mercredi 1 août 2007

45 minutes avec Nestor de Cochabamba

Les jours ne se déroulent pas toujours comme prévu en Amérique Latine... Ceci étant particulièrement vrai en Bolivie, puisque ce pays n'a pratiquement aucune infrastructure touristique en dehors du circuit La Paz-Uyuni le plus classique.
Ainsi, de Cochabamba, ce matin, nous avions prévu d'aller faire de la randonnée dans les montagnes du Parc National Turani, au nord de la ville.
Nous avons commencé par attendre un microbus (le ÑZ) au coin de Uruguay et San Martin, mais après 20 minutes d'attente (et une bonne centaine d'autres bus), nous avons été nous renseigner au kiosque touristique de l'endroit, au cas où le bus vers Turani ait changé depuis l'édition de notre guide de voyage. (Le kiosque, en passant, est fermé la moitié du temps sans que l'on ne comprenne pourquoi, il n'y a évidemment aucun horaire d'affiché). Heureusement, le kiosque était ouvert et le personnel - courtois et gentil et muni d'une merveilleuse et fort utile carte détaillée de la ville - nous a informé que nous devions prendre le trufi #35 pour aller à Turani.
Retour au coin de San Martin et Uruguay, et re-attente de bus (de Trufi), pendant une autre demie-heure. A un moment, un peu tannés d'attendre, on a décidé de s'informer du prix des taxis. Nous arretons un taxi, et il nous dit nous mener à l'entrée du Parc pour 15 bolos (2 $ CDN, pour un trajet d'environ 20 minutes). Nous montons.
Après quelques minutes et notre sortie du Centro, le chauffeur entame la conversation; il est fort sympathique, c'est un monsieur d'une cinquantaine d'années. Nous aprochons enfin des montagnes, et après une hésitation ou deux, nous trouvons le bureau principal du Parc. Autour de ce bureau, c'est une sorte de bidonville, très peu réjouissant pour une entrée de parc national pour faire de la randonnée, mais bon...
Notre chauffeur nous attend alors que nous prenons de l'information - en fait, le gars du bureau nous montre le chemin principal vers l'entrée, notre taxi se propose de nous y conduire, le tout inclus dans notre tarif de base de 15 bolivianos. Ok.
Dix minutes de taxi plus tard dans la montagne, il n'y a toujours rien, pas de sentier, pas de barrière d'entrée, rien de bien rassurant. Les environs font de plus en plus bidonville, si la chose est possible et je me demande quel genre de parc national est Turani...
Après consultation avec Suze, nous décidons de rentrer en ville et consacrer la journée (dont nous avons déjà perdu deux bonnes heures à zigonner en cherchant le bus, le trufi, et en se baladant en taxi) à l'exploration urbaine de Cochabamba. Notre taxi accepte donc de nous ramener en ville...
Lors du trajet de retour, nous avons donc parlé de tout et de rien en Bolivie... mais j'ai orienté la conversation vers les aspects politiques du pays.
Nestor - c'est le nom de notre chauffeur - est un professeur de langues et mathématiques, et il fait du taxi pendant les vacances scolaires pour arrondir les fins de mois. Il ne gagnait pas, jusqu'à récemment, 150$ par mois. Depuis la nationalisation des gisements de gaz naturels par le gouvernement d'Evo Morales (une promesse électorale), l'état a été en mesure d'augmenter les professeurs et Nestor fait maintenant pratiquement 200$ par mois.
Il nous a aussi parlé des autres politiques d'Evo, qui est très populaire ici en Bolivie, puisqu'il tiens parole de remettre l'économie de la Bolivie en marche et que les bienfaits de ces politiques semblent revenir assez vite aux gens et aux communautés. Nestor nous a confié que la classe sociale suppérieure, relativement riche (et évidemment de droite), voit d'un très mauvais oeil ces nouvelles politiques. Toujours selon Nestor, les présidents et politiciens antérieurs profitaient des contrats avec les entreprises privés d'autres pays pour s'en mettre plein les poches et le pays ne recevait rien, encore moins la population. Bref, il semble que les politiques d'Evo apportent réellement du changement. (Il a annoncé la nationalisation du rail, récemment).
On pourrait dire que c'est l'opinion d'une seule personne (bien que je lise régulièrement les journaux ici et que ca semble cohérent avec ce que m'a raconté Nestor), mais au moins, cette personne est un enseignant, qui a un bon niveau d'éducation et est donc en mesure de mieux comprendre certains enjeux que le premier venu. (L'éducation est la clé pour aider le tiers-monde à s'en sortir à long terme).
Tiens, parlant de compréhension, Nestor nous parlait des dangers de la Bolivie, qu'il y a des bandits qui attaquent des touristes dans certains endroits (il a mentionné à titre d'exemple le Parc National Turani!) pour avoir leur montre, un polar, de l'argent... Et il nous a dit que ces gens étaient très mauvais pour le pays, puisqu'ils faisaient fuir les touristes, et que certains touristes ne voulaient pas venir en Bolivie à cause de cette réputation, qui se répendait grace entre autres à l'Internet... Et que moins de touristes signifie moins d'argent externe dépensé en Bolivie, donc un aspect négatif pour le pays. Nous savons tout cela, évidemment, c'est très élémentaire en terme économique, mais très peu de gens en Amérique Latine semblent comprendre cet aspect de l'économie d'un pays.
Enfin, aprés notre 45 minutes de taxi avec Nestor, nous avons quitté son véhicule pour exp`lorer Cochabamba à pied... et payé Nestor un petit extra pour la conversation, l'aide et l'amabilité (l'ensemble de l'aller-retour de 45 minutes, plus un pourboire de 33% (!) nous aura couté 40 bolos, soit moins de 5$ CDN).
En terminant, je mentionnerai que la voiture dans laquelle Nestor nous a baladé pendant 45 minutes, elle fonctionnait au gaz naturel, pas à l'essence. La chose est beaucoup plus économique, malgré un peu moins de puisance du moteur (élément vérifié en montant vers le Parc).

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