lundi 8 décembre 2008

Quand toute l'aventure consiste à se rendre du point A au point B

Parfois, en voyage, on a pas a faire grand chose pour vivre une aventure. Par exemple, disons que vous etes sur l'ile de Phu Quoc et que vous voulez joindre la ville de Saigon (Ho Chi Minh, que tout le monde dans le sud du Vietnam appelle encore Saigon).
La distance a couvrir est de 300 km.
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Contexte insulaire.
Pour joindre Phu Quoc, du continent, nous avions pris un traversier-rapide. Il y a deux bateaux qui offrent ce service, par la meme compagnie: le Superdong I et le Superdong II. Le I fait le trajet de Phu Quoc vers Rach Gia a 8hAM pendant que le II fait le trajet inverse. Le I revient vers Phu Quoc a 13h30 alors que le II revient vers Rach Gia. Ainsi, le matin a 8h, a notre départ de Rach Gia l'autre jour, nous avions pris le Superdong II. Nous avions imaginé betement que les deux bateaux étaient identiques, ou a tout le moins similaires. Le trajet en Superdong II avait pris 2h15.
L'alternative est de prendre un bateau régulier (donc lent) qui prend environ 7h pour couvrir le meme trajet.
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A moto.
La veille de notre départ de Phu Quoc, nous avions réservé nos billets sur le Superdong I (départ prévu a 8h00). Pour nous rendre de Long Beach vers le sud de l'ile, d'ou part le ferry, nous avions réservé une minivan (a partager avec deux autres touristes), pour 125000 dongs. Départ prévu de Long Beach: 7h.
La matin du départ, pendant que nous déjeunions, notre aubergiste est venu nous apprendre que le conducteur de notre minivan avait eu un accident, donc que nous devions joindre le ferry par moto-taxi. J'ai négocié le prix a la baisse, compte-tenu que c'est moins confortable (avec les backpacks) et plus salissant, sur une route de terre.
Les deux motos nous ont embarqué, mais a un embranchement, elles ont pris des routes différentes. Comme il n'y a que deux routes menant de Long Beach vers le sud de l'ile, c'était une question de choix du conducteur, mais je ne trouvais pas tres sécuritaire de se séparer, en cas de panique. J'ai donc fait arreter ma moto quand j'ai perdu Suze de vue, puis fait rebrousser chemin, avant de comprendre que l'autre moto avait pris la seconde route. J'ai demandé a mon conducteur d'emprunter la meme route, mais avec la perte de temps, je n'ai rejoint Suze qu'au terminal de ferry. Un peu d'inquiétude - il n'y avait rien a craindre, en fait, mais on demeure toujours prudent en voyage - mais nous sommes finalement arrivés au bateau a temps, malgré mon changement de route.
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Et en rafiot.
Je vous ai dit que nous avions imaginé que le Superdong I et II étaient des bateaux similaires (le trajet sur l'un ou l'autre est au meme prix)? Eh bien c'est pas vrai.
Le Superdong II est un bateau relativement moderne, qui coupe la vague et garde une assez bonne vitesse, pas le grand confort, mais tout de meme correct comme moyen de transport rapide. Son homonyme, le I, est une sorte de vieux bateau monocoque en métal, avec une cabine profonde - pratiquement a fond de cale - qui est muni d'un moteur probablement trop puissant pour ce type de bateau. Le résultat est certainement un des 3 pires moyens de transports que j'ai pu utiliser dans ma vie - certainement le trajet le plus effrayant et le moins confortable de mon experience de voyageur. Trois heures apres le départ, dont une bonne heure dans une vague de deux metres en pleine mer de Chine a la sortie du Golfe de Thailande, avec un pilote incapable de fendre efficacement la vague... j'avais vraiment hate de toucher terre... Si je vous dis que pour le trajet, l'equipage donne aux passagers une bouteille d'eau, des petits biscuits, une gravol et des petits sacs de plastique, ca vous donnera une idee de ce qui nous attendait.
Je n'ai pas le meilleur pied marin au monde, mais j'apprecie généralement les promenades en bateau et j'en ai fait un peu partout, meme dans des conditions parfois étranges (comme ces lanchas latinas de Bolivie, qu'il était difficile de croire qu'elle pouvaient encore flotter...). Par contre, si hier matin vers 9h on m'avait demandé de me prononcer sur la question, j'aurais dit que je ne voulais jamais plus mettre les pieds sur une bateau pour le reste de ma vie.
Je m'en remettrai éventuellement - l'appel de l'aventure cause parfois des inconvenients a ce niveau - mais je serai beaucoup plus hésitant avant de prendre un transport comme ca plutot qu'une alternative plus chere, comme l'avion, par exemple.
Nous avons finalement joint Rach Gia, en un seul morceau, mais avec une intense fatigue et un estomac tout retourné.
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Et en Minibus.
