dimanche 15 juillet 2012

Le Village version 2012

À chaque année, le Village se fait piétonnier, et offre une décoration originale et estivale.
Fermée à la circulation de St-Hubert à Papineau, la rue Ste-Catherine se transforme à chaque été, avec de nombreuses terrasses et activités, selon une thématique qui change à chaque année.


Cette année, un toit de bulles roses surplombe le Village, et deux passerelles permettent d'avoir une vue en plongée sur la rue Ste-Catherine. Sur ce cliché, on peut aussi voir une caméra (objectif noir dans boitier jaune à droite), par laquelle vous pouvez vous faire prendre en photo sur les passerelles et récupérer les clichés en ligne.


Parmi les dessins que l'on retrouve au sol, il y a des marelles, pour les visiteurs ayant gardé leur coeur d'enfant.


J'aime bien le style des autres personnages qui parsèment le parcours, c'est rigolo et sympathique.


Un peu en retrait, du côté sud, on peut apercevoir ce curieux amalgame de lettres juchées sur des tuyaux...


En prenant un peu de recul, on semble deviner que ces lettres cachent un message...


... message que l'on peut découvrir en s'installant à un point précis de l'assemblage. (Au passage, je noterai que ce visiteur-ci appuie à 100% la teneur du message en question).


C'était l'Esprit Vagabond, prenant quelques photos dans le Village, Montréal, été 2012.
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mercredi 11 juillet 2012

Vieux-Montréal steampunk

Connaissez-vous la rue Le Royer à Montréal? Bien peu de gens y passent, car c'est un tout petit bout de rue, piétonne, qui, avec ces quelques fontaines, arbres et bancs, a plus les allures d'un petit parc urbain que d'une rue.
Si je vous parle de cette petite rue du Vieux-Montréal, c'est que dans sa portion sise entre St-Sulpice et St-Dizier, on retrouve actuellement toute une panoplie de machines et de contraptions excentriques qui ne semblent avoir aucune fonction particulière autre qu'artistique.
Les engins en question évoquent le steampunk, malgré l'absence cruelle de vapeur et de bois, probablement parce qu'on n'arrive pas à déterminer à quoi elles pourraient servir et que le matériau principal est particulièrement rouillé (celle de la dernière photo ci-bas pourrait bien faire partie d'une machine à voyager dans le temps conçue à l'époque victorienne, non?).
En passant sur Le Royer la semaine dernière, j'ai capté ces photos de ces étranges choses pleines de roues dentées, d'hélices, de cadrans et de flûtes.






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mardi 10 juillet 2012

Un an plus tard: Un nouveau dépanneur!

Il y a un peu plus d'un an, je vous parlais des déboires du dépanneur Couche-Tard, fermé brutalement après une demande d'accréditation syndicale des employés. Notez qu'il n'y a aucun rapport entre les deux faits selon la version de Couche-Tard, qui mentionne la non-rentabilité de cette succursale comme cause de fermeture.
Fait nouveau, en ce printemps 2012; à quelques coins de rue à l'ouest, sur Beaubien, on annonce l'ouverture d'un nouveau dépanneur Provi-Soir (marque détenue par Couche-Tard). Un très gros risque financier, si l'on considère la non-rentabilité de l'ancienne succursale en bas de chez moi! La chose a de quoi étonner, puisque le nouvel établissement, situé sur la même rue, sera à environ 500 mètres de l'ancien. Dire qu'on ne se cache même plus serait déjà un euphémisme délirant.
Il a a quelques semaines, soit un an après la fermeture du dépanneur nouvellement syndiqué, il y a eu une manifestation citoyenne sur le terrain de l'ex-Couche-Tard coin Beaubien et St-Denis.
Au même moment, nous savions déjà que la cause est sous enquête et Couche-Tard semble vouloir la jouer dure.
Les ex-employés présent lors de la manifestation citoyenne m'ont aussi informé des revendications à l'origine de leur demande de syndicalisation. Ces revendications ne touchaient pas le salaire, mais plutôt certaines conditions de travail, comme par exemple la demande de faire poser un bouton-panique, puisque, ouvert 24h, le dépanneur était la plupart du temps nocturne tenu par un seul employé.


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lundi 9 juillet 2012

En vacances dans les Cantons de l'Ouest

On ne dira pas que je n'ai pas pris au sérieux l'idée de prendre des vacances politiques. Ainsi, après mon passage dans les Cantons de l'Est, j'ai pris la route inverse, et suis donc parti vers les Cantons de l'Ouest!
Quand on quitte Montréal vers l'ouest, le problème, c'est qu'on se retrouve rapidement à la frontière du Québec; la question nationale sur une ligne qui croise l'autoroute, qui elle, change de numéro. Bref, même en vacances de la politique, difficile de s'en sortir.


Arrivé dans les Cantons de l'Ouest, je me suis d'abord fait un ami d'un petit habitant de l'endroit.


Puis, j'ai voulu visiter le Parlement de ce pays de l'Ouest, mais à mon grand étonnement, on m'a alors demandé de retirer mon carré rouge pour me permettre d'entrer dans l'édifice. J'ai demandé pourquoi, et on m'a répondu qu'il était interdit d'entrer avec des opinions politiques. J'ai argumenté qu'il me serait impossible de laisser mes opinions dehors, ce à quoi on m'a rétorqué que j'avais le droit d'avoir des opinions politiques (heureusement), mais qu'il était interdit de les exprimer au Parlement. Moi qui ai toute ma vie cru que c'était l'endroit idéal, j'ai été étonné, mais j'ai obtempéré avec le sourire, notant au passage que mon opinion concernait une politique provinciale, et non fédérale (ce qui n'a en rien changé l'opinion du gardien). Pour l'anecdote, on n'a pas considéré mon T-shirt ("Go Green") comme une opinion politique (ça en était une, environnementale; il y a une planète bleue dans le dos. J'avais mis ce T-shirt exprès; que voulez-vous, je suis comme ça, moi).


Après ma visite, j'ai fait une grimace similaire à celle qui orne justement le Parlement (et avec des fleurs-de-lys similaires), puis j'ai décidé d'amener ma cause du port du carré rouge en Cour d'appel...


Par une stupéfiante coïncidence, mon amie Suze plaidait justement ce jour-là (hehe), et nous avons donc obtenu l'autorisation d'en appeler à la Cour Suprême...


Belle place, la Cour Suprême. On nous a accueilli chaleureusement, fait faire une belle visite avec de très intéressantes explications, et tout ça, sans s'énerver du fait que je portais mon carré rouge tout le long de mon passage dans l'auguste édifice. Une cohérente leçon de démocratie touristique sur l'indépendance du politique et du judiciaire.


Je me suis ensuite baladé dans les rues d'Outaouais (c'est la version française d'Ottawa, non?), où j'ai tout de même aperçu cette vieille annonce d'une manifestation en support aux étudiants québécois et contre la Loi 78.


Puis, je me suis dirigé à Rideau Hall, la résidence officielle du Gouverneur Général du pays, le plus haut représentant donc, puisqu'il/elle est l'équivalent de la présence royale au pays. Malheureusement, le GG était absent (comme en témoignait l'absence de son drapeau au-dessus de sa résidence - une tradition directement importée des habitudes de la famille royale au Royaume Uni. - Drôle de phrase, je sais, mais c'est comme ça). Je me suis donc baladé dans le parc du domaine, un très bel endroit, vaste et reposant, où l'on trouve des choses étonnantes, comme ce splendide totem.


À croire que j'étais dans les Cantons du Nord et non de l'Ouest, puisqu'après le totem, je suis tombé par hasard sur cet inukshuk dans les jardins du GG! Fait intéressant: la coutume veut que lorsqu'un visiteur important soit reçu à Rideau Hall, il plante un arbre dans les jardins, en souvenir de son passage. On peut donc s'amuser à lire les plaques identifiant qui a planté quel arbre dans le parc, une activité qui peut rapidement devenir obsessionnelle si on cherche un arbre planté par JFK, par exemple (et c'est grand, un parc, quand on cherche un arbre spécifique).


