lundi 2 mars 2026

Guadalajara, Jalisco, Dimanche le 22 février 2026

Note: J’ai pris un peu de retard sur ce blogue en raison d’un événement inattendu qui a bouleversé quelques jours de notre séjour à Guadalajara – je ne voulais pas en parler au moment des événements – vous verrez pourquoi un peu plus loin – et je voyais mal comment publier sur plusieurs visites sans aborder la question, d’où un certain calme sur mon journal en ligne.

Ce dimanche matin du 22 février, je me prépare pour une journée de visite au site archéologique de Teuchitlan. Je quitte mon logement vers 9h10 et marche jusqu’à la station de métro Juarez, près du centro historico de Guadalajara comme je l’ai fait des dizaines de fois au cours des 3 dernière semaines. Je descends par l’édicule federalismo, et une fois dans le souterrain, j’embarque dans le métro ligne 2. Je descend quelques stations plus tard, à San Juan de Dios, où je prévois effectuer une correspondance sur la ligne de Métrobus qui doit me mener à la station Central Vieja (un terminal de bus interurbain). Mon bus pour Teuchitlan part de cette station. 

Arrivé à San Juan de Dios, je sors et marche vers la station de Métrobus. Il se passe quelque chose d’inhabituel, un attroupement sur le trottoir… aucun trafic sur la rue, personne dans la station de Métrobus. Puis je vois des policiers en train d’étendre du ruban jaune tout autour de cet important croisement. Je vois vite pourquoi le croisement est fermé; trois véhicules accidentés s’y trouvent, dont un complètement calciné. De la fumée s’en échappe encore, mais l’incendie est passé, plus de feu nulle part. Quel accident ça a dû être, car contrairement à ce qu’on voit dans les films, c’est rare qu’une auto brule après un accident.

Photo publiée par l'agence Reuters
du véhicule incendié à la stationde Métrobus
 San Juan de Dios de Guadalajara.
Les passants filment la scène et prennent des photos. Je n’ai pas ce réflexe; s’il y a eu des morts dans l’accident, je trouverais étrange d’immortaliser la scène avec mon appareil. Je constate donc que comme le Métrobus est arrêté, je devrai marcher jusqu’à Central Vieja. C’est un trajet de 25 minutes, je devrais pouvoir le faire en 20. Il est 9h30. Tout le long du trajet, alors que le trafic est inexistant sur cette artère importante, les seuls véhicules que je vois sont des policiers, des pompiers et la garde nationale. Ça semble étrange que les pompiers se rendent sur le lieu de l’accident puisque d’après ce que j’en ai vu, tout était éteint. Le plus étrange, toutefois, c’est de voir passer tous gyrophares et sirènes allumés, pompiers, policiers et garde nationale en sens inverse. Que se passe-t-il donc? 

Arrivé à Central Vieja à 9h50. La commotion; la station est pleine de monde qui parlent au téléphone, s’animent, discutent avec les guichetiers des diverses compagnies de bus. Les habituels vendeurs de tout et rien autour sont absents. Des policiers sont en fonction à toutes les portes. J’entre et m’informe de la situation; une policière m’indique qu’aucun bus n’entre ou sort de Guadalajara aujourd’hui. Toute la journée? Oui. Que se passe-t-il? Haussement d’épaule; aucun bus aujourd’hui, revenez demain.

J’appelle Suze pour l’informer de ces étranges événements, sans en savoir plus pour le moment. Je vais donc rentrer à pied; une marche de 45 minutes, puisque tous les transports interurbains sont maintenant à l’arrêt également. Pendant que je reviens à notre logement, Suze remarque que les rues sont soudainement très tranquilles, même pour un dimanche avant-midi. À mon arrivée, nous effectuons quelques recherches sur les médias locaux. Quelques incidents sont rapportés à Guadalajara, dont quelques voitures incendiées. Puis la nouvelle tombe; les autorités ont lancé une opération à Tlapalpa, au sud de Guadalajara, contre le chef du cartel de Jalisco (nueva generacion) et il a été tué dans les affrontements.

Sur la terrasse, rue déserte derrière moi.
La réaction des narcotrafiquants et organisations criminelles diverses associées au cartel ne s’est pas fait attendre; ils ont semé le chaos dans diverses villes du Jalisco et d’autres états autour de la zone. De nombreux véhicules ont été incendiés, des pneus aussi, et quelques dépanneurs Oxxo. Les autorités ont invoqué un confinement par précaution, arrêté tous les transports, incluant la fermeture de l’aéroport, et demandent aux gens de demeurer chez eux et éviter tout déplacement non urgent. Vous pourrez lire de nombreux textes et analyses sur cette intervention de l’armée mexicaine contre le cartel, mon but ici n’est pas de m’étendre sur la situation, mais de rapporter comment deux touristes ordinaires mais avec de l’expérience de voyage ont vécu les événements sur place à Guadalajara.

Ce dimanche après-midi, en fait, à part l’annulation de mes plans de visite à Teuchitlan, nous avons simplement relaxé sur la terrasse de notre hébergement, un bon roman en main. Le silence total de la ville était quand même impressionnant; Guadalajara est une métropole active et parfois bruyante. 

Regardant les nouvelles locales.
Ma plus grande inquiétude était la réaction de ma mère. Déjà qu’elle n’a jamais aimé que je parte en voyage (étrangement, même si je lui ai prouvé à plusieurs reprises que ce n’était pas dangereux en voyageant avec elle et mon père pendant plusieurs semaines à 3 reprises de 2006 à 2016). Si elle voit aux nouvelles ce qui se passe à Guadalajara et aux alentours, elle va vraiment s’inquiéter (sans raison, nous n’avons jamais été en danger). Je surveille donc non seulement les médias locaux, mais aussi ceux du Québec, au cas où. 

