dimanche 28 septembre 2008

À 35 degrés, le 26 septembre, sur le Lac-St-Jean

Second billet-photo sur mon passage à Roberval en ce début d'automne 2008.
Le vendredi après-midi a été consacré à une balade sur le lac St-Jean. Mon ami Jean-Luc et moi avons pris la route de l'eau, avec une moto marine.
Voici quelques photos de notre expédition sur le lac.

Au départ de la marina de Roberval, sur un lac relativement calme, nous devions simplement contourner le phare du brise lame pour accéder directement au lac lui-même. Le ciel était pratiquement sans nuage.

L'Esprit Vagabond à quelques km de Roberval, en direction de l'île aux couleuvres, notre destination soleil du jour. On remarque les quelques vagues qui agitent le lac, balayé par une douce brise.

À l'approche de l'île, dont on voit la pointe ici, en réflexion sur un lac dont les seules ondées sont occasionnées par le mouvement de notre véhicule. (La brise est coupée par les arbres sur l'île, créant un micro-climat chaud le long de la plage faisant face à l'anse de Roberval).

Une fois sur l'île, nous nous sommes installés sur la plage, avec vue sur Roberval, au loin. Malgré la rougeur des feuilles des érables, le sable était d'une chaleur confortable.

Une photo prise par Jean-Luc, de votre chroniqueur, sur le seadoo, que l'on a simplement laissé flotter non loin de la plage.

Autre photo prise par Jean-Luc (qui a un bon oeil derrière l'objectif), qui a réussi à capter une jolie réflexion de nuages dans le lac ainsi que l'étendue de sable dont nous étions les seuls à profiter en ce début d'automne.

À un moment, notre véhicule a décidé de dériver vers le large. Jean-Luc est parti récupérer la moto marine; j'en ai profité pour prendre une photo de mon ami (et pilote du jour).

Bien que le ciel ait été fort peu ennuagé - et que le thermomètre fixé à un arbre par Jean-Luc ait atteint les 35 degrés au soleil -, quelques nuages ont masqués le ciel en fin d'après-midi, créant ainsi un dramatique contre-jour sur le lac St-Jean.

Enfin, signe de l'automne malgré les 35 degrés sur la plage, des envolées d'outardes ont régulièrement traversé le ciel en route vers le sud...
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Quelques critiques cinéma - et Solaris 168

Il y a quelques semaines, je vous avais mentionné que mon avis détaillé sur certains films de l'été serait au programme de la rubrique Sci-néma de la revue Solaris. Voilà que c'est fait (et en ligne, ici, tout à fait gratuitement), avec la publication de Solaris 168.
Au programme, mes commentaires sur les films Wall-E, The Dark Knight, The Happening, The Mummy: Tomb of the Dragon Emperor et Star Wars: The Clone Wars.
De plus, en accédant à cette rubrique, vous aurez aussi droit (tout aussi gratuitement!) aux commentaires de mon collègue Christian Sauvé sur les films Journey to the Center of the Earth, Death Race, Hancock, The incredible Hulk et Babylon A.D.
Enfin, le volet internet gratuit de Solaris 168 propose également des commentaires sur divers livres (Lectures), un article-compte rendu d'Élisabeth Vonarburg (sur Les imaginales 2008) et une bibliothèque de références de Norbert Spehner (Écrits sur l'imaginaire).
Le tout est également téléchargeable en format PDF, couleur et illustré.
Bonne lecture!
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samedi 27 septembre 2008

Roberval en automne

Premier billet-photo sur mon séjour de quelques jours au Lac St-Jean. Je suis passé par Roberval - Hockeyville 2008 - hehehe... et voici les quelques clichés que j'y ai pris, avec quelques couleurs d'automne au bord du lac, déjà.

Derrière Les Jardins des Ursulines, où on a présenté la Coupe Stanley quelques jours auparavant, j'ai longé la Promenade Verte, le long du lac, et admiré un moment l'eau bleue et calme du Piékouagami.

Parmi les maisonnettes qui accueillent des artisans dans les Jardins l'été et qui se retrouve sur le village sur glace l'hiver, j'ai capté celle-ci, du côté sud de la promenade. On a beau apercevoir quelques orangés, déjà, il faisait tout de même un confortable 26 degrés le long du lac.


Contre-jour sur les berges du Lac St-Jean.

Depuis l'incendie qui a dévasté une bonne partie du couvent des ursulines (et la stupide - pour ne pas dire débile - décision municipale qui a suivi de détruire les ruines), on peut tout de même voir les portes coupe-feu qui ont empêché le feu de détruire les autres bâtiments, dont celui de l'école normale érigé en 1925.

Plan éloigné du mur en ruine où se trouvent les portes coupe-feu en question - et du bâtiment qui a survécu -, vue des Jardins, où on a érigé (la chose a l'air temporaire pour le moment) la croix qui a été retrouvée dans les ruines du couvent après l'incendie.

Lors de mon passage, on avait décoré la grille longeant la promenade de panneaux créés par des enfants - des personnages -, à partir de cannettes recyclées. Ici, oeuvre de Océanne, avec vue sur le Lac...

Je ne sais trop quand ces ruines de fondations ont été mise au jour, mais on a eu la bonne idée de ne pas les détruire, celles-là! Il semble même qu'un projet de petite promenade les longeant soit au programme, à en juger par les cordes et piquets qui partent de la promenade existante le long des berges. Et les feuilles des jeunes érables sont déjà toutes rouges.
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Mais la chose surprenant sur ce Roberval en automne, en cette fin de septembre 2008, c'est que j'ai profité de mon séjour pour aller me faire bronzer au soleil, sur la plage, par 35 degrés devant un lac si calme, on aurait dit un miroir! C'est donc le sujet du second billet-photo sur mon passage à Roberval.

jeudi 25 septembre 2008

Entretien avec Daniel Sernine (II)

Pour des raisons pratiques, cet interview a est publié en deux parties distinctes.
Ce billet propose la Seconde partie de l’entretien et Les références.
Un billet distinct propose l’Introduction et la Première partie de l’entretien.
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Entretien avec Daniel Sernine (II)

Hugues Morin : Érymède est d’abord cette société qui nous surveille et joue au gardien avec la population terrestre. Est-ce que les horreurs que les Terriens ont infligées à la planète entre 1983 et 2008, ont compliqué la tâche de l’auteur pour expliquer pourquoi les Éryméens n’intervenaient pas davantage?

Daniel Sernine : Il y a deux choses. La guerre et la paix, d’une part. L’environnement d’autre part. Si tu prends ma nouvelle «Exode 5», publiée en 1975, on parle déjà de fuir la Terre parce qu’elle est ravagée. En 1975, on n’avait qu’une idée vague de ce que nous allions faire subir à la Terre, c’étaient des dommages génériques.
Mais pour les dommages détaillés, les Terriens sont géniaux. Dans Les Écueils, je fais allusion à une centaine de problèmes, parfois des allusions d’une seule ligne. Prenons juste les sables bitumineux de l’Alberta : c’est dément! On prend une énergie relativement propre – le gaz naturel – pour produire du pétrole – une énergie sale – qui recèle moins d’énergie potentielle que le gaz qu’on a utilisé pour le produire. Et on détourne des rivières pour générer la vapeur nécessaire. Puis les taux de cancer – c’est pas de la théorie, là – les taux de cancer dans ces régions sont en nette augmentation.

HM : Sans parler du problème de dépollution qui y est associé…

DS
: Ouais, la dépollution et la renaturalisation figurent dans le projet, mais ça fait vingt ans qu’ils ont commencé à exploiter les sables et on n’a pas planté un seul arbuste. Et ça, c’est juste un problème, j’y fais allusion en seulement deux trois lignes dans le roman.
Les nappes phréatiques des régions côtières qui deviennent salines à mesure que le niveau des océans monte, ça aussi c’est réel. Le fait que les sept grands fleuves d’Asie prennent leur source dans l’Hymalaya et que les glaciers fondent – on parle de la moitié de l’humanité qui a besoin de cette eau là…
À chaque fois qu’il fallait ajouter une scène relative à la Terre, par exemple la scène où Dérec fait visiter Contrôle Argus à son filleul et qu’il est pris par une urgence, alors on regarde ce qui se passe sur les écrans, et alors c’est pick your disaster, je n’ai eu aucun problème à en choisir un que je n’avais pas encore abordé.

HM
: Côté technique, l’écrivain accompli qui a publié Les Archipels du temps et Les Écueils du temps n’est pas le même qui avait publié Les Méandres du temps deux décennies plus tôt, en début de carrière. Ta technique d’écriture et ton approche du travail ont-elles beaucoup changé au fil des ans? En quoi l’expérience accumulée aide-t-elle – ou nuit-elle – au processus d’écriture?