Enfin, question de montrer que j'étais bien en vacances malgré l'épisode du Parlement-sans-opinions-politiques, Ottawa, capitale des Cantons de l'Ouest, offre également quelques paysages bucoliques, comme celui, un classique, des chutes de la rivière Rideau.
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En vacances dans les Cantons de l'Est

Il parait que c'est les vacances et que dans ce temps-là, il faut partir visiter d'autres contrées et cesser de parler politique pour l'été; un conseil que peu de gens semblent suivre, même parmi ceux qui le donnent!
Je l'ai suivi en partie; je suis parti en Estrie la semaine dernière. Photos:


Qui dit Cantons de l'Est dit Route des vins. Je me suis donc arrêté (gracieuseté de mon ami Denis, merci!) chez Vitis, un vignoble de la région situé un peu au sud de Granby. Bien que le raisin ait été vert à cette date, il s'agit d'un cépage Frontenac bien noir, duquel les artisans locaux tirent quelques excellents vins très fruités, dont un vin de glace particulièrement intéressant.


Beau pays les Cantons de l'Est, probablement parmi les plus beaux paysages du Québec avec Charlevoix. Ici, mon amie Suze dans les vignes de Vitis.


L'endroit ne manque pas non plus d'animaux exotiques, comme en témoignent ces quelques jeunes alpagas.


La ferme d'alpagas - élevés pour leur fibre qui ressemble à de la laine mais qui est composé d'un matériau différent et hypoallergène - est ouverte pour des visites. Les animaux sont rigolos et sympathiques. Je n'en avais pas vu depuis mon dernier périple en Amérique du sud, alors c'était amusant de leur revoir la binette.


Sinon, les villages qui se suivent le long des routes régionales des Cantons ont un fort héritage britannique, comme le révèle cette cabine téléphonique aperçue à Sutton.


Les anciens commercent révèlent également le passé (et parfois le présent) anglosaxon de la région, comme on peut le voir ici sur cet édifice du centre de Sutton.


Le passé américain et britannique font des Cantons de l'Est une région qui affiche fièrement le drapeau canadien. On y voit très peu de drapeaux du Québec flotter... Je n'ai donc pu résister à prendre des vacances de mes vacances et faire un auto-portrait avec casquette au carré rouge, puisque le rouge semblait de circonstances.

vendredi 6 juillet 2012

Voir la lumière: L'Esprit Vagabond (est un) tweet!

Eh bien oui, on peut désormais me "suivre" sur le réseau Twitter, en plus de ce blogue et de (pour certaines connaissances) Facebook.
J'avoue ne pas être un grand fan des réseaux sociaux en général. J'avais adopté une page Facebook pour rester en contact avec des gens que je connais déjà (famille ou amis), et que mes activités en voyage ou au pays, ne me permettent pas de voir en personne sur une base régulière.
Twitter, je ne voyais pas qu'est-ce que je pourrais y faire. Déjà que Facebook contient son hallucinant lot de bruit de fond, alors un site de micro-blogue en 140 caractère ou moins, j'étais plus que sceptique. Comment articuler une opinion intelligente en 140 caractère? Comment argumenter, discuter, élaborer, donner des détails? Évidemment, Twitter ne fais rien de cela, et comporte également son lot de bruit de fond.
Il faut comprendre que pour moi, savoir que ma tante Ginette a mangé des toasts au beurre de peanuts ce matin pour déjeuner, c'est plutôt insignifiant. Je ne passais donc que très peu de temps sur Facebook.
J'allais sur Twitter en de très rares occasion (sans y avoir de compte personnel), essentiellement pour des activités spécifiques et pour un très court laps de temps. Le carnaval Boréal m'avait initié à la chose, mais sans me convaincre, puisque tout ce qu'on y voyait passer se retrouvait soit déjà dans les panels virtuels, soit était relativement peu pertinent.
Mon ami le conteur et écrivain Éric Gauthier m'avait pourtant dit (à cette occasion, si j'ai bonne mémoire) que lui aussi était sceptique à l'origine, mais qu'il avait vu la lumière.
La crise étudiante, puis sociale, qui nous occupe depuis quelques mois, aura changé mon attitude envers Twitter. Je ne pense pas en devenir un grand usager, ni un fan assidu, mais j'ai moi aussi, pour emprunter les mots d'Éric, vu la lumière.
Je suis donc maintenant sur Twitter, officiellement, avec un compte (@Esprit_Vagabond comme on écrit dans le jargon et pour ceux qui veulent me suivre).


Quelle est donc cette lumière, et en quoi la crise me l'a fait voir?
En un mot, je vous dirais que la pertinence de Twitter tient à trois choses; 1. Le réseau propose l'inverse de ce que fait Facebook. 2. C'est peut-être l'outil le plus rapide pour qu'une information se propage. Et 3. Certaines informations ponctuelles y sont publiées, sans jamais être diffusées ailleurs.
J'élabore rapidement, pour les curieux;
1. Facebook propose de regrouper en un réseau personnel tous ces contacts; famille, amis, collègues, etc. Réseautage traditionnel pour être au courant de ce que font ces gens, ce qu'ils vivent, ce qu'ils photographient, et échanger avec eux. Ceci exige (normalement) d'accepter le "contact" dans sa liste d'amis et réciproquement. Twitter part du principe inverse: ce que vous y faites est public; n'importe qui peut décider de suivre ce que vous y publiez; comme pour un blogue (ce dont il s'agit, bien que micro, pour sa limite de 140 caractère par billet). Pas besoin de connaître la personne. Évidemment, suivre des centaines d'inconnus serait vite emmerdant, alors il se dégage de l'ensemble un amalgame d'intervenants sociaux connus (journalistes, chroniqueurs, acteurs, humoristes, vedettes diverses, personnalités politiques, etc) et d'amis qui ont quelque chose à dire.
2. Twitter, de par sa structure, est donc plus rapide que Facebook, pour relayer une information nouvelle. Un journaliste publie l'info (en 140 caractère), et ses 25 000 "abonnés" la lisent, et la relayent à leurs lecteurs, et ainsi de suite. Comme la plupart des intervenants publics ont des dizaine de milliers d'abonnés, l'information circule très rapidement, à comparer à Facebook, dont les groupes d'amis sont en relatifs petits vases clos (même pour les personnalités publiques).
3. Il arrive que des gens soient témoin de choses ponctuelles et les rapportent illico, sans que ces informations ne se retrouvent dans les informations des grands médias. Ceci arrive également aux journalistes, qui couvrent l'actualité; certaines déclarations ou informations plus ponctuelles ne sont pas toujours intégrées à leurs articles. Suivre les débats sur la Loi 78, par exemple, permettait être autres de lire en direct les déclarations de députés et ministres, qui n'ont pas nécessairement fait leur chemin par la suite dans les topos de quelques lignes dans les journaux ou de quelques minutes à la télé.
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Si la crise m'a permis de voir la lumière, ce n'est pas parce que l'information qui circule sur Twitter est idéale et complète en soit. La rapidité est une qualité, mais l'absence de développement est cruelle; Twitter tout seul serait totalement inutile s'il n'existait pas d'outils de liens web, qui permettent d'exprimer sa pensée ou de relayer une nouvelle en 140 caractères, certes, mais de renvoyer le lecteur à une source sure, et plus longue, officielle, qu'elle soit photo, texte ou vidéo. Ce sont les liens vers les journaux, les blogues, les images, vers Youtube, bref, sur la toile entière, qui constitue le terrain de jeu de Twitter (et dans une moindre mesure, de Facebook, mais moins efficacement dans le cas de celui-ci).
La multiplicité des points de vue est un autre avantage non négligeable du site de micro-blogue. La relative liberté d'expression qu'adoptent même les gens des médias (qui sont tous édités dans leurs chroniques ou dans les articles publiés dans les journaux) est plutôt rafraîchissante dans notre monde où on a l'impression que tout est formatté et que les lignes éditoriales prennent trop souvent le dessus sur l'esprit critique des journalistes.
Comme sa liste d'abonnement personnel est malléable et flexible, on peut suivre, le temps de la crise, par exemple, les commentateurs qui l'observent, les acteurs qui y participent (comme les leaders étudiants), les politiciens qui la commentent, etc. C'est ce que j'ai décidé de faire pendant la crise, et c'est comment j'ai découvert des gens, des écrits, des opinions, des chroniques, des blogues, des vidéos, des articles, des photos et des témoignages divers qui étaient tous présent sur le web, mais que je n'aurais pas pu concentrer de la sorte et explorer en relativement peu de temps sans le partage concentré que constitue le réseau Twitter.

