mardi 7 février 2012

Entretien pré-départ avec Joanie

Joanie Ouellet est originaire de Chibougamau. Elle demeure et étudie présentement à St-Félicien au Lac St-Jean. Elle participera bientôt à un séjour de coopération internationale à Cuba et c'est dans le cadre de ce séjour que j'ai interviewé Joanie.

Hugues Morin (HM): Joanie, à quel niveau étudies-tu et dans le cadre de quel programme se situe ton projet?

Joanie Ouellet (JO): Je suis maintenant rendue en quatrième secondaire et la raison de mon projet est que je suis dans le programme d'études internationales de mon école et en quatrième secondaire il est obligatoire pour tous les élèves du programme.

HM: Pourquoi t’intéresses-tu à la coopération internationale?

JO: Avec ce programme, depuis la première secondaire qu'on nous montre à aider les autres autour de soi. Nous devons faire à chaque année un certain nombre d'heure de service communautaire. En première secondaire nous devions faire 10h dans notre famille, en deuxième nous devions faire 15h dans notre société, en troisième 20h dans notre société mais cette fois, nous sommes en groupes d'un dizaine de personnes. En quatrième, nous avons ce fameux projet de deux semaines et en cinquième je ne sais pas trop le nombre d'heures à faire, mais cette fois-ci, ça ce passera dans l'école même (par exemple: aider aux récupérations de math ou d'espagnol).

HM: Est-ce que c’est ton premier projet de coopération?

JO: Oui, mais surement que ça ne sera pas le dernier!!

HM: Dans quels pays as-tu mis les pieds jusqu’à maintenant et lequel t’as laissé la plus profonde impression?

La Havane, 2010.
JO: Pour commencer, j'ai été dans plusieurs provinces canadienne, ensuite je suis allée aux États-Unis. Pour les pays ayant une culture plus différente de la nôtre, j'ai voyagé, avec ma famille, à Cuba, en Jamaïque et au Honduras. Le pays m'ayant laissé la plus profonde impression, je dirais que c'est la Jamaïque. Pourquoi? parce que les gens là-bas sont magiques. Il n'y a jamais de problèmes pour eux (No problem ;) ). Ils ont toujours le sourire aux lèvres et cherchent toujours à nous en montrer plus. Là-bas nous nous étions trouvé un chauffeur de taxi incroyable, Deven. C'est lui qui nous a montrer une belle plantation de fruits et de café. C'est où que le café Blue Mountain se fait. Par contre, la meilleure chose qu'il a pu nous montrer c'est le Ricks café. Là nous avons pu assister à un super couché de soleil où l'on voyait le soleil tomber à vue d'oeil tout en écoutant, bien-sûr, du Bob Marley à répétition.

HM: Ça ne sera donc pas ton premier séjour à Cuba.

JO: Non, j'y ai déjà mis les pied quand j'avais 10 ans. C'était à Varadero. Par contre ce voyage était plus touristique.

HM: À quel endroit de Cuba se déroulera ton projet et quelles seront les activités prévues?

La partie centre-ouest de Cuba, avec La Havane (en haut)
et Guira de Melena, au sud.
JO: Nous irons à Guira de Melena (*). Nous étions supposés aller à la Isla de Joventud, par contre la madame qui s'occupe de ces affaires nous a dit qu'à cet endroit il n'y avait pas les installations nécessaires ou pas assez de tâches à nous faire faire. À l'endroit où nous allons, nous allons être jumeler avec des Cubains (nos "jumeaux Cubains"). Avec eux, nous pratiquerons notre espagnol, dont ça fait quatre ans que nous apprenons grâce au programme d'études internationales. Les tâches exactes que nous ferons ne sont pas exactement déterminées. Nous allons les savoir seulement sur place. Nous en avons par contre une bonne idée, avec les années précédentes. Donc, toujours ensemble, nous risquons de faire des tâches comme enlever les mauvaises herbes dans un champ, ou faire d'autres tâches ayant un lien avec la terre. Nous ferons aussi la réparation de livres dans des écoles et nous jouerons avec les enfants. Il y a aussi, durant notre séjour, la visite de la capitale La Havane, nous avons de fortes chances de faire une excursion à la montagne et peut-être même aller une journée dans la maison de notre "jumeau cubain", car nous ne dormirons pas chez eux, nous allons plutôt coucher dans un ancien motel (ou quelque chose dans le genre), on a seulement vu les installations, on ne nous a pas dit c'est quoi exactement.

