mercredi 29 février 2012

Éditions de nouvelles (et d'anciennes)

Un court billet pour mentionner quatre textes récemment édités/réédités et disponibles en ligne.
Le premier est une nouvelle épistolaire intitulée Hôtel Hilton, 11 février, qui avait à l'origine été publiée sur mon site web en 2004. Cette nouvelle mettait en scène des événements (fictifs) se déroulant entre 2004 et 2012. Je l'ai revisitée récemment, en réalisant que ce qui s'y déroulait était maintenant entièrement dans le passé. Pour l'occasion, je l'ai rééditée en l'incorporant à ce blogue, et en y ajoutant des notes datées du 22 février 2012, soit 11 jours après la fin de la nouvelle et qui permettent de jeter un regard différent sur celle-ci.
Couverture de l'édition originale
de "Une soirée tranquille" en 2001.
Une autre visite dans mes archives a débouché sur la réédition d'une nouvelle intitulée Une soirée tranquille, publiée originalement en 2001 en tirage limité. Vous ne trouverez le texte nulle part, mais les Éditions de l'A Venir proposent maintenant une adaptation audio de la nouvelle, lue par Christian Martin. J'avoue avoir trouvé vraiment intéressant d'écouter cette adaptation, qui est en quelques sortes la vision de Martin de ma nouvelle; c'est sa voix (au sens littéraire), ainsi que les effets sonores et la musique qu'il a choisi d'y intégrer. Les lecteurs attentifs remarqueront peut-être qu'une partie de ce qui se déroule à Vancouver dans cette nouvelle ressemble fort à une partie de la nouvelle La petite brune aux yeux verts, publiée il y a quelques mois dans Solaris 180, et dont les événements se déroulent par contre à Montréal. On comprendra que les deux histoires racontent simplement les mêmes événements (ou presque), mais dans le contexte de deux trames possibles dans l'univers où évolue le ZL de La petite brune aux yeux verts et de Au plus petit café du monde. (Solaris 163).
Puis, par hasard, pour répondre à une demande, j'ai dû fouiller dans mes archives plus anciennes et m'y perdant pendant quelques heures, j'y ai découvert un court texte, issue d'une époque où je me pratiquais à écrire tous les jours, peu importe ce qui sortait. Quelques nouvelles de cette époque forment des short-short, dont certaines ont été publiées, alors que d'autres textes étaient plutôt inclassables. J'ai mis en ligne un de ces textes hier, en prévision du présent billet, texte qui s'intitule Ock. Ock devait être le premier d'une petite série d'aventures d'hommes préhistoriques racontées avec le regard moderne, et dans lesquels j'allait explorer quelques thématiques un peu absurdes.
Enfin, c'est totalement par hasard, en faisant une recherche sur autre chose, que je suis tombé sur la mise en ligne d'une de mes premières nouvelles publiées (ma seconde nouvelle, en fait, tel que je le mentionnais ici en décembre dernier). Suite à la publication du catalogue de la revue Brèves Littéraires sur le portail Érudit, on peut lire ma nouvelle Le Marchand de rêves directement en ligne en accédant au texte en PDF issu de la revue.
Suite à ces diverses éditions/rééditions, j'ai donc mis à jour mon billet de fictions disponibles en ligne.
Bonne lecture.

mardi 28 février 2012

Ock

Ock
Par Hugues Morin
*
- Ock, ock!
Ock sortit de sa caverne pour découvrir que la température avait continué de chuter.
Ock avait vu là un signe de l’arrivée de la saison sans nourriture et il avait entreprit de faire des provisions. Après trois jours à ramasser tout ce qui était comestible et à l’enterrer près de sa caverne, il prit une journée de repos bien méritée. C’était un samedi d’octobre mais Ock n’en savait rien puisque le calendrier julien ne serait inventé que plusieurs siècles plus tard.
Ock fut importuné pendant sa sieste par la visite de Gah.
Gah venait quêter de la nourriture. Ock le chassa de chez lui. Il l’avait vu qui s’amusait à courir les femelles même si la saison des amours était terminée. Pendant que Gah prenait du bon temps, Ock travaillait dur pour amasser ses provisions. Gah n’en avait pas et il devait bien sentir lui aussi que la dure saison arrivait bientôt. Il avait peur, mais tant pis pour lui. Ock se rendormit. Il avait peu dormi pendant les nuits précédentes, ses activités de ramassage l’occupant pendant une bonne partie de la nuit.
Ce fut un frisson qui réveilla Ock.
Un air glacial s’engouffrait dans sa caverne. Il sortit jeter un oeil à l’extérieur. Il avait bien fait de faire des provisions. L’air qui rendait trop dur la nourriture était bien arrivé. Ock alla vérifier que ses provisions n’avaient pas été pillées par un de ses congénères. Il souleva l’épais tapis de feuillage et de paille sous lequel il avait amassé ses victuailles. Rien n’avait été touché. Ock soupira. À chaque début de saison dure, il arrivait que de vaillants ramasseurs se fassent voler leurs provisions. Et comme l’assurance-habitation n’était pas plus inventée que le calendrier à cette époque, la pauvre victime devait se débrouiller autrement.
Ce dimanche matin, Gah revint à la caverne de Ock.
- Gah, gah!
Il le supplia de lui donner de la nourriture. Ock voulut le chasser à nouveau, mais il permit plutôt à Gah de se nourrir, puis Gah s’en retourna. Le soir venu, le temps s’était calmé. Une douce brise réchauffait les membres d’Ock, assis devant sa caverne. Peut-être avait-il fait erreur en croyant la dure saison venue. Il ne savait trop. Le ciel était de cette couleur qui annonçait une belle journée pour le lendemain, mais Ock n’avait aucune idée de ce que signifiaient les couleurs prises par les cieux. Les météorologues qui lui succéderaient n’en sauraient guère plus sur les prévisions du temps, mais c’est une autre histoire.
Gah revint chez Ock le soir suivant.
Il avait consacré sa journée à ramasser des provisions. Et il venait remettre à Ock une portion d’un repas. Il lui remit une plus grande quantité de nourriture que ce qu’il avait consommé, en guise de remerciement pour sa générosité.
Après le départ de Gah, Ock se recoucha et s’endormit.
L’été indien venait de débuter, un concept qu’Ock ne reconnaîtrait pas de son vivant. Toutefois, cet été indien permettrait à Gah de ramasser assez de provision avant la saison froide. Et Gah croirait toujours avoir survécu grâce à Ock, ce qui est bien excessif, puisque Gah aurait bien pu jeûner une journée entière. Mais Gah ne pousserait jamais son raisonnement jusque-là.
De son côté, sans s’en rendre compte, Ock avait accompli un geste historique qui se perdrait pourtant dans la nuit des temps, avec cet échange de nourriture avec Gah et le remboursement de ce dernier.
Ils avaient inventé le crédit.
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© Hugues Morin, 2011.

