dimanche 26 février 2017

Oscars 2017: Prédictions et choix de l'Esprit Vagabond!

Intro
Je ne pensais pas jouer au jeu des choix et prédictions cette année, puisque je n'avais pas vu assez des films en nomination pour le faire, mais un blitz de dernière minute (j'ai vu deux films hier et un avant-hier!) jumelé à la demande générale (au moins 5000 messages reçus réclamant mes prédictions) m'ont incité à le faire (1).
Donc, sans flafla ni jolies photos ni montage, voici sans plus tarder les prédictions et les choix de l'Esprit Vagabond, exceptionnellement présentés en un seul billet vu que le temps presse avant la cérémonie de ce soir.
Je rappelle que mes prédictions sont basées sur mon interprétation des préférences probables de l'académie. Mes choix reflètent mes préférences personnelles et n'ont rien à voir avec les résultats que je pense voir se concrétiser au gala de ce soir.
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Remarque générale
Contrairement à ce que plusieurs prédisent, je ne vois pas de balayage aux Oscars cette année. certes, le favori, La La Land, repartira avec quelques Oscars, mais je prévois qu'il en remportera seulement 3 dans les 8 catégories majeures. Il est probable qu'il reparte également avec quelques Oscars de catégories plus techniques, mais l'académie nous a habitué depuis quelques années à une répartition des Oscars entre plusieurs films avec les huit catégories principales, et je pense que cette année continuera cette nouvelle attitude qui évite les grand balayages spectaculaires.
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Devant la caméra
Meilleur acteur -  Prédiction : Denzel Washington, Fences - Choix: Casey Affleck, Manchester by the Sea.
Je sais, Affleck, mon choix, a remporté presque tous les prix cette saison pour son rôle. Mais Denzel Washington a remporté le Screen Actor's Guild (SAG), et les acteurs membres de la guilde sont majoritairement membres des Oscars, donc même s'il a déjà remporté deux oscars auparavant (Training Day et Glory) - dont un pour un rôle de soutien - la barre des trois oscars est possible, puisque Meryl Streep l'a brisée il y a quelques années justement et que Denzel en est à une septième nomination. Le rôle de Denzel était aussi plus spectaculaire, plus entraînant que celui, très sombre, et tranquille de Affleck. Bref, tout le monde ou presque prédit Affleck, mais j'y vais avec Washington comme prédiction à contre courant. J'ajouterais qu'après le scandale de Oscar so white l'an dernier, les nominations d'acteurs noirs devrait être suivis d'Oscars, et que plusieurs membres de l'académie y verront là un geste important. Sans rien enlever à la performance de Washington (ou d'autres en nominations dans les catégories ci-bas), ça l'avantage légèrement pour cette année. Et il est évident que si ce n'est pas lui, c'est Affleck qui l'emporte. Il demeure d'ailleurs donc mon choix personnel.
On s'étonnera que je ne considère par Ryan Gosling pour La La Land, le film qui a le plus de nomination et dont certains prédisent un balayage, mais malgré la belle performance de Gosling, quelques scènes-clé du film reposent plus sur Emma Stone et il est jeune et n'en est qu'à une seconde nomination; on le reverra éventuellement.
Meilleure actrice - Prédiction et choix: Emma Stone, La La Land.
Les catégories d'actrices sont toujours difficiles à prédire et je me plante plus souvent là que dans les autres, mais coup donc, j'y vais cette année avec celle qui a littéralement tout remporté, y compris le SAG - meilleur indicateur aux Oscars pour les catégories d'acteurs. Meryl Streep et Nathalie Portman ont eu leur oscar récemment (3e pour Streep, The Iron Lady, 1e pour Portman, Black Swan), Ruth Negga en est à son premier vrai grand rôle, une première nomination étant donc déjà quelque chose, et Isabelle Huppert, la seule qui pourrait causer la surprise, l'est pour un film dont c'est la seule nomination (même pas de nomination comme meilleur film en langue étrangère), et dont on dit que le personnage n'est pas très attachant. En plus, Emma Stone porte sur elle quelques-uns des scènes les plus marquantes de La La Land, dont toute la partie finale qui repose entièrement sur son regard, une scène aux ramifications extrêmement touchantes et émouvantes qui transforme et transcende le film.