DS
: L’expérience ne doit pas nuire, en tout cas, ça c’est sûr! Je suis mal placé pour analyser la différence, bien que je sois conscient qu’il y en ait une. Encore, ça dépend des circonstances d’écriture. Les trois premières parties des Écueils sont plus contemplatives, narrées sur un rythme moins précipité, et la 4e partie s’enchaîne de façon plus soutenue. Ce n’est pas indépendant du fait qu’un éditeur attendait après, en guettant le passage du facteur!

HM
: C’était aussi le cas dans Les Archipels, où ça déboule dans les 150 dernières pages à un rythme soutenu.

DS
: Effectivement, tout ce qui est mis en place dans les trois premières parties des Écueils du Temps trouve son apogée dans la 4e partie. Il y a beaucoup, beaucoup de mise en place – et j’imagine qu’on peut parfois se demander quel rapport ça va avoir à la fin, mais je ne crois pas laisser pendre beaucoup de ficelles. Juste le fait que Dérec se rencontre lui-même dans sa rotonde mentale, ça a demandé pas mal de travail de précision, parce qu’il fallait que je revienne à l’autre bout de la jonction, ajouter une scène, il fallait établir un certain nombre de choses, ça impliquait beaucoup de «rétro-travail».

HM
: Ce travail sur de multiples trames temporelles rapprochées, étendu sur trois romans totalisant 1500 pages, a dû demander une planification attentionnée et beaucoup de notes pour ne pas t’y perdre. Comment fait-on pour suivre tout ça sur une période de deux décennies d’écriture?

DS
: C’était une des difficultés de l’écriture des Écueils. Les trois premiers quarts, je les ai écrits sur une période de quatre ou cinq ans, et quand j’avais quelques jours devant moi pour m’y replonger, il fallait d’abord que je relise, pour retrouver où j’en étais ; mes notes ne me semblaient jamais suffisantes. «Est-ce que j’avais noté ceci, ah, j’aurais dû noter cela.» Je n’ai jamais fait de synopsis détaillé. Il y a des notes inscrites sur une ligne temporelle, mais c’est extrêmement sommaire, je te montrerai après l’entrevue. [L’ensemble des notes tient sur quatre ou cinq pages manuscrites, incluant des dessins]. Je sais qu’Élisabeth [Vonarburg] serait découragée de voir ça tellement c’est sommaire.
Par contre, j’ai des fiches pour tous les personnages, lieux, vaisseaux, etc, ce qui constitue des notes, mais sous forme lapidaire, souvent avec des dates. J’ai aussi une vingtaine de lignes temporelles pour des personnages, des institutions ou des vaisseaux : qui était capitaine de tel vaisseau à telle époque, qui occupait quelle fonction. Dérec, par exemple, a eu plusieurs emplois dans sa vie.
Et quand j’ai commencé le troisième roman qui, chronologiquement débute avant la fin du deuxième, il fallait que je sache avec précision ce que faisait ce tel personnage à telle époque J’ai évidemment une échelle temporelle sur laquelle les événements principaux sont indiqués avec leur date, Comme ça, si j’y faisais allusion dans le roman suivant, je savais si c’était avant ou après, si ça faisait longtemps ou pas.

HM
: Les Archipels et Les Écueils ont de très forts éléments de space opera, mais l’action dans l’espace doit toujours suivre une cadence lente, puisque tout prend place dans notre Système solaire et nous est contemporain. Impossible de mettre en scène des poursuites à la Star Wars, donc. C’est compliqué de contrôler le rythme de ces séquences d’action avec de telles contraintes?

DS
: Parlons surtout de la 4e partie puisque c’est celle qui est la plus récente dans ma mémoire et celle aussi où il y a le plus d’action - il y a des choses qui ont été décidées pour des raisons de distances. Par exemple, je n’avais pas décidé où aurait lieu la confrontation avec l’ambassadeur Alii. Elle aurait pu avoir lieu sur Érymède ou sur La Jetée, mais finalement, cette idée qu’on rattrape la soucoupe de l’ambassadeur et que Dérec la rejoint à mi-chemin, et la confrontation dans le hangar du vaisseau, tout ça… I made it up as I went, vraiment.
Ce qu’il a fallu graduer, c’étaient les révélations. Je savais par exemple, qu’il y aurait la confrontation finale, et j’avais décidé assez tôt qu’elle aurait lieu dans le vestibule onirique, mais encore fallait-il faire allusion à un moment où Dérec avait aperçu quelqu’un dans son vestibule,
Il y avait beaucoup de choses à révéler, mais de façon graduelle, toutes les étapes où Dérec s’est fait berner, où il a été victime / instrument dans ce qui mène à l’événement final, il devait l’apprendre à la fin, mais quand même pas tout en même temps. Ça a donc pris pas mal de tricotage pour graduer ça et garder le rythme. Je pense qu’au final, je ne m’en tire pas si mal. Je voulais aussi que le fait que les événements se précipitent dans les 48 dernières heures empêche Dérec de réfléchir trop. Parce que s’il avait le temps d’y réfléchir, il y a des choses qu’il devinerait et je ne voulais pas qu’il comprenne tout en même temps.

HM : Comme tu as fait mention des Alii… ça m’amène au fait que l’intrigue des Écueils du temps compose avec les mythes existants, en sciences comme en SF ; je pense aux Petits Gris, justement.

DS
: Que Laurine [Spehner, illustratrice] a refusé de représenter sur la couverture!

HM
: Comment choisi-t-on la part de cette mythologie commune que l’on incorpore et celle que l’on ignore?

DS
: Dans ce cas précis, je me suis dit que cette mythologie était tellement présente, tellement connue de tout le monde, que je pouvais y faire allusion aussi bien que je ferais allusion aux Nations Unies ou à quoi que se soit qui existe vraiment. On peut quasiment la prendre pour acquise. Bien des gens vont dire que ce n’est pas original, de petits extra-terrestres gris, mais j’ai pris le parti d’affirmer qu’ils existent et font partie de mon histoire, et voici ce que moi j’en fais. On peut bien créer de nouveaux extra-terrestres, le cinéma nous en a montré tellement, mais on finit par faire le tour des variations possibles. Pour les décrire dans un roman, par écrit, ce serait interminable. Je ne voulais pas que ça devienne un obstacle à la narration.

HM
: C’était une prise sur la mythologie existante…

DS
: Oui, et que je pouvais moduler comme je le voulais. J’utilise des aspects qui sont de notoriété publique, comme les enlèvements pour fins d’expériences biologiques, par exemple. Le twist – qui n’est pas un twist car c’est l’un des moteurs de X files – c’est qu’il y a une complicité occulte avec les extra-terrestres. Sauf que dans ma trilogie, c’est entre les Éryméens et les Alii. Je pense que si les Alii avaient été trop aliens, comme des espèces de crustacés terrestres à la Starship Troopers, cette dynamique là n’aurait pas pu s’établir. On peut prendre pour acquis que les Mentors ont adopté des sophontes humanoïdes. Peut-être d’autres formes de vie également, mais ils ne vivent pas dans les environs de notre Système solaire et c’est donc une autre histoire.

HM :
La structure de la trilogie n’est pas linéaire. L’intrigue des Archipels et des Écueils est déconstruite, les deux romans s’imbriquent l’un dans l’autre. Désirais-tu stimuler l’esprit du lecteur pour qu’il évite le confort de la linéarité pour mieux saisir les subtilités de l’intrigue?

DS : Sans être un auteur expérimental, j’aime qu’il y ait parfois un petit défi littéraire, mais par ailleurs, je me suis rendu compte assez vite, en abordant la suite des Méandres du temps, qu’il faudrait séparer les deux volets de la Prophétie des Lunes. Les raconter concurremment aurait été trop complexe. Déjà, à la fin des Écueils, c’est déjà assez compliqué de gérer tout ce qui se passe, imagine ce que ça aurait été de raconter concurremment la matière des Archipels et des Écueils.
J’ai donc décidé assez vite que ce seraient deux histoires. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai inventé le jeu de gojahec : quand j’ai ressenti la nécessité du principe des «archipels», j’ai décidé que ça viendrait de leur jeu. Dans Les Archipels du temps, le gojahec est expliqué à une fillette, c’est Owen qui explique à sa petite soeur comment se joue ce jeu, et dès le début des Écueils c’est expliqué à une jeune technicienne. Ces deux passages sont un prétexte pour expliquer au lecteur qu’il va y avoir des épisodes qui seront intercalés entre ceux qu’il a déjà lus.
Aussi, je ne sais pas si tu l’as relevé, mais je suis pas mal fier du chapitre qui apparaît au centre des deux romans, «Les Glaces de la nuit». Il est raconté du point de vue de Dérec dans Les Archipels

HM
: Et du point de vue de Barry Bruhn dans Les Écueils, oui. L’effet est parfaitement réussi et procure d’ailleurs un grand plaisir de lecture.

DS
: J’espère qu’il y aura des lecteurs qui auront la curiosité de lire les deux en parallèle…

HM
: La Suite du temps couvre des événements du proche avenir un peu partout sur la planète. Est-il difficile de faire une SF de proche avenir, en étant inventif mais en demeurant crédible en terme d’évolution technologique? Quelles sont les limites que l’on se donne?