lundi 27 février 2012

Oscars 2012: Retour sur gala et résultats

Un court billet pour revenir sur les Oscars d'hier.
Billy Crystal a animé avec humour un gala sobre, sans trop de flafla sur scène, et j'avoue préférer voir des montages d'extraits de films de l'année ou historiques que de voir trop de numéros de danse ou de chants. Les Oscars, c'est du cinéma, mais de la musique rock ou de la danse. Le numéro du Cirque du Soleil était joli, mais suffisant en ce qui me concerne. Voilà donc pour le show.
Côté résultats, j'ai été relativement peu surpris pendant la soirée, puisque si vous jeter un oeil sur mes prédictions, j'ai vu juste 8 fois sur 9. Hors-blogue, je m'étais amusé à prédire les catégories plus techniques également, et bien que j'en ai échappé deux parmi celles-ci, j'ai tout de même vu juste 6 fois sur 8, ce qui n'est pas mal non plus.
Même si l'Oscar de la direction photo n'a pas été remis à The Tree of Life, mais à Hugo, ce n'étais pas totalement une surprise. Par contre, celui du montage qui est allé à The Girl with the Dragon Tattoo était une agréable surprise (j'avais prédit The Artist, mais mon choix personnel allait au film de Fincher, donc j'étais très content). Tel que je l'avais imaginé, Hugo est d'ailleurs reparti avec plusieurs Oscars, tous techniques et je suis vraiment content de voir que ma prédiction sur le scénario de Woody Allen s'est avérée exacte.
Évidemment, la seule véritable grande surprise de la soirée a été l'Oscar remporté par Meryl Streep. Pas qu'il soit étonnant qu'on reconnaisse son talent et sa prestation dans The Iron Lady, mais j'ai été étonné que Viola Davis ne l'emporte pas pour The Help. Évidemment, le fait que Streep ait été nominée 17 fois (et ait remporté 2 Oscars en carrière) a joué pour beaucoup, mais comme elle était presqu'une habituée de laisser passer et de se retrouver là l'année suivante, j'avais sous-estimé cet élément dans son cas. Je suis bien content pour elle et son speech d'acceptation était plutôt drôle.
Du côté des présentateurs, la plupart des textes sont très écrits, alors il y a rarement des éléments très drôles ou particulièrement originaux. La présence de Robert Downey Jr aux côtés de Gwyneth Paltrow pour présenter l'Oscar du documentaire était hilarante, par contre.
Avec 14 prédictions justes sur 17 catégories (dont 8 sur 9 publiées), on pourrait se demander pourquoi je regarde les Oscars. Ce n'est, évidemment pas pour le Tapis Rouge (bien que la "joke" de Sacha Baron Cohen avec les cendres de Kim Jong Il était une trouvaille assez tordante). Les belles robes des actrices ne m'attirent pas nécessairement non plus - j'avoue être plutôt étanche aux designers de mode en général. Si vous voulez absolument mon avis, Nathalie Portman était probablement la plus jolie hier, mais elle est souvent la plus jolie, et les autres actrices avaient toutes l'air de porter la même robe blanc-oeuf en ouverture à cloche vers le bas avec un décolleté variable.
Pourquoi je regarde les Oscars, alors? Et bien tout simplement parce que j'adore le cinéma. J'aime énormément le cinéma. Et quand on est passionné de films, il est normal que l'on aime se retrouver avec des gens qui partagent notre passion. Hier, pendant le gala, il n'était pas rare d'entendre les gens (dans leurs remerciements ou dans des présentations spéciales ou vidéo) mentionner à quel point ils adorent le cinéma. Ayant dans ma vie côtoyé très peu d'amis qui adorent vraiment ça autant que moi, j'avoue que mon rendez-vous annuel avec Hollywood et Oscar, c'est un peu comme une soirée passée en compagnie de gens qui partagent ma passion, qui sont, en quelque sorte, sur ce point, comme moi. Hier soir, j'étais touché quand Billy Crystal a parlé du producteur qui l'avait engagé la première fois pour les Oscars, et qui est décédé pendant l'année. J'étais heureux de voir Jean Dujardin remercier Douglas Fairbanks, pionnier du cinéma avec Chaplin, j'étais content de voir Michel Hazanavicius remercier (trois fois!) le réalisateur Billy Wilder. J'étais amusé de voir certains acteurs venir nous raconter leurs premiers souvenirs au cinéma et que plusieurs de ces souvenirs croisaient les miens. Il n'y rien d'utile à écouter les Oscars, pas plus qu'à avoir cumulé des souvenirs et connaissances sur le cinéma depuis des décennies. Mais c'est ça, la beauté d'une passion comme celle-là; pas besoin d'y chercher une utilité, c'est agréable et c'est suffisant. Et ça le sera toujours pour moi, quand arrive la saison des Oscars.
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Photos: Oscars.com

samedi 25 février 2012

Oscars 2012: Les prédictions de l'Esprit Vagabond

Après la publication de mes choix pour les Oscars, voici un exercice plus difficile, celui de prédire quels seront ceux de l'Académie ce dimanche soir. Je me concentrerai sur les mêmes neuf catégories, essentiellement pour les mêmes raisons que dans ma liste de choix.
Le jeu des prédictions est souvent risqué, car les résultats du vote dépendent de beaucoup de facteurs, qui dépassent le simple concours annuel. Je tenterai de tenir compte de ces divers facteurs dans les arguments justifiant mes pronostics. Une précision, si vous avez entendu des reportages sur les oscars depuis l'annonce des nominations; j'ai entendu à plusieurs reprises que l'un des favoris était Hugo, de Scorcese, car c'est le film qui obtient le plus de nominations. C'est souvent un bon signe, mais cette année, on oublie l'absence de nominations dans les quatre catégories d'acteurs, qui sont très importantes dans l'appréciation générale d'un film aux Oscars. Je pense donc qu'Hugo, en autant que les neuf catégories majeures sont concernées, repartira bredouille. En plus, le film de Scorcese jongle avec le fantastique, ce qui est souvent le signe qu'on le récompensera par des Oscars plus techniques.

Devant la caméra
Meilleur acteur: Jean Dujardin. Dujardin est porté par un film qui a le vent dans les voiles et un des plus grands nombres de nominations, dont plusieurs dans les catégories artistiques majeures. Il a aussi remporté le Screen Actor's Guild (SAG) Award, un prix voté par des acteurs, qui sont majoritaires en nombre, à l'Académie. Son rôle est aussi un hommage à Hollywood et à ses premiers acteurs, tout ça plaira énormément aux membres de l'Académie. Et sa performance mérite l'Oscar, même si son seul véritable rival - qui pourrait encore causer une surprise dimanche soir - est George Clooney. Clooney en est à sa 3e nomination en 5 ans dans cette catégorie; on pourrait le croire dû, mais c'est sans compter sur l'idée qu'il y sera à nouveau, probablement dans un futur proche; son tour viendra. Il a de plus déjà remporté l'oscar du meilleur acteur de soutien. Dujardin, donc, mais cette catégorie est celle que j'ai trouvé la plus ardue à prédire.
Meilleure actrice: Viola Davis. Parce que sa performance dans The Help avait Oscar écrit partout dessus, si je puis m'exprimer ainsi. Le sujet, le traitement, son interprétation tout en douceur et en humour d'un sujet pourtant sérieux, ça et le fait que trois de ses adversaires (Streep, Close et Williams) ont joué dans des films moins réussis; leurs nominations sont donc déjà en quelques sortes leur récompense. Rooney Mara (mon choix) est la seule nomination importante de son film, qui est un thriller en plus, genre de film qui n'est jamais mis de l'avant dans les catégories majeures. Davis, qui a déjà le SAG en main, repart avec l'Oscar, sans aucun doute.
Meilleur actrice de soutien: Octavia Spencer. Un rôle secondaire marquant, entre comédie et drame, quelques scènes inoubliables dans un excellent film, qui obtient plusieurs nominations pour ses actrices. Le seul obstacle entre l'Oscar et Spencer est la possible division du vote des amateurs de The Help, puisque Jessica Chastain est également nominé dans cette catégorie pour le même film. La division avantagerait Bérénice Bejo - les françaises causant parfois des surprises dans cette catégorie - mais cette potentielle division n'a pas empêché Melissa Leo de l'emporter l'an dernier, pas plus que ça n'empêchera Spencer de l'emporter cette année (Ça ne l'a pas empêché de remporter le SAG en tout cas, face aux mêmes nominées). Pour ceux qui portent attention, je ne ferai donc pas la même erreur que l'an dernier :-).
Meilleur acteur de soutien: Christopher Plummer. Aucune performance n'est arrivée à la cheville de celle-là dans cette catégorie. On aurait pu croire aux chances d'un vétéran comme Von Sydow, par exemple, mais Plummer profite lui aussi d'une longue carrière. Autrement, le seul autre prétendant aurait pu être Kenneth Brannagh, plusieurs fois nominé auparavant, et qui joue un personnage réel et un acteur, en plus, mais Plummer était trop fantastique dans The Beginners pour laisser d'autres choix à l'Académie, comme le confirme d'ailleurs son SAG dans cette catégorie.

Derrière la caméra
Meilleur réalisateur: Michel Hazanavicius, The Artist. On assiste à une vague qui ressemble à celle de l'an dernier, en faveur de The Artist. Mon argument de 2011 tient donc encore la route cette année pour cette prédiction ("Dans les 10 dernières années, il n'est arrivé que 3 fois où cet Oscar n'a pas été remis au réalisateur du film oscarisé à titre de meilleur film -cette prédiction est donc reliée à cette dernière catégorie, voir ci-bas"). M'étant avéré exact l'an dernier sur ce point, on est donc à 3 fois en 11 ans avant qu'Hazanavicius ne soit grand favori cette année. Sinon, Scorcese serait le choix de l'Académie, mais il a remporté cet Oscar il y a 5 ans pour The Departed, alors il n'y a rien qui puisse nuire au vote massif pour le réalisateur français, qui a également remporté le Director's Guild Award cette année.
Meilleur scénario adapté: The Descendants. À part pour l'acteur de soutien, il n'y a que les scénarios où mes prédictions rejoignent mes choix. La catégorie est pourtant fortement représentée par des anciens nominés et anciens lauréats, mais le scénario d'Alexander Payne et ses collaborateurs sera récompensé, ne serait-ce que pour souligner l'excellence de ce film qui ne remportera pas l'Oscar du meilleur film ni celui du meilleur réalisateur. Le seul qui pourrait prétendre causer la surprise est Moneyball, mais ça serait essentiellement pour les mêmes raisons, donc ça m'étonnerait. Moneyball, bien qu'il soit excellent, est moins fort et il a obtenu moins de nominations dans les catégories majeures que The Descendants.
Meilleur scénario original: Midnight in Paris. La course, ici, se joue à deux entre le Woody Allen et The Artist. Bridesmaids est une comédie succulente, mais les comédies ont rarement la cote quand vient le temps de remporter l'Oscar. L'excellence du scénario a donc déjà été récompensé par cette nomination. A Separation aurait pu causer la surprise (Arcand l'a fait avec les Invasions Barbares), mais pas face à Woody Allen dans cette forme splendide. Quand à Margin Call, sa nomination est déjà une surprise en soi. Enfin, The Artist et Midnight in Paris sont les deux seuls films de cette catégorie à être également nommé à titre de meilleur film. Ce qui me fait croire que The Artist échappera celui-là, c'est que son scénario, bien que parfaitement réussi pour le film, est quand même assez traditionnel, et que l'absence de dialogues parlés (et la forme minimaliste des dialogues écrits) font que l'exercice semble moins méritoire que le scénario de Woody Allen. Allen détient également le record pour avoir été en nomination dans cette catégorie 14 fois. Et comme son dernier Oscar pour le scénario remonte à 1986, on voudra certainement reconnaître son talent et son apport au cinéma du même élan.