Meilleur acteur - rôle de soutien - Prédiction: Mahershala Ali, Moonlight - Choix: Dev Patel, Lion.
Comme choix, j'ai hésité entre les deux, mais Patel avait une plus longue présence à l'écran, dans un film dont la tension dramatique atteint des sommets avec son interprétation dans la dernière partie du film. Côté prédictions, Ali a remporté plusieurs prix dont le SAG et à part une surprise qui étonnerait tout le monde (Michael Shannon pour Nocturnal animals serait une possibilité en ce sens), ça sera Ali. Jeff Bridges a été honoré récemment (Crazy Heart), et Lucas Hedges est un nouveau venu à sa première nomination, et dans un rôle moins puissant que celui défendu par Mahershala Ali.
Meilleur actrice - rôle de soutien - Prédiction: Viola Davis, Fences - Choix: Naomie Harris, Moonlight.
Ici, côté prédictions, j'y vais avec l'évidence, c'est l'Oscar le plus certain de la soirée. Viola Davis a tout remporté, incluant le SAG pour cette performance. Michelle Williams n'a jamais été récompensée malgré 4 nominations, si le rôle avait été plus consistant, j'aurais peut-être opté pour elle comme prédiction. Nicole Kidman a déjà été récompensé dans le passé (The Hours). Comme je n'ai pas vu la performance de Viola Davis, mon choix personnel, parmi ceux que j'ai vu, va à Naomie Harris, qui joue le difficile rôle de la mère aux prises avec trop de problèmes pour s'occuper de son fils dans Moonlight.
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Derrière la caméra
Meilleur scénario original - Prédiction et choix: Manchester by the Sea.
Même si La La Land remporte plusieurs Oscars ce soir, celui du scénario devrait lui échapper. Les comédies musicales ont rarement l'Oscar du meilleur scénario, et c'est intrinsèque à la manière de raconter une histoire dont une partie est chantée, on a moins de lignes et de dialogues pour approfondir l'histoire ou les personnages. De plus, l'originalité et l'intelligence de La La Land passent beaucoup par la musique, la réalisation, le montage et l'interprétation, et ne repose pas sur l'audace ou l'originalité de son scénario. The Lobster est déjà une nomination surprise (c'est d'ailleurs sa seule nomination, malgré un succès critique intéressant) et le film est tellement une sorte d'ovni cinématographique qu'un Oscar serait vraiment étonnant de la part d'une académie plus conservatrice à ce niveau. Le seul concurrent sérieux à Manchester by the Sea demeure donc Hell or High Water, qui n'a pas remporté beaucoup de prix en amont des Oscars ni n'a autant de nominations. Comme le film ne remportera d'après moi aucun autre Oscar majeur, sa récompense sera celle du scénario.
Meilleur scénario adapté - Prédiction: Moonlight - Choix: Arrival.
Par une étrangeté de définitions de catégories, les deux gagnants (adapté et original) des Writer's Guild of America (WGA), l'association des scénaristes, sont présents dans la même catégorie aux Oscars. Le premier, Moonlight, devrait donc remporter l'Oscar, vu que le film a également récolté plusieurs autres nominations et est un des favoris comme meilleur film. Mon choix personnel, Arrival, a le défaut, pour la prédiction, d'être de la science-fiction, une tare en ce qui concerne les chances de gagner des Oscars dans les catégories majeures. (Pour information sur cette affirmation, on revisitera ce texte que j'ai publié il y a quinze ans mais qui demeure valide aujourd'hui, texte que j'avais d'ailleurs revisité il y a 7 ans pour justifier que contrairement à la planète entière, j'avais prévu que Avatar ne remporterait pas l'Oscar du meilleur film). Arrival demeure mon choix personnel par l'originalité de sa proposition science-fictive et par la profondeur du sujet et son développement à la fois grandiose et intimiste. Lion, un film magnifique que j'ai adoré, a tout de même une structure, des dialogues et un développement plus conventionnels que Moonlight et Arrival.