DS
: Le plus difficile pour quelqu’un qui n’écrit pas vite, comme moi, c’est de se faire rattraper par le «progrès». C’est ce qui fait que Chronoreg, j’ai été obligé de «repousser le futur» de cinq ans quand on a réédité le livre. C’est donc plus difficile que d’écrire une science-fiction lointaine, mais moi je suis incapable d’écrire une science-fiction qui se déroule plus loin dans le futur, je suis incapable d’y croire. Pour moi, le futur, il finit dans 50 ans. Après ça, le futur, ça va être des histoires d’hommes des cavernes, des histoires à la Mad Max.
Pour ce qui est de la technologie, il faut conserver un équilibre. Il ne faut pas que ça vire trop Popular Mechanics, la revue de technologie, comme chez certains de mes collègues qui ont tendance à mettre plus de gadgets, parfois des gadgets inutiles. Évidemment, il y a des lecteurs pour ça, la science-fiction à gadget, mais moi, ça ne m’allume pas tellement. Remarque, c’est un piège dans lequel je risque moins de tomber puisque je ne suis pas féru de technologies de pointe, je serais plutôt «technosceptique». J’ai mentionné les nanotechnologies dans ma trilogie, pour en dire un mot, mais je ne leur trouve pas beaucoup d’utilité dans mon roman.

HM : Nous avons parlé de La Suite du temps, des romans de la série Argus et des nouvelles publiées à la pièce, du recueil Boulevard des Étoiles et du roman Chronoreg qui fait aussi partie de cet univers au sens large. Cette intégration de l’ensemble de ton œuvre de SF dans un univers cohérent est importante à tes yeux?

DS : … Oui. J’ai fait la même chose pour le fantastique, où tout se ramène au cycle de Neubourg et Granverger, même Ludovic. Je fonctionne comme ça, on dirait. J’ai écrit très peu de «stand alone». J’ai plus le réflexe d’essayer de relier mes écrits à quelque chose de déjà publié. Il est peut-être trop tard pour dire qu’un jour je ferai autre chose, mais je peux t’annoncer que mon roman qui est en chantier et auquel je vais enfin pouvoir me remettre, Les Iles du ciel, s’inscrit dans le cycle de Neubourg et Granverger et il est le développement d’une nouvelle que j’ai publié chez Soulières éditeur.

HM
: Cette approche «holistique» de l’écriture, ce n’était pas planifié lorsque tu as commencé à écrire des histoires?

DS
: Ce n’était peut-être pas planifié, mais ça me venait naturellement de procéder comme ça, écrire de proche en proche. Par la suite, c’est devenu un défi amusant, d’essayer d’établir des liens avec ce qui semblait être des «stand alone», et essayer de les rattacher, comme «Monsieur Olier devient Ministre», qui est rattrapé par Chronoreg, puis par Les Écueils. Évidemment, dans Les Écueils, l’épisode n’a pas vraiment d’importance, c’est juste pour le plaisir, ça relève plus du jeu.

HM
: Un jeu pour toi et pour les lecteurs…

DS
: Pour les lecteurs, je ne sais pas. Pour les quelques amateurs de Sernine qui vont vouloir jouer à ce jeu-là. Il y a des textes là-dedans, ma foi, qui les a lus? [Guy] Sirois, et encore! Il y en a qui ont paru durant les années 80 dans des fanzines avec un tirage de 50 exemplaires.

HM
: Ton œuvre est imposante, et regroupée autour de tes deux grands cycles, Neubourg et Granverger, ton cycle fantastique, et Érymède, ton cycle SF. Au fil des ans et des décennies, a-t-il été facile de naviguer d’un univers à l’autre?

DS : Je ne trouve pas que les barrières sont infranchissables. J’ai exploré les deux univers, côté adulte comme côté jeunesse, tant en science-fiction qu’en fantastique, et j’ai même une ou deux œuvres ou les deux se rencontrent. Je pense à La Nef dans les nuages, du cycle fantastique de Neubourg et Granverger, qui est assez peu fantastique, mais où j’introduit Érym, les Éryméens, avant qu’ils ne quittent la Terre, à l’époque où ils y vivaient dans une cité cachée en Sibérie.

HM
: L’univers élaboré avec ton cycle d’Érymède est riche et vaste. Pense-tu que Les Écueils vient mettre un terme à ce pan de ton œuvre ou peut-on imaginer pouvoir lire d’autres œuvres situées dans cet univers dans le futur?

DS
: J’ai taquiné mon éditeur, en lui disant de ne pas appeler ça une trilogie, et c’est là qu’il a choisi «Suite du temps» au lieu de «Trilogie du temps». Je lui ai laissé miroiter une œuvre qui relierait Chronoreg à La Suite du temps et au Boulevard des Étoiles. Et j’ai glissé dans Les Écueils une petite phrase qui permettrait ça. À la fin de Chronoreg, Blackburn subit des dommages «irréparables» au cerveau, à cause des drogues qu’il a utilisées, mais quelque part dans Les Écueils, il y a cette chercheuse qui mentionne que leur technologie permet même de régénérer des tissus cérébraux que l’on aurait considéré comme morts autrement. La porte est donc entrouverte pour que Blackburn puisse être ramené.

HM
: Tu as aussi disséminé plusieurs références à Chronoreg et aux événements de Chronoreg dans Les Écueils.

DS
: Oui, par exemple Lavilia Carlis, qui est un personnage important dans Les Ecueils, c’est la même qui se trouve dans Chronoreg, même si ça se passe sur deux lignes temporelles différentes.

HM
: Depuis la réédition de Chronoreg et des Méandres du temps chez Alire, tu as publié deux romans majeurs en trois ans. Doit-on s’attendre à une publication plus soutenue dans un avenir rapproché?

DS : Malheureusement non. Il y a bien Les Îles du ciel, qui est avancé, avec 6 ou 7 chapitres d’écris. Mais ça ne sera pas un roman de l’envergure des Archipels ou des Écueils. Ce que je viens d’évoquer, le possible roman reliant Chronoreg, Boulevard et la trilogie, je ne sais pas ce qui arriverait là-dedans. Ça pourrait être que, sur une autre ligne temporelle, on tente d’empêcher ce qui arrive à la fin des Écueils, ou ça pourrait être une intrigue sans rapport se déroulant sur la Terre post-Ananké. Une chose que j’ai soigneusement évitée, c’est de décrire le bordel qui suivra après Ananké, un foutu bordel… L’ensemble pourrait fournir un décor intéressant… Sinon, une intrigue qui se passe à mi-chemin (dans le temps) entre Les Écueils et Boulevard des étoiles. Les possibilités sont là, mais je n’ai pas d’idée précise en ce moment.
Une chose est sure, je ne compte pas arrêter d’écrire.

HM :
Ce qui fait une excellente conclusion à cette interview. Je te remercie beaucoup Daniel, de t’être prêté au jeu.
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Remerciements.


Je remercie Louise Alain des Éditions Alire pour m’avoir fournit du matériel pour accompagner l’entrevue. Merci aussi à Laurine Spehner, illustratrice de La Suite du temps, pour l’autorisation d’utiliser l’un de ses dessins originaux pour illustrer l’interview.
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Bibliographie sommaire des livres cités.

Les Écueils du temps, Alire, 2008
Les Archipels du temps
, Alire, 2005
Les Méandres du temps
, Alire, 2004 (première édition : Le Préambule, 1983)
Chronoreg,
Alire, 1999 (première édition : Québec/Amérique, 1992)
Les Rêves d'Argus
, Médiaspaul, 1991
Boulevard des étoiles
, en deux volumes, Publications Ianus, 1991
La Nef dans les nuag
es, Médiaspaul, 1989
Argus : Mission mille
, Médiaspaul, 1988
Argus intervient
, Médiaspaul, 1983
Le Vieil homme et l’espace
, Le Préambule, 1981
Organisation Argus
, Éditions Médiaspaul, 1979

On peut retrouver les nouvelles citées dans le recueil Le Vieil homme et l’espace (Le Préambule, 1981), et dans divers fanzines, anthologies et revues; Pandore, Proxima, Québec Science, Le Sabord, Solaris, Stop, Transes Lucides et XYZ.
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Liens bibliographiques utiles.

On retrouve une assez bonne page consacrée à Daniel Sernine sur Wikipédia.
On peut aussi consulter la section consacrée à Daniel Sernine sur le site des Éditions Alire.