Films
Meilleur film en langue étrangère: A Separation. Catégorie difficile, qui répond à des règles différentes des précédentes. Ici, je me base sur deux éléments. J'y vais d'abord avec les résultats des autres prix dans cette catégorie; Golden Globe (pas un excellent indicateur, même s'il s'est avéré exact l'an dernier), César (contre Incendies, de Denis Villeneuve, tiens). Le BAFTA (britannique) lui a échappé, mais contre l'Almodovar qui n'est même pas nommé aux Oscars. Le chauvinisme a donc ses limites et je ne crois pas aux chances de Monsieur Lazhar. A Sepration est également le seul film de sa catégorie à obtenir une autre nomination, et pas n'importe laquelle, celle du scénario. Cet élément à lui seul me permettrait de faire cette prédiction. Car la dernière fois où ça s'est produit, c'était l'année des Invasions Barbares et le film d'Arcand avait remporté l'Oscar.
Meilleur film: The Artist. Même s'il ne profitait pas déjà d'une vague en sa faveur, le film a récolté des nominations pour ses deux acteurs, son réalisateur et son scénario; toutes des catégories majeures. Hugo de Scorcese, Midnight in Paris et Tree of Life n'ont aucune nomination pour les acteurs et The Help et Moneyball n'ont pas été nommés pour leur réalisation. War Horse et Extremely Loud sont déjà honorés d'être en nomination.
Reste donc The Descendants et The Artist. Ce dernier possède tout ce qui fait d'un film un lauréat idéal, avec sa thématique hollywoodienne et historique ainsi que son hommage au cinéma américain et ses pionniers. Ces éléments l'emporteront donc sur The Descendants, qui raconte une histoire plus contemporaine et moins spectaculairement originale que celle de The Artist. Accessoirement, c'est aussi l'occasion pour les membres de l'Académie de réaffirmer leur amour d'une certaine manière de raconter des histoires; le seul film ayant plus de nominations que The Artist étant Hugo, un film en 3D. On ne pouvait imaginer plus diamétralement opposé que ces deux hommages au cinéma d'antan; l'un en 3D, l'autre muet et en noir et blanc. La nostalgie de The Artist l'emportera haut la main sur le génie de Scorcese, et le film le mérite.
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Qu'en dites-vous? Avez-vous des prédictions différentes? Qui causera la surprise?
Réponses dimanche soir...

Oscars 2012: Les choix de l'Esprit Vagabond

Je me rends compte que le temps file et que la cérémonie des Oscars est dans quelques heures à peine. Voici donc, dans un premier temps, mes choix personnels aux Oscars de cette année.
N'ayant pas vu les films d'animation en nomination, je m'abstiendrai donc de voter ou prédire le résultat de cette catégorie. J'aurais aimé avoir pu choisir The Adventures of Tintin, mais c'est une autre histoire. N'ayant pas vu les longs métrages documentaires en nomination cette année, ma liste concerne donc les neuf catégories majeures restantes.
Sans plus tarder, voici donc Mes Oscars à moi: Pour cette année, je remarque que ces choix diffèrent sensiblement de mes prédictions*; nous verront dimanche soir si l'Académie saura me surprendre agréablement ou si j'ai simplement eu des goûts différents de la majorité cette année.

Devant la caméra
Meilleur acteur: George Clooney. Disons-le d'emblée, tous les nominés ont offerts une performance exceptionnelle, et tous dans de très bons films. Ceci dit, Clooney est celui qui devait livrer la performance la plus large en terme de registre. L'ambiance du film doit beaucoup à sa présence à l'écran, et le fait que sa performance ait l'air sans effort est d'autant plus admirable. Dujardin n'est vraiment pas loin derrière, et sa performance charmante et comique dans The Artist l'aurait probablement emporté à mes yeux s'il n'avait eu Clooney dans The Descendants cette année.
Meilleure actrice: Rooney Mara. Je suis à contre-courant pour celle-là. Même si je n'ai pas vu toutes les performances en lice, mon choix s'arrête définitivement sur Rooney Mara. Elle s'est attaqué avec brio à un rôle très difficile, plein de subtilité, sur un personnage connu et admiré par les fans du roman de Larsson, et de surcroît, après qu'une excellente actrice (Noomi Rapace) n'ait reçu que de bonnes critiques pour avoir créé ce personnage à l'écran avec aplomb quelques années auparavant. Malgré ce défi immense, Rooney Mara compose une merveilleuse Lisbeth Salander et nous donne définitivement envie de la revoir dans ce rôle pour les adaptations des deux autres romans. Le fait qu'elle offre une telle performance d'actrice dans un film plus orienté sur le divertissement (The Girl with the Dragon Tattoo est un thriller) est aussi quelque chose qui est hors norme aux Oscars. Même si Viola Davis était excellente dans The Help, son défi n'y était pas aussi grand.
Meilleur acteur de soutien: Christopher Plummer. Je n'ai pas vu non plus toutes les performances dans cette catégorie, mais j'avais déjà mentionné qu'il devait être nominé, dans mon commentaire sur The BeginnersCe n'est donc pas une surprise de me voir reconnaître son incroyable performance. Et parmi les autres que j'ai pu voir, aucun ne s'approche de l'état de grâce de Plummer dans ce film tragi-comique, où il tient un rôle absolument truculent.
Meilleure actrice de soutien: Bérénice Bejo. Un autre choix à contre courant, car je sais bien qu'il est un peu irrationnel. Peut-être parce que je n'ai pas autant apprécié The Help que plusieurs (malgré qu'il s'agisse sans aucun doute d'un des meilleurs films que j'ai vu cette année), j'ai été touché par l'apparente naïveté apportée par Bejo à son rôle dans The Artist, et ce par une actrice qui est loin d'être à ses premiers pas au cinéma. Jouer de manière totalement différente de ce à quoi nous sommes habitués comme spectateurs (puisque The Artist est un film muet) offrait une difficulté qui a été relativement peu remarqué par les critiques, il me semble. Et puis à part les deux actrices de The Help, les autres performances étaient tout de même offertes dans le cadre de films moins abouti que The Artist.

Derrière la caméra
Meilleur réalisateur: Alexander Payne, The Descendants. Une catégorie monstre, cette année, avec cinq nominations très fortes, qui auraient pu remporter un Oscar haut la main certaines années. Un choix très difficile, donc qui sera aussi à contre courant. Payne, parce qu'il signe un film, avec Midnight in Paris, qui est le plus finement réalisé de l'année; direction d'acteurs, photo, cadrage, rythme, tout y frôle la perfection quand le film ne l'atteint pas carrément. Il faut beaucoup de talent pour en arriver à un film aussi bien équilibré. Il devance Woody Allen de peu dans mon palmarès personnel de l'année, la différence la plus marquée entre les deux étant l'aspect parfois plus caricatural de l'interprétation de certains personnages de Midnight (même si c'était évidemment voulu). Sinon, j'avoue avoir été estomaqué par la réalisation de Terrence Malick pour The Tree of Life, alors je suis très loin des choix les plus probables de l'académie; Scorcese pour Hugo et Hazanavicius pour The Artist, deux réalisations également remarquables.
Meilleur scénario adapté: The Descendants. Dans cette catégorie, malgré l'excellence des autres nominés, aucun ne s'élève à ce niveau de subtilité et ne ratisse aussi large au niveau des émotions qu'il procure au spectateur. A mes yeux, il n'y a donc pas de réelle compétition dans cette catégorie, bien que j'ai apprécié tous les scénarios en lice pour leur grande qualité. Il y a The Descendants, et il y a les autres.
Meilleur scénario original: Midnight in Paris. Un choix encore plus facile que le précédent, puisque malgré ses qualités, Bridesmaids n'atteint pas le niveau du film de Woody Allen, ou de The Artist. Si Margin Call était un bon film, un de ses points faibles était justement, à mes yeux, que son scénario aurait pu aller plus loin et faire preuve de plus de subtilité. Quand à The Artist, derrière son idée originale et surprenante, l'excellence du film repose plus sur la manière et l'interprétation sur sur le scénario proprement dit, même si on doit reconnaître le défi que représentait l'écriture d'un scénario muet des décennies après l'apparition du parlant.