Meilleur réalisateur - Prédiction: Damien Chazelle, La La Land - Choix: Denis Villeneuve, Arrival.
Chazelle, déjà remarqué bien que sans nomination pour l'excellent Whiplash il y a deux ans, arrive à une bonne année pour remporter cet Oscar, puisqu'aucun des autres concurrents ne semble "dû" cette année. La nomination de Mel Gibson (déjà Oscarisé dans le passé pour Braveheart) est déjà une récompense pour lui, qui s'est vu marginalisé au cours des dernières années. Le seul concurrent sérieux pour Chazelle serait Barry Jenkins pour Moonlight, qui en est lui aussi à une première nomination, tout comme Denis Villeneuve. Côté prédiction, donc, Chazelle a remporté le Director's Guild Award (généralement un très fort facteur de prédiction pour cet Oscar-là) et son film est celui qui a le plus de nominations en plus d'être le favori pour remporter l'Oscar du meilleur film. Enfin, Damien Chazelle multiplie les références et les clins d'oeil à la manière de faire du cinéma et a réussi à donner è son film par son travail de réalisation une qualité et une apparence intemporelles, un exploit qui ne passera pas inaperçu auprès des professionnels du cinéma membres de l'académie. Chazelle devrait donc l'emporter si l'académie ne décide pas de séparer cet Oscar de celui du meilleur film en récompensant Jenkins pour la réalisation. Quand à Villeneuve, mon choix personnel, il devra faire autre chose que de la science-fiction s'il désire remporter cet Oscar la prochaine fois! Notez que mon choix personnel ne relève pas du chauvinisme, Villeneuve a plusieurs films magnifiquement réalisés derrière lui, et réussi l'exploit avec Arrival à filmer une histoire plus grande que nature d'un point de vue très intimiste. Sa réalisation d'une subtilité exemplaire et sa direction d'acteurs se remarquent films après films et il arrive encore à se dépasser avec chaque film. Arrival est réellement le meilleur travail de réalisateur que j'ai pu voir cette année.
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Quel sera le meilleur film?
Meilleur film - Prédiction: La La Land.
Mis à part le fait que La La Land a le plus de nominations - donc la meilleur appréciation de l'ensemble des éléments qui font un film - et a remporté une tonne de prix précédant les Oscars, c'est un film très positif, enlevant, entraînant, réjouissant, qui offre un contraste à la fois bienvenu et agréable avec une époque où tout semble extrêmement sombre aux États-Unis. Les membres de l'académie, comme le grand public qui a adoré le film, ne seront pas insensibles à cet effet de ce film-surprise aux antipodes du film politique ou engagé. En plus, c'est un film sur Hollywood, sur le cinéma, sur la musique, sur les artistes, et les membres de l'académie - qui sont tous des artistes et artisans du cinéma - ne peuvent faire autrement qu'adorer ce genre de productions. On a Oscarisé Birdman et The Artist dans les récentes années en partie pour les mêmes raisons. Je ne pense pas qu'il s'agisse de chauvinisme, mais à quelque part, comme spectateur, on apprécie et on est souvent plus touché par des sujets qui nous parlent intérieurement, et avec lesquels on connecte profondément. La La Land touche plusieurs cordes sensibles à ce niveau et offre de nombreuses références au passé du cinéma comme à son présent, par sa forme et par son look tous deux intemporels. Un film qui évoque à la fois les films d'antan et s'encre à contre-courant dans son époque ne peut pas être ignoré par les membres de l'académie.