HM: As-tu des attentes particulières envers ce projet?

JO: Ma plus grande attente est qu'à mon retour je puisse être capable de dire, à tous ceux à qui je parlerai, que j'ai aidé et été capable de mettre le sourire dans la vie de un ou plusieurs Cubain(s). Par contre, j'espère aussi en apprendre plus sur la vie quotidienne des Cubains et de revenir avec une meilleure maîtrise de mon espagnol. J'espère aussi apprendre à mieux connaître mes pairs, car à l'école nous parlons seulement à nos amis proches, mais dans ce voyage nous sommes divisés en brigades. Ce n'est pas nous qui décidons avec qui nous nous plaçons. Cela fait en sorte que nous devrons travailler ensemble et apprendre à nous connaître.

HM: Merci Joanie, je te souhaite un agréable séjour là-bas, et on se reparlera après ton retour.
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(*) Guira de Melena est situé à environ 1h au sud de La Havane, c'est-à-dire immédiatement au sud de San Antonio de Los Banos, et compte environ 35 000 habitants.
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Entretien réalisé par échange de courriels, février 2012.
Pour savoir comment j'ai découvert Joanie, lire l'anecdote publiée ici.
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dimanche 5 février 2012

Découverte d'une coopérante ou Quand le hasard fait bien les choses

Je vais vous raconter une petite anecdote.
La semaine dernière, j'ai appris que mon blogue avait servi de référence dans le cadre d'une présentation scolaire sur les voyages. La présentation, intitulée "Quand vous voyagez, découvrez-vous vraiment une nouvelle culture? et sous-titrée "Voyages superficiels", avait été préparée par Joanie, une étudiante en quatrième secondaire de St-Félicien, au Lac St-Jean.
Le document support de sa présentation pose la question: "Plusieurs voyageurs pensent, qu’en ayant voyagé dans un autre pays, ils ont découvert une nouvelle culture. Ont-ils raison?"
La jeune fille explore par l'exemple, avec Cancun, au Mexique et Cuba, deux destination-soleil particulièrement populaires auprès des québécois amateurs de tout inclus à la plage. Puis elle poursuit en creusant la question de la méconnaissance des autres cultures, particulièrement celles de l'Afrique. Elle mentionne l'aide humanitaire et la coopération internationale et aborde quelques questions d'éthiques reliées au voyage.
Cette présentation en soi n'aurait rien de très particulier - outre le fait que le document est bien fait et que le sujet me touche spécifiquement - mais voilà que Joanie cite cette page de l'Esprit Vagabond à titre de référence dans sa section sur ce que les touristes de tout-inclus rapportent de Cancun comme connaissances culturelles.
Extrait de la présentation préparée par Joanie
J'ai trouvé gentil et charmant qu'on m'utilise comme référence, surtout dans le cadre d'une présentation sur un sujet qui me tient à coeur comme le fait de voyager autrement et de profiter le plus possible de l'immersion culturelle que les voyages procurent.
Mais ce n'est pas là que l'anecdote est la plus intéressante.
Si la mère de Joanie m'a expédié ce document, ce n'est pas simplement pour m'informer que sa fille avait utilisé mon blogue comme référence. C'est que quand sa fille lui a montré sa présentation, la mère m'a reconnu... puisque nous sommes cousins. Ma cousine Suzanne mentionne dans son courriel que non seulement elle-même ne savait pas que Joanie avait découvert mon blogue par hasard avant de voir la présentation, mais que cette dernière n'avait pas fait le lien, puisque nous ne nous connaissons pas.
J'ai trouvé l'anecdote (et la semi-coïncidence) particulièrement amusante.
Ma cousine m'a aussi appris que Joanie et moi devions avoir hérité d'un bagage similaire de nos ancêtres communs, puisque celle-ci s'intéresse au fait de voyager autrement, à la photo et la coopération internationale. Enfin, j'apprenais également que Joanie devait bientôt effectuer un séjour de coopération, alors j'ai pris contact avec elle pour réaliser un petit entretien, qui sera bientôt publié sur l'Esprit Vagabond.
Comme quoi parfois, le hasard fait bien les choses (quand on lui donne un coup de main avec un blogue). Et ça tombe bien car j'aime bien donner un coup de pouce au hasard.
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samedi 4 février 2012

