samedi 4 août 2007

Quelques notes de voyages - de Potosi

Un intermède sur la narration de mes aventures quotidiennes (ou presque) en Amérique du Sud pour écrire quelques notes éparses (sans photos) sur mes dernières journées.
Je suis à Potosi, ville minière au sud de la Bolivie. Potosi, c'est la ville la plus haute du monde (4090 m), malgré que quelques villages soient plus élevés ici et là, il semble que cette ville (avec ses 120 000 habitants) porte le titre.
Il fait donc froid.
Mais rien à comparer aux hivers canadiens, je peux vous l'assurer.
Par contre, (et c'est là un hic puissant), ici, il n'y a pas de chauffage.
Ergo, il fait froid pour de vrai, c'est-à-dire, dans les maisons (et hotels, donc) aussi. La nuit, vous ne vous levez pas trois fois pour aller aux toilettes, vous restez dans les draps (et épaisses couvertures de laines d'alpaca) le plus longtemps possible ! :-)
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Nous sommes le soir du 4 aout. Dans deux jours (officiellement), ca sera le 6 et le 6 aout, c'est la fete nationale de la Bolivie, c'est-à-dire la fete de la déclaration de l'indépendance bolivienne (le 6 aout 1825 si ma mémoire ne me joue pas de tours). C'est aussi dire que le 6, non seulement c'est férié et tout sera fermé (yé, le cauchemar du voyageur), mais aussi que les villes seront agités (plus que de coutume, s'entends) de fiestas, défilés, innombrables pétards (sortes de feux d'artifices auditifs sans l'aspect visuel dont les latinos rafolent et semblent détenir un stock inépuisable), bref, un peu plus de chaos que l'activité quotidienne latino-américaine.
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Nous sommes à deux jours de la fete nationale, mais ici, c'est déjà la fete. Toute la journée à Potosi a été marquée par des défilés (trois séances de quelques heures chaque, c'est fou, ca dépasse l'entendement!) et des dizaines de fanfares parcourent et bloquent les rues de la ville.
D'ailleurs, je vous écris ceci sous le bruit assourdissant de pétard et d'une énième fanfare qui descend la rue devant moi.
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Comme après-demain, c'est la fete nationale, et que Sucre est aussi (avec La Paz) la capitale du pays, le projet est d'y etre pour feter l'indépendance dans la capitale-meme. Hum, c'est un projet, car en me rendant demain à Sucre, j'ai aucune idée si je serai en mesure de me trouver une chambre où m'héberger. Ce ne sont certainement pas les 6 téléphones effectués aujourd'hui (sans succès, tous les hotels de mon guide de voyage affichent complet pour ce long weekend) qui me rassurent, mais coup donc, l'aventure c'est l'aventure. Après tout, je n'ai pas encore effectué une seule réservation depuis le début du voyage, alors je devrais me trouver un lit quelque part, j'imagine :-)... fete nationale ou pas. Sinon, je reprendrai la route vers... ?
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À part ca, j'ai visité une mine ce matin (hallucinante experience, j'y reviendrai avec photos à l'appui - Incroyable de "descendre" dans un tunnel claustrophobique... pour atteindre une gallerie à 4000 m au dessus du niveau de la mer) et un étonnant musée cet aprés-midi (la maison royale de la monnaie bolivienne), où j'ai appris que non seulement la Bolivie ne frappe plus sa monnaie, mais sa pièce de 5 bolivianos est frappée... au Canada! (un des endroits au monde où il y a une expertise pour frapper des pièces de monnaie a deux métaux - voir notre toonie canadien, par exemple).
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Les routes de la Bolivie offrent un merveilleux paysage au voyageur - les paysages valent à eux-seuls le prix des billets de bus, alors si votre transport intercité est inclus en plus ... Ces routes, par contre, sont ardues et pas toujours pavées (je me souviens encore avec difficultés des 4h de terres battues entre Oruro et Uyuni lors de notre aller-retour du Salar...).
Ainsi, visiter le sud bolivien demande de la patience et demande aussi de la volonté (il serait bien plus simple de filer ailleurs - Argentine, Chili, Paraguay - par un long trajet que de se taper les divers trajets qu'impliquent la découverte des environs. Joindre à peu près n'importe quelle ville dans les environs demande un trajet de 3 à 18h de bus. Et parfois, les villes ne sont pas loin, mais quand vous prenez plus de 3h a couvrir 130 km, c'est normal d'avoir des trajets de 12-15h de bus... (Ceci bouffe du temps à chaque trajet, donc enlève autant de ce précieux temps pour bloguer :-))))
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Il faudra que je trouve le temps pour un billet sur les 13 bières que j'ai gouté depuis le début de mon voyage. Si la Cusqueña (péruvienne) demeure la meilleure du lot, plusieurs bìères locales se tirent fort bien d'affaire. La Posotina, bière locale de Potosi, surprend surtout par son format d'un litre :-)
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Posoti était, à un moment de l'histoire du monde, la plus grande ville des Amériques, rien de moins. La montagne qui surplombe la ville, le Cerro Rico, contenait le gisement d'argent le plus massif de l'histoire du monde connu. Découvert à l'époque de la conquete espagnole, le gisement a été entièrement exploité au profit de l'Espagne.
Je reviendrai sur l'histoire de la mine ici (toujours active, j'en ai visité quelques galleries ce matin, tel que mentionné ci-haut) lors de mon billet sur ma visite de la mine du Cerro Rico, mais on peut dire deux choses à propos de son gisement d'argent et des milliers d'esclaves noirs et indigènes qui y ont péri sous le joug espagnol:
- Avec l'argent (métal) extrait du Cerro Rico, on aurait pu construire un pont entre Potosi et Madrid.
- Avec les os des esclaves morts dans la mine sous l'exploitation espagnole, on pourrait construire deux ponts entre Potosi et Madrid...
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Sur ce (et une autre fanfare - la 4e!! depuis le début de ce billet - qui claironne dans la nuit potosienne), je vais me réfugier dans une chambre et dans des couvertures me permettant de survivre à la nuit de Potosi. Mais je ne me plains pas, on m'a dit que deux jours avant mon arrivée, il avait neigé en plus... Facile à croire, ce matin, à mon auberge, on avait installé deux bassines pour récupérer l'eau des glacons qui pendaient du toit et qui fondaient au soleil de 9h.
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De Potosi.
L'Esprit Vagabond, encore en altitude.