Moonlight serait son plus sérieux concurrent, à la fois par le ton original et intimiste, et par son exploration subtile des réalités des minorités (noire et gai), elle aussi intemporelle, dans une Amérique qui se voit de plus en plus divisée sur ces sujets aujourd'hui. L'effet de rebond du scandale de l'an dernier concernant l'absence de créateurs autres que les blancs dominants Hollywood l'avantage probablement un peu, mais ce n'est tout de même pas un facteur déterminant ici, puisque les qualités d'ensemble du film demeurent amplement suffisantes pour qu'il emporte l'Oscar du meilleur film. Même si parmi les neuf films en nominations, Lion et Manchester by the Sea sont eux aussi des films remarquables et qui auraient des chances, les tendances me portent à croire que seuls La La Land et Moonlight ont de réelles chances de remporter l'Oscar du meilleur film, ma prédiction demeurant que La La Land sera récompensé. (Revoir mon argumentation sur la science-fiction pour comprendre que je considère qu'Arrival n'a absolument aucune chance dans cette catégorie). (2)
Meilleur film - Choix: La La Land.
J'hésite encore entre celui-ci et Arrival, qui est définitivement un film plus profond et plus intelligent et un des meilleurs films que j'ai vu au cours des dernières années. Comme amateur de science-fiction, et de langues, Arrival touche plusieurs cordes sensibles pour moi. La subtilité de sa réalisation et le traitement renouvelé d'une rencontre du troisième type m'a fait dire pendant une bonne partie de l'année qu'il s'agissait du meilleur film de 2016. Mais si je dois jouer au jeu des choix et mettre mon x sur un bulletin de vote virtuel de l'académie pour les Oscars... j'hésite.
J'ai également adoré Lion, un film dépaysant et émouvant et qui fait voyager le coeur et l'esprit et qui m'est apparu dès son visionnement comme un des meilleurs films de l'année. J'ai également aimé Manchester by the Sea et Moonlight, qui chacun à sa manière raconte une certaine tragédie humaine qui n'a peut-être rien de spectaculaire mais qui colle tellement à la réalité de milliers de tragédies humaines qu'ils tombent tous les deux dans me cordes comme amateur de films intimistes.
Mais comme passionné de cinéma et comme citoyen qui suit l'actualité politique sur une base quotidienne, comme citoyen de la terre qui demeure assez pessimiste sur l'avenir, je pense que La La Land tombait à point. Il m'a permit une évasion complète, m'a enveloppé dans sa musique et entraîné par ses chorégraphies amusantes, m'a fait rire et m'a attristé, m'a fait réfléchir sur les choix que l'on fait dans la vie et sur les vies parallèles que l'on aurait pu vivre, m'a fait plonger dans les grands yeux d'Emma Stone, m'a fait danser dans ma tête, bref, m'a subjugué l'espace de quelques heures... En plus, son effet d'entraînement s'est poursuivi pendant des jours grâce à la magie de sa musique; la simple écoute de la bande sonore me propulse dans cet univers alternatif et me donne envie de danser et de tournoyer, bref, d'oublier toute l'obscurité et la tristesse du monde. Peu de films - ou d'oeuvres artistiques - arrivent à cet effet avec moi, La La Land - malgré la minceur de son scénario - est donc le meilleur film de 2016 pour ce spectateur-ci.
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Et vous?
Vos choix? Vos prédictions?
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(1) Bon ok, soyons honnête, j'ai peut-être ajouté trois zéros au chiffre réel des messages reçus. Ça ne prend pas grand chose pour me convaincre de parler des Oscars :-)
(2) Ajout de dernière minute: Une chose que je ne mentionne pas directement dans mes prédictions originales ci-haut, c'est la possibilité que le climat politique actuel, au lieu d'avantager La la Land comme meilleur film pour s'évader, avantage Moonlight comme message de Hollywood à Washington... un facteur à ne pas négliger, puisque l'académie pourrait ainsi faire le split de meilleur film/Meilleur réalisateur entre Damien Chazelle et Moonlight, split qui s'est souvent fait au cours de la dernière décennie aux Oscars.



