vendredi 23 octobre 2015

Une visite shakespearienne

«Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark»
(Hamlet, Acte I, scène IV, par William Shakespeare).

Hamlet a été publié pour la première fois en 1601… et prenait place au château d’Elsinore. En danois, on dit Helsingor (le H et le g étant semi-muets)… et je me suis justement rendu à Helsingor aujourd’hui.


Le château s’appelle Kronborg et il a été érigé autour de 1574 par Frederik II. Il est entouré de deux séries de fortifications, elles-mêmes bordées de douves remplies d’eau. On n’entre pas facilement chez Hamlet!


Aujourd’hui, des cygnes nagent paresseusement dans les douves.


Helsingor est devenue prospère (et le royaume avec elle) grâce à un péage instauré pour tous les bateaux passant (qu’ils s’arrêtent ou non) par le Oresund, le détroit qui relie la Baltique et la Mer du nord et qui sépare le Danemark et la Suède. À cette époque, le Danemark contrôlait Helsingor et Helsingborg, la ville suédoise sise de l’autre côté du Oresund, et que l’on voit ici à l’horizon. Aujourd’hui, les vagues du Oresund se fracassent sur les rochers au bas des fortifications du château de Kronborg.


Ma première impression de la résidence d’Hamlet est que Shakespeare avait choisi un endroit bien lugubre pour son prince.


Les fortifications sont accessibles tôt le matin, mais le château n’ouvre pas avant 11h, et entre temps, on se balade donc dans la citadelle entourant l’édifice principal, balayé par un fort vent d’automne. Heureusement que les dépendances sont maintenant colorées.


Quand on entre enfin dans la cour, on est accueilli par des sculptures et bas reliefs d’allure sinistre.


La cour intérieure – Kronborg est un château carré érigé autour d’une cour centrale qu’une petite fontaine n’arrive pas à animer. L’avantage de voyager hors-saison, c’est qu’il n’y a pas grand monde sur les sites. Dans le cas de Kronborg, j’ai été seul pendant près d’une heure, ce qui donnait au lieu un aspect particulièrement abandonné.


L’intérieur (aux étages) est un peu plus chaleureux et est une enfilade de pièces à la décoration somptueuse – pour l’époque – malgré une certaine sobriété dans le cas de ce château-ci. Je pose ici pour donner une idée de la taille de la cheminée, donc de la pièce et de la hauteur infinie des plafonds.
Le sous-sol du château se visite aussi - en partie. C'était les casernes, et l'ensemble de ces souterrains est aujourd'hui à peine éclairé. Comme j'étais le seul visiteur à y entrer, à part mes pas résonnant lugubrement dans l'obscurité, et quelques flèches sises sous des petites lanternes, je n'ai pas vu grand chose, mais après dix minutes à naviguer dans ce labyrinthe dans le noir, j'espérais qu'on ne m'y oublie pas si je n'avais pas retrouvé la sortie avant la fermeture du château!


De l’ensemble, je retiens surtout cette pièce-ci, où le roi recevait ses conseillers scientifiques. L’astronome Tycho Brahe y a été reçu à plusieurs reprises pendant qu’il était un des proches du roi Frederik II – c’était avant qu’il ne parte pour Prague, où j’ai justement visité l’église où il a été enterré il y a quelques années. Brahe est né en Scanie, aujourd’hui en Suède, mais à l’époque, la région était partie de l’empire du Danemark.


Parmi les décorations du château, une des pièces principales est une collection de tapisseries anciennes – dont un chemin de table original datant des années 1550. Je n’ai jamais été un très grand fan de ces tapisseries, mais certaines de celles d’Helsingor ont attiré mon attention, dont celle dont on peut voir un détail ici : un rhinocéros, animal particulièrement exotique puisque l’on venait à peine d’en découvrir l’existence au moment de la création de cette tapisserie (autour de 1580).


Après la visite du château de Hamlet, j’ai erré dans les charmantes rues pavées de pierre et bordées de maison aux toits de tuile de la ville.


Il n’y avait toujours pas énormément d’activités en ville vue la saison.


Mais j’ai découvert une rue faisant fonction de rues principale commerciale qui était un peu plus achalandée.

J’avais prévu passer la journée à Helsingor et revenir à Copenhague en soirée, mais c’était sans compter sur l’incroyable efficacité des transports régionaux ici. Avec du temps devant moi, j’ai donc décidé de faire un petit détour par Hillerod… j’avais lu qu’il y avait un château érigé par Christian IV (fils de Frederik II ayant fait construire Kronborg), début 17e siècle. Je me suis dit que ça valait peut-être le coup d’œil et j’ai donc quitté Helsingor en après-midi.
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jeudi 22 octobre 2015

Copenhagen – Palais sous la pluie

Journée de pluie aujourd’hui sur Copenhague. Pas d’averse, mais un crachin constant toute la journée. C’est donc sou un ciel gris d’automne que j’ai exploré la ville – et ses nombreux palais. En fait, j’avais décidé de consacrer une partie de mon avant-midi à régler quelques détails techniques pour mon séjour, puis à passer l’après-midi dans les musées, vu la température. Je n’ai finalement pas mis les pieds au musée et ai plutôt déambulé sur de nombreux kilomètres un peu partout en ville, puisque la pluie fine n’était pas si inconvenante à la marche. Et je me suis retrouvé à faire le tour des palais au lieu des musées.