Entretien avec Daniel Sernine (I)

Pour des raisons pratiques, cet interview est publié en deux parties distinctes.
Ce billet propose l’Introduction et la Première partie de l’entretien.
Un billet distinct propose la Seconde partie de l’entretien et Les références.
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Introduction
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Il y a une vingtaine d’années, je lisais de la science-fiction et du fantastique depuis plusieurs années, mais j’ignorais que ces genres étaient pratiqués par des auteurs québécois. C’est en découvrant par hasard quelques revues comme imagine… et Solaris que j’ai pris contact avec la science-fiction et le fantastique québécois. En 1992, je tombais par hasard sur deux romans publiés chez Québec-Amérique ; La Taupe et le dragon, de Joël Champetier, et Chronoreg, de Daniel Sernine. J’allais rencontrer Champetier pour la première fois au salon du livre de cette année-là, mais j’allais rencontrer Daniel Sernine pour la première fois seulement deux ans plus tard, en 1994. Les deux auteurs allaient se tailler une belle place parmi mes écrivains préférés. Et au fil des ans, Daniel Sernine n’est pas seulement devenu un de mes auteurs favoris, mais il est aussi devenu un très bon ami.
Cette semaine, Daniel publie un nouveau roman, intitulé Les Écueils du temps, aux Éditions Alire. Ce roman s’inscrit dans une trilogie, La Suite du temps, qu’il avait débutée avec la publication des romans Les Méandres du Temps et Les Archipels du temps.
Pour le lecteur de Sernine, c’est évidemment un grand plaisir de pouvoir lire un nouveau roman d’un auteur apprécié, d’autant plus que ce roman est attendu des lecteurs ayant aimé Les Méandres du temps et Les Archipels du temps.
Pour ajouter à mon plaisir, Daniel Sernine a accepté de consacrer quelques heures à une entrevue qu’il m’a accordée pour la sortie de son nouveau livre. Je lui ai promis d’éviter de parler d’exclusivité, mais il s’agit bien d’une primeur, puisqu’il s’agit de la première entrevue de l’auteur pour la sortie de ce livre.
Comme je ne suis pas limité par l’espace d’un journal papier, je me suis fait plaisir et j’ai réalisé une entrevue de fonds sur l’univers des Écueils du temps, sur les idées exprimées dans le roman et sur ce qui a mené l’auteur à l’écriture de ce roman.
Pour ceux qui ne connaissent pas qui est Daniel Sernine, je me permets de reproduire dans un encadré à gauche la note biographique qui apparaît dans Les Écueils du temps.
Daniel m’a reçu chez lui pour l’entretien, et vous comprendrez qu’entre amis, nous avons adopté le tutoiement plutôt qu’un vouvoiement professionnel qui nous aurait paru artificiel.
Les notes entre crochets sont des précisions que je me suis permis d’ajouter lors de la transcription de l’entretien. Je n’ai pas tenté de reproduire les expressions (sourire, rires, etc), qui font généralement un peu trop cute, sauf à une occasion ; Les réponses de Daniel parlent d’elles-mêmes.
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Entretien avec Daniel Sernine (I)

Hugues Morin : Daniel, tu publies ces jours-ci un nouveau roman, Les Écueils du temps. Ce roman clôt une série de trois romans, débutée avec Les Méandres du temps. Pensais-tu, en 1983, revisiter l’univers de Nicolas Dérec 25 ans plus tard?

Daniel Sernine : En fait, je ne pensais pas que ça prendrait un quart de siècle ! Mais Les Méandres du temps était destiné à avoir une suite. Elle n’était pas toute écrite dans ma tête, mais c’était assez clair vers où ça se dirigeait. Tout ça menait vers la finale, l’événement, qui termine Les Écueils du temps. Cette finale est à la base du recueil de nouvelles Boulevard des Étoiles. La nouvelle-titre, «Boulevard des étoiles», écrite en 1980 et publiée en 1981, faisait déjà allusion l’événement et ce n’est pas un hasard, c’est de ça qu’il était question. Les technicalités, je les ai élaborées plus tard, mais le fait que les Éryméens se soient fait berner, je n’avais pas cette idée à cette époque-là. Mais le destin envisagé pour Dérec, dans les grandes lignes, c’est ce que j’ai écrit par la suite.
La collection Chronique du futur s’est arrêtée lorsque Les éditions Le Préambule ont fermé. Pendant environ quinze ans, il n’y avait plus de débouché pour de l’authentique science-fiction pour adultes. Ainsi, ce qui allait devenir Les Archipels, a commencé comme une suite narrative – ce que les anglophones appellent un fix up. D’ailleurs, en lisant Les Archipels, on peut voir le changement de structure ; ça commence comme une série d’épisodes qui pouvaient être considérés comme des nouvelles – certains avaient été publiés sous cette forme – et ça se termine, la dernière moitié, comme un roman. C’était donc commencé depuis très longtemps. Les nouvelles que j’ai publiées durant ces quinze années-là étaient destinées à être des chapitres de ce roman. On les reconnaît, si on a lu toute mon œuvre, j’ai généralement gardé les mêmes titres.
Ç’a été l’idée de Jean Pettigrew [Éditeur] de rééditer Les Méandres du temps avant de publier Les Archipels du temps. Moi, je croyais avoir rédigé Les Archipels en faisant assez de rappels du passé pour que l’on ait pas à lire Les méandres du temps, mais Jean a eu raison d’insister pour qu’on réédite.

HM : Les Méandres n’étant plus disponible dans son édition d’origine, il y avait de toute manière la question de rendre disponible le début du cycle pour le lecteur découvrant Les Archipels.

DS
: Absolument. Et moi, je m’étais dis, il va y avoir de la réécriture à faire – ça fait vingt ans que j’ai écris ça. J’ai eu la surprise de constater que ce n’était pas nécessaire, ça n’exigeait qu’un retravail léger.

HM : Lors de la publication des Archipels du temps, en 2005, on mentionnait un retour à l’univers d’Érymède 22 ans après la sortie des Méandres… Pourtant, même si on peut parler de 1983 comme le début de La Suite du temps, l’univers d’Érymède avait déjà été créé avec ton tout premier roman, Organisation Argus, en 1979…

DS
: Qui est une version zéro des Méandres du temps

HM
:… et de nombreuses nouvelles se déroulant dans cet univers ont été publiées depuis. Tu n’as donc jamais quitté Érymède pour y revenir des décennies plus tard en fait?

DS
: Non, effectivement. Quand je dis que Organisation Argus était la version zéro des Méandres du temps, c’est qu’à mes débuts chez Médiaspaul – qui s’appelait Éditions Paulines à cette époque là – j’ai commencé par soumettre Ludovic, mais qui était seulement une novella de 40-50 pages. Ils ont trouvé ça bon, mais ça les intéressait plus ou moins – de nos jours ce serait impensable, un éditeur qui refuse de la fantasy ! – et ils m’ont demandé de la science-fiction. J’avais l’idée de ce qui allait devenir Les Méandres du temps, mais ce n’était pas écrit, alors j’ai rédigé Organisation Argus, qui en est une version plus courte et plus juvénile. Si on lit les deux, on voit bien que c’est la même histoire, à part les pouvoirs télépathiques, qui sont absents, mais ce qu’il y a de plus, c’est la condition médicale du jeune héros. Puis, à partir de ce roman, il y a eu la série : Argus intervient, Argus Mission mille, Les rêves d’Argus
Entre-temps, Norbert Spehner avait créé la collection Chroniques du futur aux éditions Le Préambule et j’ai écrit Les Méandres, une première version intitulée Érymède, qui a intéressé Norbert Spehner mais il m’a demandé de la réécrire, ce qui a donné Les Méandres du temps.

HM
: Il y a d’ailleurs des personnages créés dès Organisation Argus qui reviennent dans Les Archipels ou Les Écueils, où à qui on fait référence d’une manière ou d’une autre.

DS : Oui. Encore que, il y a des liens que j’ai renoncé à faire, parce que la chronologie n’était pas encore fixée à l’époque où j’ai écrit certains textes. Il y a des nouvelles dans Le Vieil homme et l’espace qui sont situées dans ce monde-là, mais que je n’ai pas reliées à la trilogie, puisqu’au point de vue de l’âge de certains personnages, ça n’aurait pas marché. J’ai donc choisi d’ignorer certains personnages et certaines histoires. Par contre, ceux qui ont lu suffisamment de mes nouvelles verront des liens directs avec «Exode 4», «Exode 5», «Monsieur Olier devient ministre» et «Boulevard des étoiles» par exemple. La date de l’événement final des Écueils a constamment été repoussée, entre autres par Chronoreg, qui, dans sa réédition de 1999, se passe cinq ans plus tard que l’édition de Québec Amérique de 1992. Mais une fois Chronoreg publié dans sa version définitive chez Alire, la date de Chronoreg était fixée, l’événement devait donc se passer après, et la confrontation entre Éryméens et Terriens devait aussi se passer après. La seule tricherie que je me suis permise, c’est pour un personnage qui était nommé dans «Exode 4» : dans Les Écueils du temps, j’ai dû établir qu’en fait, il y avait deux personnages portant ce nom, l’un étant le fils de l’autre, parce que le premier mentionné ne pouvait pas être celui du roman. Évidemment, c’est le genre de détails qui n’intéresse que moi - personne n’ira vérifier ce genre de détails-là.