mardi 15 novembre 2016

En vacances automnales dans les Cantons (2)

Suite du billet précédent sur les beautés de fin d'automne des Cantons de l'est.

Commençons par une de mes nouvelles lubies; les ponts couverts du Québec... J'en avais visité cinq au cours de l'été, de l'Estrie au Lac St-Jean en passant par la région de La Tuque et celle de Lanaudière, j'en ai visité quatre nouveaux en fin de semaine, dont celui-ci, près de Compton, et qui donne accès à ce qui est maintenant une presqu'île. Le pont Drouin a coûté 908,50$ à faire construire originalement.

La visite de celui-ci, situé sur un chemin de terre battue à l'est de Cookshire-Eaton, a été amusante, puisque les travailleurs affairés à la maintenance m'ont pris pour un ingénieur du ministère des transports!

Le pont de Milby offrait une vue spectaculaire dans la lumière d'automne.

Suze, au petit matin, non loin du Mont Pinacle, un nom de montagne qui rappelle l'univers de Contremont de Joël Champetier.

Dans la campagne près du village de Bury.

Œuvre d'art rural, sur un chemin de terre battue entre Baldwin Mills et Stanstead.

Petite église de bois de Stanstead, érigée 100 ans avant ma naissance.

Grande maison de Fitch Bay dont le toit est orné d'une sorcière!

Vue sur l'église de Fitch Bay, tranquillité garantie.
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dimanche 13 novembre 2016

En vacances automnales dans les Cantons (1)

Une fin de semaine de vacances dans les Cantons de l'est est le prétexte idéal pour un duo de billets-photos sur les paysages magnifiques qu'on y retrouve, même en fin d'automne.

Après mon été à visiter des ponts couverts, je n'ai pu résister à m'arrêter voir celui-ci en chemin (Cowansville).

Ancienne école (Knowlton).

Suze et deux chevaux locaux (ok, oui, c'est un tableau que j'ai tenté de transformer en trompe l'œil).

Ceux-là sont réels, je parle bien sûr des trois chevreuils, qui étaient fort attentifs à ma présence, d'où cette photo en plan éloigné dans la campagne le long du lac Brome.

Suze semble avoir besoin d'informations touristiques, mais nous sommes un peu hors saison, alors le tout petit kiosque des sentiers pédestres de Lakeside, à Knowlton est fermé.

Petite église en bois (Bolton-Centre).

La vue de notre résidence temporaire de vacances, quelque part entre Baldwin Mills et Stanhope.
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À suivre...

mercredi 9 novembre 2016

Univers parallèles

Chers amis auteurs et lecteurs de SF, j’ai une requête personnelle ce matin. J’aimerais que l’un de vous m’aide à trouver un tunnel, un trou de ver, un passage, une porte, peu importe la nature de la chose, qui me permettra de rejoindre l’autre univers parallèle qui s’est ouvert cette nuit. Je me suis réveillé par erreur dans le présent univers et j’apprécierais rentrer chez moi. Merci.

samedi 5 novembre 2016

L'ange de la rue King

Certains l'appellent l'ange de la rue King, d'autres l'ange à trois pattes. Officiellement, c'est Le Cénotaphe de Sherbrooke, un monument érigé à la mémoire des combattants de la première guerre mondiale, particulièrement les combattants sherbrookois.

On le retrouve au milieu de la rue King - grande artère qui traverse la ville de bout en bout - au centre-ville, à la hauteur de la rue de la Cathédrale, près de la petite église St-Patrick. Il représente un ange aux ailes déployées (souvent appelé une victoire) dominant trois soldats.

L'emplacement de l'ange de la rue King a aussi ceci de particulier qu'il surplombe directement l'abrupte pente de la rue à cet endroit, le plaçant dans une position donnant un effet dramatique sur le paysage urbain. Cet aspect n'a pas échappé à mon ami et écrivain Éric Gauthier, qui intègre l'endroit et son potentiel dramatique dans l'action de son dernier roman, La Grand mort de Mononc' Morbide. Après lecture du roman, la visite à l'ange de la rue King ne déçoit pas.

Le nom officiel du cénotaphe est "Le monument aux braves", mais pour ce visiteur-ci, il restera toujours l'ange de la ru King et on en voit ici une vue à contre-jour en fin d'après-midi , avec un éclairage qui souligne justement l'effet dramatique de son emplacement mais à partir de la partie basse de la pente.
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vendredi 4 novembre 2016

Quand on met en scène l'actualité un an d'avance

Quand ce genre de chose arrive, je repense toujours à l'irritation de mon amie l'écrivaine Élisabeth Vonarburg devant l'expression «la réalité dépasse la fiction»... Car cette semaine, j'ai vécu une situation personnelle inverse quand la réalité a rattrapé la fiction... ma fiction.
Je parle bien entendu de l'actualité concernant la liberté de presse, la liberté d'expression, l'espionnage étendu de journalistes au Québec par les corps policiers, et les liens entre le politique, la police, et les cibles de ces derniers, c'est-à-dire des journalistes d'enquête dénonçant ces liens et les abus policiers et politiques. En effet, ce ne sont pas les journalistes couvrant les faits divers, le sport ou les voyages qui ont été espionnés, mais bien les journalistes enquêtant fréquemment sur la police et le politique.
Or, même si la situation a l'air de surprendre tout le monde, c'est précisément un des ressorts que j'utilisais dans une nouvelle publiée à l'automne 2015, il y a à peine un an. Pour ceux qui n'ont pas lu ma nouvelle de politique-fiction (parue dans la revue Alibis 56), voici quelques notes pertinentes:

Ce texte, intitulé «Liberté d'oppression» a été publiée dans un numéro spécial dont la thématique était justement la liberté d'expression. J'y mettais en scène un journaliste québécois espionné par les services de polices. Ce journaliste (Maxime Laurendeau, personnage fictif) fait des enquêtes sur le profilage politique dans la police, sur divers politiciens ainsi que les liens entre la police et le politique et se voit suivi par les corps policiers (et même averti sans trop de subtilité que son travail dérangeait). Au point où il n'arrive plus à faire son travail et se sent menacé. Ce journaliste citait quelques collègues, dont Patrick Lagacé, par qui l'affaire de cette semaine a débuté et est sortie sur la place publique.

Pour vous donner une idée du ton de la nouvelle, en voici quelques extraits:

Les documents de ce dossier montrent les liens étroits entre le politique et la police. Les polices du Québec sont devenues des polices politiques. Lagacé, de La Presse, dispose d’un dossier considérable au sujet de la SQ et du pouvoir politique au Québec, duquel il a d’ailleurs publié plusieurs excellents articles. Il a aussi révélé les liens étroits entre la mairie de Montréal et le SPVM. 
Dans les deux cas, quelques documents (...) montrent également comment fonctionnent ces liens et comment le politique contrôle et oriente les axes d’opération des services de police – principalement les grandes enquêtes, ou encore l’absence de celles-ci. C’est la perte de contrôle partielle de ce lien qui a permis la création de l’UPAC et de la commission Charbonneau.

Les documents relatifs à ces deux organismes montrent toutefois comment ils ont évité toute implication des politiciens provinciaux dans leurs dossiers.

À un moment de la nouvelle, le journaliste (qui est aussi le narrateur de l'histoire), confie:

Je suis moi-même fiché par le SPVM. L’origine de ce profilage politique remonte aux manifestations de casseroles auxquelles je participais à l’occasion au coin de ma rue avec mes voisins vers la fin août 2012. Les policiers nous photographiaient tous. Avec les bases de données auxquelles ils ont accès et avec les outils informatiques à leur disposition, ils ont pu établir des fiches détaillées sur beaucoup de gens autrement «ordinaires» qui contestaient les positions des autorités politiques et bâtir ainsi une base de données de la dissidence locale.

Plus loin, il mentionne également:

On trouve également dans un sous-dossier les sondages d’opinion menés au Québec sur les questions de liberté d’expression entre 2012 et 2015. On note des incohérences majeures entre l’importance que l’on semble accorder à la question et l’appui aux mesures répressives engagées par les gouvernements locaux. L’argument principal que l’on découvre inévitablement est que les manifestants n’ont qu’à ne pas manifester s’ils ne veulent pas se retrouver fichés ou avec des problèmes juridiques. Comme l’a écrit Lagacé dans La Presse: «Les Nord-Coréens ont très bien compris cet argument, ils ne manifestent jamais.»

Je me souviens encore de mes discussions avec mon éditeur lors du travail sur la version finale de cette histoire, puisque cette nouvelle est certainement celle où nous avons le plus échangé sur le contenu, l'effet de réel, les emprunts au réel, et à quel point j'allais loin sur certains points. Dans son texte de présentation, il mentionne d'ailleurs subtilement qu'aller aussi loin pourrait être une forme d'oppression... envers le politique.