Je ne sais pas encore ce que je ferai de cette nouvelle voie pour l'Esprit Vagabond. J'ai mon compte depuis des mois, j'ai écrit un premier micro-billet le 16 juin, remerciant mon ami Éric et lui rendant ce qui lui appartient. Je me suis retenu de ne pas plonger dans le micro-blogue en plein coeur de la crise; j'ai estimé qu'il valait mieux apprivoiser l'outil lentement et l'observer évoluer et s'articuler devant moi avant d'y prendre une part active. J'ai donc préféré comprendre les impacts de cet outil avant de l'utiliser activement.
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mardi 3 juillet 2012

Influences, quotidiens et conflit étudiant: chiffres

La firme Influence Communication vient de publier Analyse des premières pages (unes) des quotidiens La Presse, Le Journal de Montréal, Le Devoir et The Gazette.
Dans ce document, que l'on peut consulter ici, on peut voir le conflit à travers des statistiques des premières pages des quatre quotidiens payants de la région de Montréal pour la période allant du 15 février au 9 juin.
Je vous laisse consulter si c'est votre tasse de thé, mais je retiens quelques statistiques comparatives intéressantes de cette analyse.
Le conflit a fait la Une de 3 des grands quotidiens dans 73-74% de leur publications. L'autre quotidien a fait sa une avec le conflit dans seulement 58% de ses numéros. Ce dernier est évidemment Le Journal de Montréal, qui a aussi attendu neuf jours de plus que les deux autres journaux francophones pour mettre une manchette sur le conflit en première page.
Cet élément n'est pas si étonnant, mais si on le combine aux images jumelées à ces manchettes en premières pages, le journal de Quebecor lance un message bien différent des autres. En effet, 40% de toutes les Unes du Journal de Montréal pendant cette période montraient des manifestations avec signe de violence ou des manifestants masqués. Ce pourcentage est de 15% à The Gazette, 18% au Devoir et de 26% à La Presse. Au niveau des personnalités du conflit, le Journal de Montréal a placé en Une exclusivement les politiciens, jamais un leader étudiant. La Presse a publié trois fois plus de photos de politiciens en première page que de photos de leaders étudiants. Le Devoir pratiquement le même nombre de politiciens et leaders et The Gazette a peu montré de leaders étudiants, mais jamais de politiciens en rapport avec le conflit.
Le journal de Quebecor est aussi celui qui a le plus fait de la place en Une aux autres intervenants, réservant ainsi sa manchette en première page à Jacques Villeneuve et Gilbert Rozon, par exemple [Rappel de comparaison; aucun leader étudiant].
Mais ce qui dérange un peu, c'est que globalement, 45% des premières pages de ces quotidiens illustrant le conflit par des photos de manifestations montraient des signes de violence. On sait bien que la véritable violence a été bien plus rare que ça dans l'ensemble des plus de 200 manifestations dont Montréal a été le théâtre. Les journaux, peu importe leur orientation et leur sérieux, ont donc réellement une forte tendance à se tourner vers le sensationnalisme en Une pour faire vendre des copies; cette statistique en fait la démonstration en ce qui concerne le conflit étudiant.
Par exemple, 71% des photos de manifestations en Une du Journal de Montréal montraient des signes de violence, par comparaison à 52% pour La Presse et 33% pour Le Devoir. Ainsi, quand on parle manif en Une, au Journal comme à La Presse, dans plus de la moitié des cas (près des trois-quart au Journal), on parle de violence. Ces chiffres parlent d'eux-mêmes.
Évidemment, cette tendance, lourde, a donné une image biaisée du conflit et des manifestations. Quand on sait que ce biais a définitivement favorisé la ligne de conduite adoptée par le Parti Libéral qui voulait diaboliser les étudiants et les manifestants en général, on ne peut que conclure que ces manchettes de journaux l'ont très bien servi. Car l'influence qu'exercent les premières pages sur l'opinion publique a nettement favorisé la rhétorique du Parti Libéral tout au long du conflit.
Les journalistes de ces quotidiens se défendront en mentionnant les textes, les éditoriaux, le nombre de chroniqueurs pro-hausse ou contre la hausse, mais cette image frappe, car elle attire, est en grand format et touche tous ceux qui voient le journal, pas seulement ceux qui le lisent.
En fin de document, on peut consulter quelques exemples de premières pages, où l'on notera les genres de mots utilisés dans les manchettes. Chez les journaux francophones. Chaos, Une manif qui coûte cher (Journal de Montréal), Zone de combat, Intraitables, Le fossé (La Presse), Imagination au pouvoir, Étudiants et policiers entre les matraques et les roses, Ras-le-bol des idées néo-libérales (Le Devoir).
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jeudi 28 juin 2012