Films
Meilleur film en langue étrangère: Monsieur Lazhar. N'ayant pas vu la majorité des films, je ne suis que chauvin ici, mais non sans avoir trouvé que le film de Falardeau était un véritable petit bijou. Qu'il l'emporte ou non, sa renommée est déjà une victoire, cette nomination également, pour son réalisateur comme pour notre cinéma.
Meilleur film: Midnight in Paris. J'avais trois meilleurs films dans cette catégorie; Midnight in Paris, The Descendants et The Artist. Les autres étaient également parmi mes films préférés de l'année, mais à un autre niveau (je n'ai pas vu War Horse). Si je me basais sur mon sentiment après le visionnement de chacun, Midnight in Paris serait en tête. Il s'y retrouve donc. J'ai adoré The Artist, et j'ai particulièrement aimé l'idée de faire un film totalement à contre courant de la direction qu'a prise le cinéma américain depuis quelques décennies. C'est un film merveilleux, que ma tête aurait sélectionné si j'avais eu à voter comme membre de l'Académie, parce que j'aurais absolument voulu récompenser l'originalité de la démarche qui accompagne un film parfaitement réussi. J'aurais eu de la difficulté à ne pas accorder mon vote à The Descendants, un film parfait à tant de points de vue et le film le plus fin et subtil de l'année; si j'avais fait du cinéma, The Descendants aurait été parmi les films que j'aurais aimé réaliser. Mais il y a Woody et son Midnight in Paris. Je suis un fan de Woody Allen depuis plus de 20 ans, alors mon choix n'étonnera personne. Car le dernier film de Woody est une petite merveille, un film délicieux doublé d'un hommage à l'art, à la nostalgie, à l'écriture, bref, c'est le film qui touchait le plus à des thèmes qui me sont chers. Magie, charme, tendresse, Midnight in Paris est le film qui m'a le plus enthousiasmé de l'année 2011. Il reçoit donc mon Oscar pour ça.
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Et vous, quels sont vos choix?
* Mes prédictions suivront dans le prochain billet.

mercredi 22 février 2012

Hôtel Hilton 11 février - Notes - 22 février 2012

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Notes - Retour sur une nouvelle dont le futur se déroule maintenant dans le passé.

Quand j'ai écris Hôtel Hilton, 11 février, à la main, un 11 février, sur du papier de l'Hôtel Hilton de Laval, c'était à la fois pour passer le temps pendant les pauses d'une journée de formation et pour me projeter dans un futur relativement proche, surtout pour tenter d'y voir des aventures ou des voyages palpitants, pour moi et mes amis. Je préparais alors mon (premier) séjour en Équateur, et ne savais pas ce qui allait advenir de ces amitiés ou de ma vie, après ce séjour de quelques mois; après tout, mon billet "Montréal-Quito" ne portait pas de mention "Montréal" pour le retour. J'ai donc laissé allé mon imagination un peu partout sur la planète, en tentant de ne pas trop exagérer malgré tout.
La nouvelle a été transcrite puis publiée sur mon site web un peu plus tard en 2004.

Février 2012 m'a replongé dans quelques projets littéraires et à cette occasion, j'ai voulu mettre à jour mes textes disponibles en ligne. Je suis évidemment tombé sur la publication de la nouvelle Hôtel Hilton, 11 février, que j'ai relue avec un sourire. Par un beau hasard, nous étions quelques jours à peine après le 11 février 2012, dernière journée de la nouvelle... Le futur de ma nouvelle était donc entièrement dans mon passé. Un beau moment pour jeter un regard sur ces neuf ans réels et relire les neufs années fictives dans ce contexte. Pour l'occasion, j'ai donc réédité cette nouvelle en l'incorporant sur ce blogue.

La nouvelle est parfois un peu maladroite, mais comme l'exercice était de comparer le futur de cette époque avec le passé d'aujourd'hui, j'ai résisté à en changer les éléments, même les moins bons.

Voici donc les quelques notes que retiens de cette comparaison réel-fictif / futur-passé.

Quand j'ai écris la nouvelle, j'ai utilisé plusieurs noms véritables de connaissances, parents et amis. Évidemment, il s'agissait d'une version fictive de ces personnes, relativement peu développées dans la nouvelle de toute manière. Malgré cela, les vraies personnes étaient des inspirations pour leur alter-ego fictif. Ils sont donc partie intégrante de cette histoire, la réelle comme la fictive.

Sur les lieux des lettres, je n'ai jamais mis les pieds à Edimburg, Nairobi ou Tunis. Je suis par contre retourné à Vancouver, Lloa, Munich, Brno et Québec, même si ce n'est évidemment jamais arrivé un 11 février. Je suis aussi retourné à Londres, où m'ont rejoint Stéphane et Suze. Et si je n'ai pas fait de projet de coopération en Afrique, Suze en a fait un (au Burkina Faso), et nous sommes tous deux passé au Chili, pays où Stéphane est également allé plus récemment.

Même si ce n'est pas arrivé en 2007, mais en 2005, nous avons bel et bien été colocs à nouveau à Vancouver, et tous les trois. Ed Seto n'est pas revenu de Yellowknife en 2007; il est d'ailleurs toujours dans le grand nord canadien, mais nous nous sommes revus à Montréal, en 2008. J'ai bien été invité - et j'ai assisté - au mariage de Dan Ma, non pas en 2010, mais bien à l'automne 2004!

Si je ne suis pas retourné à Lloa en 2008 pour la bonne raison que j'y suis retourné trois fois, entre 2005 et 2007. Je n'étais pas à Brno le 11 février 2009, ni à Prague en 2010, mais j'y étais en juillet 2011 et j'ai pu réaffirmer qu'effectivement, Prague était la plus belle ville du monde. Enfin, sans aller dans le désert au sud de la Tunisie en 2012, j'ai tout de même passé quelques semaines dans le Maghreb, au Maroc, en 2010.

Je n'ai jamais revu Amanda et Leah ni Damian, mais je suis encore en contact avec Cathy.
Et même si nous n'avons jamais voyagé en Bavière ensemble, je revois à l'occasion (et toujours avec plaisir) Nicolas et Enrico. À ma connaissance, Stéphane n'a pas eu de conjointe japonaise nommée Kazumi, pas plus que je n'ai connue de Hannah à Munich ou de belle polonaise nommée Karin... bien que j'aie travaillé pendant plusieurs mois en 2006 avec une belle Karin d'origine polonaise.

Suze a non seulement terminé le DEC entrepris en alternance avec ses projets à l'époque du premier épisode, mais aussi fait un certificat (quasi terminé) et est à la conclusion de sa 2e année de Bacc. en Études Internationales.
C'est moi et non Maria qui est allé vivre ne Espagne (en 2010).
Nous n'avons ni l'un ni l'autre vu Glasgow, Cork ou Dublin, mais les villes que notre trio a visité depuis 2004 et qui n'apparaissent pas dans la nouvelle seraient très longues à énumérer. Stéphane ne m'a jamais rejoint à Palerme, mais la dernière fois où nous nous sommes croisés à l'étranger, dans les Balkans, on s'est quitté alors qu'il partait pour Rome.
Je ne parle pas plus allemand qu'au début de la nouvelle, mais mon espagnol s'est beaucoup amélioré par rapport à ce que j'avais prévu de manière fictive... et finalement, c'est moi et non Stéphane qui a développé les rudiments du japonnais.
Mes soeurs se portent effectivement bien, Hélène n'a plus son duplex en copropriété, mais Pier-Olivier est actuellement à l'université. Il n'est pas allé à Barcelone, mais il est allé à Londres quelques semaines. Sophie et Martin ne sont pas allé dans l'Hymalaya, mais dans les Andes, et en ma compagnie, en plus.

Lors de mon dernier passage à Munich, je ne suis pas retourné dans le fameux parc; je n'ai pas osé aller vérifier si on pouvais s'y revoir dans le temps.
Ah, oui, je fais encore des contrats pour le cabinet qui m'avait offert une collaboration avant mon projet en Équateur, en février 2004 et dont il est question dans la première lettre de la nouvelle.
Et le Mitte's backpacker de Berlin existe toujours.


