu un peu de tension, puis un kid a refusé de circuler lorsque la brigade lui a demandé. Il errait entre la manif et la police, quand quelques agents de l'anti-émeute ont décidé de le forcer physiquement... et de l'arrêter, à quatre agents, avec tie-wrap et immobilisation violente au sol. une arrestation que je trouvais injustifiée (il n'avait rien fait de criminel ou de méfait, mais la manif avait été déclarée illégale - pas de trajet). Injustifiée et inutilement physique, avec quatre agents costauds pour immobiliser un gringalet non armé. Il y a donc eu tension, tout le monde filmait et huait les policiers. Puis, alors que le gros de la marche reprenait vers l'est, plusieurs sont restés à haranguer les policiers. De voir une jeune fille seins nus peints en rouge argumenter avec un costaud de l'anti-émeute était probablement mon premier grand contraste de la soirée. Étant curieux de nature, et me retrouvant visiblement devant un policier prêt à quitter le mode robotique et prêt à s'entretenir avec les citoyens, j'en ai profité pour entreprendre une conversation avec l'agent de la brigade anti-émeute du SPVM.
Nos points de vues divergent clairement, mais ne sont pas aussi éloignés que l'on pourrait le croire. Évidemment, qu'il refuse de voir qu'il y a eu des abus policiers n'est rien pour démontrer sa bonne foi, mais sa conversation était intéressante, respectueuse, et certains de ses arguments n'étaient pas idiots bien que réducteurs. je lui ai accordé qu'ils voient beaucoup de grabuge, beaucoup. Du même élan, toutefois, Je lui ai fait remarqué que le grabuge a tendance à se produire justement quand ils sont là, l'anti-émeute, et qu'ils foncent vers les manifestants. Quand la manif marche en paix, il n'y a pratiquement jamais de casse, ni de méfaits.
Devant son argument selon lequel sans eux, ce serait l'anarchie, je lui ai confirmé que la société avait besoin d'un minimum de représentants de l'ordre, mais que ceux-ci devaient opérer sous le respect des citoyens, ce qu'ils sont en train de perdre à cause des abus en question, et que sinon, ils ne sont que le bras armé d'un régime autoritaire, et que la dérive était une pente dangereuse.
Un de ses confrères m'a dit que j'étais trop dans mon monde, ce à quoi j'ai répondu qu'il devait l'être encore plus que moi. Ce collègue (qui avait sorti son gaz poivre devant moi quelques minutes plus tôt alors que je filmais à deux mètres l'arrestation musclée et la réaction des manifestants) a passé un seul autre commentaire, beaucoup moins intelligent:
"Monsieur, il y a un sondage une fois tous les 4 ans, allez cocher votre case pis rentrez chez vous".
Un autre m'a demandé si j'avais des enfants (je n'en ai pas) et m'a dit, que si j'avais des neveux et nièces, qu'il se ferait un plaisir de venir faire du vacarme à coup de casseroles à leur mariage. Je m'en suis montré ravi et lui ai demandé son courriel pour pouvoir l'y inviter. Il a décliné l'invitation.
De retour à mon agent (qui a levé sa visière et baissé son bouclier pour me parler), nous avons conversé pendant au moins dix à quinze minutes. Une autre manifestante, à mes côtés, demandait à "son" policier, s'il n'était pas écoeuré de travailler au service des riches. Il lui a répondu devenir riche grâce à son temps supplémentaire pendant le conflit, mais qu'il n'avait plus de vie. Mon interlocuteur m'a confié ne pas croire que des policiers anti-émeute soient assez caves pour risquer leur job à 80 000$ par an en frappant de la matraque sur les citoyens. Je lui ai suggéré, une fois le conflit terminé et ses vacances venues, d'aller faire un tour sur Youtube. Il pourra aussi lire La Presse d'aujourd'hui, où apparaît une photo d'un policier du SPVM grimaçant d'effort en train de matraquer un citoyen, hier soir, justement, quelques minutes après ma conversation avec le policier de l'anti-émeute. Il faut préciser que celui de la photo de La Presse doit gagner moins de 80 000$, n'étant pas de la brigade anti-émeute.
Mon agent m'a alors fait remarquer que le SPVM avait laissé des dizaines de manifestations marcher malgré qu'elles avaient été déclarées illégales dans les dernières semaines (il parle essentiellement des casseroles), ce à quoi j'ai répondu qu'il avait raison, et que c'était exactement ce que je disais un peu plus tôt en mentionnant que le calme régnait toujours quand ils ne se pointaient pas.
Par une douce ironie, les manifestants ont profité d'une brèche et d'une diversion (j'espère ne pas avoir été part de cette diversion par mes conversations), et a déjoué l'anti-émeute pour se retrouver entre temps sur Ste-Catherine, à l'entrée des Francos.
Là, à travers de touristes, de gens venus au Festival et de policiers, la foule bigarée a soudain été poivrée largement et abondamment par un officier supérieur du SPVM. Comme je demandais justement à un policier si le site était ouvert malgré la manif (mon projet d'origine étant le spectacle de Pierre Lapointe), j'ai respiré du gaz poivre en question de manière collatérale. Pas très agréable ni pour les yeux ni pour les poumons.
Le site m'était donc temporairement fermé, mais les marcheurs ont remonté entre la PDA et la maison de l'OSM pour passer directement à travers du site du festival alors que sur scène, Daran entretenait la foule. L'ambiance était plutôt festive, surtout que les manifestants scandaient quand même qu'ils se calissaient de la loi spéciale. Les jeunes filles gardant les abords du site chantaient avec eux.
Les manifestants sont ressortis par Ste-Catherine ouest, ayant littéralement semé le SPVM pour le moment.
Ils ont marché vers l'ouest (Peel et surtout Crescent, lieu culte pendant le Grand Prix de F1), mais il était clair que la police ne laisserait jamais le groupe passer. A ce moment-là, la manif nue avait fusionné avec la désormais traditionnelle manif nocturne du centre-ville de Montréal contre la hausse des frais de scolarité. Les causes ainsi fusionnées (hausse, Loi 78, anti-valeurs du GP), la marche a été bloquée peu après McGill Collège, et un jeu de chat et de souris a eu lieu pendant un temps entre les deux groupes (marcheurs et policiers). Je me disais que c'était presque lassant, mais avant que le tout ne s'éparpille, quelques fonceurs plus radicaux ont commis des méfaits (projectiles envers les policiers, à ce que j'ai pu voir). La brigade a répondu de manière musclée à chaque fois, créant une mini panique chez les marcheurs, mais à chaque intervention que j'ai vu hier soir, c'était ciblé à 100% sur ceux qui avaient commis un méfait. Plusieurs pétards et feux d'artifices se sont fiat entendre pendant cette période de la soirée. Un engin fumigène a été allumé, quelques autres méfaits, d'autres courses de l'anti-émeute, toujours très ciblées, beaucoup de tension, puis soudainement, la brigade a chargé (probablement fatiguée de voir les manifestants tourner en rond) pour disperser la manifestation de force... J'étais debout au coin de McGill et Ste-Catherine, quand la brigade anti-émeute a foncé et lancé des gaz lacrymogène un peu plus à l'est de ma position. Ils sont passés devant moi, puis j'ai senti le gaz et, passé quelques secondes, j'ai dû m'éloigner, toussant un peu malgré moi. Dommages collatéraux seulement, un peu d'irritation aux yeux à cause du vent qui poussait un peu les gaz vers moi. Je me suis installé un peu plus au nord; la manif s'est dispersé en petits groupes.
Deux minutes plus tard, la circulation automobile et piétonnière était reprise sur Ste-Catherine, comme si de rien n'était, un jeune couple avec un bébé en poussette se dirigeant vers l'ouest et passant dans les relents de nuage de gaz sous les regards des policiers réguliers du SPVM.
Il y avait eu quelques gouttes de pluie à quelques reprises au cours de ma soirée, mais rien de majeur. La pluie s'est intensifiée un brin à partir de ce moment-là, et j'ai décidé d'aller vers l'ouest, vers Peel et Crescent, question de marcher symboliquement exactement là où les policiers voulaient empêcher les gens d'aller quelques minutes plus tôt.
Un homme m'arrête et me demande ce que signifie mon carré rouge. La conversation s'engage (il est visiblement étranger) et il s'avers qu'il est un peu informé mais veut en savoir plus sur les étudiants, les manifestants, les protestations, bref, la crise qui entoure désormais le Grand Prix l'intrigue. J'apprendrai qu'il s'appelle Manuel Franco, et qu'il est journaliste sportif espagnol couvrant les Grands Prix de F1 à travers le monde. Après lui avoir accordé cette entrevue improvisée (*) - j'ai même tapé sur le clavier de son iPhone le nom de Jean Charest pour qu'il ait le bon orthographe du nom du PM du Québec - il a pris une photo, puis est retourné vers l'ouest en m'assurant que ce qu'il voyait comme manifestation ici n'était rien en comparaison de ce qu'il avait vu au Bahrein lors du récent Grand Prix là-bas.
Arrivé sur Crescent, c'état comme entrer dans un univers parallèle. Passé la barricade du SPVM à l'entrée de la rue (bonjour ambiance festive), je suis entré dans une sorte de party de chars et de poupounes habillés hypersexy.
Étrangement, ces poupounes avaient un peu plus de textile sur le dos (mais à peine) que certaines qui se baladaient pratiquement nues dans la maNUfestation plus tôt, mais les poupounes de Crescent me sont apparues plus.... indécentes. En fait, pour dire de manière crue ce que j'ai ressenti devant quelques kiosque des festivités de Crescent, on aurait dit de la prostitution, rien de moins. Je prends une photo d'un gars apposant des autocollants sur une voiture de course, d'un kiosque de télécommunication dont les filles sont enlignées comme les jeune filles de certains quartiers de Bangkok, puis je range mon appareil, ne me sentant pas inspiré pour immortaliser ce que je vois.
J'ai donc traversé la rue du sud au nord jusqu'à mi-chemin, le croisement avec Maisonneuve, en observant les gens sur les terrasses et des gars se faire prendre en photos avec les poupounes aux jupes de cuir rouges seyant montrant les fesses ou gonflant la poitrine sous une camisole du même cuir rouge. Autour de moi, que de l'anglais (bien que plusieurs clients soient probablement francophones, les conversations audibles étaient toutes en anglais, de même que le spectacle sur la scène devant - un artiste que je ne connaissais pas).
Il était tard, donc mes observations sociales m'avaient fait rater le spectacle des Francos, mais une poussée vers l'est allait devoir confirmer ou non ce constat. La pluie était plus intense, mais une fois mouillé, ça ne faisait plus grande différence. Au coin Peel, trois gars jouaient de la casserole devant la barricade du SPVM et non loin d'une tente du Grand Prix (Peel tente de profiter de la popularité de Crescent, et récolte donc les restes, d'après ce que j'ai pu voir). Ils saluent mon carré rouge avec un sourire et quelques encouragements en français.
Après quelques minutes, je redescend sur Ste-Catherine, redevenue calme et (presque) sans policiers, puis arrive au site des Francos, coin Jeanne-Mance. J'entends la voix de Pierre Lapointe.
Le spectacle n'est donc pas terminé et je reste donc, tout juste devant la scène, pour profiter du talent de ce chanteur dont les textes et la musique sont vraiment exceptionnels. Je veux prendre quelques photos mais mes piles sont à plat et je n'ai pas de rechange. Il y a encore une foule immense malgré l'averse qui se maintient. Quelques parapluies parmi la foule mais essentiellement des gens trempés mais enjoués d'être là, ensembles, à profiter des arrangements rock des succès de Lapointe. Moi qui croyais être arrivé à la toute fin, j'ai quand même eu droit à plusieurs chansons, ainsi qu'aux rappels. Un peu plus d'une demi-heure plus tard, Lapointe quittait la scène après plusieurs rappels, non sans avoir encouragé les carrés rouge à ne pas abandonner: "Il ne faut pas avoir peur de dire ce qu'on est, ne pas craindre de dire qu'on en a assez". Il portait d'ailleurs un carré rouge sur scène.
Cette fin d'une soirée déjà riche en émotions et en activités, en compagnie d'un auditoire festif, enjoué et francophone, et de l'excellente musique de Lapointe, allait être le contraste final de cette soirée fascinante de ce point de vue.
Après l'argent très abondamment étalé sur la place publique sur Crescent, les spectateurs assistants au spectacle gratuit des Francofolies.
Après la traversée du site des Francofolies pendant le show de Daran en compagnie des manifestants dont la moitié étaient à demi-nus, l'anti-émeute bloquant l'accès à Peel et Ste-Catherine à coup de gaz lacrymogènes.
Après les filles ordinaires marchant nue pour dénoncer le sexisme du Grand Prix, les poupounes hyper-sexy payées pour montrer le plus possible leurs fesses et leurs seins couverts d'une mince couche de latex sur Crescent.
Après les conversations anglophones entendues autour de drinks et des vêtements griffés, les fans de Pierre Lapointe chantant à l'unisson en français, cheveux ébouriffés et vêtements trempés par l'averse.
Après le malaise ressenti sur Crescent, le plaisir ressenti au spectacle des Francofolies.
Après une conversation avec un agent de l'anti-émeute, le goût du gaz poivre et des lacrymogènes dans mon souvenir, Pierre Lapointe et ses musiciens qui me disent:
"Ce n'est surement pas de briller
qui nous empêchera de tomber
Ce n'est surement pas de tomber
qui nous empêchera de rêver"
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(*) M. Franco a écrit un premier article sur l'ambiance autour du GP, un court papier de quelques paragraphes qui résume bien l'essentiel pour un lecteur étranger, mais sans plus pour le moment.