3 commentaires:

  1. Anonyme9:12 PM

    Toujours aussi intéressant à lire, Hugues, mais il faut sans doute comprendre que ton anecdote des ponts (l'un en argent, deux autres en ossements) est une maxime, pas une réalité physique. Je ne pense pas que soit sorti de quelque mine que soit, fut-ce du métal le plus vil comme l'étain, le cuivre ou le fer, assez de minerai pour construire un pont à travers un océan -- sans même penser à la rareté de l'argent.
    Pour ce qui est des ossements, si on compte un esclave par 2 mètres (en étalant bien le squelette), ça aurait pris 4,75 millions d'esclaves morts, ou 9,5 millions pour l'aller-retour -- et là on n'a qu'une «chaîne» d'ossements suspendue par magie.
    Dans un cas comme dans l'autre, si on veut prendre l'anecdote au pied de la lettre, je crois qu'il faut remplacer le mot «pont» par le mot «chaîne» pour rendre l'analogie un peu crédible.
    Laissons JLT nous faire les calculs détaillés... ;0)

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  2. Bien sur, il faut comprendre qu'il s'agit d'une sorte de légende, mais la comparaison entre les deux "maximes" m'apparaissait assez marquante.
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    Ceci dit (je tenterai d'y revenir lors d'un billet détaillé sur les mines du Cerro Rico), il s'est sorti beaucoup d'argent de cette montagne. Au début de l'exploitation de la "veine", on sortait le minerai pratiquement pur en roches de quelques kilos!
    Cette mine est exploitée depuis la conquete espagnole et il se sort encore du minerai d'argent - bien impur, et en petites quantité, mais quand meme - après quasi 500 ans...
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    Et, pour les autres lecteurs, je note que j'ai reconnu Daniel Sernine malgré l'oubli de sa signature, et "JLT" est notre copain Jean-Louis Trudel, qui effectivement, pourrait faire des calculs détaillés (en comptant tous les os du corps, on doit arriver à plus de 2 metres par esclave, je dirais... :-)).
    - Pour les intéressés; suivre le lien à droit vers "Culture des futurs" pour lire JLT directement...

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  3. Daniel Sernine1:59 PM

    Oui, désolé, apparemment j'avais cliqué à la mauvaise place. Je n'ai pas l'habitude de dissimuler mon identité, contrairement à l'usage du Web. :0]
    Pour les squelettes, je les laissais dans leur état «naturel» -- étant entendu que, de toute façon, ça prendrait un sortilège pour les faire tenir en l'air (et ensemble). Mais je ne serais pas surpris de voir confirmé qu'entre 5 et 9 millions d'esclaves sont morts, sinon au Potosi, du moins dans toute l'Amérique ibérique de la période coloniale

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