Hugues Morin, février 2012.
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dimanche 19 février 2012

Canada: La dictature s'installe

Introduction (de la dictature)
Il y a quelques mois, je vous parlais de certains romans dans lesquels on assiste à l'installation progressive d'un régime autoritaire (voir totalitaire). A propos de ces romans, je mentionnais: "Leur lecture fait réaliser de manière extrêmement crédible, comment un changement de valeurs peut être habilement imposé à toute une population, pour peu qu'elle se laisse manipuler."
Or la lecture de ces trois romans (et de quelques autres sur le même thème), en 2011-2012, interpelle le lecteur attentif à ce qui se passe au Canada par les nombreuses similitudes entre ces régimes fictifs - et surtout la manière dont ils imposent leurs mesures et leur idéologie - et ce que le Canada est en train de devenir sous le gouvernement Harper.
Car, lentement mais sûrement, la dictature s'installe au Canada (1).
Vous pensez que j'exagère? Jetons ensemble un oeil sur le passé politique récent du Canada (2).
(Vous pouvez également lire le billet suivant; publié un mois après celui sur les romans, dans lequel je revenais déjà sur quelques "nouvelles" politiques du gouvernement du ROC et de comment le gouvernement fédéral remodelait l'image et l'identité canadienne afin qu'elle corresponde à ses valeurs).
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Aveuglement et censure
Afin de bien jeter les bases d'une dictature, une étape importante est de pouvoir dire les choses sans que les faits ne puissent servir à nous contredire. Quand on gouverne avec une idéologie ou une série de dogmes au lieu d'avec les faits, ceux-ci sont encombrants et il faut donc les réduire au minimum. Tous les efforts des Conservateurs face à Statistiques Canada vont dans ce sens; il sera bien pratique pour eux de vouloir plus tard imposer telle ou telle politique, si personne n'a plus les données pour contredire leur point de vue. Le régime d'encadrement serré des scientifiques qui travaillent pour le gouvernement va dans la même direction; on ne veut surtout pas qu'une découverte scientifique allant contre l'idéologie du parti soit dévoilée au public.
Sécurité
On trouve également dans les régimes autoritaires une obsession pour la sécurité et une propension à faire arrêter les opposants ou à favoriser les emprisonnements pour tout et rien. Il n'est de secret pour personne que le gouvernement actuel est obsédé par la sécurité et que ses projets de lois en ce sens vont tous dans la direction voulue; accorder le plus de pouvoir possible aux autorités au nom de la sécurité et imposer des amendes et des peines minimales sont donc des politiques qui n'étonnent pas dans le contexte, malgré leurs contradictions inhérentes et leur inefficacité envisagée par tous les experts. Toujours au nom de la sécurité, on permet désormais l'arrestation massive de citoyens sans respect des droits fondamentaux de ceux-ci. L'affaire du G-20 est éloquente à cet égard, de même que la position du gouvernement face aux protestataires suite à ces mesures.
Violence et intimidation
On me dira qu'un régime autoritaire n'hésite pas à se servir de l'intimidation et de la violence comme outil de répression. Une fois admise la pratique d'arrestation massive d'opposants sans motif, le pas suivant consiste à faire accepter l'idée que la torture peut servir à obtenir de l'information et que l'information obtenue doit être utilisée et qu'il est souhaitable de l'utiliser. Une fois ce pas franchi, on pourra continuer dans le même sens, l'important à cette étape est de faire accepter l'inacceptable, ce qui est maintenant chose faite, au Canada.
Une dictature en devenir se doit évidemment de développer son appareil militaire, puisque celui-ci sera très utile pour les étapes suivantes et pour éviter des soulèvements populaires un peu plus tard dans le processus. On doit donc augmenter considérablement le budget consacré à la défense nationale, former les soldat au combat plutôt qu'aux missions de paix et acheter du matériel de pointe, et ce peu importe les coûts. Pour s'assurer de la loyauté de l'appareil militaire, on organise des parades et des cérémonies officielles pour en souligner l'importance. On organise également des festivités sur les batailles historiques du pays, pour augmenter le sentiment de fierté des forces armées et souligner l'importance de l'armée auprès du parti. Une fois encore, le coût importe peu.
Contrôle de l'appareil d'État
L'imposition de l'idéologie du parti dans la bureaucratie est primordiale dans toute bonne dictature. Il faut donc contrôler l'appareil d'état en le politisant et en le manipulant. La politisation passe par des nominations massives de proches collaborateurs du parti à des postes importants. Que ces proches aient ou non les compétences pour occuper les postes auxquels ont les nomme n'a pas d'importance, puisqu'il y seront essentiellement pour y défendre les intérêts du parti. Pour y arriver, on peut par exemple faire fi des règles établies pour les nominations non partisanes (comme le fait qu'elles doivent être basées sur le mérite).
Côté manipulation - quand les fonctionnaires ne sont pas encore suffisamment politisés - au Canada, les cas comme celui de la Ministre de la Coopération Internationale, qui a trafiqué des documents officiels puis menti aux Communes, les détournements de fonds dans les circonscriptions conservatrices lors du G8/G20 de 2010, et les interventions directes du cabinet envers les fonctionnaires et contre les scientifiques, sont des incursions directes dans l'appareil de l'état, interventions guidées par la partisanerie et l'idéologie.
Contrôle des pouvoirs
Les démocraties modernes reposent généralement sur le principe de la séparation des pouvoirs. Une dictature, au contraire, centralise les pouvoirs entre les mains d'un petit groupe (ou d'un individu ou d'un parti) pour assurer son contrôle. Au Canada, le gouvernement actuel légifère à sa guise (puisque la "sanction royale" est symbolique et qu'il est "majoritaire"), et en profite pour faire ses premiers pas dans l'imposition de ses vues au judiciaire, comme on le voit avec le projet de loi C-10 qui impose des balises fermes limitant le travail des juges.
L'exécutif (cabinet) ne respecte pas plus le fonctionnement du Parlement (législatif) - bâillon, limitation des comités, huis clos, etc - ni les lois qui y ont été votées par le passé. Le cas du retrait unilatéral du Protocole de Kyoto effectué malgré qu'une Loi Canadienne lie l'exécutif au protocole est un exemple parfait. L'exécutif Conservateur avait d'ailleurs déjà ignoré des votes de la chambre des commune auparavant et été reconnu d'outrage au Parlement en mars 2011, une première dans l'histoire du pays qui aurait dû faire comprendre à plusieurs à quel point ce parti avait une idéologie diamétralement opposée aux valeurs démocratiques. (Ceci se déroulait juste avant que le gouvernement Conservateur ne soit réélu par le ROC deux mois plus tard).
Les soupapes démocratiques existantes au Canada sont le Gouverneur Général et le Sénat. Dans le cas du GG, nous pensions qu'il s'agissait d'un poste symbolique, mais à deux reprises, le gouvernement Harper n'a pas hésité à s'en servir pour proroger le Parlement alors qu'il était menacé. Avoir la GG de son côté a réglé ce "problème démocratique". Quand au Sénat, il s'agit de procéder à des nominations massives de proches du parti, de manière répétée, pour s'en assurer le contrôle.
Restriction de la liberté d'opinion et d'expression
Si on veut contrôler l'opposition, on doit opérer sur deux fronts. Le premier est de contrôler l'information et la liberté d'expression, afin d'éviter que les voix opposées à notre idéologie se fasse entendre et que les opinions divergentes ne se propagent. Le second est de contrôler les discussions dans des instances gouvernementales. Le projet de loi C-52, déposé en novembre 2010 proposait entre autre d'obliger les fournisseurs de service Internet à transmettre des données sur les abonnés sans mandat de saisie. Le projet de loi C-30 reprend ces grandes lignes, donnant un pouvoir élargi à n'importe qui désigné par le gouvernement d'obtenir à sa guise des informations confidentielles sur qui il veut, sans mandat et sans que sa requête ne soit supportée par une enquête criminelle. Retirer lentement le droit à la vie privée est une constante classique en dictature. On la justifie d'abord par d'autres moyens, et une fois en place, on peut utiliser ces moyens pour espionner les citoyens, et contrôler qui dit quoi et qui fait quoi.
L'imposition du huis clos dans les comités parlementaires suggérée par le gouvernement Harper est également un pas important pour éviter la circulation de l'information sur les instances gouvernementales et limiter le droit des citoyens à être informé de ce que fait le gouvernement; une noirceur typique des dictatures.
Élimination des adversaires politiques
Si la limitation des discussions ou des voix des opposants ne suffit pas, pour installer une dictature, on doit carrément en venir à réduire les opposants au silence. Dans le cas qui nous occupe, ça commence par limiter les débats en chambre, et utiliser le bâillon à répétition pour passer les projets de loi sans avoir à en discuter le contenu. Ensuite, l'idéal d'une dictature est évidemment un régime à parti unique. Les efforts sont donc déjà mis en place pour éliminer ou affaiblir le plus possible tout autre parti, y compris par des lois favorisant directement le parti au pouvoir.
Concentration du pouvoir (et de la richesse)
Dans le cas du Canada, comme le pays est constitué de provinces, qui ont leur propres gouvernements, l'imposition d'une dictature commence par ignorer les gouvernements provinciaux ou leur représentants et imposer les décisions fédérales unilatéralement et sans discussions ou négociations préalables. On l'a vu pour les projets de loi sur la sécurité, sur l'abolition (et la destruction) du registre des armes à feu, sur les transferts en santé, sur les éventuelles modifications au régime de retraite, etc. Aussi, il faut éventuellement concentrer la richesse dans les mains des proches du parti et de son idéologie. Au Canada, on parle essentiellement des grandes entreprises minières et pétrolières et de quelques autres conglomérats. Une réduction importante de l'impôt des grandes entreprises est donc une aide directe du parti à ses supporteurs. Diverses mesures fiscales peuvent également accentuer l'aide au grands supporteurs du parti.
Propagande
Un bon dictateur ne serait être voué au succès sans une bonne propagande (2).
On a d'abord besoin d'un réseau "d'information" qui nous est proche et nous appui sans conditions. Puis, on veut réduire le plus possible les autres voix existantes au pays en contrôlant les organes qui les chapeautent. Ici, c'est donc à Radio-Canada que l'on s'attaque ouvertement, directement ou par le biais du groupe Quebecor, avec qui on entretien des liens étroits et qui se charge de s'attaquer aussi aux autres journaux pour nous.
Une propagande efficace fait passer notre idéologie par un message simpliste qui diabolise toujours nos opposants. Par exemple, il faut dire que ceux qui sont contre la Loi permettant d'espionner les internautes sont du côté des adeptes de pornographie juvénile. Ou encore dire que ceux qui s'opposent au projet de loi omnibus sur la sécurité et les peines minimales sont du côté des agresseurs et des violeurs. On affirme qu'il faut bien se serrer la ceinture pour atteindre l'équilibre budgétaire et sabrer dans la santé et l'environnement, mais éviter de dire que l'on a fortement augmenté le budget de la défense, ni dire que l'on a réduit les impôts des grandes corporations. Sinon, on peut accuser ceux qui s'inquiètent des impacts environnementaux de divers projets d'être des radicaux et des extrémistes ou encore les accuser carrément de trahison. Toutes les campagnes de salissage entreprises envers Stéphane Dion, Michael Ignatieff, Jack Layton et Gilles Duceppe dans les dernières années relevaient également de la propagande.
Enfin, pour une propagande efficace, on a aussi besoin de symboles forts, identitaires. Dans le ROC actuel, ces symboles sont par exemple le renouveau de la monarchie dans plusieurs institutions fédérales, ou encore les cérémonie d'assermentation ou de réaffirmation de citoyenneté. En cas de besoin, le gouvernement Harper n'hésite pas à fabriquer de toute pièce les cérémonies diffusées, à l'aide de figurants jouant un rôle, sur les ondes de notre "réseau-ami". La redéfinition de l'identité militaire des missions de paix vers les missions de combat fait partie du même élan, et la présence accrue du drapeau canadien est aussi importante dans l'accentuation de cette nouvelle image identitaire, de pair avec les célébrations des autres symboles.
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Conclusion (le pire est à venir)
Alors, vous pensez toujours que j'exagère?
Faites l'addition de tout ce qui précède, et gardez en tête que ça ne fait pas encore un an que ce gouvernement est en place (2). Il y avait de nombreux signes précurseurs, pour qui savait les lires, mais depuis leur élection par le ROC, les Conservateurs ont enfin la liberté voulue pour installer leur dictature de droite. Car ce qui précède n'est évidemment qu'un début.
Attendez de voir la suite. De voir ce que le gouvernement au pouvoir réserve à ses opposants, ses détracteurs, aux intellectuels et libres penseurs, à la culture, puis aux institutions comme Radio-Canada (où la censure gouvernementale a déjà débutée), puis aux journaux indépendants et aux blogues comme celui-ci.
Vous me direz alors si j'exagérais à l'époque où je pouvais encore avoir accès à certaines informations objectives et pouvais publier mon opinion sans crainte de représailles.
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Notes:
(1) Dictature: "Régime politique dans lequel le pouvoir est entre les mains d'un seul homme ou d'un groupe restreint qui en use de manière discrétionnaire." (atilf.fr)
(2) Le présent billet comporte plus d'une soixantaine de liens vers des sites d'actualités relatant diverses informations et opinions complémentaires sur les sujets abordés. La lecture de ces informations n'est certes pas nécessaire à la compréhension du billet, mais l'accumulation de faits sur les agissements du gouvernement Harper permet d'avoir une image saisissante de l'ensemble de ses méthodes. (Ce billet n'aborde pas l'idéologie du parti en elle-même; religion, avortement, armes à feu, peine de mort, environnement, néolibéralisme économique, etc).
(3) Dictateur: "Personne qui, parvenue au pouvoir, gouverne arbitrairement et sans contrôle démocratique." (Le Petit Larousse illustré, éd. 2007).
(4) Les photos ne sont publiées que pour alléger la présentation du texte et favoriser la réflexion.
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Jameson Empire Awards: Done in 60 seconds