Crise sociale: Les racines de la contestation

Origines
Voici un billet qui mijote depuis un bon bout de temps - un peu plus de deux mois, en fait.
C'est que j'ai vite remarqué que plusieurs observateurs - et non les moindres: l'ensemble des ministres du gouvernement et plusieurs chroniqueurs de droite comme de gauche - n'avaient pas compris un des éléments les plus importants du conflit qui a débuté par l'opposition d'étudiants à la hausse des droits de scolarité.
Cet élément, c'est que cette crise trouve ses racines dans un bassin idéologique qui dépasse complètement la question de la hausse, et dont les ramifications s'étendent un peu partout sur la planète depuis plus de 10 ans.
Car les origines de cette crise, on peut pratiquement les retracées jusqu'au Sommet des Amériques de Québec en 2001 (*).
Les attentats de septembre 2001 ont fait oublier le mouvement altermondialiste qui "commençait à développer une belle cohérence" (pour emprunter les mots d'un ami écrivain commentant la chose à l'époque). Les jeunes, eux, ne l'ont pas oublié, ce mouvement. Si le Sommet des Amériques à Québec en 2001 en était la première manifestation visible au Québec, depuis ce temps, il y a eu de nombreux traités, de nombreux changements de gouvernements, à Ottawa comme à Québec, et depuis 2003, les politiques provinciales sont orientées vers le néolibéralisme, idéologie complètement opposée aux mouvements altermondialistes.
Et ce mouvement, au fil des ans, il s'est élargi et est passé dans le monde académique, il a été étudié et discuté dans des publications spécialisées et dans les facultés universitaires.
Sciences sociales
Ce n'est pas un hasard si la majorité des étudiants grévistes sont issus des sciences sociales.
On s'attend d'un médecin qu'il soigne, d'un chirurgien qu'il opère, d'un mécanicien qu'il répare, d'un ingénieur civil qu'il supervise ou planifie des chantiers de travaux publics, d'un écrivain qu'il écrive, d'un cinéaste qu'il filme, d'un journaliste qu'il informe.
On s'attend des étudiants en philosophie, en histoire, en sociologie et en science politique qu'ils s'impliquent et défendent les opinions, les comparent à l'Histoire, les mettent en contexte et en analysent les aspects sociaux et politiques.
Et c'est exactement ce qu'ils font.
Le cri du coeur d'une étudiante sur un réseau social résume assez bien cette opinion:"Pour tous ceux qui pensent (ENCORE?) qu'on sort dans la rue pour une question d'argent".
S'ils sont en grève, c'est d'abord pour dénoncer la hausse des droits de scolarité, mais surtout la nature de cette hausse; une décision de politique néolibérale (**). Par la bande (et parfois directement), c'est cette idéologie qu'ils dénoncent, et ça tombe bien, puisque la question relève justement de leurs domaines d'expertise.
Depuis 2001, il s'est écrit et publié des milliers d'articles sur les dérives du néolibéralisme. Ces étudiants en sciences sociales étudient justement ces sujets, lisent ces articles, effectuent des travaux de recherche sur ces aspects de leurs sciences. Bref, ils sont informés sur ces questions, et bien mieux que la plupart des étudiants d'autres domaines - ce qui est normal, les étudiants en médecine sont quant à eux les mieux informés dans leur science également.
Occupy et quelques exemples d'efforts et d'appuis altermondialistes
On se rappellera du mouvement Occupy, dont Montréal et Québec ont été des théâtres particulièrement actifs au Québec l'automne dernier. Ce n'est pas le même mouvement, mais il provient des mêmes racines que la contestation étudiante. Plusieurs occupants du Square Victoria étaient étudiants ou diplômés en sciences sociales ou encore impliqués dans des mouvements sociaux ou des ONG diverses. On dénonce aussi le fait que plusieurs étudiants d'aujourd'hui voyagent; mais ce faisant, ils sont également plus informés de ce qui se passe ailleurs, surtout dans les pays défavorisés où sont visibles les effets des politiques néolibérales appliquées de force grâce à l'OMC, le FMI ou la Banque Mondiale, tous trois contrôlés par les pays industrialisés.
Dès le début de mai dernier, le journal britannique The Guardian mentionnait d'ailleurs, à propos du Printemps Érable: "They have also become a symbol of the most powerful challenge to neoliberalism on the continent".
C'est que le mouvement étudiant a réussi non seulement à mobiliser suffisamment de jeunes, mais a réussi à élargir le débat et recevoir de l'appui d'une large portion de la population non-étudiante. On argumentera sur l'importance de cette portion, mais il est évident que le mouvement de protestation dépasse largement la question de la hausse et inclus beaucoup de non-étudiants.
Des universitaires grecs (qui en savent quelque chose sur le néolibéralisme dont il subissent les foudres depuis quelques années) soulignaient justement il y a un peu plus d'une semaine que: "(...) la grève étudiante la plus longue et la plus massive dans l’histoire de l’Amérique du Nord qui est en train de devenir une des campagnes les plus importantes dans le monde contre l’austérité".
Dans cet article, publié sur son blogue au Voir (la version longue d'un texte publié dans Le Monde), le professeur Normand Baillargeon s'intéresse au contexte historique et aux raisons idéologiques derrière le mouvement étudiant et souligne également cet aspect.
Il ne fait donc aucun doute que la culture sociale de ces étudiants (pour la plus grande partie) a influencé leur point de vue sur le monde et sur la société québécoise.
Pour donner quelques exemples de cette culture, au niveau général et accessible à tous, ces étudiants sont parmi ceux qui visionnent et partagent les articles et site web comme celui de The story of stuff (dont je devais vous parler, mais je n'ai pas encore eu l'occasion; si vous comprenez l'anglais, c'est un site de vidéo-vulgarisation économique absolument brillant). Ces étudiants sont souvent les premiers à avoir été intéressés et à avoir vu des documentaires comme le film Inside Job, pour prendre un exemple récent dénonçant les politiques néolibérales ayant menées directement à la crise de 2008-2009 dont nous ne sommes toujours pas sortis.
Ce blogue-ci
Ce n'est pas un hasard si moi-même, inspiré par le mouvement altermondialiste et le courant critique du modèle néolibéral qui se dégage des publications spécialisées en sciences sociales, j'évoquais dans un billet en novembre 2011 (l'erreur économique mondiale) les dérives de ces politiques au Canada et au Québec.
J'avais basé ce billet sur une longue liste de lecture sur les dérives de la droite, dérives qui sont apparentes pour qui analyse les effets des politiques de droite pendant 30 ans, comme j'en faisais le survol ici. Or, une fois de plus, les étudiants en sciences sociales font ce genre d'analyse à chaque session d'études.
Dans le cas du gouvernement de Jean Charest, on peut rappeler la contribution santé, les baisses d'impôts aux corporations, l'abolition de la taxe sur le capital, les avantages fiscaux aux mieux nantis, ainsi que le désastreux dossier du démantèlement du Ministère des Transport au profit du privé. La corruption, la collusion et les dépassements de coût qui l'accompagnent ont souvent fait la manchette dans ce dossier, dossier que je soulevais sur ce blogue en septembre 2011. L'ensemble de ces politiques est rapidement devenu une cible pour les étudiants, après avoir contesté la hausse comme politique représentative de l'idéologie néolibérale.
Livres et articles actuels
Ce mouvement critique est très large; il dépasse non seulement la hausse et la crise sociale au Québec mais questionne l'ensemble des accords de libre-échanges et les politiques d'austérités imposées par le FMI et la Banque Mondiale (qui ne le faisaient que dans les pays en développement jusqu'à récemment, mais on le voit maintenant en Grèce et en Espagne et on le verra ailleurs).
De nombreux livres sont actuellement sur les tablettes des librairies et touchent plusieurs de ces sujets; ces essais philosophiques, sociologiques, historiques et politiques sont souvent parmi les plus grands vendeurs au Québec, signe que beaucoup de citoyens s'informent et s'intéressent à ces questions de société.
Au sujet des université elles-mêmes, il y a par exemple Je ne suis pas une PME du professeur Normand Baillargeon, dont l'auteur résume et explique ici son ouvrage. On peut aussi lire Université Inc. de Éric Martin et Maxime Ouellet, deux doctorants en sciences politiques de l'université d'Ottawa, et dont l'éditeur mentionne: "Université inc. démontre à quel point ce discours repose sur des chiffres tronqués et des arguments biaisés. Ce qu'il fait passer pour un plan de sauvetage de l'institution correspond en fait à un changement profond – et dramatique – dans son mode de financement. Plus encore : la conception de la culture et de l’enseignement qu'il trahit, on le réalise très vite, relève de la vulgarité bien comprise. Nous assistons en somme au pur et simple détournement de l’université vers des fins mercantiles."
Les questions de la marchandisation de l'éducation, de l'endettement des étudiants ou du financement des université ne font pas débat seulement au Québec; on peut désormais lire des articles ailleurs au Canada et aux États-Unis, où on parle de plus en plus de "bulle" de la dette et où on a annoncé une probable hausse des intérêts sur les prêts étudiant (ces intérêts doubleraient cet été).
Dans une récente lettre d'appui au mouvement étudiant du Québec, des représentants des associations étudiantes scandinaves écrivent: "La hausse des droits de scolarité au Québec n’est pas un problème isolé, mais l’indicateur d’une crise mondiale de l’éducation contre laquelle nous devons unir nos forces afin d’y mettre un frein." Dans cette même lettre, les auteurs s'inquiètent de la tendance mondiale et défendent les acquis du Danemark, de la Suède et de la Norvège, où l'accès à l'éducation universitaire est gratuit.
Bref, les étudiants d'ici - spécialement ceux en sciences sociales - sont au courant, ils sont bien informés et comprennent bien les rouages en jeu dans le conflit qui les oppose au gouvernement.
Remise en cause de tout un système
La crise sociale qui découle de la grève étudiante trouve donc ses racines profondément ancrées dans un mouvement altermondialiste et contre le néolibéralisme, qui a montré ses limites et ses faiblesses, même si le monde est lent à réagir et que les pouvoirs en place ont intérêts à faire perdurer l'ordre établi pour leur propre profit.
Il serait donc simpliste de croire que tout ceci ne concerne que 150 000 étudiants québécois.
Car ceci concerne (au sens où ils sont informés et au courant)... des millions de citoyens de pratiquement tous les pays du globe.
L'article Ras-le-bol néolibéral publié par Éric Desrosiers dans le devoir du 26 mai souligne plusieurs de ces aspects et offre une bonne introduction au contexte dont je parle ici.
(La Une du Devoir du 26 mai, qui réservait une place de choix à cet article, est aussi révélatrice si on regarde quel article accompagnait le papier de M. Desrosiers; à savoir un article sur le non respect des règles par les firmes de Génie conseil dans le dossier de la collusion-corruption dans l'industrie de la construction suite au démantèlement au Ministère des Transports).
Je terminerai sur une citation de Laure Waridel, qui en quelques mots, explique assez bien le milieu dans lequel évoluent ces étudiants contre la hausse, et une grande majorité des étudiants en sciences sociales: "Sous les bourrasques du libre marché, les priorités de la société ont été renversées. La croissance économique est devenue une fin en soi, au profit d’une minorité, plutôt qu’un moyen d’épanouissement individuel et collectif comme le promettaient tant d’économistes depuis la Seconde Guerre mondiale. Si nous pouvions jadis croire à cette utopie, il est aujourd’hui évident que nous nous sommes trompés. L’augmentation des inégalités, l’appauvrissement de la classe moyenne et la multiplication des crises sociales, environnementales et économiques sont les symptômes d’une crise devenue systémique. Nous savons que le roi est nu, mais le mensonge persiste." (Le long souffle du Printemps Érable, le Devoir, 2 juin 2012).
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(*) Ceux qui ne se souviennent pas des affrontements sociaux lors du sommet peuvent visionner l'émission Tout le monde en parlait consacrée à l'événement. On peut également lire le dossier consacré au Sommet par le journal Le Soleil en 2011.
(**) Parmi les 4 associations représentant des étudiants grévistes, c'est la CLASSE qui a été la première et la plus impliqué à dénoncer la politique néolibérale dans son ensemble, dont la hausse n'est qu'un élément comme d'autres.

lundi 25 juin 2012

22

Photo-reportage sous forme de quelques montages thématiques d'images croquées lors de la marche du 22 juin, dans la tradition des manifestations des 22 mars, 22 avril et 22 mai dernier. J'étais à celle de Québec, pour changer de décor et pour profiter, le lendemain, du spectacle sur les Plaines d'Abraham.
Notons que par une amusante coïncidence, ce 22 juin marquait le 52e anniversaire de l'accession au pouvoir du gouvernement de Jean Lesage, soit le début de ce que nous allions appeler le gouvernement de la révolution tranquille.