dimanche 3 juin 2012

Crise sociale: Anticapitalistes, marxistes et pandas anarchistes

«Assez, c'est assez!» a tonné le ministre des Finances et responsable de la métropole, Raymond Bachand. «La perturbation délibérée de l'économie de Montréal» par des «groupes anticapitalistes et marxistes» doit cesser.
- La Presse, 15 mai 2012.

«La désobéissance civile, c'est un beau mot pour dire vandalisme».
- Ministre libéral Jean-Marc Fournier (Rapporté par La Presse), 22 mai 2012.

Journaliste: - Qu'est-ce que vous faites des casseroles?
Jean Charest: - On considère ça comme des menaces.
- Téléjournal 18h Montréal (Conférence de presse du Premier Ministre, 31 mai 2012.

"C'est certain qu'on a l'impression que la 3e guerre mondiale vient d'être déclarée au Québec"
- G. Rozon, homme d'affaires, Téléjournal 18h Montréal, 27 mai.
*
Suite à ces déclarations aussi outrancières que grossières et ridicules, j'ai pensé vous montrer le visage de ces anticapitalistes et ces marxistes qui hantent Montréal et perturbent délibérément son économie.
Question de savoir de quoi se méfier, de qui se méfier, et qui craindre, selon la rhétorique des hauts dirigeants de l'État québécois actuels et de leurs vassaux du commerce.
Car n'écoutant que mon courage et n'ayant comme objectif que de bien vous informer, chers lecteurs, je suis descendu dans la rue au péril de ma vie. Oui, oui, dans la rue, à Montréal, en plein coeur du conflit qui met le Québec à feu et à sang, à en croire quelques commentateurs et qui donne l'impression d'être rien de moins qu'en guerre, et mondiale à part ça.
Voici les dangereux anarchistes que j'ai rencontré lors de ces missions risquées, armé de mon appareil photo.