Connaissez-vous le concours Done in 60 seconds?
"Chaque année, depuis 5 ans, Jameson et le célèbre Empire magazine lancent un défi aux fans de cinéma et aux apprentis réalisateurs: réaliser le « remake » d’un film culte en 60 secondes. L'exercice porte un nom: Done in 60 Seconds" (*)
En réalité, les cinéastes amateurs proposent parfois des remake, parfois des parodies, parfois des mélanges des deux, et ne se limitent pas toujours à un film de référence. Le résultat est bien entendu inégal, mais en général, les films proposés par le site de la revue de cinéma sont souvent drôle, parfois même hilarant.
Le concours de 2012 est en cours, on peut donc visionner les 20 films britanniques qui se disputent les 5 places disponibles pour passer à l'étape internationale.
L'ensemble des films retenus par le concours en 2011 est toujours disponible pour visionnement des courts.
Une minute, c'est très court pour réaliser une chose pareille. Le montage est donc parfois assez choqué et saccadé, mais certains parviennent à réaliser quelque chose de fort bien, compte tenu des limites imposées.
Parmi les films de 2011, je retiens particulièrement James Bond, The Exorcist, The Lion King, The Social Network et The Toyminator. Étrangement, seulement deux de mes choix se sont rendus à la finale, dont le vainqueur, 127 Hours, m'est apparu comme étant un des faibles du lot, reposant sur une idée ordinaire. Je ne dois pas réagir aux mêmes éléments que les membres du jury. Le meilleur court de la liste présenté sur le site pour 2011 est définitivement Inception, qui m'a fait rire à plusieurs reprises en une minute en plus d'être particulièrement bien équilibré.
Pour l'instant, dans les 20 films britanniques de 2012, mon favori est The F**King's Speech, mais j'ai aussi un faible pour Amélie 2.0 et Star Wars Prequel Trilogy, qui a le mérite d'avoir un bon punch final et de s'être attaqué à 3 films en 60 secondes!
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Ce concours est présenté dans le cadre des Empire Awards, organisés par la revue de cinéma du même nom. Pour les amateurs d'alternatives aux Oscars, les catégories des Empire sont différentes et axées sur le cinéma de genre et le vote est issu du public. Pour les curieux, les résultats de 2011 se retrouvent ici.
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(*) Communiqué de presse du 9 février.

samedi 18 février 2012

The Artist

Un des films les plus émouvants de 2011 est The Artist, et il se trouve que c'est également l'un des plus originaux de l'année. En effet, alors que le 3D est en train de devenir la norme plutôt que l'exception et qu'une majorité de films reposent plus sur les effets spéciaux que sur un scénario intelligent, The Artist arrive à contre-courant de tout ça, car il s'agit d'un film en noir et blanc, et muet de surcroît!
L'histoire se déroule justement au moment de l'invention du parlant, et raconte la descente aux enfers de George Valentin, une vedette du muet à Hollywood, qui n'arrive pas à accepter la nouveauté et à faire le passage au parlant. En parallèle à sa propre déchéance, il assistera à la montée fulgurante de Peppy Miller, une nouvelle venue dont il a collaboré à la découverte en début de carrière.
Bien que réalisé et scénarisé par des français, le film a été tourné à Los Angeles, et en anglais. Évidemment, la langue de tournage importe peu, puisque les dialogues (minimaux) passent par des diapositives intercalées aux scènes du film, comme ça se faisait à l'époque du muet.(bien que l'on distingue par le mouvement des lèvres des acteurs qu'ils s'expriment en anglais).
Douglas Fairbanks... et George Valentin
The Artist exploite donc une idée particulièrement originale (un film muet en 2011), en plus de mettre en scène un pan de l'histoire du cinéma. Les caractéristiques physiques et les films dans lesquels jouent George évoquent directement la carrière de Douglas Fairbanks, une des grandes vedettes du muet (qui n'a eu l'opportunité de jouer que dans quatre films parlants). Mais comme il s'agit tout de même d'une production réalisée au 21e siècle, le film se permet à la fois une réflexion et un hommage au cinéma muet. Le réalisateur se permet surtout de jouer avec les conventions du genre, puisque contrairement aux premiers films de Chaplin et Fairbanks, nous pouvons faire du son ou jouer sur certains retournements qui ne fonctionneraient pas avec le cinéma parlant traditionnel.
Ainsi, le cinéaste ne se prive pas pour jouer avec son film, au plus grand plaisir des spectateurs. Je retiens à titre d'exemple cette scène succulente où le personnage rêve qu'il s'entend jouer et que les accessoires font des bruits alors que lui-même n'a toujours pas de voix.
Les deux interprètes principaux, Jean Dujardin et Bérénice Bejo, sont merveilleux dans leurs rôles respectifs, et c'est particulièrement remarquable à une époque où les spectateurs sont habitués à un différent type de jeu de la part des acteurs, dans les films contemporains. L'apparente facilité de leur jeu rend d'autant plus admirable leur performance. Quand à la présence délirante du chien, elle a déjà été fort remarquée, et avec raison; il devient un personnage à part entière.
Le parti-pris des créateurs pour le cinéma muet, à une époque où le 3D prend de plus en plus de place et est utilisé par des réalisateurs renommés comme Spielberg ou Scorcese, fait inévitablement penser à la trilogie de passage du muet au parlant de Charlie Chaplin (City Lights, Modern Times et The Great Dictator), dans laquelle le génie de Chaplin lui assure ce passage avec succès, tout en rendant hommage au muet, en exprimant son amour pour ce cinéma, mais sans demeurer aveugle à la nécessité d'adopter le changement.
Si le George Valentin de The Artist avait pu voir la fin de The Great Dictator, il aurait d'ailleurs entendu le conseil de Chaplin: "You must [speak]. It's our only hope." Il est impossible que les créateurs de The Artist aient parsemé le film de ce genre d'hommages par hasard et la subtilité avec laquelle ils le font est également remarquable.
The Artist est donc un film à voir (et revoir) et ses nombreuses nominations aux Oscars sont amplement méritées.
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samedi 11 février 2012

Poursuites, gadgets, cascades, éléphant et des BBQ!