Le Danemark est une monarchie constitutionnelle. C’est donc exactement comme le Canada, sauf que la Reine vit ici et non dans un autre pays, et que le pays n’est pas une ancienne colonie, qu’il n’a pas de gouverneur général, bref, c’est pas du tout comme le Canada, mais comme il y a une monarchie (historique), il y a des palais.


Tout près de mon auberge, et entouré d’un magnifique parc, le Rosenborg slot était le palais d’été sous le roi Christian IV. J’ai lu qu’il se visite, 24 pièces et les joyaux du trésor, mais je ne me sentais pas d’attaque dès ma première journée complète pour ce genre de visite, alors j’ai continué mon chemin.



J’ai alors traversé un quartier qui m’a un peu rappelé Paris en terme d’architecture, du moins celle des grands boulevards, avec ses édifices 19e siècle. Je n’ai aucune idée de quelle époque sont ces édifices (qui ne sont pas des palais bien qu'ils en auraient l'air s'ils étaient dans une petite ville du Québec), le long de la rivière, avec ces charmant cygnes qui font la grasse matinée par contre.



Deux palais modernes se sont trouvées devant moi alors que je me dirigeais vers Slotholmen, l’ile centrale qui abrite le vieux palais. Le radhaus (hôtel de ville), à droite, abrite le siège du pouvoir municipal, et le Scandic Palace (comme son nom l’indique) est un hôtel de luxe réservés à ceux qui contrôle le pouvoir par leur richesses.


Le vieux palais n’est pas si vieux que ça. Il s’appelle Christiansborg slot et s’il n’est pas si vieux, c’est qu’il a été rebâti deux fois, chaque fois après des incendies majeurs ayant complètement détruit le palais érigé à cet endroit – ancien site du château de Copenhague à l’époque médiévale. Si je sais ça, c’est que je me suis rendu sous le palais de Chritsiansborg où se trouvent des ruines de ces constructions et l’historique des incendies. La Tour qui domine le palais de Christiansborg (le troisième à porter ce nom) est la plus haute de Copenhague… et on peut y monter.


D’en haut, on a cette vue sur une partie du vieux quartier qui entoure l’ile abritant le palais. Mais la tour n’est pas la seule portion du palais qui se visite, on peut également visiter les salles de réception royales. Comme j’avais passé mon tour au Palais de Rosenborg, et que quelques heures à l’abri du crachin et du froid me semblaient une bonne idée, j’y suis allé faire un tour.


La visite de l’intérieur est une suite de salles (trône, diner, bibliothèque, etc.) toutes plus ostentatoires les unes que les autres, assez typique des palais royaux européens, les nombreuses décorations, les meubles et chandeliers, les planchers de bois, bref, c’Est bien joli comme demeure. La salle qui impressionne le plus est toutefois celle-ci, qui est décorée de tapisseries-fresques historiques dont chacune couvre une époque précise.


Ces tapisseries ratissent large et représentent l’histoire d’une période précise, des personnages centraux aux événements marquants, au Danemark comme dans le reste du monde. Pour vous donner une idée, cette photo montre un détail d’une des tapisseries, celle du 20e siècle. On y reconnait – au centre – Adolf Hitler et ses troupes, alors qu’en haut à gauche, on peut voir le visage de Groucho Marx. Cette même tapisserie offre les visages de plusieurs leaders – allant de Kennedy à Ghandi en passant par Lenin, Mao et De Gaulle, tout en présentant les Beatles et Che Guevara et la Porte Brandebourg dominant une partie du mur de Berlin.


La Reine actuelle du Danemark n’habite pas Christiansborg slot, même si elle utilise le palais pour certains événements officiels. La famille royale habite en fait ce palais-ci, appelé Amalienborg slot. Il s’agit de quatre bâtiments érigés au 18e siècle et disposés autour d’une grande cour pavée de pierre décorée d’une statue équestre en son centre. Un peu austère comme palais. Le palais a des heures restreintes de visite en automne, et ayant déjà visité un palais aujourd’hui, je me suis à nouveau contenté de l’extérieur de celui-ci. Le dôme que l’on aperçoit sur la photo appartient à l’église Frederikskerken, aussi appelé l’Église de marbre. Ce dôme – qui ne se monte que la fin de semaine – est inspiré (copié) de celui de St-Pierre de Rome.


À Amalienborg slot, j’ai raté le changement de la garde – une fois par jour sur le coup de midi, d’après ce que j’ai lu – mais je n’ai pas raté cette dame promenant un minuscule chien et passant devant les gardes royaux du palais.


Kastellet n’est pas un palais. C’est une citadelle, partie des anciennes fortifications de Copenhague. Cette citadelle rappelle fort celle de Québec, pour ceux qui connaissent, par sa forme en tout cas, mais celle de Copenhague est encore entourée de douves remplies d’eau. À l’intérieur des murs, on peut visiter les anciennes casernes (les édifices en rouge) en passant par les portes monumentales (au centre de la photo) auxquelles on accède par de petits ponts en bois.