Puis, l’inévitable arrive; une nouvelle de dernière heure de La Presse. Je lis donc la première nouvelle d’une série (qui ira d’exagération en description farfelue de la situation générale). Heureusement, La Presse semble se concentrer sur la situation spécifique de Puerto Vallarta, à l’est de l’état. Je joue de chance; Puerto Vallarta est beaucoup plus connu et très fréquenté des québécois. Les journalistes y trouveront donc plusieurs témoins de ce qui s’y passe et laisseront donc passer Guadalajara sous le radar de ma mère. Par hasard, je connais quelqu’un qui séjourne à Sayulita, juste au nord de Puerto Vallarta et je prends donc des nouvelles de ce secteur de temps à autres. 

Affiches de disparus. le Jalisco est
le seul état à tenir un registre.
Heureusement aussi que ma mère n’est pas une spécialiste de la géographie mexicaine et n’ait pas poussé la curiosité au-delà des nouvelles dans les médias. Comme ça, elle n’aura pas vu que Tlapalpa est situé pas mal plus proche de Guadalajara que Puerto Vallarta, ni que Tlapalpa est à quelques km au sud du Lago de Chapala, où nous nous trouvions justement une semaine auparavant.

Les nouvelles qui me sont relayées du Québec via les réseaux sociaux sont frustrantes. Les journalistes, à la recherche de sensationnalisme accentue à peu près tout témoignage catastrophiste de touristes de resorts apeurés alors qu’ils sont parfaitement en sécurité dans leur hôtel 5 étoiles. Un des articles commencent même par les mots « le Mexique est à feu et à sang » alors que tous les témoignages que le journaliste a pu trouver dans la région ne parlent que de confinement temporaire à l’hôtel.

Certes, les narcotrafiquants ont causé du chaos. C’était à prévoir, j’imagine que les autorités s’y attendaient, il y a même un terme pour ce qui s’est passé avec les blocages de routes avec des véhicules incendiés : des narcobloqueo. Et oui, ça peut être impressionnant. Mais aucune des nouvelles fiables et locales n’ont rapportées d’attaques physiques contre des civils, encore moins contre des touristes. (Ne me citez pas, de grâce, ce québécois totalement irresponsable et abruti qui a défié le confinement pour « aller voir ce qui se passait » à Puerto Vallarta, en moto, et qui a filmé et photographié les criminels en pleine action… Ce crétin, qui a fait parler de lui dans les journaux et à la radio a couru après le trouble pas à peu près. À Montréal, filmer des criminels de gangs de rues, je ne pense pas qu’il s’en serait sorti aussi facilement qu’ici. Fermons la parenthèse de cet imbécile).

La Presse a publié un excellent article sur Guadalajara, le lundi, juste et honnête et sans témoignage-panique de gens qui n’y connaissent rien.

Plaza Universidad, le mardi 24.
Le lundi matin, nous étions encore confinés pour la journée. Comme les épiceries, écoles et transports étaient encore fermés, notre tienda du coin de la rue n’a ouvert ses portes qu’une heure en avant-midi et une heure en fin d’après-midi pour dépanner les clients. Ceci nous a permis de ne pas manquer d’eau ni de nourriture. 

Mardi matin, les choses ont repris lentement. Officiellement, les transports publics sont revenus (un peu au ralenti), incluant le métro. Aeromexico a repris aussi partiellement ses vols à l’aéroport de Guadalajara. Les écoles et plusieurs commerces étaient encore fermés (mais nous étions aussi le 24 février, jour du drapeau et férié au Mexique), donc c’est assez tranquille en ville, mais on voit que la vie reprend son cours. Les nouvelles de Puerto Vallarta et des autres états voisins sont les mêmes; les débris ont été nettoyés, la situation est sous contrôle, fin de l’épisode de narcobloqueo, fin du chaos.

Station San Juan de Dios, le samedi suivant.
En fin d’après-midi mardi, je me rends à pied au centro historico, passe devant la cathédrale, la plaza universidad, je m’arrête à l’épicerie, la vie a repris normalement à Guadalajara.

Quelques jours plus tard, je me suis rendu à Teuchitlan et j’ai visité le site archéologique de l’endroit. À mon retour en bus, on passe par la municipalité de Tala où j’ai aperçu les restes d’un dépanneur Oxxo incendié. 

Le lendemain, nous nous sommes rendus à nouveau à Axixic, le long du Lago de Chapala et au retour, j’ai aperçu la carcasse d’un autobus incendié, poussé sur le bas-côté. Il reste encore des scories un peu partout de la réaction des narcotrafiquants à cette attaque contre le plus cartel organisation du Mexique. Mais la vie a néanmoins repris pour les Mexicains.

La foule juste avant l'entrée en scène de Shakira.
Dimanche, à notre arrivée à CDMX, nous avons pu assister au spectacle de Shakira au Zocalo, une activité monstre qui a réuni 400 000 spectateurs en plein centro historico. La sécurité autour du site et dans les rues était impressionnante, mais le concert, hautement festif montre à quel point la société mexicaine se remet et se réorganise après des événements de la sorte, et ça, les médias n’en parleront pas vraiment, évidemment.

Et maintenant que je suis rendu à Mexico, étape suivante de mon voyage, je peux me permettre de publier ce billet (écrit en partie à Guadalajara), puisque ma mère, qui lit ce blogue quand je voyage, n’aura plus à s’inquiéter.

Je reprend donc les publications sur mon séjour - quelques billets sur Guadalajara et les environs vont suivre, et puis, des nouvelles de ce retour sur la destination coup de coeur de l'automne 2024: Mexico!

C'était l'Esprit Vagabond, Guadalajara, Jalisco février 2026.

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