Dans un billet récent, je vous parlais du Théâtre Diana de ma jeunesse. Dans un autre billet récent, je vous parlais du hasard qui fait parfois bien les choses.
Par une autre coïncidence amusante, lors de recherches documentaires récentes, je suis tombé sur une publicité du Théâtre Diana parue dans le journal L'Étoile du Lac de Roberval du 23 août 1978.
Cette publicité annonce évidemment le programme cinéma de la semaine (25 au 31 août), et il s'agit d'un programme double. La primeur est Poursuite Infernale, la "Production la plus spectaculaire de l'année" qui propose "Une foule de cascades extraordinaires" On y mentionne le "Voleur d'autos le plus astucieux des États-Unis" qui, "avec ses gadgets électroniques, fait démarrer les moteurs à distance". (Je l'adore celle-là!)
Évidemment, l'affiche m'a beaucoup fait sourire. Je vous la reproduit donc ci-contre.
Ce qui est tout aussi amusant, c'est de voir comment on introduit le personnage principal (le policier qui s'attaquera au voleur astucieux): "On fait appel à JOE DON BAKER, champion de course et agent spécial". On notera que l'on donne le nom de l'acteur comme si c'était lui personnellement et non son personnage qui allait mener l'enquête.
Je note pour l'anecdote que le film en question, dont le titre original est Speedtrap, était sorti en avril 1978 aux États-Unis, comme quoi il y avait à l'époque un décalage plus sérieux entre les sorties américaines et robervaloises.
Comme il s'agit d'un programme double, on ajoute au bas de l'affiche la mention "Plus" avec le titre de l'autre film: Un éléphant ça trompe énormément (France, 1976). Je dois avouer que ça désamorce le suspense et la montée d'adrénaline annoncée avec le film d'action plein de cascades!
Si ce n'était pas suffisant, le bas de l'affiche mentionne "Nous vendons toujours les meilleurs barbecues en ville - Endroit licencié - deux salles à votre service".
Pardon?
Au moment d'écrire ce billet, je suis encore confus au sujet de cette information. On a définitivement l'impression que c'est le Théâtre qui annonce ses barbecues. Je n'ai aucun souvenir qu'on y ait vendu des poulets cuits, ni des boissons alcoolisées ("licencié"), et encore moins de souvenirs d'une seconde salle de cinéma! Je dois assumer qu'on propose des salles en location pour divers événements, mais cette étrangeté publicitaire hors-contexte me semble surtout jurer complètement avec l'affiche pleine d'action anticipée du film Poursuite Infernale.
Pour revenir à l'affiche et ses slogans naïvement racoleurs, on aurait tort de croire que c'était à une époque tellement lointaine qu'elle relate une période antique du cinéma. C'était en 1978, et nous étions après le premier Star Wars, nous en étions déjà à quelques James Bond joués par Roger Moore, après Close Encounters de Spielberg, Annie Hall de Woody Allen, Rocky et Jaws...
Enfin, vous aurez compris que je ne moque pas de la publicité du Théâtre Diana de 1978, mais que cette trouvaille sur laquelle je suis tombée par hasard est une petite fenêtre intéressante et amusante sur une époque où les choses se disaient différemment.
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mardi 7 février 2012

Entretien pré-départ avec Joanie

Joanie Ouellet est originaire de Chibougamau. Elle demeure et étudie présentement à St-Félicien au Lac St-Jean. Elle participera bientôt à un séjour de coopération internationale à Cuba et c'est dans le cadre de ce séjour que j'ai interviewé Joanie.

Hugues Morin (HM): Joanie, à quel niveau étudies-tu et dans le cadre de quel programme se situe ton projet?

Joanie Ouellet (JO): Je suis maintenant rendue en quatrième secondaire et la raison de mon projet est que je suis dans le programme d'études internationales de mon école et en quatrième secondaire il est obligatoire pour tous les élèves du programme.

HM: Pourquoi t’intéresses-tu à la coopération internationale?

JO: Avec ce programme, depuis la première secondaire qu'on nous montre à aider les autres autour de soi. Nous devons faire à chaque année un certain nombre d'heure de service communautaire. En première secondaire nous devions faire 10h dans notre famille, en deuxième nous devions faire 15h dans notre société, en troisième 20h dans notre société mais cette fois, nous sommes en groupes d'un dizaine de personnes. En quatrième, nous avons ce fameux projet de deux semaines et en cinquième je ne sais pas trop le nombre d'heures à faire, mais cette fois-ci, ça ce passera dans l'école même (par exemple: aider aux récupérations de math ou d'espagnol).

HM: Est-ce que c’est ton premier projet de coopération?

JO: Oui, mais surement que ça ne sera pas le dernier!!

HM: Dans quels pays as-tu mis les pieds jusqu’à maintenant et lequel t’as laissé la plus profonde impression?

La Havane, 2010.
JO: Pour commencer, j'ai été dans plusieurs provinces canadienne, ensuite je suis allée aux États-Unis. Pour les pays ayant une culture plus différente de la nôtre, j'ai voyagé, avec ma famille, à Cuba, en Jamaïque et au Honduras. Le pays m'ayant laissé la plus profonde impression, je dirais que c'est la Jamaïque. Pourquoi? parce que les gens là-bas sont magiques. Il n'y a jamais de problèmes pour eux (No problem ;) ). Ils ont toujours le sourire aux lèvres et cherchent toujours à nous en montrer plus. Là-bas nous nous étions trouvé un chauffeur de taxi incroyable, Deven. C'est lui qui nous a montrer une belle plantation de fruits et de café. C'est où que le café Blue Mountain se fait. Par contre, la meilleure chose qu'il a pu nous montrer c'est le Ricks café. Là nous avons pu assister à un super couché de soleil où l'on voyait le soleil tomber à vue d'oeil tout en écoutant, bien-sûr, du Bob Marley à répétition.

HM: Ça ne sera donc pas ton premier séjour à Cuba.

JO: Non, j'y ai déjà mis les pied quand j'avais 10 ans. C'était à Varadero. Par contre ce voyage était plus touristique.

HM: À quel endroit de Cuba se déroulera ton projet et quelles seront les activités prévues?

La partie centre-ouest de Cuba, avec La Havane (en haut)
et Guira de Melena, au sud.
JO: Nous irons à Guira de Melena (*). Nous étions supposés aller à la Isla de Joventud, par contre la madame qui s'occupe de ces affaires nous a dit qu'à cet endroit il n'y avait pas les installations nécessaires ou pas assez de tâches à nous faire faire. À l'endroit où nous allons, nous allons être jumeler avec des Cubains (nos "jumeaux Cubains"). Avec eux, nous pratiquerons notre espagnol, dont ça fait quatre ans que nous apprenons grâce au programme d'études internationales. Les tâches exactes que nous ferons ne sont pas exactement déterminées. Nous allons les savoir seulement sur place. Nous en avons par contre une bonne idée, avec les années précédentes. Donc, toujours ensemble, nous risquons de faire des tâches comme enlever les mauvaises herbes dans un champ, ou faire d'autres tâches ayant un lien avec la terre. Nous ferons aussi la réparation de livres dans des écoles et nous jouerons avec les enfants. Il y a aussi, durant notre séjour, la visite de la capitale La Havane, nous avons de fortes chances de faire une excursion à la montagne et peut-être même aller une journée dans la maison de notre "jumeau cubain", car nous ne dormirons pas chez eux, nous allons plutôt coucher dans un ancien motel (ou quelque chose dans le genre), on a seulement vu les installations, on ne nous a pas dit c'est quoi exactement.

HM: As-tu des attentes particulières envers ce projet?