 Parler d'éducation et de corruption sous le regard bienveillant de M. Duplessis.

La Ville de Québec n'est pourtant pas contre la gratuité de certains services publics!

La jeunesse est inspirée et inspirante, dans un décor qui a vu d'autres batailles.

Manifester devant le Parlement de Québec avait évidemment quelque chose de symbolique, comme certains noms des rues empruntés par la marche.

Ni le dragon, ni celui arborant le visage de Guy Fawkes ne parlaient, pourtant...

Ti-Bas s'est ajouté au débat sur les vertus d'instruire son peuple.

Ma préférée, autant sur le fond (le texte à double sens) que sur la forme (les photos). Notez les amalgames et qui semble le plus violent dans chacune d'entre elles; policiers et canons ou Panda et masques souriants.
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jeudi 21 juin 2012

Être citoyen du Québec

Alors que nous allons célébrer notre Fête Nationale, je vous propose un petit texte, qui explique l'engagement d'un citoyen ordinaire, qui a pris part au débat, s'est engagé aux côtés des étudiants, a porté le carré rouge, et a manifesté, y compris avec sa casserole, au cours du présent printemps québécois.
Pourquoi s'être impliqué, alors que la facilité aurait été de continuer son train-train quotidien? Parce que c'est ça, être citoyen du Québec.
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Être citoyen du Québec, c'est pas un concours de popularité. C'est le moins qu'on puisse dire, surtout quand le Québec vit une période de turbulences.
Quand on pense que pendant ce printemps québécois, j'ai été regardé de travers, harangué par les policiers, insulté ou injurié sur les réseaux sociaux, que j'ai vécu des tensions avec des proches et des amis, on comprend que je n'ai pas fait ça pour devenir populaire.
Être citoyen du Québec, c'est d'abord travailler dans l'intérêt de tous les Québécois.
Évidemment, se battre pour une cause sociale comme celle de la lutte contre la hausse des frais de scolarité (en particulier) et des politiques néolibérales (en générale), c'est investir du temps et de l'énergie, pour partager ses connaissances, argumenter, tenter d'informer les autres citoyens, pour le bien commun. C'est une question de solidarité avec tous les Québécois. Être citoyen du Québec, c'est être capable de prendre des décisions qui sont souvent difficiles, mais toujours pour le long terme.
Bien sûr, la facilité pour moi comme pour les étudiants contre la hausse - qui ne seront pas pleinement touchés par la hausse à son apogée - ça aurait été de ne rien faire. La lutte citoyenne à laquelle nous participons est ancrée sur le long terme, sur la société que le Québec deviendra, en regard de ce qu'il a déjà accompli grâce à ses choix passés.
En d'autres mots, être capable de prendre des décisions qui sont responsables, quelles que soient les pressions. Ça peut jamais être parfait. Puis on a pas réponse à tout.
Et en ce printemps, la responsabilité véritable, ce n'est pas celle de l'individualisme, de la réclamation de son cours, de son dû, mais bien celle de ceux qui se battent pour un Québec meilleur, plus égalitaire, plus solidaire, tenter de garantir un accès plus égalitaire aux études supérieures. Certes, les pressions sont élevées pour arrêter la lutte, pour rentrer dans le rang. La Loi 78 impose des pénalités massives de 1 000 à 5 000$ simplement pour manifester à plus de 50, ce que j'ai fait à quelques reprises. Quelle est la réponse à une loi injuste, sinon de manifester son opinion pour avoir, non pas aucune loi, comme certains détracteurs du mouvement le prétendent, mais de meilleures lois, des lois justes!
Sauf qu'il faut à chaque fois regarder les choses en face. Pour prendre les bonnes décisions, pour tout le monde, et surtout pour la prochaine génération de Québécois.
J'ai 46 ans et j'ai terminé mes études universitaires depuis quelques décennies. Et j'aurais les moyens, si l'envie me prenait de retourner en classe, d'assumer la hausse. J'ai donc décidé de m'impliquer non pas pour moi, mais pour que la prochaine génération de Québécois ait la même chance que j'ai eu, d'avoir accès à ces études. Je crois fondamentalement que le Québec sera une meilleure société si plus de jeunes, de toutes les classes sociales, accèdent à des études supérieures s'ils le désirent.
En politique comme dans la vie, il faut avoir le courage de ses convictions.
Et en ce sens, j'assume totalement mon implication dans le mouvement étudiant. Les politiques néolibérales qui sont appliquées un peu partout dans le monde montrent leurs lacunes, ont creusé partout l'écart entre très riches et très pauvres, et ont plongées plusieurs sociétés dans une crise économique que nous avons su éviter en grande partie à cause de notre modèle social.
Je continuerai donc à me battre pour ce modèle de société, et pour la justice sociale.
Car j'ai fait le choix de la responsabilité, je sais que c'est le bon.
Bonne Fête à tous les citoyens du Québec.
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Note: Ce texte a été écrit avec sérieux et conviction. Je me dois cependant de remercier le Premier ministre Jean Charest pour l'inspiration, car toutes les phrases qui apparaissent en italique sont, intégralement et entièrement, les phrases qu'il prononce lui-même dans une récente publicité pré-électorale de son parti. J'ai simplement changé les mots "premier ministre" par le mot "citoyen", dans son discours.
(On peut consulter quelques parodies de la publicité et du discours en question ici; mes préférées: la version "État second" et la version "Bad trip psychédélique").

mercredi 20 juin 2012

Crise sociale: Appel public sur l'enjeu initial

Au moment de prendre position sur l'enjeu initial du conflit étudiant (la hausse des frais de scolarité universitaires), en mars dernier, j'écrivais ceci:
"[La hausse] C'est un choix, nous devrions donc en débattre. Voilà pourquoi j'appui le mouvement étudiant. Ils forceront éventuellement le débat. Si ce n'est pas un débat immédiat, ils forceront peut-être le gouvernement à reculer, et cette question deviendra un enjeu lors de la prochaine campagne électorale, le débat se fera donc à ce moment, ainsi que le choix de société."
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L'actualité de cette fin de printemps semble m'avoir donné raison sur ce point; il faudra en débattre, et vraisemblablement pendant une campagne électorale au mois d'août prochain dont un des enjeu principal sera celui des frais de scolarité (*).
Je fais donc un pas en arrière dans le conflit et revient aujourd'hui à cet enjeu initial, qui a été depuis quelques mois, complètement englué dans le conflit social que le mouvement est devenu.
Et je fais ce retour sur l'enjeu initial pour une raison assez simple: Depuis ma prise de position, je n'ai lu nulle part, ni entendu nulle part, un seul argument valable, basé sur des faits et données, qui vienne justifier la hausse des frais de scolarité.
Pour être clair, les (très) rares arguments avancés par le gouvernement et les chroniqueurs pro-hausse sont que les universités sont sous-financées, que le gouvernement n'a pas d'argent pour mieux les financer, et que chacun doit faire sa "juste part". Sur ces arguments, relire ma prise de position initiale pour voir qu'ils ne survivent pas à l'épreuve des faits. Relire aussi au besoin sur les grands principes en cause, sur l'argument du manque d'argent de l'état, et sur une piste de solution proposée pour revenir à des valeurs sociales moins individualistes pour financer les services publics en général, et l'éducation en particulier.
Je fais donc un appel public, ici, en espérant que ce débat social ait réellement lieu (bien que je ne m'illusionne pas sur les biais que le parti au pouvoir lui donnera pour tenter de faire renouveler son mandat).
Un appel public à l'argumentation, basée sur des faits et idées, qui viendraient justifier la hausse. Je ne parle pas des personnalités en cause, ni de la grève, ni des actions des grévistes, des manifestants ou des policiers, ni des déclarations des politiciens. Je parle du choix social de hausser ou non les frais de scolarité.
Laissez vos arguments et textes en commentaires, ils seront par la suite intégrés au billet, et je les analyserai de mon mieux et le plus brièvement et honnêtement possible. Bref, j'invite tous ceux qui sont pro-hausse (et à en croire les sondages, ils sont nombreux et majoritaires au Québec, donc exprimez-vous), à me convaincre. Car pour l'instant, après quatre mois de conflit, aucun argument pro-hausse que j'ai pu lire n'a survécu à l'épreuve des faits. Aucun. Et c'est essentiellement pourquoi je suis toujours contre cette hausse des frais de scolarité.
(Prière d'éviter les répétitions inutiles, les généralités, les préjugés, la démagogie, les insultes ou les jugements de valeurs).
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À vous.
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(*) Le conflit étudiant sera définitivement à l'avant-scène de la campagne, ce qui risque d'être bien diféfrent d'un réel débat social sur l'enjeu de la hausse des frais de scolarité, comme on l'a vu depuis quelques mois déjà. Pour les fins de la discussion, assumons que ce débat ait lieu.

mardi 19 juin 2012

Février 2014: À chacun son seuil de tolérance.

