mercredi 23 janvier 2008

Élections cubaines (3): Notes et observations

À l'origine, ces notes et commentaires devaient se trouver à la suite des entretiens avec les cubains rencontrés ici, mais l'accès à internet et les fenêtres de temps étant ce qu'elles sont ici, j'ai du écourté mon passage précédent... les voici donc.
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Aussi, ca ne parait pas encore ici, mais tout ce temps n'a pas été que consacré aux élections et aux entretiens... J'ai aussi passé une journée et demie dans la Sierra Maestra (j'y reviendrai), et ce temps passe à vélo ou à cheval dans les montagnes n'a as pu être consacré à ce journal, évidemment.
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Cuba a deux problèmes majeurs.
Le premier est son économie faible. Affaiblie par 40 ans d'embargo américain, c'est une économie qui est au ralenti depuis la chute du bloc soviétique (qui était alors le principal partenaire économique de Cuba), et qui a de la difficulté à supporter les ambitieux programmes sociaux du pays.
Le second problème est la sur-éducation. Il n'est pas rare de rencontrer un chauffeur de taxi qui est ingénieur ou un barman qui est médecin. Ce ne sont pas tous les cubains qui occupent un emploi du genre alors qu'ils ont une formation professionnelle, mais la chose n'est pas rare non plus.
Le système d'éducation exemplaire et accessible réussi donc à former des gens très qualifiés dans plusieurs domaines, mais la faible économie n'arrive pas à absorber cet employabilité spécialisée. Il en résulte des gens éduqués qui occupent des emplois moins stimulants, et une partie de cette population éduquée est en mesure de comprendre les problèmes du système actuel.
Certains voient la levée de l'embargo comme une solution idéale pour ouvrir Cuba un peu plus au commerce mondial et relancer son économie, sans pour autant plonger à tête baissée dans le capitalisme. D'autres rêvent plutôt d'un changement de régime, imaginant surtout le genre de vie qu'ils pourraient mener avec leur niveau d'études dans un pays capitaliste.
Évidemment, ils ne réalisent pas que nés pauvres, dans la plupart des pays capitalistes, ils n'auraient jamais pu accéder à ce niveau d'étude spécialisé et leur niveau de vie pourrait très bien être bien plus bas qu'ici.
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Les nouvelles, à la télé nationale sont surréalistes, parfois.
Il y a quelques postes de la télé nationale; dont le canal educativo, et Tele Rebelde. Par contre, quand c'est l'heure des nouvelles, tous les postes nationaux passent le même bulletin d'informations. Le générique est fascinant, avec une animation de la planète (un peu naive mais bien faite) avec des images de la révolution en filigrane, avec les visages du Che et de Fidel victorieux. Est-il toujours pertinent de marteler aux cubains ces images qui datent maintenant de 50 ans? Une partie des cubain trouvent que c'est les prendre pour des idiots.
L'ironie d'avoir un bon système d'éducation, c'est que votre population n'est pas stupide! :-).
Les nouvelles sont concentrées sur les élections, les travaux sur l'autoroute de Guantanamo, la réforme agraire de Chavez au Venezuela et les nouvelles négociations au gouvernement du Guatemala. C'est le reportage sur les élections qui est le plus intéressant par sa forme et son contenu. Il ne parle que du processus, de la méthode de votation, de l'importance de voter, etc. On interview des préposés aux bureaux de vote, ce genre de chose. Jamais on ne voit un candidat, jamais on ne parle d'un candidat. Encore moins d'enjeux, de promesse ou de leurs idées...
Cuba, en fait, est peut-être le seul pays du monde où aucun candidat aux élections ne propose de changement.
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Le jour même des élections, on a droit à des reportage sur le déroulement du vote, le pourcentage de participation, etc. Autres interviews avec les préposés, et je note qu'au bureau électoral numéro 1, un gigantesque portrait de Fidel surplombe la salle de vote. Fascinant et un peu surréaliste, une fois de plus.
Paradoxallement, l'ensemble du processu de votation, avec le vote libre et la possibilité d'être candidat indépendant, donne une aura de démocratie à toute l'entreprise, mais comme chacun sait déjà qu'aucun candidat, même indépendant, ne s'opposera à la nomination de Fidel (ou Raul) comme presidente, on ne peut pas réllement parler de démocratie au sens où on l'entend habituellement.
Cet état de fait attire certainement les critiques de toutes parts à l'extérieur de Cuba - principalement des exilés qui en veulent à Fidel et au régime actuel - mais ces critiques internationales font échos à un seul point de vue, celui des opposants au régime, dont la plupart ne vivent pas à Cuba.
Ce que mes entretiens ici m'ont appris, par contre, c'est que le point de vue cubain est plus complexe que de savoir si on est pour ou contre le régime actuel.
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Et je concluerai ce billet en reprenant en question un commentaire d'Alberto; Ce système, avec toutes ses qualités (et elles sont nombreuses d'un point de vue social) et ses défauts (ils sont aussi nombreux), vaut-il de ne pas avoir de liberté d'expression?
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