Or, dans son éditorial d'aujourd'hui (4 novembre) dans La Presse, intitulé «Refuser l'État policier», François Cardinal demande:

«Si les policiers piétinent aussi facilement la liberté de la presse, quels autres principes fondamentaux sont-ils prêts à défier pour récolter ce qu’ils cherchent ? Quels garde-fous abattraient-ils pour protéger leur organisation, pour se protéger entre eux?
Si les corps de police ont des liens aussi fréquents avec maires et ministres, quel est le niveau réel d’étanchéité entre la sphère politique et les forces policières ? Y a-t-il copinage, échanges ou pressions de l’État sur le policier, et vice-versa ?
Ces questions, seuls les plus désabusés se les posaient il y a quelques jours encore.»

Ceci n'est ni de la fiction ni de la paranoïa issue d'un groupuscule sur internet, mais bien dans l'éditorial d'un des plus importants journaux du Québec. (Qu'on vienne me dire que j'allais trop loin dans l'expression de ma fiction quand j'écrivais pour dénoncer l'impact de ce genre de dérives!)

Ce questionnement de l'éditorialiste en chef de La presse fait directement écho à un passage de la nouvelle...
Depuis le début des années 1980, on a ainsi assisté, sous les prétextes de l’économie, de la croissance et de la sécurité, à l’effritement quasi complet de la liberté d’expression des peuples, au profit d’une liberté d’oppression à la disposition des polices et des politiques et exercée contre ces peuples.
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jeudi 3 novembre 2016

Les magnifiques murales trompe l'œil du centre-ville de Sherbrooke

Ce billet - mon avant dernier sur ma visite à Sherbrooke - pourrait se passer de commentaires tant les photos parlent d'elles-mêmes... Je vais donc être bref dans mes interventions.

Vous me savez amateur d'art urbain et de murales en particulier... Celles aperçues à Sherbrooke ont ceci de spécial: la plupart sont des œuvres en trompe l'œil... J'en ai donc retenu quelques-unes pour ce billet, comme celle ci-haut, au bout de la rue Wellington, et sur laquelle les fins observateurs verront un héron.

Ces étagères de bibliothèque sont particulièrement spectaculaire, non? (Rue Frontenac).

Un détail du centre de l'étagère du bas issu de la murale de la photo précédente.

Autre détail de la même murale: la toute petite partie en bas à droite... C'est définitivement un travail de minutie!

Sur la rue Dufferin, coin Frontenac, non loin du bout de Wellington, cette splendide œuvre chorale historique.

Détail du bas d'un des immeubles illustré sur la murale de la photo précédente.

Autre détail de la même œuvre, on noteras les soucis du détail, justement, avec le chat, la corde à linge et les arbres intégrés dans la perspective d'entre deux édifices en trompe l'œil.

Partie d'un ensemble que je ne suis pas arrivé à photographier à ma satisfaction (un mélange d'angle, de trafic sur la rue, de mauvais éclairage et de lumière à contre-jour), j'ai capté cette amusante portion, ou le regard est attiré sur le garçon et son chien récalcitrant... Alors que l'on ne voit le chat qu'après coup.

Au croisement de la rue King et la rue Bowen sud, on retrouve un impressionnant dyptique, et on excusera l'éclairage d'une visite en fin d'après-midi d'automne dans un secteur à l'ombre. Autres murales chorale aux scènes et personnages historiques représentant deux époque sur différentes de la ville, les œuvres se retrouve de plus dans un parc brillamment aménagé pour l'occasion.

Détail d'une des murales de la photo précédente.

Autre détail, de l'autre murale.

Encore une fois, on notera la minutie de l'exécution et des petits détails comme la présence subtile du chat et de l'oiseau.

Le parc est aménagé de telle sorte qu'il permet de poursuivre la perspective en dehors du dessin en trompe l'œil, une opportunité de photo que je n'allais pas rater!
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Enfin, j'ai pu admirer quelques autres murales en ville, qui n'étaient pas des trompe l'œil, j'en ai capté plusieurs avec mon objectif, mais j'ai décidé de concentrer ce billet sur le spectacle spécifique des trompe l'œil de Sherbrooke. Notez qu'il y en a d'autres que celles-ci, dont une avec des personnages contemporains comme Jim Corcoran et Jean-Luc Mongrain (aucune bonne photo disponible)... J'ai aussi vu une carte en fin de journée, mais trop tard pour aller toutes les voir, mais cette découverte justifiait déjà un éventuel retour à Sherbrooke pour les admirer.
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