Voici le premier groupe de ces citoyens coupables de désobéissance civile. Ils sont plus de 50, et n'ont pas communiqué leur trajet à la police. Ce soir-là, le trajet était de traverser la rue sur les quatre côtés du carrefour pendant deux heures, et ce, exclusivement au feu vert. Une activités particulièrement perturbatrice.


L'immeuble à l'arrière plan est celui dans lequel j'habite (on voit d'ailleurs deux fenêtres de mon appartement et mon balcon). Les dangereux anarchistes sévissent donc littéralement à côté de chez moi. On ne dira pas que je n'aime pas vivre dangereusement; je suis exposé à l'anarchie à toute heure du jour ou de la nuit.


L'arme de prédilection de ces sauvages perturbateurs de l'économie de Montréal: la casserole. Même si je n'ai vu aucun manifestant l'utiliser pour frapper autrui (ils se contentent de taper dessus avec des ustensiles), on ne sait jamais; le PM considère ça comme menaçant, alors je me méfie et reste sur mes gardes.


Je me suis même aventuré dans un autre quartier, en fin de journée (et j'y suis resté après le coucher du soleil, une imprudence). Les amateurs de vandalisme et détonateurs de 3e guerre mondiale ressemblent à s'y méprendre à ceux de mon coin de rue.


Il est ardu de distinguer l'anticapitaliste et le marxiste, à moins de le voir à l'oeuvre avec sa casserole. Ces anarchistes ressemblent étonnamment à tous les gens normaux de la population. La prudence est donc de mise, car vous pourriez en avoir à côté de vous sans même vous en douter.


Leurs slogans donnent froid dans le dos par leur violence insoupçonnable. Ils n'hésitent pas non plus à utiliser un langage blasphématoire ("La loi spéciale, on s'en câlisse", ou "La loi matraque, on s'en tabarnac").


Par pure terreur, évidemment, certains résidents les appuient sur leur passage, afin d'éviter de voir leurs maisons détruites par les vandales amateurs de désobéissance civile. La peur règne sur les quartiers de Montréal au point où les résidents encouragent même leurs enfants à imiter les manifestants pour les apaiser et augmenter leurs chances de survie en cette période de guerre.


On en voit de plus en plus arborant des déguisement ou des costumes ou encore des breloques à l'effigie d'animaux sauvages.


Leur chef, leader incontestable du mouvement, est un anarchiste avoué. Les manifestants lui vouent un véritable culte. Certains le craignent et se couvrent le visage de masques de lapins quand ils l'accompagnent dans leur interminables marches dans toute la ville.


On assiste en pleine rue à des scènes qui glacent le sang; ici, une enfant est sacrifiée et offerte à l'animal pour calmer sa soif d'anarchie et de chaos.


Sur une page officielle d'un grand réseau social, l'animal va jusqu'à prôner la gratuité scolaire, une menace inconcevable au modèle de tarification imposé par le gouvernement. Portant le carré aux couleurs du communisme, l'idole ne se gène pas pour utiliser un langage grossier ("Je ne suis pas une fucking mascotte").


Le motto de ce groupe redoutable de joueurs de casseroles infatigables est "Solidarité". De quoi vous empêcher de dormir la nuit. 


La police est bien au fait de l'existence du groupe et des agissements de son leader; comme en témoignent certaines citations du SPVM sur un réseau social bien connu.


Enfin, si jamais vous en apercevez quelques-uns, sur une terrasse (la belle vie), ils sont faciles à identifier, car ils ont maintenant leur bière, un produit nocif à base d'alcool et d'érable, dont semblent friand ces manifestants printaniers.
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C'était L'esprit Vagabond, reporter en zone de guerre.

mardi 29 mai 2012

La Crise sociale: Stakose de quoi?

Un regard humoristique en chanson, par L'Esprit Vagabond.
M'inspirant librement du groupe Mes Aieux (*), voici un petit texte que j'ai intitulé "Stakose de quoi si on est en crise".
A chantonner pour rire un peu.
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Stakose de quoi si on est en crise?
De quoi se plaignent les étudiants?
De quoi se plaint le gouvernement?

Stakose de la hausse, Stakose des iPhones
Stakose de Léo, et de Gabriel Nadeau-Dubois
Stakose de Beauchamp, Stakose du ministre Bachand
Stakose de la police, et des anticapitalistes

Stakose des médias, Stakose de la mafia
Stakose de Facebook, et des sondages CROP
Stakose de la juste part, Stakose des jobs dans le nord
Stakose de la sangria, et d’Anarchopanda

Stakose de la FECQ
Stakose de la CAQ
Stakose de la FEUQ
Stakose du PQ et de la TACEQ

Mais spakose du PLQ
(y’était en cocktail de financement)

Stakose des marxistes, Stakose des journalistes
Stakose de Victo , et de la clique du Plateau
Stakose du Plan Nord, Stakose de Quebecor
Stakose des recteurs, et de la brigade anti-émeute

Stakose de Twitter, Stakose de l’îlot Voyageur
Stakose des gaz poivre, et des canes de sirop d’érable
Stakose de Power, Stakose des casseurs
Stakose de Montréal, et de la Loi Spéciale

Stakose du Devoir
Stakose de La Presse
Stakose de Radio-Canada
Stakose de RDI et de TVA

Mais spakose du maire Tremblay
(il n’était pas au courant)

Stakose des artistes, Stakose des anarchistes
Stakose de Duplessis, et de matricule 728
Stakose de Rozon, Stakose des élections
Stakose de 2 bières, et de Québec Solidaire

Stakose de Courchesne, Stakose de la STM
Stakose de la CLASSE, et des vendeurs de masques
Stakose des casseroles, Stakose des syndicats
Stakose des matraques, et de tous les festivals

Stakose de la CSN
Stakose de la SQ
Stakose de CUTV
Stakose du SPVM et de LCN

Mais spakose de Jean Charest
(y’avait les deux mains pognés sur le volant)
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(*) Très librement inspiré de La stakose, sur l'album au titre évocateur: "A l'aube du printemps".
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samedi 26 mai 2012

Crise sociale: Par la bouche de nos casseroles

Ça fait 4 jours que je planifie vous parler de ce qui se passe, mais je n'ai pas eu le temps ou l'énergie. Il faut dire que suivre pendant 4h des joueurs de casseroles dans une marche de 15 km dans les rues de Montréal a tendance à épuiser le blogueur et qu'une fois rentré, passé minuit, l'énergie et la concentration lui font défaut...
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Je ne veux pas vous faire un reportage sur les casseroles, vous avez pu en lire dans les divers médias traditionnels ou sociaux. Je voudrais simplement partager ce que j'ai vu et vécu pour illustrer ce qu'est devenue la crise sociale et pour dénoncer la énième tentative du gouvernement de faire croire que les manifestants sont des gens violents.
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Au début du mois de mai, émergeant d'une léthargie de billets due à des contrats prenant tout le temps libre que je ne passais pas dans la rue, j'ai introduis une série de billets sur la crise sociale au Québec. Début mai, alors que nous parlions de négociation de sortie de crise, on était loin de se douter que ça allait durer un autre mois, et empirer encore.
On m'a même reproché d'avoir exagéré en parlant de crise sociale à propos d'un "banal conflit étudiant" que je montais en épingle par sympathie pour le mouvement.
Je n'ai jamais caché que j'étais contre la hausse des frais de scolarité, ce qui ne m'empêche pas de lire toutes les opinions et textes sur le sujet avec attention, ni de tenter d'observer le conflit sans en être un acteur direct (avoir une opinion diffère de militer activement dans une organisation).
Je pense que beaucoup de gens n'ont pas compris (incluant tous les membres du gouvernement), que les racines du mouvement étudiant sont profondes et dépassent le montant de la hausse des frais de scolarité (j'y reviendrai dans un autre billet).
Crise sociale? J'exagérais? On dirait bien que non.
La preuve:


26 mai 2012. Quelques minutes passées 20h, coin Beaubien et St-Denis, le concert de casserole est déjà en force; des résidents d'un peu partout dans le quartier, leur famille, leurs enfants avec eux, approchent avec leurs casseroles. Ce sont eux, les anarchistes et marxistes dont parle le gouvernement?
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Tous les observateurs s'entendent maintenant pour dire que ce qui se passe au Québec dépasse la question des droits de scolarité. Ça s'appelle donc une crise sociale.
Ce soir, de mon appart coin Beaubien et St-Denis, je vous écris sous le tintamarre des casseroles de mes voisins; ce sont eux, sur la vidéo ci-haut, qui font un vacarme d'enfer à tous les soirs depuis une semaine. Eux et des gens comme vous et moi, dans des dizaines de quartiers de Montréal, et dans des dizaines de villes du Québec. Québec, Sherbrooke, Saguenay, même St-Élie, selon les informations transmises par Fred Pellerin (25 personnes hier, 32 ce soir!)
Pour les trois premiers soirs, les gens se sont contentés de traverser les rues, les médias traditionnels n'en ont pas ou peu parlé. Puis avec le nombre grandissant de participant et l'information relayé sur les médias sociaux, on a assisté à des marches spontanées (donc illégales selon la Loi 78).
Ce soir encore:


26 mai 2012: Photo prise vers 20h30; une marche improvisée vient rejoindre les centaines de joueurs de casseroles déjà débordant d'enthousiasme au coin Beaubien et St-Denis. Ils prennent la rue et marchent vers le nord.
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Et ces marches durent des heures.
Ceux que j'y ai croisé ne sont, pour la très grande majorité, pas des étudiants. Ce sont des citoyens. On comprend qu'ils en ont plein le dos de se faire mentir par leur gouvernement, et qu'ils ont perdu confiance dans les institutions gouvernementales. La Loi spéciale 78 est devenu le prétexte pour illustrer leur mécontentement; le sentiment est qu'en voulant les réduire au silence, on a dépassé les bornes.
Le slogan qui revient sans cesse dans ces parades de casseroles est:
"La Loi spéciale, on s'en calisse!"
Les citoyens du Québec défient la loi, défient leur gouvernement.
Si ce n'est pas une crise sociale, je ne sais pas ce que c'est.
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Journal d'une casserole.
Quatre jours plus tôt: 22 mai 2012.
Les joueurs de casseroles dont j'ai entendu parler pendant mes quelques jours d'absence de Montréal se pointent au coin de chez moi. Devant un mouvement spontané de solidarité citoyenne du quartier, je me joins à eux et nous traversons la rue, seulement au feu vert, en "tournant en carré", pendant deux heures. Je voulais voir qui étaient ces anticapitalistes dont parlais alors le ministre Bachand. Voici ce que j'ai vu:



Concert de casseroles / manifestation improvisée et spontanée, entre voisins de la Petite Patrie à Montréal, contre la Loi 78. Adultes et jeunes, festif, pas de casse, mais des casseroles! Manifestation dont "l'itinéraire", non fourni à la police, était en fait de traverser la rue, et seulement aux feux verts, sans bloquer le trafic! La durée, l'heure et le reste n'avait pas été transmis aux policiers non plus. Environ 200-300 personnes y ont pris part, le tout a duré environ 2h.
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23 mai 2012.
Je commence mes observations en rejoignant le groupe qui est déjà plus imposant que la veille, à peine quelques minutes passé 20h. Une fois de plus, c'est l'ambiance communautaire, des voisins de quartier, le sentiment de solidarité, qui étonne. On est loin, très très loin, des images violentes que les autorités et certains médias veulent nous faire craindre. Quand j'écoute les nouvelles un peu plus tard, j'ai l'impression de vivre sur une autre planète.
Je filme d'abord cet extrait, alors que nous tournons en carré aux feux verts. Je note que plusieurs automobilistes qui traversent le carrefour klaxonnent en support au mouvement en faisant des signes d'encouragement.



Je note aussi, ce 23 mai, que le nombre de participant à ce concert improvisé (et un peu cacophonique) est beaucoup plus important que la veille. Et le mouvement ne s'arrête pas; il prend de l'ampleur.
Après un temps, je quitte le coin de la rue en direction nord, afin d'aller voir s'il y a d'autres mouvements similaires dans les autres quartiers environnants.
À un coin de rue de là, sur St-Zotique, une voiture de police vient dérouter le trafic sur St-Denis. intrigué (il n'y a pratiquement personne sur le coin de rue), je ne réalise que quelques minutes plus tard qu'une marche spontanée se dirige vers moi, en remontant St-Denis. Des centaines de personnes ont pris la rue sur toute sa largeur.



Je note une fois de plus que la très grande majorité des marcheurs et joueurs de casseroles ne sont pas des étudiants (ou ne semblent pas dans le groupe d'âge habituel des étudiants). Le slogan est asséné avec vigueur et conviction. Je n'ai jamais vu de ma vie autant de personne violant une loi de manière aussi ouverte, et fière! (On entend occasionnellement la tirade: "On est plus que 50" sur l'air enfantin et défiant de "gnagnagna").
Après quelques zigs et quelques zags dans la Petite Patrie, la marche fusionne avec un autre groupe issu de Villeray (et avec une bannière qui ne laisse aucun doute sur les intentions: "Villeray désobéit"); ce nouveau groupe de quelques milliers fusionnera à nouveau avec d'autres parades similaire et arpentera pendant plus de 4h les rues de Montréal, jusque sur le boulevard René-Lévesque et sur une distance d'au moins 15 km au total.
Je rentre chez moi passé minuit, fatigué par la longue marche, et les oreilles qui bourdonnent du bruit assourdissant des casseroles. J'apprend rapidement, via Twitter, CUTV et Facebook qu'il y a eu plusieurs marches en parallèle, fusionnant parfois, et que la police vient de décider d'arrêter arbitrairement 500 personne parmi les marcheurs.
Incrédule, je me couche. Il est 3h AM.
Il y aura officiellement 518 arrestations ce soir là. (Plus que pendant toute la crise d'octobre). Tous des citoyens pacifiques (voir les nombreuses vidéos sur Youtube et CUTV).
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24 mai 2012.
Le Maire Tremblay demande aux citoyens de jouer de la casserole sur leurs balcons.
Près de chez moi, c'est plutôt un scénario similaire à la veille qui se joue; une foule assez imposante se pointe au coin de la rue, casserole en main, à 20h pile.
Rassemblement, puis prise de la rue St-Denis, rencontre avec d'autres marcheurs, fusion.