Je termine ce tour des palais de Copenhague par une photo de la bibliothèque royale (dont l'essentiel de la collection est gardée dans deux pièces du palais de Christiansborg). Et si je l'utilise comme signature de ce billet, c'est que c'est aussi un autoportrait – comme auteur, je trouvais approprié de réaliser cet autoportrait dans une bibliothèque.
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mercredi 21 octobre 2015

Copenhague - Premières impressions

Je suis arrivé à Copenhague en après-midi. J’ai attendu mon bagage, pris le métro de l’aéroport (oui, oui, ils y ont une station, eux), puis me suis rendu à mon auberge. Le temps de remplir les formalités, de passer au guichet chercher des Kroner (devises danoises) et me rafraichir un peu, je n’ai guère eu le temps de visiter la ville. Cependant, j’ai eu l’opportunité d’errer deux petites heures dans son charmant centre-ville.
Comme d’habitude quand j’arrive en Europe, j’ai entrepris de tuer le décalage en adoptant immédiatement l’horaire local malgré la fatigue et le manque de sommeil (il y a peu d’endroits aussi peu confortables qu’un siège d’avion en classe économique – je ne vois que quelques bus boliviens…).
Mon auberge est une affaire gigantesque, mais les dortoirs sont relativement petits (huit lits dans le mien), et chaque dortoir a son évier, deux douches et une toilettes, en plus de ce que l’on retrouve sur l’étage. C'est donc assez confortable et bien organisé.

J’ai été charmé par les couleurs et l’architecture des vieilles maisons et des vieux édifices du centre de Copenhague. Mais ce qui m’a le plus étonné – malgré quelques lectures sur le sujet – c’est à quel point la circulation est fluide et peu bruyante au centre-ville. Il y a pourtant des milliers de gens qui circulent, mais la très grande majorité le font en vélo ou à pied, il y a des voitures, mais elles sont en nombre relativement restreint compte tenu du volume de gens qui se déplacent.
Après avoir suivi quelques dossiers sur la question à Montréal et au Québec (la route ça se partage, les dossiers des pistes cyclables montréalaises, l’accident d’Isabelle Richer, etc.), arriver à Copenhague m’a donné l’impression d’avoir fait un bond dans le futur. J’ai bien peur que je vais avoir un choc à mon retour au Far West de char que représente Montréal à côté de ça.

Comme je me balade en automne, je devrai composer avec la météo de saison et demain, on prévoit de la pluie. Je vais alors tenter de concentrer quelques visites intérieures dans mon programme… il parait qu’il y a un château sur une portion du centre entouré par un canal et formant une sorte d’ile.

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Un mot supplémentaire (qui fait suite à la note du billet précédent) concernant notre nouveau Premier Ministre: Il faisait la Une de la grande majorité des journaux de Frankfort ce matin (la plupart des journaux sont disponibles gratuitement à l'aéroport, qui offre aussi le café et le WiFi gracieusement à tous les voyageurs!). La première page la plus amusante est évidemment celle où on voit Trudeau après sa victoire à la boxe dans le match qui l'avait opposé au sénateur conservateur.

La fois où je suis parti prendre une marche au Danemark

Contrairement à mon habitude, j’ai peu ou pas parlé de ce voyage, à part une mention vague sur mon dernier billet où je mentionnais qu’il était temps que je fasse mes bagages.

Une partie de ce silence vient du fait que je blogue moins souvent depuis près d’un an – une observation qui semble s’appliquer à presque tous les blogueurs que je connais. Les réseaux comme Facebook et Twitter ont largement englouti les blogueurs. Je ne compte plus le nombre de gens que je suivais sur des blogues et qui consacrent leurs écrits publics à une page Facebook ou un simple fil Twitter. Je ne fais pas exception, même si je ne suis pas très actif sur les réseaux – je me suis rendu compte de la chute du nombre de lecteurs du blogue, et du fait que les billets récents les plus lus étaient essentiellement ceux que je relayais sur Facebook.
Malgré le ralentissement du blogue, je ne suis pas très actif sur Facebook. L’endroit est un brouillon qui mélange à peu près tout et son contraire, les gens qui y échangent ne lisent rarement plus que quelques lignes, alors on est loin des longs billets sociopolitiques ou des longues relations d’aventures de voyage dont j’avais l’habitude ici.
Je trouve dommage la quasi disparition des blogues, puisque les échanges sur les réseaux sont trop rapides, trop peu développés, manque d’argumentaire de fonds, manque de données et de références, bref, c’est souvent du grand n’importe quoi pour qui préfère la réflexion.

Voyage, donc, après mon plus long séjour au Québec depuis mon premier départ en 2001. Il était donc temps que je sorte de chez moi pour marcher un peu dans les environs.

La seconde raison pourquoi je n’ai pas parlé de ce départ sur ce blogue, c’est parce que je ne pars qu’un peu plus de trois semaines, ce qui – sur l’échelle de mes habitudes de voyages antérieures – est à peine suffisant pour appeler ça un voyage! Je ne blague qu’à moitié, mais essentiellement, je vais me dégourdir les jambes, et j’ai simplement préféré le faire dans un environnement inconnu et nouveau.

La troisième et dernière raison de mon silence, c’est que ce voyage-ci n’est ni un grand séjour prolongé, ni un projet de coopération, ni un voyage qui combine plusieurs segments en collaboration avec d’autres voyageurs… je vais juste prendre une marche, en fait, et regarder autour de moi, alors il n’y avait pas grand chose à dire avant mon départ.

Pourquoi le Danemark? Eh bien… Pourquoi pas le Danemark?
Ça fait des années que je veux visiter une partie de la Scandinavie, et à chaque fois que j’ai des projets de voyage, cette option n’est jamais loin dans ma liste, mais pour diverses raisons de timing, ça ne s’est jamais concrétisé. Il n’y a donc pas de grande inspiration devant ce choix, à ce moment-ci, mais le timing semblait s’y prêter, et comme je ne partais que quelques semaines, je cherchais à concentrer ma marche dans un secteur pas trop étendu. Le Danemark n’est pas un très vaste pays (j’exclus le Groenland, pour les puristes), alors il m’a semblé parfaitement adapté pour cette courte balade.