HM
: La thématique temporelle est présente dans plusieurs de tes œuvres. On pense évidemment à La Suite du temps, mais aussi à Chronoreg. C’est un sujet qui te passionne particulièrement?

DS
: Qui m’obsède ! On a chacun nos bibittes… Il y en a pour qui c’est, la filiation, la génétique, la genèse – je pense à Élisabeth Vonarburg – moi, c’est le Temps, le temps qui passe, notre précarité face au temps, se demander ce qu’on aurait fait différemment si on pouvait revenir en arrière et se prévenir, puisque c’est le sujet principal de cette trilogie…

HM
: Et se demander si ça changerait quelque chose…?

DS
: Oui, et la démonstration que non, ça ne changerait rien pour le personnage-point-de-vue. J’ai adopté la théorie du temps qui bifurque, se dédouble, à chaque instant ou décision importante. C’est là-dessus que je joue, à la fois dans Chronoreg et dans Les Écueils.

HM
: Une autre thématique récurrente chez toi est celle des pouvoirs psi ; précognition, télépathie, voyance, empathie, télékynésie… Ta SF est orientée vers le cerveau humain plutôt que vers les autres galaxies, pourquoi cet intérêt particulier?

DS
: Parce que ça fait horreur aux puristes de la science-fiction [sourire]? Je sais que certains critiques pensent que ce genre de thèmes ne devraient pas se trouver dans la science-fiction (nonobstant Dune). C’est vrai que c’est un sujet qui a eu ses heures de gloire avec Sturgeon, Dick, Herbert et compagnie, mais je l’ai adopté au moment où j’ai conçu Les Méandres du temps et ses suites. Non pas que je n’en ai pas trouvé de meilleur, mais ça se trouve que c’est ça le sujet de ce roman qui a donné naissance à la trilogie. On y touche dans Boulevard des étoiles, mais moins.
Aujourd’hui, la SF est passée à autre chose, avec par exemple les manipulations de la conscience ou de la Nature Humaine, mais ce sont des réflexions dont je ne suis pas tellement au fait, alors… J’allais dire j’écris sur ce que je connais, mais je n’ai pas de pouvoirs psi… Disons que ce sont des sujets que j’ai assez potassés pour les exploiter. C’est ce qui fait que cette trilogie ne relève pas de la science-fiction pure, puisque ces pouvoirs de l’esprit représentent une zone floue où la Science n’a jamais réussi à établir des fondements.

HM
: Et il y a beaucoup d’autres sujets de la SF qui ne sont pas nécessairement basés sur des faits scientifiques.

DS
: Exactement.

HM
: Ta description des paysages et des scènes spatiales est saisissante de réalisme. Je pense à ces paysages aux abords de Neptune, ou encore dans la ceinture de Kuiper, les parcs-cratères sur Érymède, le lecteur a physiquement l’impression d’y être. Comment évoques tu ces images avec autant de réalisme et quel genre de recherche ça implique?

DS
: Je ne sais pas ! En fait, ton témoignage concorde avec tant d’autres que je suis obligé de croire que c’est vrai… Je ne sais pas trop pourquoi ça a cet effet-là, à part que j’essaie toujours de bien écrire. Je pense qu’on peut faire beaucoup de chemin avec un bon sens de l’observation. Toi et moi avons déjà fait des randonnées ensemble alors tu as remarqué que j’observe les choses et que je peux faire des liens, relever des analogies, ou des ressemblances… je ne sais pas si c’est inné, mais ça me vient naturellement.
Il y a plusieurs paysages réels que j’évoque, que je n’ai pas personnellement visités, comme les atolls du Pacifique, mais dans ces cas, ma documentation vient de livres de photographes professionnels du calibre de Géo ou du National Géographic. Quand je peux y ajouter une touche personnelle, pour les endroits où je suis allé, ça aide aussi au réalisme. Pour ce qui est de l’espace, encore une fois, de la documentation visuelle sur les planètes. Côté astronomie, c’est vraiment la planétologie qui m’intéresse, beaucoup plus que ce qui concerne les étoiles ou les galaxies. Pendant toute la période où la trilogie a été en chantier, j’achetais régulièrement les revues scientifiques pour être au fait des derniers constats ; par exemple, toute la question des planètes naines, une distinction qui n’avait pas encore été faite à l’époque où j’ai commencé Les Écueils. On continuait à découvrir des planètes plus grosses que Pluton, dont Eris, qui n’était pas encore nommé au début de l’écriture des Écueils.
Évidemment, on pourrait argumenter et se demander pourquoi sur Érymède, on emploie les mêmes noms que les Terriens pour ces planètes, alors qu’Érymède a certainement découvert ces planètes avant nous et leur auraient donné des noms différent. Je répondrais : pourquoi est-ce que le roman n’est pas écrit en éryméen, puisque c’est narré du point de vue d’Eryméens?

HM
: Justement, comme l’intrigue des Écueils, des Archipels et d’une partie des Méandres, se déroule du point de vue éryméen, comment fait-on pour trouver un vocabulaire qui semble crédible mais tout de même compréhensible pour le lecteur terrien?

DS : Je te dirais que ce n’est pas compréhensible pour tous les lecteurs terriens ! J’ai un lecteur «profane» qui avait buté sur le simple mot micrord, micro-ordinateur… Pourtant les lecteurs de SF n’ont pas de problèmes. En tant que lecteur de SF, on est parfois surpris de ce qui peut faire trébucher un lecteur non initié, mais ce ne sont que des mots, qu’on devrait comprendre par le contexte. Il y a une partie du vocabulaire que j’ai emprunté au «dictionnaire universel» de la SF, comme un cyborg. Je dois toutefois rendre tribut à Jean-Louis Trudel pour le mot sophonte, qui désigne une race pensante. J’essaie donc de ne pas abuser des néologismes, mais je ne m’empêche pas non plus d’en utiliser quand l’usage semble requis.

HM
: Contrairement à plusieurs œuvres de SF contemporaines, La Suite du temps comporte des histoires d’amour au premier plan de certains épisodes. C’est souvent même un des moteurs de l’action. Et c’était aussi le cas de Chronoreg. Cet aspect te semble trop important pour le laisser de côté quand tu construis une histoire d’une telle ampleur?

DS : Je ne voyais pas comment je pouvais raconter la vie de quelqu’un, de l’âge de 15 ans jusqu’à environ 65 ans, sans parler de ses amours à certains moments. Sa première histoire d’amour – sa première sur Érymède – avec Thaïs, elle est vraiment un moteur de l’intrigue, puisque c’est là que Dérec décide de devenir métapse. Avec Larissa, ça aussi ça devient important pour l’histoire. Par contre, il y a d’autres épisodes amoureux qui sont plus ou moins passés sous silence, on en conclut qu’ils n’ont pas été marquants. Par exemple Jordane, mentionnée à quelques reprises, mais sans jouer de rôle majeur.

HM
: On mentionne aussi les amours de personnages plus secondaires, comme Barry Bruhn, ou encore du capitaine Sinishi Yoro…

DS
: Il y a beaucoup de choses dans la vie dont l’amour est le moteur. On ne peut donc pas ignorer cet aspect de la vie des personnages.

HM : L’intrigue globale de la trilogie est très ambitieuse, l’ensemble couvre une vaste période de temps, des centaines de personnes et d’événements, de nombreuses intrigues parallèles. Réalisais-tu l’ampleur de cette intrigue au moment d’écrire Les Méandres, ou encore Organisation Argus en début de carrière?

DS
: Non, je ne réalisais pas l’ampleur que ça allait prendre. Il y a des choses qui se dévoilent en écrivant, des nécessités qui s’imposent durant l’acte d’écriture. Ça va faire frémir biens des enseignants, mais j’ai écrit tout ça sans plan. En sachant dans les grandes lignes ce qui allait arriver, mais quand même sans plan élaboré. Le dernier quart des Écueils, la partie 4, je l’ai écrit sous pression, avec la couverture déjà réalisée et figurant déjà dans le catalogue de l’éditeur. À mesure que je l’écrivais, je me disais, «ah oui, il faut ceci et cela, et comment est-ce que ceci…». Il s’agissait vraiment de mettre au point des aspects non négligeables à mesure que le besoin s’en présentait.
Je peux dire que la manière dont toutes les péripéties s’enchaînent dans la 4e partie – comme le protocole Mithra, que j’ai inventé parce que je voulais que Dérec soit à un endroit donné pour une scène cruciale, mais il ne pouvait pas se trouver là…
J’ai même écrit une version alternative de deux ou trois chapitres, où Dérec n’était plus sur Neptune mais sur une lune de Jupiter, afin qu’il puisse participer à ce qui se passe autour de l’astéroïde binaire, mais la valeur symbolique de Neptune, le fait qu’il avait séjourné sur Triton à l’époque «Larissa», cela avait trop d’importance pour le sacrifier à des questions logistiques et c’est là que j’ai mis au point le «protocole Mithra». Évidemment, j’ai utilisé mon privilège de créateur pour «retrofitter» un chapitre antérieur afin de mentionner le protocole avant et éviter qu’il paraisse sortir de nulle part. C’est un exemple facile à résumer, mais il y en a eu plusieurs autres ; la durée de l’opération Ananké – qui porte un autre nom dans la nouvelle «La planète malade d’humanité» – par exemple… Il y a bien des choses qui se sont imposées, dans mon cas, au moment de l’écriture… Y compris la fin.