Cinéma et Hommages: Une seconde salle Arcand

Le couple Robert-Arcand avec Guy Gagnon,
extrait du site de La Presse
Vous connaissez probablement l'admiration que j'ai pour l'oeuvre de Denys Arcand, dont j'ai déjà parlé sur ce blogue. J'étais donc bien content d'apprendre que le cinéaste venait d'être honoré lors de l'inauguration d'une salle de cinéma baptisée en son honneur dans un complexe de cinéma de St-Jérôme.
La nouvelle était un peu partout dans les médias culturels la semaine dernière, avec quelques photos.
Si je reviens sur cette nouvelle et cet hommage bien mérité, c'est que la chose a une résonance bien personnelle pour moi. Et doublement.
J'ai eu le plaisir et la surprise de découvrir que l'initiative de St-Jérôme vient du propriétaire du complexe, Guy Gagnon, ex-président d'Alliance Vivafilm, que je connais pour avoir eu affaires avec lui lorsque j'étais moi-même gérant de cinéma à Roberval il y a un peu plus d'une décennie.
Le Cinéma Chaplin rend hommage au
Théâtre Diana (2005)
M. Gagnon est, comme moi, originaire de Roberval au Lac St-Jean (il est le fils de J.-Hylas Gagnon, qui était propriétaire du Théâtre Diana à Roberval, le cinéma où j'ai vu mes premiers films). Guy Gagnon a donc oeuvré dans le milieu du cinéma au Québec toute sa vie et je suis content de voir qu'il a honoré Arcand quand est venu le temps de baptiser une salle de son complexe nouvellement rénové.
Le cinéma Chaplin de Roberval a d'ailleurs rendu hommage à Guy Gagnon lui-même, en collaborant aux fêtes du 150e anniversaire de la ville de Roberval et en affichant un panneau honorifique du Théâtre Diana au-dessus de sa porte lors de l'année du 150e; une manière de rappeler aux robervalois que si le Chaplin existait, c'était en grande partie à cause de ma passion pour le cinéma, qui ne se serait jamais développée de la même manière si le Théâtre Diana et la famille Gagnon n'avait été là avant moi.
Ainsi, cette année-là, alors qu'il était toujours à la tête d'Alliance Vivafilm, Guy Gagnon avait choisi Roberval et le Cinéma Chaplin pour y présenter en avant-première le film Aurore. À cette occasion, le journaliste Alexandre Gauthier de l'Étoile du lac écrivait:
"Appelé à prendre la parole, M. Gagnon a rapidement démontré tout cet attachement au coin de pays qui l'a vu naître. Il a également paru très touché lorsqu'on lui a révélé que le Cinéma Chaplin allait porter le nom de «Théâtre Diana» pendant la saison estivale."
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Affiche dédicacée offerte par
Denys Arcand en 1998
De retour à l'hommage à Denys Arcand, si le titre de ce billet parle d'une seconde salle Arcand, c'est que M. Gagnon n'est pas le premier à avoir honoré le cinéaste en baptisant une salle en son nom.
Je ne ferai pas de fausse modestie, puisque le premier à avoir inauguré une "Salle Arcand"... c'est moi. :-)
En effet, lors de l'inauguration du Cinéma Chaplin de Roberval, que j'ai fondé en 1998, nous avions baptisé notre salle 2: Salle Arcand en hommage au réalisateur et scénariste québécois. Nous avions évidemment invité Denys Arcand, mais ce dernier était occupé par d'autres projets au moment de notre ouverture (en plein temps des fêtes). M. Arcand nous avait toutefois expédié une affiche autographiée de Jésus de Montréal qui avait été installée de manière permanente sur le mur du cinéma pour l'ouverture (et qui a toujours sa place sur ce mur aujourd'hui).
Lors de la publication de la manchette sur l'hommage de St-Jérôme, TVA Nouvelles (en ligne) cite Guy Gagnon:
"«Je considère que Denys Arcand est un des plus grands cinéastes québécois, mais aussi canadien. Il n'existe pas de salle de projection qui porte son nom. L'occasion des rénovations était bonne pour lui rendre hommage», affirme Guy Gagnon."
Aperçu de l'intérieur de la salle Arcand de Roberval, en 2000
Bien que j'ai trouvé dommage que ce dernier ignore l'hommage que nous avions fait à M. Arcand, Guy Gagnon ne pouvait pas savoir que nous avions aussi honoré le réalisateur québécois il y a 13 ans, et c'est pourquoi je suis revenu sur le sujet dans ce billet. Avouez qu'il est particulièrement amusant de voir que ça aura pris deux gars de Roberval pour honorer Denys Arcand de cette manière.
Les lecteurs de ce blogue qui ont connu l'Esprit Vagabond avant son passage en ligne se souviendront peut-être un festival de littérature et cinéma fantastique tenu à Roberval à l'été 2000. Le volet cinéma du festival s'était justement déroulé dans la Salle Arcand. Pour l'anecdote, soulignons que les scénaristes Joël Champetier et Patrick Senécal y étaient également venus présenter et discuter de leurs projets de films La Peau Blanche et Sur le Seuilà cette occasion (Trois ans plus tard, Sur le seuil allait être distribué par Guy Gagnon et Alliance Vivafilm).
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vendredi 3 février 2012