Comme je publie de la fiction depuis deux décennies, et que j’en lis depuis plus longtemps encore, je ne peux pas m’empêcher de voir aller la crise, la comparer à ce que j’ai lu (fiction et documentaire), avec en tête ce qui arrivera dans les prochains chapitres de l’espèce de roman collectif que nous sommes en train de lire (et d’écrire pour ceux qui participent d’une manière ou d’une autre).
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Comme je participe activement au mouvement social de ce printemps 2012 sur ce blogue, sur divers réseaux sociaux, et que j’interpelle mes lecteurs sur une base régulière, je suis parti de ma prémisse d’auteur/lecteur assidu pour m’imaginer en février 2014, en train d’écrire ceci.
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Chers lecteurs, comme vous le savez, ce blogue est désormais une plate-forme ouverte que je ne contrôle qu’à distance, et dans l’anonymat que me confère le web, et mes constants déplacements à l’étranger. Le site a été fermé à quelques reprises mais vous apparaît toujours actif, relayé et ré-hébergé ailleurs dès qu’un problème se pose. Deux ans se sont écoulés au Québec depuis le début du conflit social qui marque notre histoire collective. Ce blogue, qui était à l’origine individuel, n’a cessé de commenter la crise, et la réflexion d’aujourd’hui continue ce processus (que nous croyons sain) de remettre en question ce qui nous est déclaré par le gouvernement et les divers intervenants en se basant sur des faits.
Je me souviens avoir dénoncé rapidement les dérives dans lesquelles le gouvernement nous entraînait dès le début de la crise. On m’a alors accusé d’exagérer, de grossir les événements inquiétants. Devant divers commentaires désobligeants, j’avais réalisé que chacun a son seuil de tolérance quand vient le temps de subir l’autoritarisme relatif d’un régime politique, quel qu’il soit. Peu comprennent qu’un tel régime s’instaure lentement, subtilement, et non pas d’un seul coup (sauf de rares exceptions, qui sont justement des exceptions).
Ainsi, deux ans plus tard, j’ai eu l’idée de tester mes lecteurs avec un petit sondage maison, dont la question est fort simple, et comporte un choix de réponse en 15 points. Testez donc votre seuil de tolérance.
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Question: À partir de laquelle des étapes suivantes avez-vous commencé à vous inquiéter de la situation au Québec?
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1. Février 2012. Grève étudiante; le gouvernement refuse de la reconnaître (une pratique implicitement acceptée depuis 40 ans au Québec) et parle de Boycott. (Le terme français correct étant boycottage). La plus grande manifestation étudiante de l’histoire du Québec se déroule à Montréal, pacifiquement. Rumeurs d’élections printanières. Le premier ministre déclare que déclencher des élections en période de crise serait grotesque. Selon les sondages, une majorité de la population appuie le gouvernement.

2. Mars-Avril 2012. Le gouvernement reste silencieux. La police réprime violemment d’autres manifestations étudiantes, notamment avec des grenades assourdissantes et des balles de plastique, blessant gravement plusieurs étudiants; deux perdront l’usage d’un œil, plusieurs subissent des commotions cérébrales. Les ministres dénoncent la violence étudiante et demandent aux leaders étudiants de dénoncer toute forme de violence.

3. Mai 2012. L’Assemblée nationale adopte la Loi 78 qui restreint considérablement le droit de manifester, confirme l’absence légale de droit de grève des associations étudiantes et rend illégale « l’incitation » à manifester, laissant à la police le soin d’interpréter ce qui constitue de l’incitation (port du carré rouge, ou notes sur Twitter, pour citer deux exemples mentionnés par la ministre de l’époque lors du dépôt de la loi au parlement). La CAQ appuie cette loi déposée par le gouvernement du PLQ. La Presse publie un sondage disant que la majorité de la population appuie la Loi 78.

4. Juin 2012. Concerts de casseroles sur de nombreux coins de rues à Montréal, puis un peu partout au Québec, puis un peu partout au Canada et dans quelques villes du monde, en support au mouvement citoyens né au Québec. Arrestations de masse effectuées par le SPVM, le SPVQ et la SQ los de ces manifestations pacifiques. Le gouvernement ne condamne pas ces arrestations de masse, déclarant conserver un devoir de réserve et éviter de se mêler du travail de la police. Rumeurs d’élections en août-septembre.

5. Juin 2012. Arrestation, menottes aux poignets, du député de Québec Solidaire Amir Khadir, pour une infraction au code de sécurité routière. Il participait à une marche, sur la rue, déclarée illégale parce qu’elle n’avait pas donné son trajet à la police. Jamais sla police ne menotte les gens arrêtés pour une effraction au code de la route, à moins que la personne ne soit particulièrement violente ou le résiste à son arrestation, ce que le député de l’Assemblée nationale ne faisait pas. Dans les jours suivants, sa maison sera perquisitionnée, et sa fille arrêtée. Aucun journal ne parle de dérive, les journalistes soulève le devoir d’objectivités et ne rapportent que les faits.

6. Juin 2012. Déclaration du premier ministre selon laquelle les citoyens de quartier qui tapent sur leurs casseroles constituent des menaces. Déclaration du ministre Bachand selon lequel les manifestants étaient des anticapitalistes et des marxistes. Déclaration du président du festival Juste pour Rire selon lequel c’est à croire que la troisième guerre mondiale vient d’être déclarée à Montréal. Déclaration de la ministre de la culture accusant le poète et conteur Fred Pellerin d’être un violent et de favoriser l’intimidation par le port de son carré rouge.

7. Juin 2012. Application élargie de l’article 31 du code criminel. La police détient désormais «préventivement» des gens sous le prétexte qu’ils croient que ces gens pensent commettre un méfait. On ne demande plus à la police de documenter cette présomption justifiant les arrestations préventives. Arrestations arbitraires «préventives» de plusieurs citoyens portant le carré rouge dans le métro et dans le parc Jean Drapeau lors de la fin de semaine du Grand Prix de F1. Aucun n’avait proféré de menaces, aucun n’avait commis de méfait ou laissé croire qu’il en commettrait. Aucun n’a été accusé de quoi que se soit cette fin de semaine-là. D’autres arrestations préventives suivent dans les semaines suivantes. Un sondage montre que le parti au pouvoir a monté dans les intentions de vote.

8. Juin et Juillet 2012. Nouveau réglement municipal à Québec interdisant toute manifestation dont l'itinéraire n'est pas prévu à l'avance, interdisant tout regroupement de gens après 23h et tout passage dans un parc après 23h. Manifestations monstres le 22 juin à Montréal et Québec. Arrestations massives par le SPVQ en fin de soirée de la St-Jean alors que les gens sortent des Plaines d'Abraham après le spectacle et tentent de faire une petite marche improvisée. Arrestation de masse en fin de soirée du 24 juin à Montréal; première invocation par le SPVM de la Loi 78 et imposition d'amendes de 5000$ par manifestant arrêté.