HM
: La fin du roman?

DS
: Oui, c’était un des «écueils» qui me bloquaient et à cause desquels j’aurais fini le roman en 2010 si Jean Pettigrew m’avait laissé aller à mon rythme ! La question, c’était : comment est-ce que tu finis ÇA? «Ça» étant ce que les lecteurs trouveront dans la quatrième partie du roman.

HM
: D’ailleurs, le lecteur se le demande jusqu’aux toutes dernières pages.

DS
: Comment finir ça, comment décrire ça, comment évoquer les réactions des protagonistes. J’ai opté pour une manœuvre d’évitement – j’espère que ça ne déçoit pas trop – qui dit à un moment qu’on n’a pas dans notre cerveau les circuits pour réagir à un cataclysme de cette ampleur-là. Bon, certains métapses deviennent fous, d’autres se suicident, mais Dérec opère avec une espèce de détachement, dans une certaine mesure. C’est la seule façon fonctionnelle que j’ai trouvée de faire avancer le récit.
Et simplement raconter cet événement, je ne pouvais pas – ça va intriguer tes lecteurs, ils vont tellement vouloir le lire ! – je ne pouvais pas le raconter entièrement «live», je pouvais juste en livrer des parcelles, des parcelles observées, même pas vécues.
Stephen King en aurait fait un livre complet, en le racontant du point de vue d’un chien, d’une infirmière et d’un livreur de pizza, multipliés par cent. Mais moi, ce que j’ai choisi, c’est d’en voir des fragments, qu’on comprend avec le décalage. Il y a un risque qu’on voit venir le dénouement avant Dérec et ses collègues, mais j’espère qu’on ne le voit pas trop venir vite non plus.

HM
: Tu utilises aussi l’idée de plusieurs lignes temporelles, pour aider le lecteur à assimiler et absorber l’événement… D’ailleurs, de grands pans de l’intrigue de la trilogie pourraient se dérouler dans notre trame temporelle. Des repères historiques sont donnés au lecteur ; explosion de la navette Challenger en 1986, attaques du World Trade Center en 2001, etc. Mais, on souligne la déviation des trames : la désintégration de la navette Columbia ne se produit pas. Comment choisi-t-on les éléments que l’on conserve de ceux que l’on rejette?

DS : Encore là, ça va être décevant d’entendre la réponse : c’est ce dont on peut s’accommoder. Par exemple, dans cet univers-là, le programme spatial américain a été mieux financé et est allé de l’avant avec des projets comme les X-33. C’est juste que c’était écrit et que je ne pouvais plus rien y faire quand j’ai su que, dans la réalité, le programme a été annulé ! Aussi, quand j’ai écrit les nouvelles et novellas de Boulevard des Étoiles, j’y ai mis des vélix, influencé par Blade Runner. Mais plus on se rapproche de ce temps-là, plus on voit bien que ce n’est pas dans notre monde à nous qu’il y aura des autos volantes. Alors j’assume cette divergence : dans Les Écueils du temps, les métapses ont accès à une autre trame, «le monde des vélix», où se passent les événements de Chronoreg, comme la guerre nord-américaine et mon fameux sous-marin soviétique dans l’espace. C’était décidé qu’il y aurait d’autres lignes temporelles, mais les détails de ces univers-là sont déterminés au besoin, selon les nécessités. Pour décrire l’affrontement à la fin des Archipels, il fallait bien que les Terriens aient plus de vaisseaux en orbite qu’ils en ont dans notre réalité, ce qui impliquait un monde parallèle.

HM
: De la trilogie, Les Écueils est certainement le roman qui comporte le plus de repères géographiques, événementiels et chronologiques de notre propre trame temporelle. Est-ce une manière d’appuyer l’urgence du propos, le danger que court la planète si on ne fait rien de plus?

DS
: C’est même une preuve que les périls sont devenus encore plus pressants. Regarde dans les six ans qui séparent les romans 2 et 3… Il y a quelque chose que j’ai dû rajouter dans les deux dernières semaines d’écriture, quelque chose qui s’est révélé cette année. On approche du milliard de Terriens affectés par la famine. Une augmentation de 200 ou 300 millions selon le Téléjournal d’hier, augmentation directement reliée au fait que l’on nourrit les autos avec le maïs au lieu de nourrir les humains. Ma SF a beau être pessimiste, je ne l’avais pas prévue, celle-là. Ce que je rajoute dans Les Écueils, ce sont des choses qui sont arrivées entre temps… Sans compter le rythme auquel s’accélère la fonte annuelle de la banquise arctique : c’est plus rapide que le plus pessimiste des trois scénarios du GIEC.

HM
: L’enjeu des Écueils du temps est la survie de la Terre. Vu l’état actuel des choses sur la planète, le constat que tu dresses en 2015 ou 2020 dans le roman, il t’apparaît pessimiste ou malheureusement réaliste?

DS : Réaliste et pessimiste, mais je vois pas comment il pourrait en être autrement. Regarde juste dans cette élection-ci, le seul parti d’opposition éligible, qui propose un début de solution, ne sera pas élu parce que les gens ne veulent pas payer une taxe sur le carbone. Ça serait un mini, mini, minimum de faire ça et les citoyens ne sont même pas prêts à le consentir. Moi, de toute manière, je ne serai plus là, et toi non plus, mais pensons aux gens qui ont des enfants! Quand je suis de mauvaise humeur, je leur souhaite de vivre assez vieux pour subir les reproches de leurs enfants. Les négationnistes, ceux qui défendent leur droit inaliénable d’avoir deux SUV dans l’entrée de leur maison de banlieue, ils ont des enfants, et je leur souhaite longue vie (aux parents !).

HM : Dans Les Archipels et Les Écueils, le contraste entre les scènes sur Terre et celles dans l’espace est très fort. Les scènes terriennes sont marquées d’un pessimisme certain. Le ton reflète-t-il les préoccupations de l’auteur?

DS
: Ah oui! Je ne veux pas en rajouter sur ce que les romans disent, mais ce qui me renverse, c’est la faculté qu’ont apparemment la majorité des Terriens de se foutre de l’avenir de la planète…

HM
: De nier la réalité.

DS
: Oui, un état de déni. Cette année, les gens commencent à réaliser que ce serait peut-être une bonne idée d’acheter de plus petites voitures. Est-ce qu’on parie que si la flambée actuelle du prix du pétrole s’apaise, les gens vont se remettre à acheter des SUV?
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Fin de la première partie.
Pour lire la suite.
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lundi 22 septembre 2008

Roberval fait la manchette

Vous me connaissez, même si j'ai souvent critiqué certaines décisions prises par la ville de Roberval, d'où je suis originaire, j'aime bien y aller faire un tour de temps à autres.
Roberval, c'est aussi, de mon point de vue, la plus belle ville sur les berges du Lac St-Jean, la seule où le Lac est aussi accessible et offre autant de belles vues de la ville. J'y retourne à l'occasion, entre mes divers séjours à l'étranger, à la fois pour revoir mon passé - sans grande nostalgie, rassurez-vous - et pour profiter de l'air frais du Lac et des beaux paysages qu'il offre au voyageur.
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Il y a quelques mois, suite à un concours pan-canadien, Roberval a obtenu le titre de Hockeyville 2008. Ce statut lui permet cette semaine (mardi 23 septembre en fait) de présenter un match de la Ligue Nationale de Hockey, entre les Canadiens de Montréal et les Sabres de Buffalo.
Pour une petite ville, située dans une région assez loin des grands centres, c'est un événement très spécial.
Je souligne donc l'événement, en souhaitant une bonne semaine à Roberval!
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Je n'y serai pas, à ce match, mais je serai à Roberval vendredi prochain, de passage au Lac pour y voir des amis. Je vous rapporterai éventuellement quelques photos de mon passage dans Hockeyville 2008.
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dimanche 21 septembre 2008