Le bus de Can Tho vers Rach Gia n'était pas lui non plus génial lors de notre aller vers la cote, mais il était correct et n'avait pris que 3h. Nous avons (encore betement) imaginé que les autres minibus du genre étaient aussi similaires. Autre erreur. On apprend :-)
Nous avons toutefois acheté un billet Rach Gia - Saigon, trajet qui devait prendre 6h, non-stop.
Premiere surprise, le minibus étant a moitié vide, le chauffeur fait sans cesse le meme aller-retour le long de la Duong Tran Phu pour tenter d'attirer des passagers, exactement comme ces insupportables (et oh combien inefficaces) transports en Amérique latine! Décidement, le monde est petit coté culture de l'inefficacité! :-)
Apres une heure de ce taponnage, on part enfin du centre-ville, et ca nous prend une bonne demi-heure, au pas, pour quitter Rach Gia, avec un bus plutot plein.
Ceci dit, l'aspect culturel s'est avéré intéressant. Avant le départ, nous avons jasé avec Thong, un gars de 55 ans parlant un peu anglais et se souvenant encore de son éducation francaise ("ma ta sa, mon ton son, conjugez le verbe avoir au passé composé et au futur anterieur"), amateur de Alain Delon et Dalida ("Parole, parole parole...") et qui trouvait que Suzie ressemblait a Celine Dion!
Sinon, dans le bus, mon voisin de siege (c'est en fait une banquette pour 3 avec un jumpseat pour l'allonger) s'obstinera tout le voyage a s'installer pied-nus sur la banquette, en tassant constamment ses pieds contre moi. Le gars a ses cotes, lui, passera litterallement la premiere demie-heure a flatter le poil de mon avant-bras, fasciné par le fait que j'aie de la pilosité a cet endroit - puisque les vietnamiens n'ont aucun poil sur les bras. On semble aussi trouve fort étrange que je porte un piercing au sourcil droit.
Le minibus "non-stop" fera une bonne douzaines de stop, finalement, dont un d'une bonne demie-heure pour permettre au chauffeur de manger.
Si la route Can Tho - Rach Gia nous avait paru carossable, il en est autrement de celle, quasi parallele pourtant, de Rach Gia vers My Thuan. D'importants travaux nous ont ffait rouler a environ 10 km/h pendant au moins deux heures... On parle souvent ici de travaux de routes effectués a la pelle et a la pioche, avec une petite grue ici ou la pour donner un coup de main. A ce rythme, ils en ont pour des mois et des mois a finir cette route... Et aucune idée pourquoi notre conducteur n'a pas pris la meilleure route vers Can Tho puis Saigon a la place!!
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Et... sur l'eau!
Vous vous souvenez, quelques heures avant, de l'idée de ne jamais plus mettre les pieds sur un bateau? Ha! C'etait sans compter que la route empruntée ne possede pas toujorus de ponts pour traverser les larges bras du Mekong! Il a donc fallu emprunter un traversier - heureusement plus calme que le bateau du matin, et plus court aussi!
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Et en taxi!
Enfin arrivés a Saigon, a une des trois stations de bus en périphérie de la ville, nous nous sommes informés du prix des moto-taxi pour se rendre au centre-ville, mais il s'est avéré moins cher de prendre une voiture taxi, étrangement. C'était sans compter, bien sur, que le chauffeur tenterait de nous charger plus que ce que marquait son taximetre une fois a destination. Une négociation rapide - un ultimatum impatient de ma part la concluant: "tu prends le montant du taximetre ou rien" - a finalement resolu le probleme. Un peu emmerdant, puisque nous avions bien pris soin de lui demander s'il avait un taximetre et avions noté quil l'avait bien démarré au départ...
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14 heures plus tard.
Nous avions quitté Long Beach a 7h du matin, nous sommes arrivés au centre de Saigon a 21h. Il nous aura donc pris 14h pour couvrir les 300 km entre les deux. Vitesse moyenne de la journée: 21 km/h.
Effiaces vous avez dit, les transports vietnamiens? Certainement pas tous, en tout cas!
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Le lendemain matin.
Nous devrions quitter Saigon cet apres-midi, en direction de Mui Ne. Le trajet - en bus plus grand cette fois-ci, devrait prendre 4h, nous a-t-on assuré. Et il s'agit d'un bus non-stop qui ne doit s'arreter que pour faire le plein et faire manger le conducteur, mais c'est compris dans les 4h prevu. Ils disent tous ca, je sais... mais on espere quand meme que ca sera plus vrai que le deal de la veille... Nous le saurons ce soir!
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2 commentaires:

  1. Daniel Sernine8:58 AM

    Et voilà pourquoi, Hugues, on te laisse faire ce genre de voyage à notre place! :O)

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  2. Ha!!!!!! que la vie de voyageurs est difficile!!!!
    Je ris bien mais je ne suis pas sûr que je ferais un voyage comme ça sans un bon accompagnateur comme toi:-))))))))))))

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