Il s’agira probablement d’un voyage concentré sur les explorations urbaines – l’architecture scandinave et l’histoire (incluant l’époque des vikings) paraissent riches en potentiel de ce côté. Il y aura aussi des liens littéraires évidents au fil de cette marche, mais ces liens seront les sujets d’autres billets quand ils se présenteront.

À un moment ou un autre, je traverserai le pont et irai jeter un coup d’œil en Suède, ays voisin au potentiel tout aussi intéressant et avec lui aussi ses liens littéraires – le nom de Henning Mankell, sujet de mon billet précédent vient d’ailleurs immédiatement à l’esprit quand je pense à la Suède. L’auteur est d’ailleurs une des premières personnes à m’avoir inspiré l’idée d’un séjour en Suède un jour – idée qui remonte à plus d’une dizaine d’années quand j’ai lu mon premier roman signé Mankell.

Voilà donc pour le plan de voyage – j’ai une sorte d’idée d’itinéraire, mais il a changé constamment depuis que j’ai eu l’idée de partir dans ce coin-là, et il changera probablement à plusieurs reprises en cours de route, alors inutile d’en parler, j’ai l’intention de me laisser mener là où le sentier me mènera.

L’Esprit Vagabond sort donc de son mutisme pour vous raconter dans les prochaines semaines ce qu’il verra au cours de cette randonnée scandinave.

Je ne sors de chez moi que pour aller prendre une marche de santé dans les environs, mais chez moi, les environs ont tendance à inclure un rayon un peu plus grand que chez la plupart des gens. C’est généralement plus dépaysant.

Je vous invite donc, une fois de plus, à suivre mes déplacements et anecdotes, sur ce blogue.

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J’écris ce billet sur un ordinateur portable, alors que j’attends mon vol vers Frankfort (où j’ai une correspondance) à la porte d’embarquement de l’aéroport qui porte le nom du père du Premier Ministre du Canada. Pour l’anecdote, j’ai croisé le comédien Marcel Sabourin dans la boutique de livres et revues, et la dame assise à deux chaises de ma position ressemble à s’y méprendre à la chancelière Angela Merkel. Je sais que ce n’est pas elle – la dame est un peu plus enveloppée que la chancelière – mais le fait que mon vol se rende en Allemagne rend la ressemblance encore plus amusante.
Pour revenir sur le Premier Ministre, ce voyage tombe à pic; c’est la première fois depuis des années que je pourrai être plus fier de venir du Canada que je ne l’étais sous Harper. Ma date de départ n’est d’ailleurs pas totalement étrangère à ce changement de régime, puisque je disais en blaguant à moitié qu’avec un billet pour l’Europe le 20 octobre, je me donnais l’option de quitter le pays en cas de gouvernement Conservateur. Jusqu’à la journée des élections, j’ai même maintenu que j’avais toujours l’option de ne pas prendre mon vol de retour dans ce cas, et passer les prochains mois à l’extérieur d’un pays qui m’aurait vraiment fait honte. Je sais maintenant que je pourrai renter au pays sans trop avoir honte de dire que je rentre chez moi, une fois ma marche terminée.
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Je publie ce billet alors que j'attends ma correspondance vers Copenhague à l'aéroport de Frankfort, aéroport dont les couloirs sont parsemés de vendeurs de hot-dog et de bretzel.
Le monsieur devant moi voyage avec son Teckel.
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jeudi 8 octobre 2015

Henning Mankell, Wallander, mon père et moi.