L'ambiance est festive, le rassemblement est familial. On pourrait croire à un festival, si ce n'était du slogan ("La Loi spéciale, on s'en calisse!"), répété sans cesse par les milliers de joueurs de casserole. Quiconque descend dans la rue comprendra que le mouvement n'est ni violent ni radical mais un gigantesque cri du coeur d'une population à son gouvernement.
Il y a des musiciens aussi; trompettes, tambours, cornet à piston, guitare, j'ai même vu un joueur de cor français et un saxophoniste à travers la marche.
Ce soir-là, après diverses rencontres et fusions de groupes, au moment d'atteindre le coin Mont-Royal et St-Denis (après être passé par le viaduc sur St-Hubert), le mouvement est composé d'au moins 10 000 à 12 000 personnes. La traversée du parc Jeanne Mance divise le groupe, dont une partie part vers Outremont pour remonter par la suite sur St-Laurent après avoir emprunté l'Avenue du Parc et Fairmount.
Je quitte le groupe au coin Parc et Mont-Royal, il est 22h45.
Je veux revenir chez moi et écrire ce billet.
En me rendant au métro, je croise au moins 25 voitures de police, 5 "paniers à salade" et trois véhicules de la brigade de la SQ. Le temps de prendre le métro et de revenir chez moi, je suis trop fatigué et fébrile pour écrire. Un hélicoptère de la police survole mon quartier, les marcheurs remontent St-Laurent non loin de chez moi. Ils se baladeront dans le quartier encore quelques heures avec l'hélico qui les suivra sans arrêt. Ce soir-là, la police n'interviendra pas par des arrestations massives.
Je me couche passé 2h AM.
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(26 mai: Je fais une pause écriture, les casseroles descendent St-Denis direction sud; ils sont déjà plusieurs, plusieurs milliers. J'observe un moment, puis rentre; ils mettront une demie heure à tous traverser le carrefour).
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25 mai 2012.
Au sujet de la Loi 78, tentant de justifier la suspension du droit de manifestation et d'association, le ministre Bachand déclare au téléjournal: "Les montréalais ont droit d'avoir accès à leur médecin". Malgré mes recherches, je n'ai trouvé aucun cas de manifestation ayant privé un citoyen du droit d'accès à son médecin. Le commentaire m'apparaît donc relever d'une démagogie hallucinante.
Le ministre ajoute qu'il est content des concerts de casseroles, qu'il trouve la chose festive.
Content. Festive.
Je n'ai jamais autant eu l'impression que ce pauvre monsieur était à ce point déconnecté de la population.
Il n'a aucune idée de ce qui se passe.


Affiche apposée sur un poteau au coin de Beaubien et St-Denis.
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Dehors, soirée d'orage; les casseroles se regroupent au coin St-Denis et Beaubien avec une régularité d'horloge suisse (un peu en avance, même, le tintamarre débutant quelques minutes avant 20h).
Momentum rapide, les marcheurs prennent la rue et disparaissent. Ils repassent à quelques reprises. Ce soir-là, je ne descend pas avec eux; je lis, me documente, télécharge et trie mes photos et vidéos afin de rapporter ce que j'ai vu, et surtout, qui j'ai vu; des gens ordinaires issus de tous les milieux et se regroupant spontanément dans un mouvement de solidarité envers, oui, les étudiants, mais surtout envers eux-mêmes et envers leurs voisins. Et contre le gouvernement que le ministre Bachand représente (nous n'avons pas revu le Premier Ministre depuis l'adoption de la Loi 78). Si le ministre Bachand entendait les citoyens crier qu'ils se "calissent" de sa loi spéciale, je ne suis pas certain qu'il trouverait ça festif.
Les manifestants trouvent ça festifs, eux. Car malgré les cris d'alarmes du maire Tremblay (un autre qui me semble particulièrement déconnecté), il n'y a pas de guerre civile dans nos quartiers, à Montréal; il n'y a pas d'affrontement verts contre rouges; les quartiers ne sont pas envahis de "méchants" anticapitalistes et marxistes (pour reprendre les mots du ministre Bachand).
Pour ma part, ce soir du 25 mai, je suis fatigué (j'ai travaillé tous les jours pendant ce temps malgré le peu de sommeil), alors je jette les bases de ce billet mais doit en remettre la rédaction et la publication au lendemain.
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26 mai 2012.
Ce qui nous mène à ce soir, où je décide de ne pas suivre la parade et plutôt montrer ma solidarité citoyenne à ma manière; en rapportant ce dont j'ai été témoin depuis quatre jours. J'ai eu beaucoup d'informations grâce aux médias sociaux, alors j'y contribue également; y compris par des textes plus approfondis, comle sur ce blogue.
Évidemment, depuis quelques jours, les médias traditionnels ont fini par se rendre compte de l'ampleur du mouvement des casseroles, et de sa nature.
Mais bien peu réalisent ce qu'il signifie vraiment. Plusieurs pensent encore que ce ne sont que des faiseurs de troubles. Plusieurs pensent qu'il s'agit encore d'étudiants. Plusieurs pensent que les gens manifestent contre la hausse des droits de scolarité.
Bien peu ne comprennent la crise sociale.
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Je ne nie pas la présence de casseurs dans certaines manifestations depuis trois mois. Mais compte tenu de la proportion de ceux-ci - et des débordements - par rapport à la masse manifestante, par rapport au nombre de manifestations qui ont eu lieu à Montréal seulement (on parle de plusieurs centaines), il y a eu très peu de violence de la part des manifestants. Pourtant, c'est le sujet qui a été le plus couvert par tous les médias traditionnels depuis le début du conflit étudiant et de la crise sociale. Celui dont on a le plus parlé.
Un climat de peur s'est donc installé.
J'invite tous les lecteurs de ce blogue à me visiter, coin St-Denis et Beaubien (n'importe quel soir, 20h), pour assister au concert de casserole, pour voir d'eux mêmes. N'ayez pas peur; ce sont juste mes voisins, des gens comme vous et moi.
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Le gouvernement a voulu utiliser une Loi Matraque; la population lui répond par la bouche de ses casseroles.
Personnellement, je trouve ça merveilleux comme réaction. Ça me redonne espoir autant de gens qui font du bruit.



23 mai 2012. Viaduc Masson, entre Iberville et Delorimier; quelques heures après le début de la parade casserole sur St-Denis. Toujours très pacifique. On ne pouvait se douter que des arrestations arbitraires auraient lieu un peu plus tard.
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lundi 21 mai 2012