JO: Ma plus grande attente est qu'à mon retour je puisse être capable de dire, à tous ceux à qui je parlerai, que j'ai aidé et été capable de mettre le sourire dans la vie de un ou plusieurs Cubain(s). Par contre, j'espère aussi en apprendre plus sur la vie quotidienne des Cubains et de revenir avec une meilleure maîtrise de mon espagnol. J'espère aussi apprendre à mieux connaître mes pairs, car à l'école nous parlons seulement à nos amis proches, mais dans ce voyage nous sommes divisés en brigades. Ce n'est pas nous qui décidons avec qui nous nous plaçons. Cela fait en sorte que nous devrons travailler ensemble et apprendre à nous connaître.

HM: Merci Joanie, je te souhaite un agréable séjour là-bas, et on se reparlera après ton retour.
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(*) Guira de Melena est situé à environ 1h au sud de La Havane, c'est-à-dire immédiatement au sud de San Antonio de Los Banos, et compte environ 35 000 habitants.
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Entretien réalisé par échange de courriels, février 2012.
Pour savoir comment j'ai découvert Joanie, lire l'anecdote publiée ici.
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dimanche 5 février 2012

Découverte d'une coopérante ou Quand le hasard fait bien les choses

Je vais vous raconter une petite anecdote.
La semaine dernière, j'ai appris que mon blogue avait servi de référence dans le cadre d'une présentation scolaire sur les voyages. La présentation, intitulée "Quand vous voyagez, découvrez-vous vraiment une nouvelle culture? et sous-titrée "Voyages superficiels", avait été préparée par Joanie, une étudiante en quatrième secondaire de St-Félicien, au Lac St-Jean.
Le document support de sa présentation pose la question: "Plusieurs voyageurs pensent, qu’en ayant voyagé dans un autre pays, ils ont découvert une nouvelle culture. Ont-ils raison?"
La jeune fille explore par l'exemple, avec Cancun, au Mexique et Cuba, deux destination-soleil particulièrement populaires auprès des québécois amateurs de tout inclus à la plage. Puis elle poursuit en creusant la question de la méconnaissance des autres cultures, particulièrement celles de l'Afrique. Elle mentionne l'aide humanitaire et la coopération internationale et aborde quelques questions d'éthiques reliées au voyage.
Cette présentation en soi n'aurait rien de très particulier - outre le fait que le document est bien fait et que le sujet me touche spécifiquement - mais voilà que Joanie cite cette page de l'Esprit Vagabond à titre de référence dans sa section sur ce que les touristes de tout-inclus rapportent de Cancun comme connaissances culturelles.
Extrait de la présentation préparée par Joanie
J'ai trouvé gentil et charmant qu'on m'utilise comme référence, surtout dans le cadre d'une présentation sur un sujet qui me tient à coeur comme le fait de voyager autrement et de profiter le plus possible de l'immersion culturelle que les voyages procurent.
Mais ce n'est pas là que l'anecdote est la plus intéressante.
Si la mère de Joanie m'a expédié ce document, ce n'est pas simplement pour m'informer que sa fille avait utilisé mon blogue comme référence. C'est que quand sa fille lui a montré sa présentation, la mère m'a reconnu... puisque nous sommes cousins. Ma cousine Suzanne mentionne dans son courriel que non seulement elle-même ne savait pas que Joanie avait découvert mon blogue par hasard avant de voir la présentation, mais que cette dernière n'avait pas fait le lien, puisque nous ne nous connaissons pas.
J'ai trouvé l'anecdote (et la semi-coïncidence) particulièrement amusante.
Ma cousine m'a aussi appris que Joanie et moi devions avoir hérité d'un bagage similaire de nos ancêtres communs, puisque celle-ci s'intéresse au fait de voyager autrement, à la photo et la coopération internationale. Enfin, j'apprenais également que Joanie devait bientôt effectuer un séjour de coopération, alors j'ai pris contact avec elle pour réaliser un petit entretien, qui sera bientôt publié sur l'Esprit Vagabond.
Comme quoi parfois, le hasard fait bien les choses (quand on lui donne un coup de main avec un blogue). Et ça tombe bien car j'aime bien donner un coup de pouce au hasard.
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samedi 4 février 2012

Cinéma et Hommages: Une seconde salle Arcand

Le couple Robert-Arcand avec Guy Gagnon,
extrait du site de La Presse
Vous connaissez probablement l'admiration que j'ai pour l'oeuvre de Denys Arcand, dont j'ai déjà parlé sur ce blogue. J'étais donc bien content d'apprendre que le cinéaste venait d'être honoré lors de l'inauguration d'une salle de cinéma baptisée en son honneur dans un complexe de cinéma de St-Jérôme.
La nouvelle était un peu partout dans les médias culturels la semaine dernière, avec quelques photos.
Si je reviens sur cette nouvelle et cet hommage bien mérité, c'est que la chose a une résonance bien personnelle pour moi. Et doublement.
J'ai eu le plaisir et la surprise de découvrir que l'initiative de St-Jérôme vient du propriétaire du complexe, Guy Gagnon, ex-président d'Alliance Vivafilm, que je connais pour avoir eu affaires avec lui lorsque j'étais moi-même gérant de cinéma à Roberval il y a un peu plus d'une décennie.
Le Cinéma Chaplin rend hommage au
Théâtre Diana (2005)
M. Gagnon est, comme moi, originaire de Roberval au Lac St-Jean (il est le fils de J.-Hylas Gagnon, qui était propriétaire du Théâtre Diana à Roberval, le cinéma où j'ai vu mes premiers films). Guy Gagnon a donc oeuvré dans le milieu du cinéma au Québec toute sa vie et je suis content de voir qu'il a honoré Arcand quand est venu le temps de baptiser une salle de son complexe nouvellement rénové.
Le cinéma Chaplin de Roberval a d'ailleurs rendu hommage à Guy Gagnon lui-même, en collaborant aux fêtes du 150e anniversaire de la ville de Roberval et en affichant un panneau honorifique du Théâtre Diana au-dessus de sa porte lors de l'année du 150e; une manière de rappeler aux robervalois que si le Chaplin existait, c'était en grande partie à cause de ma passion pour le cinéma, qui ne se serait jamais développée de la même manière si le Théâtre Diana et la famille Gagnon n'avait été là avant moi.
Ainsi, cette année-là, alors qu'il était toujours à la tête d'Alliance Vivafilm, Guy Gagnon avait choisi Roberval et le Cinéma Chaplin pour y présenter en avant-première le film Aurore. À cette occasion, le journaliste Alexandre Gauthier de l'Étoile du lac écrivait:
"Appelé à prendre la parole, M. Gagnon a rapidement démontré tout cet attachement au coin de pays qui l'a vu naître. Il a également paru très touché lorsqu'on lui a révélé que le Cinéma Chaplin allait porter le nom de «Théâtre Diana» pendant la saison estivale."
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Affiche dédicacée offerte par
Denys Arcand en 1998
De retour à l'hommage à Denys Arcand, si le titre de ce billet parle d'une seconde salle Arcand, c'est que M. Gagnon n'est pas le premier à avoir honoré le cinéaste en baptisant une salle en son nom.
Je ne ferai pas de fausse modestie, puisque le premier à avoir inauguré une "Salle Arcand"... c'est moi. :-)
En effet, lors de l'inauguration du Cinéma Chaplin de Roberval, que j'ai fondé en 1998, nous avions baptisé notre salle 2: Salle Arcand en hommage au réalisateur et scénariste québécois. Nous avions évidemment invité Denys Arcand, mais ce dernier était occupé par d'autres projets au moment de notre ouverture (en plein temps des fêtes). M. Arcand nous avait toutefois expédié une affiche autographiée de Jésus de Montréal qui avait été installée de manière permanente sur le mur du cinéma pour l'ouverture (et qui a toujours sa place sur ce mur aujourd'hui).
Lors de la publication de la manchette sur l'hommage de St-Jérôme, TVA Nouvelles (en ligne) cite Guy Gagnon:
"«Je considère que Denys Arcand est un des plus grands cinéastes québécois, mais aussi canadien. Il n'existe pas de salle de projection qui porte son nom. L'occasion des rénovations était bonne pour lui rendre hommage», affirme Guy Gagnon."
Aperçu de l'intérieur de la salle Arcand de Roberval, en 2000
Bien que j'ai trouvé dommage que ce dernier ignore l'hommage que nous avions fait à M. Arcand, Guy Gagnon ne pouvait pas savoir que nous avions aussi honoré le réalisateur québécois il y a 13 ans, et c'est pourquoi je suis revenu sur le sujet dans ce billet. Avouez qu'il est particulièrement amusant de voir que ça aura pris deux gars de Roberval pour honorer Denys Arcand de cette manière.
Les lecteurs de ce blogue qui ont connu l'Esprit Vagabond avant son passage en ligne se souviendront peut-être un festival de littérature et cinéma fantastique tenu à Roberval à l'été 2000. Le volet cinéma du festival s'était justement déroulé dans la Salle Arcand. Pour l'anecdote, soulignons que les scénaristes Joël Champetier et Patrick Senécal y étaient également venus présenter et discuter de leurs projets de films La Peau Blanche et Sur le Seuilà cette occasion (Trois ans plus tard, Sur le seuil allait être distribué par Guy Gagnon et Alliance Vivafilm).
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