Henning Mankell
L'écrivain Henning Mankell est décédé cette semaine. Un décès qui m'attriste énormément, puisque j'étais, comme des centaines de milliers de personnes, un de ses fervents lecteurs. Après mon ami Joël Champetier, qui nous a quitté ce printemps, le départ de Henning Mankell allait faire de 2015 une année qui me priverait de deux de mes auteurs favoris.
Pour la plupart des gens qui connaissent le nom, Mankell était le créateur des romans mettant en scène l'inspecteur Kurt Wallander. Quand je le rencontre, Kurt Wallander approche de la cinquantaine, se pose beaucoup de question sur sa société, est un peu pessimiste, plus pessimiste que quand il était jeune… et il me rappelle inévitablement un lecteur qui se reconnaît en lui.
Wallander est né en 1948, mais l'action de la majorité des romans où il apparaît se déroule dans les années 90 (action des romans et publication: 1991 à 1998).
Il y a donc un décalage de temps et de générations entre le personnage et ce lecteur-ci des romans de Mankell. Mais Wallander rêve souvent de changer de vie, d'avoir une maison, d'adopter un chien… Et ceux qui me connaissent depuis plus de quinze ans savent que j'ai moi-même fait un changement de vie assez radical à peu près en même temps que lui (1998 dans son cas), un facteur qui allait nous unir dans cet étrange univers qui se créé entre l'auteur, le personnage, l'histoire réelle et fictive et le lecteur.
Avec mon père - et ma mère - à Rome
Au fil des romans de la série, la relation père-fils des Wallander est particulièrement intéressante, et je trouve parfois qu'elle fait écho à ma propre relation avec moi père. Au point où ils font un voyage à Rome ensemble dans un des roman, un projet que mon père et moi avions depuis quelques années et qui s'est justement réalisé au début de l'été 2014. Lors de ce voyage, comme Kurt Wallander, j'ai eu l'impression d'être un peu dur envers mon père, et j'en ai parfois éprouvé des remords. Et comme lui, j'ai pourtant trouvé exceptionnel de me retrouver là, en Italie, avec mon père, et de l'y voir partager quelques instants avec moi. Deux de mes univers se rejoignaient alors. L'univers de mon père, de ma famille, de mon enfance, et celui de mes voyages, de mes explorations du monde, celui de cette aventure que j'ai entreprise après mon changement de vie.
Henning Mankell est l'auteur que j'ai lu dans le plus de langues différentes, puisque je ne peux pas le lire dans sa version originale, le suédois. Je l'ai donc découvert en français, puis lu en anglais et lu également en espagnol. Je lis Mankell depuis une quinzaine d'années – c'est dire que l'auteur est justement apparu dans ma vie au moment où celle-ci allait changer profondément. J'ai adopté l'auteur et ses univers fictionnels comme partie intégrante de cette nouvelle vie et je le lis avec beaucoup de plaisir depuis.
Ses romans sont tous fondés sur des thématiques sociales, thèmes qui s'apparentent souvent aux questions que je tente parfois d'explorer au Québec : racisme, identité, avancée de la droite, corruption et mafias étrangères, politique internationale, évasion fiscale et contrôle par les super-riches. Les intrigues policières qui sont les prétextes à ces réflexions sociales sont typiques des polars scandinaves. Certains penseront évidemment à Steig Larsson en lisant cette description, mais Mankell est également une des figures les plus importantes de ce genre.
Ce genre auquel Mankell a fortement contribué à donner ses lettres de noblesses, il a été créé, en quelques sortes, par un couple d'auteurs suédois, Maj Sjowall et Per Wahloo, dans les années 70. Ces deux auteurs ont alors publié une série de dix romans mettant en scène l'insecteur Martin Beck. Ils utilisent le polar comme prétexte – comme loupe – pour examiner la société suédoise de leur époque. Digne descendant de cette approche, Kurt Wallander, qui partage beaucoup de traits de caractères avec Martin Beck, est en quelques sortes le fils spirituel de celui-ci, et permet à Henning Mankell de réaliser à son tour un examen de la société suédoise, scandinave, européenne et mondiale de son époque grâce à ses romans.
Tous les romans de Wallander reposent donc sur le postulat selon lequel le crime est relié à un problème social sous-jacent. Mieux encore, comme le polar scandinave est généralement réaliste, Wallander est loin d'être parfait. Comme Martin Beck dans la série de Sjowall et Wahloo, Wallander se trompe, part dans la mauvaise direction, se déçoit lui-même et se questionne constamment. En plus, dans le ton, on est très loin des feux-roulants américains huilés avec précision et remplis de gadgets technologiques à la CSI. Lire Wallander, c'est donc passer une majorité du temps à le voir hésiter, tenter de régler ses problèmes personnels et ses relations troubles avec son ex-femme, sa fille, ses collègues… ou son père.
Les histoires de la série Wallander se déroulent à Ystad, en Scanie, dans le sud de la Suède, mais elles ont aussi des échos ailleurs, comme en Lituanie (Riga), en Afrique du Sud, en République Dominicaine ou encore chez le voisin, le Danemark. La série avait donc tout pour me plaire, et c'est avec une certaine tristesse que j'en ai lu l'épisode ultime cette année; une brillante et émouvante novella au titre étrangement prémonitoire («An event in automn») qui précède légèrement le dernier roman, et où Wallander est désormais aux prises avec la maladie d'Alzeimer. Malgré cette tristesse de voir partir un personnage attachant, j'avais au moins la présence réconfortante de son auteur, qui continuait d'écrire… malgré un diagnostic de cancer, qui devait l'emporter cette semaine.
Que conclure, sinon que depuis le temps que je dis que la Scandinavie est une destination haut placée sur ma liste, je crois bien que l'heure est venue de faire mes bagages.
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samedi 3 octobre 2015

Une nouvelle de politique-fiction et Alibis 56

Petit billet d'auto-promotion, puisque je publie ce mois-ci une nouvelle de polar, un texte de politique-fiction en fait, dans le numéro 56 de la revue Alibis, un numéro thématique sur la Liberté d'expression, où ma nouvelle côtoie les textes d'auteurs comme Jean-Jacques Pelletier, Geneviève Blouin, Richard Ste-Marie et Martine Latulippe. Ce numéro comporte non seulement cinq fictions thématiques, mais également deux articles (signés Pelletier et Ste-Marie, deux auteurs de polars et de politique-fiction renommés) et une entrevue avec Émile Martel.
On peut feuilleter quelques pages de chaque texte ici.
Dans le cadre de cette publication, je participerai également au lancement officiel de ce numéro, à la maison de la littérature de Québec, pendant les activités du festival Québec en toutes lettres le 16 octobre prochain.
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Ma nouvelle au sommaire de ce numéro thématique s'intitule «Liberté d'oppression». L'action se déroule à l'automne 2015, donc est ancrée dans le présent très actuel, puisqu'une partie des événements se produisent avant, pendant et après la présente campagne électorale fédérale, dont le résultat a un impact sur le protagoniste principal.
Ceux parmi vous qui ont suivi mes réflexions sur l'activisme depuis quelques années sur ce blogue reconnaîtront certainement quelques unes de mes inspirations, de même que ceux qui ont suivi mes voyages, notamment mon court séjour en Turquie et mes séjours en Espagne ou en Angleterre. L'inspiration principale m'est toutefois venue d'ici, de la politique au Québec et au Canada.
Bonne lecture.
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mardi 29 septembre 2015

Les tanneries de Montréal, l'archéologie, l'histoire, la mémoire et la destruction du patrimoine québécois

Je vous parlais l'autre jour d'une balade dans le quartier St-Henri de Montréal. Cette balade avait un but précis: me rendre au site archéologique du Village des Tanneries de Montréal, récemment découvert par hasard et excavé sur le lieu du futur échangeur autoroutier Turcot.
On comprendra que ce n'est pas un hasard, par contre, si j'ai voulu visiter ce site - jamais ouvert au public depuis sa découverte - et maintenant détruit à jamais.
Quiconque suit ce blogue ou me suit sur les réseaux sociaux connaît mon intérêt passionné pour l'archéologie et les sites historiques; j'ai bien dû en visiter une centaine dans le monde. Ruines mayas, vietnamiennes, incas, romaines, médiévales, grecques, néolithiques, maures, cambodgiennes, pré-colombiennes, thai, et j'en passe.