Crise sociale: Liberté, opinion et consommation

Les nouvelles vont vite... et je ne parle pas seulement de la rapidité de propagation d'une information, mais des événements eux-mêmes.
Le maire de Montréal commence à peine à réaliser que de suspendre des droits fondamentaux était une mauvaise idée. (Il aurait pu arriver à cette conclusion par lui-même, sans émeute, il y a quelques jours s'il n'était pas déconnecté de la réalité).
Après les nombreuses bavures policières - plusieurs vidéos circulent sur les médias sociaux - dont ont parlé les grands médias hier soir (enfin), le maire affirme toujours sans aucune nuance que le SPVM et la SQ font un travail "remarquable". On ne vit pas sur la même planète que lui.
Les nouvelles vont vite... et elles changent vite aussi!
On a vu deux autres journalistes arrêtés hier soir (un du journal de Montréal, l'autre de La Presse) malgré qu'ils se soient identifiés clairement aux policiers. Gabrielle Duchaine, de La Presse, a été insultée au passage, un policier lui disant qu'il se "calissait" qu'elle soit journaliste. Elle en a fait mention en direct sur Twitter, et dans une première version de son article sur Cyberpresse. Mais deux versions plus tard, cette mention a été effacée par la rédaction du journal de Power Corp.(1)
Et on s'étonne que certains jeunes ne fassent pas confiance aux journalistes et trouvent qu'ils ne font pas toujours un bon travail à rapporter les faits? Cet exemple nous montre qu'ils les rapportent parfois, mais que ces faits nous sont souvent cachés, tout simplement.
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Aussi, selon l'application que certains membres des forces de l'ordre font déjà, le simple port du carré rouge est jugé un "encouragement" à la violence et les gens le portant se font arrêter pour avoir participé à une émeute (nombreux témoignages en ligne et sur les médias sociaux, y compris de secouristes).
Ce symbole signifiant l'appui au mouvement étudiant dans leurs revendications contre la hausse des frais de scolarité est le symbole de ma liberté d'expression.
Je refuse que l'on considérer que je suis dans l'illégalité parce que j'exprime une opinion, je refuse que l'on considérer que je suis dans l'illégalité parce que j'ai une opinion.
J'imagine que tout ça ne concerne que ceux qui en ont une, opinion, le reste de la population semble très bien vivre avec la loi spéciale, continuant son petit magasinage et sa consommation de masse, souhaitant surtout ne pas être dérangé dans son petit quotidien par deux ou trois énergumènes comme moi qui questionnent le système. Ce reste de la population, majorité bien silencieuse, est réconfortée en lisant un sondage en une de La Presse nous disant que le Québec appuie massivement la loi spéciale; sondage dont on dit du bout des lèvres plusieurs paragraphes plus bas qu'il n'a pas été réalisé avec une méthode scientifique, et qui a été réalisé avant que ladite population ne connaisse le contenu de la loi en question.
Mais je ne me reconnais pas dans ce reste de la population; tout mon mode de vie m'a mené à l'opposé de ce confort indifférent et habilement manipulé par un monde axé sur la consommation matérielle dont la valeur ultime est l'argent et les possessions.
Ainsi, pour moi, un citoyen qui est aussi auteur, cette liberté d'expression est essentielle; elle fait partie de ma vie.
Ce blogue continuera donc d'arborer le carré rouge.
Je plaide donc coupable au crime d'avoir une opinion politique sur la crise, et d'émettre cette opinion.
L'expression de cette opinion ne pourrait être plus pacifique. J'écris de manière posée, sur un blogue, que je ne suis pas d'accord avec une décision gouvernementale et que j'appui ceux qui la contestent.
Réalisez, par contre, la chose suivante:
Que vous ayez une opinion ou non, que le confort de votre consommation de masse vous endorme ou non, que le jour où cette dissidence politique que j'exprime devient illégale, nous ne sommes plus en démocratie, nous sommes dans une dictature totalitaire.
Et même si votre confort monétaire ou matériel vous met actuellement à l'abri, le régime finira tôt ou tard par vous rattraper vous aussi, et il sera alors bien trop tard pour réagir.
*
Mon ami Dédé l'exprimait déjà, bien à sa manière, il y a déjà 14 ans...
*
"Je ris au nez des vendeurs d'ordre
Des exploiteurs endimanchés
Distributeurs de cochonneries
Et de bonheurs préfabriqués
Allez-vous en au paradis
Bande de téteux pis lâchez-moé
Ch'tanné d'entendre toutes vos conneries
Vos saloperies pis vos menteries
Pis de voir vos yeux ambitionneux
Crier youppie! J'ai réussi! Ostie"

- Dédé Fortin, les Colocs, Pis si au moins.
*
(1) Pour ceux qui ne croient que ce qu'ils voient:




samedi 19 mai 2012

Crise sociale: Une grande noirceur...

Je suis sans voix.
C'est réel.
C'est vrai.
Et je suis là, à vivre ça, en direct.
Au Québec.
Une grande noirceur m'habite.
Je suis sans voix.
Alors toute la journée, j'ai laissé parlé les autres.
Voici quelques voix que j'ai retenues...
--
"On savait déjà que le premier ministre du Québec venait du sérail conservateur. Cette semaine, il s’est montré sous un jour qui verse plutôt dans l’ultraconservatisme."
- Josée Legault, Voir.
*
"Je ne sais pas si vous arrivez à dormir la nuit. J’espère que non. Moi, après votre conférence de presse annonçant votre décision d’imposer une loi spéciale à nos enfants, j’ai repassé dans ma tête tous les premiers ministres que j’ai connus. J’ai 80 ans. J’en ai connu plusieurs. Quelques insignifiants, sûrement. Des brillants ? Quelques-uns, mais en moins grand nombre que les précédents. Mais j’ai le regret de vous annoncer que vous êtes le pire ; c’est à se demander si vous avez du coeur."
- Lise Payette, Le Devoir.
*
‎"Ceux qui ont «documenté, avec d’autres, l’histoire politique du Québec» affiment «que rarement a-t-on vu une agression aussi flagrante être commise contre les droits fondamentaux qui ont sous-tendu l’action sociale et politique depuis des décennies au Québec.»"
- Les historiens du Québec dénoncent la loi, Le Devoir.
*
‎"M.Courchesne: «ça appartient aux policiers de déterminer qui sur twitter» aurait lancé idée d'une manif (!)"
- Josée Legault... sur Twitter!
*
‎"Le sociologue Guy Rocher, un des grands penseurs du système d'éducation québécois, a dit hier à quel point il était inquiet. En 60 ans d'enseignement universitaire, il n'a jamais rien vu de tel. Il n'a jamais vu des policiers avec des matraques dans les couloirs de son université. «Jamais je n'ai vu l'avenir de mon université aussi inquiétant.» Il y a en effet de quoi être très inquiet."
- Rima Elkouri, La Presse.
*
‎"Vladimir Poutine n'aurait pas fait mieux."
- Jean-François Lisée, Blogue de l'Actualité.
*
‎"Le PDL78 [Projet de loi 78] devrait être renommé la loi Duplessis-Charest"
- Josée Legault, Twitter.
*
"Je viens de me mettre à jour sur ce qui s'est passé au Qc aujourd'hui et je songe sérieusement à demander l'asile politique au Mexique"
- Vincent Marissal de La Presse, en vacances au Mexique, sur Twitter.
*
‎"On est en train de criminaliser la dissidence"
- Anne Lagacé Dawson, à Radio-Canada.
*
[J']Assiste en direct à la mort d'une bonne partie de ce que j'aime.
- Gabriel Nadeau Dubois, sur Twitter.
*
"Questionnée en chambre sur la légalité du port du carré rouge: Courchesne répond qu'elle fera confiance aux procureurs..."
- Pierre Duchesne, journaliste de Radio-Canada, sur Twitter.
*
"Par cette loi abjecte, ce n'est pas la démocratie qui se défend mais la droite populiste qui flirte avec le totalitarisme."
- Jean R. Sansfaçon, ancien rédacteur en chef, éditorialiste invité, Le Devoir.
*
"Le projet de loi 78 «porte atteinte aux droits constitutionnels et fondamentaux des citoyens», a dénoncé le Barreau."
- Paul Journet, La Presse.
*
"La situation au Québec est pour le moins troublante. Je suis gravement inquiet des menaces qui planent sur certains de nos droits fondamentaux. Le droit de s’exprimer politiquement, de s’assembler, de s’associer et de manifester pacifiquement sont des éléments essentiels à une vie démocratique saine et équilibrée."
- Alexandre Boulerice, député de Rosemont (NPD) au parlement du Canada.
*
"Le leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard, a demandé si une personne qui envoie sur Twitter un message d'invitation à une manifestation pourrait contrevenir à la loi. «La nature et le contenu du message devront être considérés», a indiqué Michelle Courchesne, confirmant que les policiers pourraient faire des vérifications sur les médias sociaux."
- Tommy Chouinard, La Presse.
*
"Je pense qu'on ne m'a jamais autant interpellé et référé dans un débat politique que ces derniers jours."
- M. Duplessis, sur Twitter.
*
‎"Sous pression à l’Assemblée nationale, puis avec la collaboration ouverte de la CAQ, la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a offert, puis accepté, quelques amendements. Un portant de 10 à 25, puis à 50, le nombre de personnes constituant une manif visée par cette loi."
- Rapporté par Josée Legault, Voir.
Réaction: On peut donc compter sur la CAQ pour s'attaquer aux vrais problèmes dans les projets de lois! Les ni-nis montrent leurs couleurs autoritaires.
*
Puis, une nouvelle internationale remettant les choses en perspective:

"Russie: le parti du président Poutine prévoit d'énormes amendes pour les manifestants."
- Article du journal Libération, du 18 mai 2012.
*
Et je termine sur une citation qui ne date pas d'hier, mais oh combien pertinente aujourd'hui:


«La conscience est notre seul guide, et si la loi viole notre conscience, je crois que nous devons désobéir à la loi.»
- Pierre Elliott Trudeau, août 1971.
***

mercredi 16 mai 2012

Crise sociale: La répression, ou le pas vers un état policier

Tout le monde parle maintenant de Loi Spéciale pour forcer le retour en classe de dizaines de milliers d'étudiants et museler la crise sociale qui secoue le Québec.
Quiconque lit un peu sur les médias sociaux aura noté que le gouvernement Charest avait déjà commencé à tâter le terrain en effectuant un sondage sur l'idée d'une Loi Spéciale dès samedi dernier; la chose n'étonne donc pas.
Alors que tous les étudiants membres d'associations ayant voté contre la grève ont respecté ces décisions démocratiques, on a vu depuis le début du conflit étudiant que ce n'était pas la même attitude là où le vote démocratique avait été pour la grève.
La Loi Spéciale n'est donc que le prolongement logique de la politique des injonctions, avec plus de dents et s'appliquant à tous.
C'est, en un mot, légiférer le déni du droit de grève des étudiants; une première dans l'histoire du Québec.
Et une Loi Spéciale, après les injonctions individuelles, c'est choisir la répression.
En tant que citoyen, on est en mesure de s'inquiéter que le gouvernement envisage cette avenue.
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Je me demande ce qui va se passer si une masse importante d'étudiants décide de ne pas respecter la Loi en question. Devra-t-on alors les battre plus fort à coup de matraque pour les y forcer? Devra-t-on placer des corps policiers dans chaque couloir de chaque cégep et de chaque pavillon universitaire? faire escorter les professeurs récalcitrants menottes aux poignets? Ou les arrêter tous et construire un nouvel établissement de détention dans le nord pour les y emprisonner? Et les parents, et les professeurs qui les supportent? Eux aussi en prison?
Poser ces questions me semble pertinent, puisque l'Histoire nous enseigne que ça s'est fait, et à grande échelle, et au vu de tous, et que ça se fait encore, aujourd'hui, dans divers pays du monde. Je ne vois pas pourquoi nous serions une exception.
Et la répression, ce premier pas vers un état policier, c'est possible en autant que la majorité de la population ait peur.
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Cette Loi Spéciale ne serait jamais accepté dans un état démocratique, si la rhétorique de la violence n'avait pas été dès les premières semaines du conflit, mis de l'avant par le gouvernement Libéral.
Le gouvernement a utilisé une des plus vieilles stratégies politiques au monde: faire peur aux citoyens. L'utilisation d'une accusation liant le mot "terrorisme" au mouvement étudiant était d'ailleurs le point culminant de cette rhétorique de la peur.
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La Rhétorique désigne l'art ou la technique de persuader, généralement au moyen du langage. (Wikipedia).
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«Le gouvernement doit s'assurer que, dans chaque cégep, chaque université, les étudiants qui souhaitent retourner en classe puissent retourner en classe lundi matin», a fait valoir le caquiste François Legault. Quitte à faire appel aux policiers, a-t-il dit. (La Presse).
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État policier: État qui pour maintenir et faire respecter les prérogatives du pouvoir politique utilise la police. (Wikipedia).
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"M. Bachand a dit aujourd'hui qu’il faut faire cesser les gestes d’intimidation de ces groupes. «Assez, c’est assez», a lancé le ministre responsable de la région montréalaise. "Il y a des groupes radicaux qui systématiquement veulent déstabiliser l’économie de Montréal. Ce sont des groupes anticaptalistes, marxistes". (Le Devoir).
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Vous croyez que le Québec n'a pas déjà fait un pas dans cette direction?
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Il est interdit à quiconque participe ou est présent à une assemblée, un défilé ou un attroupement sur le domaine public d'avoir le visage couvert sans motif raisonnable, notamment par un foulard, une cagoule ou un masque. (Libellé proposé du nouveau réglement municipal du conseil de ville de Montréal).
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"Il est vrai que les policiers du SPVM auront à exercer un certain discernement entre ce qui est un motif raisonnable et ce qui ne l'est pas". (Propos de Réal Ménard, Maire d'arrondissement. La Presse).
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"Le travail de la Sûreté du Québec ce week-end à Victoriaville a été «remarquable», a souligné le premier ministre du Québec, Jean Charest, hier après-midi, alors que deux jeunes qui ont pris part à la manifestation de vendredi soir étaient toujours hospitalisés en raison de blessures graves à la suite d’une charge des policiers". (Le Devoir).
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"Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a qualifié «d’intolérable» et «d’injustifiable» l’action qui a entraîné la paralysie du métro. «L’heure est venue de trouver les coupables, de rétablir le service à la population et de rassurer la population», a ajouté le ministre". (Le Devoir).
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"Les quatre jeunes suspects arrêtés hier, en lien avec l'affaire des engins fumigènes qui ont paralysé le métro jeudi, devront se défendre contre des accusations d'incitation à craindre des activités terroristes, a annoncé ce samedi le Service de police de la ville de Montréal. Ils risquent cinq ans de prison". (La Presse).
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"Évoquant les violences, attribuées à des "terroristes", le chef d’état affirme que «l'État a été prompt à remplir son devoir de protection de ses citoyens». «L'État a voulu donner à ceux qui s'étaient éloignés du droit chemin, le plus grand nombre d'occasions, mais ils ont intensifié leur terrorisme. Il fallait donc agir pour ramener la sécurité et la tranquillité, et imposer la loi», ajoute le chef d’État".
(Propos de Bashar Al Assad, rapportés par le Nouvel Observateur).
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La question n'est plus de savoir quel pas a été franchi, mais où cette marche vers un état policier va s'arrêter, si elle s'arrête.
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AJOUT - Ceux qui pensent que j'exagère devraient lire les relations de la "saisie préventive" d'un autobus à Laval le 15 mai dernier. La SQ a détenu, fouillé, questionné et emprisonné temporairement 18 personnes sans les arrêter, sans leur lire leurs droits et sans les informer pourquoi ils étaient sous détention.
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Lectures supplémentaires suggérées:
Mathieu Bock-Côté: Un mot sur la Loi Spéciale.
Jean-François Lisée: Urgence, avant l'irréparable.
Rima Elkouri: Les professeurs et la matraque.
Josée Legault: Dommages collatéraux.