Une "chute à piton" à Val-Jalbert?

La semaine dernière, plusieurs médias ont parlé du projet de centrale hydro-électrique de Val-Jalbert, ce qui a attiré mon attention sur l'existence du projet ainsi que sur les problématiques qu'il soulève.
Ce projet qui est sur la table depuis des années fait soudainement la manchette puisque la Fondation Rivières a expédié, en janvier dernier, une lettre au Ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs lui faisant part de sa demande officielle d'audiences publiques sur ce projet.
Le projet en question semble suivre jusqu'à maintenant un cours normal de consultation de la population et de support des MRC locales ainsi que du conseil des Montagnais de la région. Le site du projet fournit quelques documents et se pare des atours d'un projet sérieux réalisé avec respect des communautés et de l'environnement.
En principe, donc, les promoteurs ne devraient pas craindre les audiences publiques du BAPE.
La lettre expédiée par la Fondation Rivières au ministre soulève toutefois plusieurs points importants, auxquels les promoteurs ne répondent pas sur leur site ni dans les documents qu'ils offrent en appui au projet.
Chute Ouiatchouane, vue du haut, avec
le Lac St-Jean, en arrière plan (2005)
"Le projet tel que présenté en consultation affectera considérablement le caractère naturel du site et aura un impact majeur sur l’environnement, altérant de façon significative et permanente l’ensemble des écosystèmes avoisinants. Il s’agit en plus d’un site historique situé dans un parc régional, à proximité du milieu habité, donc d’un bien public dont le sort ne peut être décidé sans une large consultation."
Le site du village historique situé le long des deux chutes de la rivière Ouiatchouan fait partie intégrante de mon enfance. Ayant grandi à Roberval, j'allais sur le site au moins une fois l'an pendant mes années d'enfance, et j'y suis retourné pour faire de la randonnée ou de la photo à plusieurs reprises depuis mon départ du Lac St-Jean. Pour le Lac St-Jean, Val-Jalbert est certainement un des plus importants sites récréo-touristiques de toute la région, autant en terme de beauté qu'en terme économique; avec le Jardin Zoologique de St-Félicien, c'est probablement le plus gros attrait touristique de la région. On ne parle donc pas simplement d'une rivière, ou d'une chute, mais d'un des poumons économiques de l'industrie touristique.
La Fondation pose d'ailleurs une question pertinente: "Veut-on visiter une centrale hydroélectrique, voir une chute naturelle ou voir un site historique ? Est-il dans l’intérêt commun que ces options soient toutes confondues donnant un piètre résultat pour chaque aspect?"
Les gens du Lac St-Jean devraient avoir le droit d'en débattre lors d'audience publique et non derrière des portes closes. Après tout, les retombées (positives comme négatives) toucheront l'ensemble de la région et devront être assumées par la population après coup.
La Fondation remet également en cause l'aspect économique du projet. On le sait depuis quelques années déjà, les calculs d'Hydro-Québec semblent faire peu de sens quand vient le temps d'établir la rentabilité d'un projet. Invité au Téléjournal de Radio-Canada ce jeudi (2 février), le Premier Ministre du Québec, Jean Charest, expliquait à Céline Galipeau que le coût du mégawatt est calculé sur une formule de "piscine" (donc de coût moyen) et que tant que les contrats de vente d'électricité sont au-dessus de ce coût moyen, on fait du profit.