Cuvée du vagabond: Un premier soutirage

Suite de mon compte-rendu d'expérience de vinification artisanale.
Pour l'introduction et l'étape 1. Vendanges.
Pour l'étape 2. Égrappage.
Pour l'étape 3. Foulage et Cuvaison.
Pour La Fermentation.
Pour l'étape 4. Décuvaison.
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Lundi dernier, je mentionnais, lors de la décuvaison, que l'étape suivante serait effectuée après un temps d'attente plus ou moins long, afin de laisser le temps au vin de se reposer et de déposer les impuretés au fond de la cuve. Ce temps d'attente peut-être de quelques semaines avant un premier soutirage, mais comme mes conditions de garde ne sont pas optimales, avec une chambre froide qui est au-delà des 12 degrés idéaux, j'ai décidé de précipiter un peu les événements, afin d'éviter que mon vin potentiel ne soit trop gâté par la chaleur relative ambiante. J'ai donc procédé cet après-midi à un premier soutirage.
Étape 5. Premier soutirage. Dimanche 21 septembre 2008.
Cette étape repose sur des bases assez simples; l'idée du repos est de permettre aux dépôts lourds de se retrouver au fond de la cuve, et aux particules légères de flotter à la surface. Ainsi, il peut être plus facile de faire une sorte de filtration en soutirant du mélange le bon vin et en y laissant les dépôts non désirables.
Le viticulteur qui dispose des bons équipements a en sa possession une cuve munie d'un filtre et d'un robinet qui permet de simplifier l'opération. On raconte toutefois qu'il arrive qu'avec un premier soutirage, il soit difficile d'utiliser le robinet, qui se bloque avec les dépôts trop importants. On aurait aussi pu utiliser un simple boyau et aspirer le vin dans un récipient plus bas, mais ce faisant, il y avait tout de même risque de conserver plusieurs dépôts.
J'ai donc opté pour un filtrage en règle avec un coton à fromage, disposé dans une passoire pour retenir les particules (photo ci-haut). L'opération a été menée à la simple louche, sans toucher le fond de la cuve, pour éviter de brasser les dépôts.
Le premier soutirage a donc permis de clarifier mon vin et d'éliminer le plus gros des dépôts en suspension.
D'ailleurs, sur la photo de gauche, on voit le fond de la cuve et les dépôts qui en résultent et dont nous avons disposé.
Le vin qui en résulte est donc retourné en repos, pour une autre semaine au minimum - je verrai selon l'évolution de la température dans la chambre froide - et par la suite, il y aura au moins un autre soutirage/filtrage, avant la mise en bouteilles.
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à suivre...

vendredi 19 septembre 2008

Phoque les élections ?

Voici la chose la plus amusante que j'ai trouvé sur le web au sujet des élections fédérales... C'est un petit vidéo (professionnel) mettant en scène un Michel Rivard en audition pour l'obtention d'une subvention fédérale...
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Avouez que quand il se lance dans «La complainte du phoque en Alaska», ça devient franchement tordant!
Ça fait aussi part, par la bande, de mon opinion sur le gouvernement actuel et sa politique en matière de culture, mais en fait, on peut appliquer ça à sa politique en matière d'environnement, de défense, etc, etc.
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mercredi 17 septembre 2008

Un souvenir de Bordeaux à la gloire du chat!

Les premiers lecteurs de l'Esprit Vagabond, à l'époque où ce journal était publié sur du bon vieux papier, se souviendront peut-être que j'avais cité, à quelques reprises, des vignettes du célèbre "Chat" de Philippe Geluck. Cette créature BD délirante me fait rire depuis de nombreuses années.
Et bien hier soir, alors que je dégustais un souvenir rapporté de Bordeaux il y a quelques semaines, il me faisait boire, ce chat...
Eh oui, c'est qu'un vignoble de la région de Bordeaux a concocté un rosé doux, fruité et sirupeux appelé À la gloire du chat, et donc l'étiquette comporte une des vignettes rigolotes du héros glorifié. Je n'ai pas pu résister à la tentation d'en rapporter une bouteille lors de mon passage en région bordelaise.
En surfant quelques minutes, j'ai même appris qu'il y avait aussi deux vins rouges et un blanc dans cette cuvée très spéciale et humoristique - preuve que ce ne sont pas tous les viticulteurs français qui se prennent au sérieux!
L'ensemble a même son fan club sur Internet (page d'accueil à visiter ne serait-ce que pour l'image délicieusement irrévérencieuse!).
La dégustation d'hier m'a donc rappelé les premiers moments de ce journal, et c'est pourquoi j'ai voulu partager - virtuellement - une coupe d'À la gloire du chat avec vous tous.
Hic!
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World Press Photo

Vous en avez probablement entendu parler dans les divers journaux, revues, émissions culturelles, mais sinon, j'attire votre attention sur la présentation ce mois-ci (jusqu'au 28 septembre en fait), de l'exposition World Press Photo 2008 à Montréal.
L'exposition se balade d'un pays à l'autre pendant l'année, et propose environ 200 clichés d'un peu partout au monde, couvrant des sujets aussi divers que l'actualité, le sport, les portraits, les arts, la nature, etc. C'est , pour les amateurs de photos, un rendez-vous à ne pas manquer.
Si je souligne l'événement cette année, c'est évidemment parce que j'ai visité l'exposition en question et que j'ai été impressionné par les photos qu'on y montre. Si quelques images ne vous parlent pas directement, je vous garanti que peu importe votre sentiment envers les divers sujets, il y en a qui vous toucheront profondément.
Et signe de grande qualité artistique des photos en exposition, les images resteront avec vous très longtemps... assez pour que dans le futur, en en revoyant une au hasard, vous allez immédiatement reconnaître le cliché déjà admiré.
Je parle d'expérience, puisque j'ai vu World Press Photo 2008 non pas à Montréal où elle est présentement présentée, mais à Amsterdam, alors que son passage au Pays Bas coïncidait avec le mien. Et en revoyant des reportages cette semaines à la télé - ou encore quelques clichés dans les publicités de journaux culturels - j'ai tout de suite reconnu les excellentes photos de l'exposition.
J'en avais même rapporté la photo qui accompagne ce billet, où l'on voit mon amie Suze admirant quelques clichés... dans une église, puisque c'est dans une ancienne église du Red Light que l'exposition était présentée à Amsterdam.
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lundi 15 septembre 2008

Cuvée du vagabond: Décuvaison

Suite de mon compte-rendu d'expérience de vinification artisanale.
Pour l'introduction et l'étape 1. Vendanges.
Pour l'étape 2. Égrappage.
Pour l'étape 3. Foulage et Cuvaison.
Pour La Fermentation.
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Lors de la fermentation, je mentionnais qu'il fallait noter la densité du mélange, pour s'assurer de bien repérer la fin du processus de fermentation. Pour ma part, j'ai noté la densité environ deux fois par jour; quelque part en fin de matinée, et le plus près de 22h possible, ce qui me donnait une référence établie à toutes les 24h fixes.
Voici le résultat de l'ensemble de ces lectures.
On peut facilement voir le processus en action à mesure que la densité diminue. La fermentation n'a pas débuté dès le premier soir (jour 0 sur le graphique), ça aura pris quelques heures. On constate une accélération le jour 2; le coeur du processus. J'avais constaté un fort ralentissement à 9h30 le jour 5 (dimanche), et la lecture du lundi matin, avant de procéder à la prochaine étape, n'était que pure routine après la lecture de 22h la veille.
Si on veut une vue plus pure du processus, j'ai combiner ici les seules lectures de 22h quotidiennes:
L'évolution du processus y est limpide. La fin de la fermentation y est aussi très claire à voir le peu de différence entre la densité du jour 4 et du jour 5.
Nous étions donc prêt pour l'étape suivante.
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Étape 4: La décuvaison. Lundi 15 septembre 2008.
La décuvaison sert essentiellement à retirer ce qui n'est pas du jus fermenté de notre vin en devenir. Pépins, peaux, etc.
Pour se faire, j'ai d'abord ramassé à la louche le "chapeau" (mélange qui flottait à la surface de mon moût en cuvaison) et l'ai mis dans des contenants à part. Par la suite, j'ai ramassé, toujours à l'aide d'une louche, le moût composé de quelques restes et du jus, que j'ai filtré grossièrement à la passoire (photo de gauche). De cette manière, j'obtenais grossièrement mon vin de goute, c'est-à-dire la partie liquide issue de mon processus de fermentation. C'est pour maximiser la quantité de ce vin de goute que j'avais déchiqueté mes raisons lors du foulage.
Certains vignobles (dont ceux visités près de Cafayate en Argentine) tirent un excellent jeune vin de ce vin de goute, obtenu sans aucune pression des raisins ou du moût. D'autres vignobles (par exemple, les plus récents visités à St-Émilion en France) élèvent ce vin à part de celui obtenu par pression du moût et mélangent les deux selon les qualités désirés dans le vin projeté.
Pour ma part, j'avais déjà décidé de mélanger tout le vin obtenu, mais sans vouloir presser au maximum mon moût, question de garder un certain équilibre. (Plus on presse, plus ce qu'on obtient est boisé, terreux et dense en terme de goût, puisque le résultat provient plus des pépins et de la peau que la simple fermentation qui transforme le jus en vin).
J'ai donc obtenu un peu plus de 3 litres de vin de goute (photo de gauche) et quelques récipients plein de moût chargé de liquide.
Il fallait donc faire une pression de ce moût pour obtenir un vin de pression. Une fois encore, il existe divers équipements pour se faire, dont un pressoir élaboré spécialement pour le vin, mais comme je fais tout ceci en dilettante, je n'ai aucun de ces équipements, j'ai donc décidé d'y aller à la mitaine, c'est-à-dire au pile-patate et à la passoire! Le défaut de l'opération - outre d'être plus longue qu'avec un pressoir - est évidemment la limite de ce que l'on peut tirer comme vin de pression avec un pile-patate manuel.
Comme je ne désirais pas nécessairement extraire tout le liquide potentiel du moût de toute manière, je me suis donc contenté de presser le mieux possible ce qui me restait pour extraire un vin de première pression, encore relativement clair. Vin de pression que j'ai simplement ajouté à mon vin de goute. (Opération en cours sur photo ci-haut).
J'aurais pu mesurer le vin obtenu, mais j'ai plutôt tenté de réduire le nombre de manipulations et le nombre d'outils artisanaux en contact avec mon vin. J'ai donc estimé à environ 4 litres de vin le résultat obtenu après décuvaison.
Ce liquide est encore relativement brouillé et contient encore plusieurs particules qui ont échappé à la passoire; on ne parle pas encore de filtration ici. Ainsi, pour le moment, il s'agit de faire reposer le vin obtenu pour que les dépôts se séparent du vin et que certaines particules se détachent du vin également, pour obtenir un liquide plus clair et plus proche du produit final.
Et pour le moment, je devrais consacrer 2-3 semaines à cette étape. Pour ce faire, il faut évidemment entreposer le vin à l'abri de circulation d'air, de luminosité et de chaleur, pour augmenter son potentiel de conservation. Malheureusement, la seule pièce plus fraîche que le reste dans la maison de mes parents, c'est une "chambre froide", dont la température actuelle oscille autour de 19-20 degrés. Trop chaud à mon goût (j'aurais aimé 12-16 degrés) mais l'artisan doit vivre avec son environnement d'amateur et on verra bien ce que ça donnera comme résultat.
Entre temps, j'ai ramassé le moût relativement sec dans un sac de compostage, ce qui évite de faire des déchets, et au passage, j'en ai profité pour peser ces résidus; près de 4 kg (photo à gauche). Comme j'avais démarré avec environ 8 kg de raisins dans ma cuve après égrappage, ça nous donne environ 4 kg de vin en premier repos actuellement. En posant l'hypothèse que le poids de mon vin est près de celui de l'eau (raisonnable pour des fins d'estimation), les chiffres semblent confirmer que j'ai à peu près 4 litres de vin non filtré.
Ce qui indiquerait un potentiel éventuel d'environ 4 bouteilles.
(L'avenir nous dira si ces bouteilles seront buvables ou non).
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Après la période de repos, j'effectuerai un premier soutirage, et il sera suivi d'une autre période de repos avant filtration.
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à suivre, donc... et dans quelques semaines seulement...
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vendredi 12 septembre 2008