Sites archéologiques visités un peu partout dans le monde.
J'étais donc très excité et très heureux d'apprendre l'existence de ces vestiges lors de l'annonce de leur découverte.
Puis, le 14 septembre dernier, à la surprise de tous les gens qui s'intéressent à ce genre de site historique, la Ville de Montréal et le Ministère des transports annonçaient la destruction prochaine de ce site. Pas l'enfouissement, l'anéantissement total du site.
Évidemment, devant une décision aussi incompréhensible, quiconque a parcouru le monde, et quiconque s'intéresse à l'histoire, au tourisme local, à l'archéologie, ou simplement à la préservation du patrimoine bâti de notre société relativement jeune, a été complètement catastrophé par cette annonce. Un mouvement de contestation de la décision était à prévoir, mais les élus municipaux et provinciaux ont pris tout le monde de court et procédé rapidement, moins de 6 jours après l'annonce, en pleine fin de semaine, à la destruction du site. Point.
Et pourquoi doit-on détruire le patrimoine au plus vite et sans en discuter avec les citoyens?
Pour faire passer des voitures.
Si Montréal pouvait se vanter de posséder des centaines de sites archéologiques de cette époque et de ce genre, dont la plupart étaient accessibles aux visiteurs et aux touristes, j'aurais mieux compris (pas accepté, mais compris) qu'on ne veuille pas s'encombrer d'un énième site - même si ailleurs dans le monde, souvent, le moindre site est mis en valeur plutôt que détruit - mais ce n'est malheureusement pas le cas de notre histoire encore relativement jeune qui ne comporte qu'une poignée de sites. (En plus, ce site aurait permis de contribuer à l'embellissement du quartier St-Henri, un quartier du centre-sud en pleine évolution depuis quelques années).
Je ne m'attarderai pas sur la profonde stupidité, pas plus que sur l'incroyable imbécilité, l'inculture et l'absence totale de vision qui ont pu mener à la prise de cette décision, c'est abyssal; je sens toutefois que cette décision ressort de la pente descendante empruntée par les élus et qui n'aura visiblement pas de fin tant qu'il y aura encore des bribes de civilisations autour de nous.
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Je vais plutôt partager ici les quelques photos que j'ai pu capter en me rendant près du site en question. Je rappelle qu'il n'était pas accessible - j'ai demandé aux gens sur le chantier si je pouvais y aller, même muni de casque et de bottes règlementaires, mais il était clairement hors de question de laisser entrer un "civil" sur le site. Pour aller voir le site, il fallait donc se rendre dans le secteur des travaux actuels de l'échangeur Turcot, longer des rampes de béton, traverser une rue sans passage piéton ni feux de circulation et pour certaines vues, grimper sur les remparts temporaires. Malgré ces inconvénients - et je vous passe le bruit du trafic et des travaux en cours sur le chantier - j'ai croisé cet après-midi là, pendant la vingtaine de minutes que j'ai passé aux abords du site, une douzaine de personnes munies comme moi, de leur appareil photo. Comme quoi je ne suis pas le seul qui voulait voir cet élément de patrimoine avant qu'on ne le détruise.
Voici donc les vestiges numériques des vestiges du Village des Tanneries de Montréal, immortalisées entre l'annonce de la destruction du site et sa disparition à jamais.
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Le site était clôturé par les barrières du MTQ, et peu accessible. Pour cette photo, je me suis grimpé sur un rempart de béton de la rue voisine.


En usant d'un peu d'astuce, et en passant l'appareil photo à travers les mailles des clôtures (mais attention à ne pas l'échapper de l'autre côté si vous faites ça!), j'ai réussi à faire quelques photos sans grillage.


Contrairement à ce qui a été mentionné dans les médias (qu'il s'agissait d'un site sans intérêt), le site des Tanneries montrait plusieurs structures, dont de nombreuses fondations d'édifices.


Le site était aussi relativement étendu - on ne parle pas du Forum de Rome, on se comprend, mais j'ai visité avec plaisir des dizaines de sites un peu partout dans mes voyages qui étaient plus petits que ça.


On reconnaît plusieurs fondations, mais sans mise en contexte ni connaissance approfondie de l'histoire du site, il est évidemment difficile d'interpréter ces vestiges pour un amateur.


On distingue toutefois assez clairement les reliefs d'une ancienne rue, ici.


Vue d'ensemble (désolé pour le contre-jour, il aurait fallu que je visite également le matin pour avoir les deux sens des photos avec un bon éclairage, et c'était déjà assez compliqué comme ça de s'y rendre et de pouvoir photographier le tout).


Sur cette photo, et la suivante, on voit bien que le site archéologique était situé immédiatement à côté de la Rue St-Jacques.