J'ai une opinion différente sur la question et voici en quelques mots en quoi la position d'Hydro (et du PM) ne fait aucun sens en terme comptable et économique. Si notre coût moyen de production avant Val-Jalbert est de 4 cents le KWh et que l'on vend de l'électricité à 6c le KWh, on fait bien 2c de profit brut du KWh. Par contre, si le coût de production à Val-Jalbert est de 7,5c le KWh, on perdra 1,5c du KWh vendu qui proviendra de cette centrale, et ce même si le coût moyen (la "piscine" du PM) demeurera à peine plus élevé que le 4c actuel.
Ainsi, dans le projet actuel de Val-Jalbert, l'électricité produite par une société privée régionale est revendue à Hydro à un coût plus élevé que les contrats de vente qu'Hydro signe actuellement pour l'électricité.
La Fondation tient ici le point crucial de ce projet, puisque cet aspect ne touche pas seulement les gens du Lac St-Jean, mais bien tous les Québécois, en particulier ceux qui ont un compte d'électricité, surtout en cette époque où divers intervenants sur la scène politique parlent de plus en plus de revoir à la hausse les tarifs d'électricité.
Enfin, j'avais déjà remarqué l'effort considérable que la société qui est promoteur du projet avait mis sur son site pour avoir une image "verte" (jusque dans son nom de domaine); ça semblait presque trop. Cet aspect est également souligné par la Fondation Rivière dans sa lettre au Ministre:
Chute Maligne, en amont de la rivière (2005).
"Par ailleurs, le projet nécessiterait des travaux considérables tels déboisement, dynamitage, bétonnage, transport, ligne aérienne, poste de transformation, routes, déblais, etc. qui transformeraient le paysage et auraient un impact significatif sur les écosystèmes. Bien que des efforts d’amenuisement aient été proposés, les bouleversements résiduels quantifiés dans l’étude d’impact sont d’une ampleur que le projet ne peut être qualifié de « projet vert ». L'étiquette « verte » que certains donnent au projet relève davantage d'une logique de relation publique que de reposer sur un ensemble de mesures concrètes et appropriées."
L'ensemble du projet de centrale électrique à Val-Jalbert s'inscrit dans le cadre plus large de privatisation des ressources naturelles entreprise depuis des années par le gouvernement de Jean Charest. On l'a vu avec les gaz de schiste, on le voit avec le Plan Nord. Cette politique énergétique est d'ailleurs fortement contestée par divers intervenants de plusieurs milieux.
Évidemment, certains ont déjà commencé à critiquer la position de la Fondation - c'est devenu une habitude de traiter tout questionnement sur un projet en terme "d'opposé au progrès et au développement économique" ou encore "d'écolo extrémiste". Mais je pense que les questions posées dans la lettre au Ministre méritent réponse et méritent considérations de la part de la population. Je ne crois donc pas qu'il soit déraisonnable de demander des audiences publiques sur le projet.
Personnellement, je serais évidemment très triste de voir que la splendide beauté naturelle qu'est la chute Ouiatchouane de Val-Jalbert devienne un attrait touristique automatisé, une "chute à piton" comme l'appelle la Fondation Rivières, puisque si le projet se réalise, c'est par un mécanisme contrôlé que l'on aura ou non une chute selon les besoins en eau de la centrale électrique, et cette chute ne sera "activée" que pendant l'été lors des heures d'ouverture du parc de Val-Jalbert. On aura alors échangé un parc et une beauté naturelle pour une attraction mécanisée du genre que l'on peut voir à Vegas ou dans les parcs de Disney. Une partie de mon enfance et de mes souvenirs disparaîtront avec l'arrivée du mécanisme. Pour ma culture et mon coin de pays, ça serait une grande perte à mes yeux.
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jeudi 2 février 2012