42

They’re just living in my head
- Coldplay, «42»
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En écoutant la chanson citée en titre (que vous pouvez écouter ici, gratuitement - lien temporaire?), je me suis amusé à me demander si le band avait vraiment choisi ce nombre au hasard. Évidemment que non, voyons, je blague!
Car comme tout le monde le sait, 42 est la réponse ultime à la Grande question sur la vie, l'univers et le reste.
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Les paroles de la chansons de Coldplay demeurent obscures et ouvertes à plusieurs interprétations, comme c'est souvent le cas avec ce groupe. On y parle de morts qui survivent dans les pensées des survivants - une thématique que j'ai toujours aimé, personnellement, puisque c'est à mon point de vue, la véritable nature de l' immortalité. On y parle aussi de gens qui n'atteignent pas le paradis malgré leurs efforts. Et on y parle de fantômes. C'est dire que le groupe a poussé sa réflexion sur le sens de la vie d'une manière un peu plus sérieuse (en apparence) que l'auteur du guide du vagabond galactique... mais a intitulé sa pièce de manière référentielle pour souligner le thème avec un clin d'oeil.
Comme Viva la vida, la pièce traite donc d'un sujet sérieux, mais avec un élan d'optimisme dans la musique, ce qui évite de tomber dans les pensées sombres à son écoute. C'est même le contraire qui se produit et c'est d'ailleurs un des éléments forts de ce nouvel album de Coldplay, à mon avis.
Mais pour en revenir à 42, les arrangements et la sonorité ne sont pas sans rappeler The Police, tiens, pour nommer mon groupe fétiche quelque part dans ce billet. Et de ceci vers cela, on pense à la fois à Ghost in the Machine et à Voices inside my head.
Je ne suis d'ailleurs pas le seul à avoir été interpelé par 42... on peut aussi lire sur divers blogues les liens qui relient les fans de Adams à ce chiffre et son évolution dans l'inconscient social.
(Je n'écoute pas la série Lost, mais j'ai lu qu'un des personnages est obsédé par le chiffre 42, référence évidente à mon avis et autre exemple de l'importance de ce chiffre choisi par hasard par Adams quoiqu'en disent les numérologues de salon).
Et certains amateurs ont relevé que la durée du nouvel album de Coldplay (exception fait de 42)... est de 42 minutes précisément. Avouez.
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Pour ma part, ça fait longtemps que j'ai arrêté de chercher, comme je le disais ici, et que j'ai décidé de vivre anyway, puisque le chemin du ciel est un long pont que je traverserai quand il sera devant moi, pour paraphraser une des nombreuses maximes utilisées par mon père.
Et puis, n'est-il pas amusant de constater que je réfléchis à tout ça, alors que j'ai 42 ans?
C'est peut-être l'âge qui offre le plus de réponses aux grandes questions sur la vie, l'univers et le reste, tiens. Je vais tenter de rester vigilant.
:-)
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You didn't get to heaven, but you made it close
- Coldplay, «42»

Cuvée du vagabond: Fermentation

Suite de mon compte-rendu d'expérience de vinification artisanale.
Pour l'introduction et l'étape 1. Vendanges.
Pour l'étape 2. Égrappage.
Pour l'étape 3. Foulage et Cuvaison.
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Un court interlude sur l'évolution de l'étape de cuvaison, pendant laquelle se passe la fermentation qui verra le sucre se transformer en alcool.
Il y a peu à faire, à part surveiller la température de la pièce, et noter quelques données, une à deux fois par jour, sur l'évolution du processus. Pour ceux que ça intéresse, pour le moment, la température de la pièce est facilement maintenue à un stable 28 degrés Celcius depuis le début de la cuvaison.
Les données notées, elles viennent d'un hydromètre. En principe, j'aurais pu laisser agir la nature pendant 5-7 jours, et puis attendre de voir si ça pétillait un peu; on parle de bulles comme phénomène de la fin de la fermentation, mais j'ai lu que ce n'était pas toujours le cas, où qu'il arrivait que la chose soit difficile à déterminer à l'oeil. Il y a une limite à étirer l'élastique amateur, si vous me passez cette métaphore bancale.
Hydromètre, donc.
L'hydromètre est en fait un densimètre (certains l'appellent aussi mustimètre). Il s'agit d'un tube gradué, en verre, qui mesure la masse volumique d'un liquide. Application simple du principe d'Archimède, pour les intéressés.
Son application dans mon cas découle du processus de fermentation lui-même. En effet, alors que le sucre contenu dans le moût de ma cuve se transforme en alcool, le jus contenu dans le mélange devient de moins en moins dense. Ainsi, en prenant une lecture à intervalle régulier, on peu parvenir à estimer l'évolution du processus. En théorie, lorsque la densité sera stabilisée et aura cessé de descendre, ça signifiera qu'il n'y a plus de sucre à transformer, que la fermentation est terminée.
Pour faire cette lecture (arbitrairement effectuée à 22h tous les soirs depuis la cuvaison), il suffit de prélever un peu de jus de la cuve, et d'y laisser s'enfoncer l'hydromètre, puis de lire le résultat sur l'échelle graduée de l'appareil (photo ci-haut).
Pour le moment, les trois lectures des 9, 10 et 11 septembre m'ont indiqué que la fermentation a débutée lentement dans les premières 24h, mais s'est accéléré dans les 24h suivantes. J'ai déjà hâte à ce soir (le 12) à 22h pour voir comment évolue ma cuvaison. Le processus devrait s'achever d'ici deux ou trois jours, maximum.
Sinon, le moût en question possède maintenant une belle couleur (photo de gauche) et en autant que mon odorat soit concerné, émet des effluves intéressantes et agréables pour le moment.
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[Note: Je vous avais dit vouloir éviter des investissements pour cette expérience, alors vous vous demanderez peut-être ce qu'un vagabond comme moi fait avec un hydromètre dans ses bagages... C'est qu'au cours de l'été, apprenant mes prétentions de viticulteur amateur éventuel, un beau-frère, qui avait déjà tenté ses propres expériences de vinification - dont je ne connais aucun détail - a refilé son matériel à mes parents. Dans le lot, j'ai déniché cet hydromètre fort utile à mon expérience].
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à suivre...