9. Août 2012. Poursuite et reconduction des grèves générales dans les établissements scolaires. Établissement d’un couvre-feu préventif par la ville de Montréal, sur la suggestion du SPVM. «Les images d’incendies de cônes à divers carrefour et d’affrontement quotidiens entre manifestants et brigade anti-émeute causent un tort irréparable à l’économie de Montréal», déclare le Maire. «Les citoyens payeurs de taxes s’attendent à un minimum de sécurité et de paix, d’où cette mesure temporaire, le temps que le calme revienne». La ville est suivie dans ce mouvement par toutes les grandes villes du Québec, puis par les petites villes et villages. On interdit tout déplacement de nuit sans motif raisonnable et on interdit le port du carré rouge. Un éditorial de La Presse souligne l’intelligence de ces mesures pour la sécurité collective et la paix sociale.

10. Septembre 2012. Nombreux affrontements devant les établissements scolaires, menant à des dizaines d’arrestations de masse en vertu de la Loi 78. Malgré le couvre-feu, plusieurs manifestations nocturnes se déroulent nuit après nuit, sous le contrôle relatif du SPVM. Après qu’une de ces manifestation nocturnes illégales ait tourné à l’émeute, trois manifestants sont tués; deux sont abattus par accident par des tirs de balles de plastique à la tête par le SPVM et un est tué par un tir de la brigade anti-émeute de la SQ. Rumeurs d’élection avant décembre. Déclaration du premier ministre selon laquelle déclencher des élections en pleine crise sociale serait irresponsable. Il y aura enquête interne sur les manifestants accidentellement atteints par les policiers.

11. Octobre 2012. Pour des raisons de sécurité et de paix sociale, le gouvernement met sur pied une nouvelle brigade, copiée sur l’UPAC et l’escouade Marteau, qui aura pour mandat d'enquêter sur l'agitation sociale au Québec. Cette brigade enquêtera sur les organisateurs et collaborateurs du mouvement étudiant ayant provoqué et nourri la crise sociale et mis en péril la paix sociale et l’économie du Québec. Le chef de la CAQ, François Legault, qui avait souhaité cette enquête depuis le mois d’août, félicite le gouvernement de cette initiative. Arrestations des leaders étudiants pour incitation à la violence. Lourdes amendes aux associations étudiantes et suspension du droit de cotisations des étudiants aux associations en vertu de la Loi 78.

12. Décembre 2012. Les comptes Facebook, Twitter, les blogues seront analysés pour retracés les sympathisants du mouvement. Les archives du SPVM des manifestations de casseroles sont mis à contribution pour identifier ceux qui ont porté le carré rouge. Quelques semaines plus tard, on fait déjà des liens entre les collaborateurs, quelques journalistes, des membres actifs de syndicats, de mouvements socialistes, des membres d’extrême-gauche du PQ et de Québec Solidaire.

13. Janvier 2013. Début des perquisitions et arrestations chez les collaborateurs identifiés par la brigade spéciale. Les accusations varient (possession d’armes, comme des couteaux, de matériel subversif tels des carrés rouges ou drapeaux des patriotes, pancartes aux slogans anti-gouvernementaux, pastiches appelant à la révolution, etc). Déclaration du premier ministre: «Au Québec, il y a les agitateurs qui veulent le chaos et l’anarchie, et il y a ceux, la majorité silencieuse, qui ne veulent que le retour de la paix sociale et une économie forte. C’est pour eux que le gouvernement travaille sans relâche depuis des mois pour régler la crise». Un sondage montre qu'une majorité de la population appuie le gouvernement.

14. Mars 2013. Arrestation et emprisonnement temporaire de Pauline Marois, Amir Khadir et Françoise David, de même que plusieurs collaborateurs du PQ et de Québec Solidaire pour incitation à la violence. Le Premier ministre Jean Charest déclare: «Ceci prouve que personne n’est au-dessus des lois, pas même un élu». Démission de quelques députés Libéraux. Remaniement ministériel et coalition temporaire avec la CAQ, dont quelques représentants entrent au gouvernement.

15. Mai 2013. Report indéfini des élections provinciales pour des questions de sécurité nationales.
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Retour à la réalité.
Je sais bien que ce scénario ne se concrétisera pas (en tout cas, pas comme ça, je ne suis pas futurologue. C'est pour ça que c'est une petite fiction). Par contre, sur les 15 points, qui aurait dit, honnêtement, en janvier 2012, que nous passerions, au point 8, comme société? C'est dans ce paragraphe, pour le moment, que j'ai mis le changement de la réalité à la fiction. Pourtant, en janvier, si j'avais écrit un tel scénario, personne n'aurait cru que ce scénario devienne réalité jusqu'au point 7. Personne. Ça s'est pourtant passé alors suivant cette logique, je ne vois donc pas ce qui serait si impossible dans les points suivants.
Mais je ne crois pas que ça se passera comme ça.
Car je pense qu'au point 9, il y a un choix important de part et d'autre. Je crois que le parti au pouvoir ouvrira la fenêtre (la seule dont il dispose) pour tenter de décrocher un 4e mandat malgré la corruption et les nombreux scandales dont il a fait l'objet depuis 10 ans. La réaction des associations étudiantes et des étudiants déterminera s'ils peuvent ou non être instrumentalisés pour que le parti reste au pouvoir. Si c'est le cas, le scénario prendra une toute autre tournure, bien plus sombre pour une partie de la population (protestations, émeutes, arrestations massives, période d'autoritarisme, puis fin du mouvement social).
Sinon, on a une chance d'éviter le pire.
Moi, j'ai exprimé une crainte certaine au point 2. Au point 3, je me faisais déjà alarmiste, ici et sur les réseaux sociaux. Mais ma crainte véritable, ce n'est pas réellement le point 15 (bien qu'il soit possible sinon probable). Depuis l'atteinte du point 2, ma crainte véritable, c'est ce que je place ici au point 10. Si jamais ça arrive, alors le scénario devient réellement imprévisible, et aucune des possibilités envisageables n'offre un avenir proche très lumineux pour le Québec.
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Et puis vous, finalement, quel a été (ou quel serait) votre seuil de tolérance, sur cette échelle? Jusqu'où êtes-vous prêts à aller avant de vous indigner, et pourquoi?
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dimanche 17 juin 2012

Crise Sociale: Effritement du tissu social (2)