Enfin une année pour suivre les Jutras

Vous me connaissez comme un amateur de cinéma, et pourtant, malgré mes nombreux billets sur les Oscars au fil des ans, on retrouve rarement des billets et de l'enthousiasme pour les Jutras, leur équivalent Québécois.
Outre le fait que l'on risque peu de voir Scarlett Johannson à la soirée des Jutras, mon absence d'intérêt pour le gala québécois s'explique généralement par l'impossibilité d'avoir vu suffisamment de films pour apprécier le gala comme je le fais pour les Oscars. Les nominations de l'académie américaine arrivent fin janvier et nous donnent un mois pour compléter notre liste de films visionnés à temps pour le gala, avec les problèmes que posent les films entre cinéma et DVD qui ne peuvent pas être visionnés dans cette période. Ce mois est donc, en ce qui me concerne, généralement consacré au visionnement de films en nomination.
Les nominations aux Jutras arrivent en général une semaine plus tard, et le gala également, provoquant donc un engorgement de 3 semaines au cours desquelles je devrais aussi me concentrer sur les films québécois que je n'ai pas encore vus. Bon an mal an, il arrive que plusieurs soient dans l'entre deux et non disponible, et que j'ai eu la malchance de voir en salle des films qui ne sont pas nominés pour diverses raisons.
Cette année fait exception. Pas à la règle générale, mais au hasard particulier qui fait que mes choix de films québécois en 2011 ont été plus en phase avec "l'académie québécoise" qui chapeaute les Jutras. Résultat: j'ai vu plusieurs des films en lice dans les catégories importantes, et que j'aurai l'opportunité de voir les deux ou trois qui m'ont échappé (surtout que Coteau Rouge devrait sortir en DVD à temps pour le gala).
Je devrais donc en profiter pour me créer également avec les Jutras un petit festival cinéma local suivi d'une belle soirée de gala (à la télé, je ne suis pas invité).
Ceci dit, contrairement aux Oscars, les nominations aux Jutras m'ont surpris à plus d'un égard.
Du côté du meilleur film, l'absence de Café de Flore m'a particulièrement étonné, mais j'avoue que la surprise totale est d'y voir Starbuck, un film que j'ai certes beaucoup apprécié, mais qui n'explique pas par sa présence que l'on ait ignoré le meilleur Funkytown, donc j'avais justement parlé dans le même billet.
Du côté des questions sans réponses, je n'arriverai jamais à comprendre que l'on ait pas mis en nomination Paul Doucet pour son incroyable performance dans le même Funkytown; c'était, à mon avis, la meilleur performance d'acteur que j'ai vu cette année avec celle de Gilbert Sicotte dans Le Vendeur.
Parlant du Vendeur, on  semble avoir suffisamment apprécié le film pour le mettre en nomination à titre de meilleur film, mais on n'a boudé son réalisateur. Comme c'est l'inverse qui se produit avec Jean-Marc Vallée (en nomination comme meilleur réalisateur), j'imagine que "l'effet Québec" a joué dans les nominations. L'effet Québec est ce sentiment assez typiquement de chez nous selon lequel nous voulons que tout le monde gagne, qu'il n'y ait pas de perdant; on nomine donc ici le film, là le réalisateur, ce qui rend tout le monde content, mais donne une liste de nominations parfois incohérente. C'est évidemment mon impression, et ça n'a rien de documenté... je ne sais d'ailleurs rien du processus de mise en nomination aux Jutras.
Par ailleurs, si je jette un oeil aux catégories comme meilleure direction photo, c'est l'étonnement, encore une fois. Comment expliquer l'absence de Funkytown une fois de plus? On pourrait comprendre si les cinq films en lice étaient visuellement exceptionnels, mais ce n'est définitivement pas le cas du Sens de l'humour (dont la seule bande annonce donnait déjà un mauvais exemple de direction-photo, justement).
Bon, je m'arrête ici, mais je trouvais important de souligner le contexte dans lequel j'aborderai les Jutras cette année, puisque je vais vous en reparler d'ici la soirée du 11 mars. Et si vous connaissez quelqu'un qui est en charge de leur site internet, suggérez-leur donc de donner accès à une liste de nominations imprimables, plutôt que la seule application en ligne avec sections déroulantes; certains veulent bien préparer leur soirée! (Et tant qu'à être dans les suggestions, Scarlett Johannson ferait une spectaculaire invitée surprise :-).
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vendredi 27 janvier 2012