Quand les élus nous disent qu'il aurait été impossible de développer le site pour le rendre accessible, ils nous mentent donc clairement. Une simple entrée sur St-Jacques, en face du CUSM, aurait permis l'accès.
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Ce site n'existe donc plus et est perdu à jamais.
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Retournez voir la première photo de ce billet, celle de quelques-uns des sites que j'ai visité dans le monde. Si les élus de ces pays et régions des siècles/millénaires passés avaient eu l'étroitesse d'esprit du premier ministre du Québec Philippe Couillard, de son ministre des transport Robert Poëti et du maire de Montréal Denis Coderre, ces sites n'existeraient pas non plus. Ça n'aurait pris qu'un seul élu dans ces siècles ou millénaires pour détruire ces sites. Ici, on a réussi cet exploit du premier coup, et 6 jours après en avoir informé les propriétaires collectifs de ce patrimoine, les citoyens.
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jeudi 17 septembre 2015

Une balade dans St-Henri

Récemment, alors que je me dirigeais vers un site archéologique important avant qu'il ne soit détruit (j'y reviendrai dans un billet à part), j'ai fait une petite balade en cours de route, dans le quartier St-Henri, un quartier relativement pauvre (mais en développement) au riche historique, dans le sud-ouest de Montréal.


J'aime beaucoup les anciens édifices industriels qui peuvent être transformés et qui conservent un certain caractère historique. C'est le cas de celui-ci, qui porte encore une inscription sur toute sa largeur, difficile à décrypter, toutefois. On distingue PLAN (?), puis HINERY LIMITED, dont je déduis "... Machinery Limited".


Le quartier a un certain nombre d'immeubles et plex résidentiels particulièrement intéressants, mais aussi quelques maisons colorées.


Caserne des pompiers de la Place St-Henri, non loin de la station de métro du même nom.


Ici, ce qui est particulier, c'est le balcon au second étage, qui est couvert et qui donne sur des arches ouvertes sur la rue, une caractéristique qui doit être fort appréciée des locataires du second étage.


Comme dans plusieurs quartiers de Montréal, ce sont souvent les arrière-cour et les ruelles qui représentent des petits endroits de prédilection pour les gens qui habitent le quartier; on peut y voir quelques havres de pais, loin du bruit du trafic des rues principales.


Une murale en mosaïque, une ruelle verte, de l'art urbain... et nous sommes à deux minutes à pied de l'échangeur Turcot et ses travaux incessants. Les lieux démontrent clairement les efforts des résidents pour améliorer malgré tout leur environnement de vie.


Autre ancien édifice industriel converti en lofts, avec au rez-de-chaussée, quelques commerces locaux, dont ce Léché dessert Café à l'enseigne vintage.


Enfin, la statue de Louis Cyr, l'homme le plus fort du monde, située dans le parc des hommes forts, là où la rue St-Jacques rejoint la rue St-Antoine.

Une marche dans Westmount

L'autre jour, sur l'aimable invitation de mon ami Daniel, je me suis retrouvé à marcher dans Westmount, un quartier de Montréal que je fréquente rarement. J'en ai rapporté quelques photos intéressantes.


Outre un urubu à tête rouge (une sorte de vautour local que je n'avais jamais vu auparavant à Montréal), il y avait la splendide vue sur le Mont-Royal et le centre-ville.


Une fois rendu près du sommet de Westmount, nous avons parcouru l'avenue Summit Circle, qui a été en partie fermée au trafic pour prévenir les courses de voitures que des jeunes effectuaient sur cette avenue peu fréquentée. Le résultat de cette fermeture est spectaculaire, puisque la nature reprend lentement ses droits sur le chemin. Avouez qu'on ne se croirait pas à Montréal sur cette photo.


Outre les lampadaires, on a laissé les panneaux routiers comme les interdictions de stationnement ou encore les arrêts (notez qu'ils utilisent STOP unilingue anglais à Westmount).


Cette ambiance abandonnée fournit le prétexte idéal pour des photos à la tombée du jour. Notez que l'avenue n'est pas tout à fait abandonnée, on y croise un piéton ou un joggeur à l'occasion.


En empruntant l'autre bout de l'avenue, on peut redescendre du côté nord de la montagne, C'est-à-dire par derrière l'Oratoire St-Joseph.


Et comme ce dernier offre des heures très étendues de visite, on peut alors s'y balader à sa guise, sans les foules qui le visitent généralement pendant la journée.


Une petite marche de l'autre côté mène au chemin de croix dans la montagne, dont voici une station.


Passé la résurrection, une fontaine illuminée offre des possibilités amusantes de photo en ombres chinoises sur les pierres de l'Oratoire.


Et cette nuit-là, coïncidence, c'était également la pleine lune, que j'ai pu capter ici malgré l'absence de trépied à ma disposition et malgré l'éclairage ambiant sur l'avenue du Frère André (ce qui occasionne un peu de flou sur la photo, quand même).
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vendredi 4 septembre 2015

De réfugiés, de politique, d'une photo et des voyages qui rapetissent la planète.