Après avoir exploré quelques ruptures sociales dans la première partie de ce billet, je m'attarderai ici aux impacts plus directs sur les personnes; le tissu social de proximité.
La famille, les amis
A part les relations qui nous lient avec les citoyens anonymes qui nous entourent et qui sont régit par les institutions sociales, il existe également un autre élément au tissu social, peut-être encore plus important; c'est le tissu social immédiat, celui de la famille et des amis, connaissances et collègues. Ce sont ces gens qui forment le noyau de relations personnelles qui cimente la vie de la plupart des gens.
Signe de l'importance de cet aspect du tissu social; une majorité (que l'on aime dire silencieuse, mais à qui on prête l'opinion qui nous convient) préfère ne pas se prononcer sur la crise, sur l'enjeu initial, ni sur les opinions émises d'un côté comme de l'autre. J'y vois pour ma part un mélange de trois éléments minoritaires: 1. Une ignorance volontaire (les questions sociales ne m'intéressent pas); 2. Une paresse assumée (trop compliqué à suivre, demande du temps pour s'informer, j'ai un travail exigeant, des enfants à m'occuper) et 3. La délégation de l'opinion (j'ai élu le gouvernement pour qu'il règle ça, des gens manifestent pour moi, des chroniqueurs expriment déjà mon opinion). Je crois pourtant que ces éléments reflètent autre chose: J'y vois surtout un effet de la volonté de plusieurs de préserver (protéger) leur tissu de relations personnelles: Si on n'en parle pas, on se chicanera pas. Ces gens semblent être majoritaires vu que les étudiants, manifestants et autres intervenants sur les réseaux sociaux comptent pour moins de la moitié de la population. Pour ces gens, donc, le tissu social de proximité est plus important que le politique et que la confiance envers les institutions.
Personnellement, je me suis impliqué sur ce blogue, en prenant position dès le début sur l'enjeu initial, j'ai continué à exprimer une opinion assumée (mais néanmoins basée sur des faits et qui tente d'éviter les préjugés et la facilité), et j'ai également été impliqué sur les réseaux sociaux (donc mettant mes opinions en contact direct avec mon tissu de relation personnel).
Pendant la crise, j'ai été traité de borné, j'ai été traité d'attardé et on m'a demandé, publiquement, de passer à autre chose. C'est dur sur le tissu social de proximité, surtout que ces commentaires ont été avancés par des proches, ou au vu et au su de proches qui n'ont pas réagit à ces insultes. Qu'on ne soit pas de mon avis, j'en suis fort aise. Qu'on argumente en faveur d'une opinion divergente, bravo. Qu'on confronte mes arguments à l'aide de faits, et vous attirerez mon respect. Mais que l'on m'insulte ou que l'on traite avec condescendance mon implication comme citoyen dans un débat de société, c'est plus dur à accepter. Surtout que je n'insulte personne, ni ne traite avec condescendance les gens qui argumentent et s'expriment à partir de faits ou d'idées articulées intelligemment. Même ceux qui n'expriment que des préjugés réducteurs, je leur mentionne au passage qu'ils devraient s'informer et bien articuler leur opinion, quelle qu'elle soit.
Je lisais sur Twitter un commentaire qui m'a fait penser à cet effritement du tissu social que risque désormais le citoyen qui a participé au débat au Québec: "C'est dur de voir les personnes que tu connais devenir des personnes que tu connaissais" (Mélissa Dufresne).
Le chroniqueur de droite Mathieu Bock-Côté, dont je ne partage pas l'idéologie, mais pour lequel j'ai un grand respect vu l'intelligence de ces propos, mentionnais justement sur son blogue:
"Un jour, demain, après-demain, dans un mois ou dans un an, la crise étudiante se terminera. Les étudiants recommenceront à étudier, les policiers recommenceront à coller des amendes inutiles (...) les militants de droite cesseront de s’imaginer que le communisme est à nos portes. À ce moment, j’ai l’impression que nous ressentirons les violentes déchirures du lien social auxquelles nous assistons en ce moment." (Mathieu Bock-Côté, Les amitiés rompues.)
L'ascenseur social
S'ajoutent au conflit initial, les racines qui lui ont permis de devenir un mouvement social important. Ces racines (que je tenterai d'explorer dans un billet à part), elles trouvent aussi leur place dans le tissu social personnel. Dans mon propre réseau famille-amis-connaissances-collègues, on retrouve beaucoup de gens, de diverses origines sociales, et qui se trouvent donc à divers endroits sur "l'ascenseur social".
Comme le souligne Stéphane Baillargeon, dans un récent article, " «L’ascenseur social est en panne depuis trente ans, note M. Kelly. Durant les trente glorieuses, après la Deuxième Guerre mondiale, les individus avaient bon espoir de monter d’un, deux ou trois niveaux. À partir des années 1980, le retour du balancier défavorise les nouvelles générations. Le niveau de vie stagne ou régresse. C’est l’impasse et l’adieu au progrès.». Pour lui, une série de déclassements sociaux expliquent donc les choix des étudiants en grève et des tapeurs de chaudrons. « La rationalité du gréviste voit la solidarité comme réflexe de survie dans un monde marqué par une insécurité croissante »." (Monarcho-libéraux contre républicains, Le Devoir, philosophie et sociologie, 2 juin 2012).
Un pas de plus
Les discussions qui touchent les proches remettent aussi en cause cet ascenseur social, comme je l'ai moi-même exprimé en réplique à un commentaire reçu d'un proche sur un réseau social:
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"Vous savez combien j’aime donner de mon temps, que je tente toujours d’aider mes proches, de prendre soin d’eux ou de leurs amis dans les cas de besoin, que je n’hésite pas à prendre de mon temps, du temps que je pourrais consacrer à travailler plus et faire plus de cash pour mon confort personnel, pour aider les gens que j’aime et que j’estime, pour leur donner des conseils s’ils en demandent. Vous savez que j’encourage plusieurs causes incluant l’aide aux citoyens du monde qui n’ont pas eu la chance que nous avons de juste naître à la bonne place – et pas seulement par des dons d’argent, mais par du temps et de l’implication volontaire et bénévole parfois pendant des mois. Et bien ces valeurs humanistes qui m’habitent et que vous m’avez souvent dit admirer chez moi, elles ne peuvent pas me dire de me fermer la gueule aujourd’hui, et surtout pas sous le prétexte de ne pas déranger ma famille et mes amis. Me fermer la gueule serait renier ces valeurs, ça serait bien pire que vous emmerder avec des liens et commentaires personnels sur MA page Facebook.
Mais je m’excuse vraiment d’être dérangeant. Je m’excuse de défendre le modèle social qui a permis à beaucoup d’entre vous d’avoir un travail bien rémunéré dans la fonction publique, d’avoir une retraite bien méritée avant 60 ans. À mon âge, 46 ans, je me bats pour ce modèle de société que le Québec a bâti il y a longtemps, et que plusieurs gens très fortuné détournent pour leur avantage, et ce, avec le consentement complice de ceux qui choisissent le confort du silence et de ceux qui votent pour leurs politiques parce qu’ils sont trop ignorants ou trop paresseux pour s’informer. Je m’excuse de tenter de conserver les acquis sociaux du Québec, qui, dans 20 ans, me permettront peut-être, avec de la chance, qu’il reste un peu de ce filet social pour me payer quelque rente de retraite, moi qui aurai contribué à la RRQ toute ma vie durant. Je m’excuse de défendre un système social qui permettra peut-être à vos enfants et petits-enfants, dans 15 ou 20 ans de ne pas avoir à payer 20000$ de frais scolaire par année d’université, de s’endetter à outrance ou de ne pas accéder aux études que vous et moi avons pu avoir. Je m’excuse de défendre et tenter de préserver le modèle social qui a fait du Québec un des endroits au monde où on a le mieux résisté à la crise économique. Je suis désolé de vous emmerder à tenter de sensibiliser les gens à ce système, qui garantira peut-être un jour un accès pas trop cher à des soins pour mes vieux jours, soins que j’aurai payé de mes impôts toute ma vie durant et que vous aurez eu pendant votre vie. Si vous vivez jusqu’à 80-90 ans, vous allez autant en profiter que moi, s’il existe encore, notre système de santé.
Pour ceux qui n’ont pas encore compris – ou qui ne veulent même pas savoir – ce qui se passe en ce moment au Québec, et qui croient que l’on se bat pour 1625$ par an ; notez que j’ai terminé mes études il y a 20 ans, si vous n’avez pas encore compris ce qui se passe et pourquoi je me bât, pas pour MOI seul comme un individualiste égoïste, mais pour TOUS les québécois qui vivent ici actuellement et tous ceux qui viendront après moi, alors effacez-moi de votre Facebook, vous pourrez alors dormir sur vos oreilles sans être emmerdés par mes commentaires.
Je refuse de juste prendre mon cash et me la fermer sous prétexte que j’ai les moyens de me passer du filet social qui existe ici, juste parce que je fais assez d’argent pour me foutre de ce que ceux qui n’ont pas eu ma chance vivent ou peuvent vivre. Non."
(Extrait de ma page Facebook, le texte original est plus long et un peu plus cru).
Plus jamais le même par la suite
J'avais jusque-là décidé de garder un profil bas en ce qui concernait mes contacts personnels. Aucune allusion directe à la crise ou mes opinions dans des courriels ou communications personnelles (à moins que le correspondant ne s'avance lui-même). Limite des visites et rencontres, justement pour protéger cet aspect du tissu social et respecter la position de plusieurs de ne pas aborder la question. J'avais aussi adopté un discours qui faisait fi de toute situation personnelle, que ça soit la mienne ou celle de mes proches.
Ainsi, en répondant à ce commentaire, qui m'avait profondément insulté, en exprimant ce point de vue, il était évident pour moi, au moment même de le publier, que mon tissu social ne serait plus jamais le même par la suite.
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(*) Ne prenons qu'un exemple, celui du jeune accusé de méfait dans le métro (briques déposées, pas l'affaire des engins fumigènes). La police s'est servi de son appel quand il a découvert le corps de sa soeur, pour le suivre et l'arrêter sur la route alors qu'il se rendait à ses funérailles en compagnie de sa famille. Comme j'ai participé à plusieurs marches de quartier, illégales selon la Loi 78 (au moins une douzaine), s'il arrivait que j'ai besoin de la police, j'hésiterais. 12 * 5 000 $ d'amende représentent un risque minimal de 60 000$ si jamais je tombais sur un policier revanchard qui décidait de ressortir des photos de manifestations - les policiers nous prennent en photo au coin de Beaubien St-Denis certains soirs de casseroles). Je ne ferai donc pas volontairement appel à la police désormais.