mardi 15 mai 2012

Crise sociale: Activisme et souvenirs de voyage

Toda nuestra accion es un grito de guerra a contra el imperialismo
- Che Guevara
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Mes observations politiques sur la crise sociale que vit le Québec depuis quelques mois ne sont pas arrivés sur ce blogue par hasard. Déjà, il y avait eu toute une série d'articles politiques et engagés dans les mois précédents. Mes observations forment aujourd'hui la suite logique de mon engagement plus publiquement assumé. Cet engagement - et les convictions qui le sous-tendent - prend racine plus directement dans les expériences qui ont le plus changé ma vie et mes opinions au cours de la décennie 2002-2012; c'est-à-dire mes voyages. L'Amérique Latine, en particulier, a joué un rôle primordial dans mon cheminement de citoyen du monde, et de citoyen du Québec.
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Entre 2004, date de mon premier séjour en Amérique latine, et 2010, date de mon plus récent passage, l’Amérique latine a subie de profondes transformations socio-politiques. L’élection de nouveaux gouvernements socialistes en Bolivie, en Équateur et au Nicaragua est venu appuyer les politiques socialistes déjà en place au Venezuela et en Argentine. Car dès 2003, le gouvernement péroniste de Nestor Kirshner avait entreprit un important virage à gauche qui allait s’avérer salutaire pour le pays natal de Che Guevara. Cette «nouvelle gauche» latino était d’ailleurs largement inspirée de l’idéologie socialiste du Che, la plupart des dirigeants élus ne se gênant pas pour évoquer le révolutionnaire Argentin. Ce n’est donc pas un hasard si plusieurs de ces gouvernements ont trouvé un ami auprès du régime cubain, dirigé par Fidel Castro depuis la révolution de 1959, révolution où Che Guevara et l'actuel président cubain, Raul Castro, ont joué un rôle de premier plan.
Au milieu de cette période, vers la fin de 2008, alors que les financiers d’Amérique du nord et d’Europe plongent le monde dans une crise financière et économique aux répercussions sociales dévastatrices sur les peuples de l’occident comme de l’orient, cette gauche latino-américaine émerge comme un exemple qui a su mieux résister que le laisser-faire imposé par le libre-marché.
Début 2012, au moment où le Québec traverse une crise sociale sans pareille depuis des décennies, certains pays d'Europe choisissent de suivre la voie de la gauche, alors que d'autres rejettent les dogmes d'austérité imposés par la droite économique ou les gouvernements technocrates qui leur ont été imposés par les marchés financiers.
Lors de mes passages en Amérique latine, entre 2004 et 2010, j’ai souvent eu l’opportunité d’être témoin des changements sociaux engendrés pour le bien commun de ses citoyens. Mes explorations de leur histoire et leur culture, par des visites, des rencontres, des sites historiques et la simple vie quotidienne partagée avec eux, allait me faire comprendre pourquoi le peuple latino avait choisi cette voie malgré les pressions extérieures. Des sites Mayas et Incas aux sommets des Andes, des anciennes civilisations aux paysages désertiques et à la forêt tropicale, de la conquête espagnole à la révolution cubaine, entre les volcans et les simples repas entre amis, ces visites et rencontres allaient me faire comprendre l’Amérique latine, allaient me la faire vivre, et cette expérience allait changer ma façon de voir l’Amérique, de voir le monde, et de voir la vie.
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Ce n'est donc étonnant pour personne que je me sois retrouvé à non seulement observer la crise sociale au Québec, mais à y participer activement. Par des prises de positions écrites et assumées, certes, mais aussi par ma présence dans la rue avec les citoyens qui dénoncent les politiques et financiers qui nous gouvernent sans considérations pour le bien commun.
Voici donc quelques souvenirs d'un voyage idéologique.
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Avec mes deux nouvelles amies australiennes, nous sommes tombés sur une manifestation monstre des étudiants des collèges d'une bonne partie de l'Équateur. J'ai arrêté deux des jeunes en leur demandant pourquoi ils manifestaient comme ça:
- Pourquoi vous manifestez?
- ..... Julio?
- Quoi?
- Pourquoi on manifeste déjà?
Haussement d'épaules de Julio, les deux gars continuent leur chemin. J'en arrête un autre:
- Pourquoi vous manifestez?
- Qui sait?
[Quito, Équateur, juin 2007]
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Près d'Ayaviri, Pérou.
Il semble que les manifestants qui avaient fait un blocus près de Ayaviri ont étendu leur blocus à la ville de Juliaca, au nord de Puno, et où passent les bus reliant Arequipa, Cusco et Puno. Une compagnie nous informe qu'ils tentent de passer de nuit. San Luis offre donc le trajet de nuit, en 8 heures au lieu de 5, contournant le problème pour joindre Juliaca, puis Puno par une route de gravier. On tente le coup.
Bien évidemment, ça ne marche pas. On est coincé par le blocus un peu en aval de Juliaca, vers 5h30 du matin. À l'arrêt pendant une petite heure, puis au lever du soleil, on nous informe que deux microbus nous attendent de l'autre bord pour continuer. Nous prenons donc notre bagage et nous marchons une fois de plus au petit matin entre les manifestants, les pierres sur la route, une voiture incendiée, un pont bloqué, pour rejoindre un autre bus, heureusement situé à seulement vingt-cinq minutes à pied.
Cucso, Pérou.
[Quelque part non loin d'Ayaviri, Pérou, juillet 2007]
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À tous les jours depuis mon arrivée à Cusco, il y a une longue marche de protestation contre le gouvernement Garcia dans les rues de Cusco, le Pérou étant secoué par une importante crise sociopolitique. La manifestation de ce matin m'a semblé plus importante, le mouvement, plutôt que de s'essouffler, semble prendre de l'ampleur.
[Cusco, Pérou, juillet 2007]
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Le matin de mon départ de La Paz, notre bus a été coincé, puisque la seule voie d'accès de La Paz vers El Alto (la voie qui effectue des zigzags dans la montagne), elle était bloquée par des manifestants qui avaient dressé un blocus improvisé. Nous avons donc été témoin de quelques activités près des lieux du blocus principal (l'ensemble s'étendant sur environ un kilomètre) pendant une petite heure.
La Paz, Bolivie.
Puis, l'intervention des autorités a été relativement rapide, une brigade est arrivée et a commencé à éparpiller les manifestants. Ceux-ci, des jeunes en grande majorité, se sont mis à détaler un peu partout dans les rues et ruelles entre el centro et El Alto. Les policiers les ont poursuivis, des affrontements ont eu lieu, les jeunes lançant des pierres vers les policiers, ceux-ci répliquant avec des gaz lacrymogènes. Le tout a duré une bonne demi-heure avant que les policiers ne reprennent le contrôle des lieux et que le dégagement de la voie ne débute. Une partie des affrontements se sont déroulés directement sous mes yeux, le long de la route, à côté de l'autobus dans lequel je prenais place.
[La Paz, Bolivie, août 2007]
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Le blocus routier est une tradition latino qui semble m'aller comme un gant... puisque la journée même où je décide de me rendre de Antigua à Quetzaltenango, dans l'ouest du pays, mon bus tombe, près de Los Encuentros, sur un blocus routier! J'allais lire dans les journaux du lendemain que de tels blocus ont été installés dans une douzaine de lieux stratégiques au pays et que trois de ces lieux étaient situés sur la route Ciudad Guatemala - Quetzaltenango! J'ai donc, dans un sens, été chanceux d'être retardé par un seul blocus routier.
Los Encuentros, Guatemala.
J'allais lire également que les bloqueos étaient le fait du syndicat des enseignants, faisant ainsi pression sur le gouvernement pour l'adoption d'une nouvelle loi accordant plus de budget à l'éducation au pays et réformant une partie du financement de celle-ci en faveur d'un système d'éducation moins cher pour les familles et individus. Les manifestants avaient l'appui de l'association des municipalités dans leurs démarches. Dans les journaux, on dénonçait généralement l'attitude des enseignants, montrant les effets négatifs de leurs actions sur l'économie.
[Los Encuentros, Guatemala, décembre 2009]
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Partout sur mon passage, des gens qui manifestent pour le respect de leurs droits. Et ces images ne sont pas violente, ces gens ne sont pas violents, malgré ce que l'on veut nous faire croire. Au Québec, on n'a pas vraiment d'histoire revendicatrice ou manifestante. On se souvient de la crise d'octobre comme d'une période noire et on a le sentiment révolutionnaire plutôt tranquille.
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S'il y a une chose que mes voyages en Amérique latine m'auront permis de constater et de mieux comprendre - une chose entre milles autres, on s'entend, mais une chose importante - c'est de quelle manière Ernesto Che Guevara en est venu à l'idéologie politique qu'il a adopté, pourquoi il a participé à la révolution cubaine, puis aux autres combats jusqu'à la guérilla bolivienne qui allait lui coûter la vie.
Et comme mes billets d'opinion le montrent depuis quelques mois, je n'ai pas que compris son évolution idéologique, j'en suis venu à partager ses vues socialistes sur le sujet.
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