J'haïs l'hiver

"Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver".
Vigneault a l'air de dire ça avec une certaine affection; le poète a l'air d'aimer ça, que son pays soit un pays d'hiver.
Pas moi.
Je déteste vivre dans un environnement aux fenêtres fermées et givrées à moitié du temps. Je déteste ne pouvoir prendre de longues marches sans avoir les pieds dans la neige, la slush ou dans l'eau. Je déteste avoir à mettre des combines quand il fait -24, trois manteaux ou un gros manteau épais, je déteste avoir 6 kilos de vêtements sur moi, je déteste les tuques, les gants, les foulards, les capuches et les bottes. Je déteste avoir à passer un quart d'heure pour enfiler tout ça avant de sortir ou pour retirer le tout une fois rentré. C'est épuisant, surtout si on a juste oublié les petits pois à l'épicerie ou que l'on veut aller acheter Le Devoir le samedi matin.
J'haïs l'hiver.
"Mais l'hiver vient d'éclater, le Saint-Laurent est
 prisonnier d'un décembre qui va bien durer six mois".
Dassin, un français, voyait bien que notre hiver est plus long qu'ailleurs.
Bien trop long.
L'hiver poétique, avec les jolis flocons par -3, comme dans une carte de Noël, c'est cute deux jours. Après ça, je suis fatigué et je m'en passerais bien. À partir de la mi-octobre, plus moyen de sortir sans s'habiller chaudement et il faut attendre le mois d'avril pour voir l'espoir d'une fin d'hiver se pointer. Puis il y a l'éclairage; le soleil se lève à 8h le matin et se couche à 14h. Déprimant. Avec les jours nuageux, la pluie, le verglas, la neige, le blizzard, même à en pleine heure du midi, on a l'impression qu'il fait nuit.
J'haïs l'hiver.
"J’haïs l’hiver Maudit hiver Les dents serrées,
les mains gercées, les batteries à terre J’haïs l’hiver".
Dodo a raison, et les batteries à terre n'affectent pas que les voitures.
L'hiver, c'est fatigant.
Il n'y a pas que les vêtements lourds et encombrants, marcher dans les rues est pénible, ardu. Une simple course à l'épicerie prend des allures épiques. On dirait que les rues s'allongent au froid et que tout lieu se retrouve à des km plus loin qu'ils ne l'est en été. Quand on ne combat pas le pincement du froid, on tente d'éviter la grippe ou le rhume ou de prendre froid, on coule du nez, la peau devient sèche.
J'haïs l'hiver.
"Ah ben! Ah ben! Ah ben! Ah ben! C'est l'hiver!
Je me souvenais pu de quoi ça avait l'air Je me
souvenais pu que c'était aussi frette".
Contrairement à Dédé, je me souviens à chaque fois de quoi ça a l'air, l'hiver. Je sais à chaque fois que mes activités préférées vont être au ralenti pendant des mois; plus de promenades urbaines plaisantes, plus de festival en plein air (à moins de défier le froid, les engelures ou la pluie verglaçante), plus de concerts dans les lieux publics, plus de repas sur le balcon de l'appartement, plus de vie dans les rues, à part pour les pauvres bougres qui déglacent, déneigent et dégivrent leurs voitures, prises dans les bancs de neige ou pellettent l'entrée de leur domicile.
Car l'hiver, les gens s'enferment - on les comprend ! - Une simple sortie du cinéma devient une aventure, que l'on remplace souvent par un DVD. L'intérêt et l'énergie diminuent; même les blogues se font silencieux ou peu actifs, on visite moins les amis et les parents, on se lève avant le soleil par obligation, on le voit à peine de la journée, on serait aussi bien d'hiberner.
J'haïs l'hiver.
J'ai eu par le passé l'opportunité d'éviter une grande partie de l'hiver. Depuis deux ans, compte tenu de mes projets de voyage, j'ai décidé de tenter de me réadapter, en passant l'hiver ici, mais je dois me rendre à l'évidence, c'est un échec; et je sens que ça va prendre un bout avant qu'on ne m'y reprenne.
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mardi 24 janvier 2012