Comme tout le monde, j'ai été bouleversé, choqué, de voir la photo du petit Aylan Kurdi, gisant sur une plage de Bodrum, en Turquie. Comme tout le monde, je n'arrive pas à croire que les gouvernements de l'occident n'en fassent pas plus pour aider les réfugiés (je refuse de parler de migrants, termes plus général, puisqu'il s'agit ici de réfugiés, qui n'ont clairement pas choisi librement de changer de pays de résidence suite à un projet de vie).
La plupart des gens voient la nouvelle passer sur leur écran de télé ou leur Une de journal ou sur Facebook, puis se disent que la Syrie, c'est à l'autre bout du monde, que ces gens là s'entretuent depuis des années, voir des décennies dans les régions avoisinantes, alors que peut-on faire?
Évidemment, on peut toujours se dire que comme citoyen, on n'y peut pas grand chose, après tout, ces choses-là se décident via des politiques gouvernementales, et sont administrées par la fonction publique, et comme simple citoyen, je ne pouvais pas, par un acte direct, aider cet enfant ou sa famille. Sauf que... sauf que ces politiques gouvernementales, elles sont décidées, votées, par les députés et administrées par les ministres du gouvernement en place. Et le simple citoyen, il vote, au moins. On ne fera pas de cette histoire spécifique une histoire politique canadienne, sauf que... sauf qu'il y a une connexion entre cette famille et les politiques gouvernementales canadiennes. Sauf que la Turquie et Bodrum, ce n'est pas l'autre bout du monde.
Si cette photo m'a interpelé, ce n'est pas seulement par l'échec qu'elle illustre de la compassion humaine, mais parce que ce conflit-là, il faisait déjà partie, indirectement, de ma vie. En effet, la connexion entre la Syrie et la position du gouvernement canadien, entre ma vie et le lieu du conflit, je l'avais abordé dans un billet politique il y a près d'un an.
Sur la mer, entre Bodrum et Kos, mai 2014.
La traversée Bodrum-Kos que la famille du petit Aylan a tenté, je l'ai fait, et dans les deux sens, dans le confort (relatif, on s'entend) que procurent un billet sur un bateau sécuritaire et un passeport qui assure le passage à la frontière de l'Union Européenne. Cette photo, elle a donc été prise dans mon univers, à un endroit où il y a à peine plus d'un an, je prenais moi-même des photos. Et j'ai pu faire cette traversée en toute quiétude, grâce à mon appartenance à un pays occidental. À la chance d'être né du bon bord des choses. Pourtant, ma vie, en tant qu'humain, ne devrait pas valoir plus que celle d'Aylan ou ses parents.
Mais les gouvernements occidentaux en ont décidé autrement.
Pour nous restreindre au gouvernement canadien, ne mentionnons que quatre facteurs: Un. Une politique de limitation de l'immigration qui a fait en sorte que le Canada n'a accueilli qu'un millier de réfugiés syriens depuis le début de 2015, reniant ainsi toute obligation morale d'aider les gens, et préférant les laisser mourir plutôt que d'ouvrir notre frontière. Deux. Une rhétorique pro-Israël à tout crin qui fait en sorte que l'on refuse de considérer des réfugiés musulmans comme on l'a pourtant fait avec des haïtiens ou des kosovars, par exemple, dans le passé. Trois. Une attitude pro-armée qui ne valorise que les attaques et bombardements, attitude guerrière qui fait en sorte que les populations civiles des secteurs visés doivent absolument partir et deviennent des réfugiés. Quatre. Un support au régime de Bachar Al Assad  lors de la révolution en Syrie qui a non seulement permis au conflit de perdurer, mais a aussi été une des causes de l'émergence-même de l'EI.
Or, ce gouvernement canadien, il est élu. Il parle en votre nom. Ailleurs dans le monde, quand le premier ministre ou un ministre parle, il le fait en votre nom. J'arrêterai ici la partie politique du billet en mentionnant que nous sommes justement en campagne électorale, donc en période où nous devons choisir qui nous mettons à la tête du pays, qui décidera de (et administrera) nos politiques canadiennes. Qui parlera en notre nom. Votre vote, et bien il compte, et pour des millions de gens, parmi eux des centaines de milliers de réfugiés, ce vote, il peut représenter la vie ou la mort.
Enfin, ce gouvernement canadien, tel qu'il est depuis une décennie, joue beaucoup sur la peur; et plusieurs semblent lui donner raison quand je vois les nombreux relais d'histoires de peur concernant les étrangers, les arabes (ou les musulmans), passer sur les pages Facebook et relayées par des connaissances qui n'ont jamais rencontré beaucoup d'étrangers, d'arabes (ou de musulmans) dans leur vie. Pour moi, qui ne suis jamais allé en Syrie, ce pays est représenté dans ma vie par la chroniqueuse et journaliste Rima Elkouri, une femme admirable pour sa grande intelligence et son écriture fine et juste, ainsi que par un homme qui tient boutique sur l'avenue du Mont-Royal et chez qui j'achète des noix et fruits séchés, un homme d'une gentillesse exemplaire avec ses clients. Je me demande bien pourquoi j'aurais peur!
Rima Elkouri se demandait justement, dans sa chronique d'hier :
«Comment en est-on arrivé à parler des réfugiés qui meurent comme de simples statistiques? Comment en est-on arrivé à accepter en haussant les épaules que des victimes de la guerre meurent chaque jour en mer? Comment en est-on arrivé à trouver normal d’ériger des murs et des barbelés devant leur seul espoir?»
Moi, j'ai envie de lui répondre que je ne trouve pas ça normal, que je trouve horrible et sans coeur la position actuelle du Canada, que j'espère que ce pays va assumer ses responsabilités morales et ouvrir ses frontières pour accueillir sa part (et plus) de réfugiés issus de ce conflit.
Et j'ai envie de lui dire que je suis contre les murs.
La seule manière de dire ça, et d'être entendu, ça reste de garder l'esprit ouvert, de se méfier des marchants de peur, de voter pour des gens responsables et humains, et de ne pas rester indifférent,
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