Monsieur Oscar et autres surprises

Vous aurez appris aujourd'hui que le film Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau est parmi les nominations aux Oscars pour le meilleur film en langue étrangère. Ce 5e film québécois à représenter le Canada (sur 6 films dans l'histoire des Oscars) confirme l'aspect supérieur et distinct de notre cinéma, au point où on devrait demander à l'Académie d'écrire Québec sous le film plutôt que Canada, surtout que dans chaque cas, c'était clairement un film québécois qui était reconnu, et non une coproduction canadienne anglaise.
Ceux qui ont vu (et apprécié) Monsieur Lazhar ne peuvent qu'être fier de cette reconnaissance. J'avoue ma surprise, moi qui croyait que le film, aussi bon soit-il, n'avait pas le côté international exportable qui pourrait séduire l'Académie américaine. Il faut croire que les thématiques d'immigration, de tragédie personnelle et de problèmes de système d'éducation ont mieux traversé les frontières culturelles que je ne l'avais cru, et c'es tant mieux.
La liste des nominations aux Oscars de cette année comprend quelques autres surprises.
(Je reviendrai plus tard sur mes choix et prédictions, comme je le fais habituellement avant la cérémonie).
Au niveau des comédiens, l'absence de Michael Fassbender pour Shame surprend, après tout l'enthousiasme que les critiques ont montré envers l'acteur lors de la sortie récente du film. Les autres étaient des choix assez prévisibles, même si on n'aurait pas été nécessairement étonné de retrouver DiCaprio (J.Edgar) ou Brad Pitt (soutien, Tree of life), par exemple. La nomination de Pitt pour Moneyball n'est pas une vraie surprise, certains le prévoyaient, mais elle était moins évidente que celle de Clooney pour The Descendants, par exemple.
Côté animation, l'absence de nomination pour The Adventures of Tintin montre que le succès public joue encore un grand rôle dans cette catégorie un peu à part, et que la méconnaissance de cet univers par les américains a nuit aux chances du film, malgré le Golden Globe qu'il a remporté (ce que les membres de l'Académie ignoraient, le vote pour les nomination étant fermé avant la cérémonie des Globes).
Spielberg peut quand même se contenter, puisque son War Horse a obtenu une nomination surprise à titre de meilleur film alors qu'une nomination semblait plus probable pour The Girl with the Dragon Tattoo. Dans cette catégorie, certains ne prévoyaient pas la présence de The Tree of life, mais je n'aurais pour ma part pas compris l'exclusion de cette oeuvre unique en son genre de la prestigieuse liste.
Sur les scénarios, la nomination de Margin Call me semble déjà un exploit pour ce film, qui était bien, mais sans atteindre le plein potentiel de son sujet, en partie à cause de la direction prise par son scénario. Quand à The Help, que certains voyaient dans cette catégorie, j'avoue avoir préféré le scénario plus solide de Clooney pour The Ides of March, The Help étant un très bon film en grande partie grâce à l'interprétation de toutes ses actrices et non à un scénario particulièrement novateur.
Enfin, sans qu'il ne s'agisse d'une surprise, je ne peux que me réjouir des nominations de Midnight in Paris et son scénariste et réalisateur Woody Allen, un de mes cinéaste préférés et définitivement un des meilleurs films de 2011.
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